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vaisseaux et s’apprête à lancer contre eux des torches enflammées. Mais, à ce moment, Cybèle, la mère des dieux, intervient et les sauve : ils ont été construits avec les arbres de la forêt sacrée de l’Ida, elle ne veut pas qu’ils périssent comme des barques ordinaires et obtient de Jupiter la permission de les transformer en déesses de la mer. Elle n’a qu’à dire un mot : « aussitôt les navires rompent les liens qui les rattachent, et, comme des dauphins qui plongent, ils s’enfoncent dans l’abîme. Bientôt après, à la surface des flots, on voit monter autant de jeunes nymphes qu’il y avait de proues d’airain le long du rivage ^ »
Ce miracle, on le comprend, n’est pas du goût de Voltaire, et il faut croire que déjà, dans l’antiquité, il causait quelque surprise, puisque le poète éprouve le besoin de le défendre. Comme nos auteurs de chansons de geste, lorsqu’ils viennent de raconter quelque fait incroyable, ne manquent pas d’affirmer qu’ils l’ont lu dans un ouvrage latin de quelque moine bien informé, Virgile invoque la tradition : « C’est une bien vieille histoire, nous dit-il; mais la renommée s’en est conservée à travers les âges^. » Cette précaution nous montre qu’il prévoyait quelque objection. lî sentait bien que le récit qu’il allait faire avait, dans son œuvre, un caractère tout nouveau. Chez Homère et chez lui, les dieux interviennent très souvent, mais d’ordinaire ce n’est pas pour déranger l’ordre régulier du monde et produire des eifets ({ui choquent le bon sens. Le surnaturel, comme ils l'entendent en général, est chose très naturelle. Dans ces