Æn., IX
OSTÏE ET LAVINIUM.
fort tonnage de s’approcher de la cote. « Ils jetaient l’ancre et restaient au large, exposés ix toutes les agitations de la pleine mer. Pendant ce temps, des embarcations légères venaient prendre leurs marchandises et leur en apporter d’autres, en sorte qu’ils repartaient sans être entrés dans le fleuve ^ » Énée, pour éviter ces dangers et mettre ses vaisseaux h l’abri du sable et des flots, les fait tirer sur le rivage. Cet usage, qui existait déjà du temps d’Homère, n’était pas abandonné au second siècle de l’Empire. Minucius Félix, en se promenant autour d’Ostie, à l’endroit même où devait être la flotte troyenne, nous dit qu’il y rencontra « des navires sortis de l’eau et reposant sur des étais de bois qui les empêchaient d’être souillés par la boue^ ». Les vaisseaux d’Énéc étaient placés sur la rive gauche du Tibre, dans cet espace de 4 stades (720 mètres) qui séparait le camp de la mer. On les avait cachés le mieux qu’on avait pu, et, comme le camp lui-même, ils étaient défendus par une sorte de retranchement du côté où le fleuve ne les protégeait pas; mais ils n’échappèrent pas à Turnus. Précédant le gros de ses soldats, qui ne marche pas assez vite, le chef rutule, avec quelques cavaliers d’élite, tourne autour du camp troyen, « comme un loup à jeùn autour d’une bergerie pleine et bien fermée, lorsqu’au milieu de la nuit, par le vent et l’orage, il entend les agneaux bêler tranquillement sous leurs mères ^ ». Pendant qu’il cherche de tous les côtés quelque accès pour atteindre ses ennemis, qui s’obstinent à ne pas sortir, il aperçoit les