àai., Il, 6, 15. — 2. Epist., i
Vespasien a relevé à ses frais le temple de la Victoire, que Tâge avait presque détruit : Ædem Victoriœ vetustate dilapsam sua iinpensa restituit. La coïncidence a fait penser que Tédifice relevé par Vespasien est celui qui tombait en ruine du temps d’Horace; en le réparant, l’empereur a donné à la déesse son nom romain à la place de l’autre qu’on ne comprenait plus. Aujourd’hui l’inscription est encastrée dans les murailles du vieux château, et la place voisine a reçu des habitants le nom dePiazza Vacuna: Horace n’est donc pas tout à fait oublié dans ce pays qu’il habitait il y a dix-huit siècles.
Il faut monter à Rocoagiovine si l’on veut connaître au naturel ce que sont les villages de la Sabine. Rien n’est plus pittoresque, tant qu’on se contente de les regarder de loin. On en est charmé lorsqu’on les aperçoit de la vallée, couronnant quelque haute montagne et se serrant autour de l’église ou du château. Mais tout change dès qu’on y pénètre. Les maisons ne sont plus que des masures, les rues que des ruelles infectes où le fumier sert de pavé. On n’y peut faire un pas sans rencontrer des porcs qui se promènent. Dans toute la Sabine, les porcs sont les maîtres du pays. Ils ont le sentiment de leur importance et ne se dérangent pour personne. La rue et quelquefois la maison leur appartiennent. Il en devait être tout â fait de même du temps des Romains. Alors aussi ils faisaient la principale richesse de la contrée, et Varron n’en parle jamais qu’avec le plus grand respect. J’en vois un, sur une place, qui se vautre avec un air de délice dans une mare noirâtre, et je me souviens aussitôt de cette phrase charmante du grand agriculteur :
LA MAISON DE CAMPAGNE d’hORACE. 2l)
<( Ils se roulent dans la fange, ce qui est pour eux une manière de se délasser, comme aux hommes de prendre un bain. » Ici, du reste, l’antiquité sc retrouve partout. Les femmes que nous rencontrons sont presque toutes belles, mais d’une beauté vigoureuse et virile. Nous reconnaissons ces vaillantes Sabines d’autrefois, brûlées du soleil, babituées aux plus lourdes tâches L Elles aident encore aujourd’hui leurs maris aux travaux des champs. J’entrevois, au fond de la vallée, un chemin de fer en construction ; les femmes y sont mêlées aux ouvriers et portent comme eux des pierres sur la tête. Il n’y a guère d’hommes dans le village, à l’heure où nous le traversons ; mais nous sommes entourés par une nuée d’enfants robustes, avec des yeux pleins de feu et d’intelligence. Ils sont curieux et importuns; c’est leur défaut ordinaire; mais au moins ils ne tendent pas la main, comme à Tivoli, où il y a tant de mendiants. Dans ce pays perdu , le sang s’est conservé pur; ce sont les restes d’une forte et fière race qui entra pour une bonne part dans la fortune de Rome.
Si Roccagiovine, comme on peut le croire, est bâti sur remplacement du Fanum Vacunæ, c’est par là que devait être l’entrée du domaine d’Horace. Nous continuons doncà monter, en inclinant vers la droite, par un chemin pierreux, qu’ombragent de temps en temps des noyers et des chênes. Devant nous, sur les pentes de la montagne, s’étendent des champs cultivés, avec quelques habitations rustiques. Rien n’apparaît à l’horizon, où l’on puisse reconnaître les ruines