Rom. Gesclàchle, i, 4. — 2. Cicéron, De rep., ii
OSTIE ET LAVINIUM
culalion assez incommode; ce fleuve navigable n’est pas d’un accès facile à cause des sables qu’il charrie; cette longue côte n’a pas de ports naturels. Il en résulte que les visites de l’étranger n’ont pas produit ici tous leurs effets ordinaires. L’influence du dehors s’y est fait sentir sans doute, mais elle a été tempérée par un fond de qualités naturelles que rien n’a pu entièrement détruire. Le goût des nouveautés et le respect des traditions s’y sont, je ne sais comment, alliés ensemble. Le commerce et l’industrie n’ont pas pris la place de l’agriculture ; la nature du sol avait fait des Latins des laboureurs, et le travail des champs a toujours été chez eux le plus honoré de tous. Mais ces laboureurs ne restent pas isolés dans leurs fermes; ils possèdent une certaine intelligence de la vie politique, ils éprouvent le besoin d’une vie nationale. Les familles se groupent ensemble pour former des cités; les cités se réunissent dans une alliance commune et deviennent une nation. Il n’en est pas tout à fait de même chez les peuples qui sont leurs voisins les plus proches, presque leurs frères, chez les Sabins. J’aperçois devant moi leurs montagnes qui forment une ligne sombre à riiorizon. Dans ce pays, où les gens du dehors n’avaient guère d’accès, vivait une population presque sauvage de laboureurs et de pâtres, attachés résolument à leurs vieux usages, à leurs antiques croyances, et qui n’en voulaient pas changer. En fait d’organisation politique, ils restent fidèles au régime patriarcal; l’idéal du gouvernement pour eux, c’est la famille, et ils ne sont pas arrivés, comme les Latins, jusqu’à élablir des cités véritables : € Leurs villes, dit Slrabon, sont
à peine des bourgades ^ » Aussi Schwegler pense-t-il que, dans cette réunion des deux peuples qui a formé la nation romaine, chacun a eu sa part et son rôle. Les Latins représentent surtout ce goût pour le progrès, ces vues larges, ces instincts d’humanité qui sont le caractère et l’honneur des plébéiens, tandis que les Sabins, race énergique, mais étroite, sévère jusqu’à la dureté, dévote jusqu’à la superstition, ont apporté dans le mélange cet amour des anciens usages, ce respect des vieilles maximes, cet esprit de résistance et de conservation dont les patriciens sont animés. La lutte de ces deux tendances contraires, sous diverses formes, a duré six siècles et elle explique toute l’histoire romaine jusqu’à l’Empire. Beaucoup de sages et de patriotes qui en ont été témoins ou victimes l’ont amèrement déplorée; ils ont cru, ils ont dit que Rome aurait été bien plus heureuse et bien plus grande si l’un de ces deux éléments de discorde avait pu disparaître. Je crois qu’ils se trompaient : en se combattant, ils se contenaient et se tempéraient l’un par l’autre. Leur opposition a empêché la stabilité de devenir la routine et les réformes d’être des révolutions. Elle a pu rendre les progrès plus lents, mais ils en ont été plus sûrs; grâce à elle, tout s’est fait avec ordre et à son temps. La lutte même des deux principes ennemis, loin d’être pour Rome une cause de faiblesse, est peut-être ce qui lui a donné le plus de ressort et d’élan. Dans ces assauts de tous les jours dont le forum était le théâtre, les caractères ont pris cette trempe énergique, cette