Lu
LAÜRENTE.
Et pavidæ maires pressere ad pectora natos*.
Ce sentiment qu’il éprouve, il n’a pu s’empêcher de le communiquer à son héros : Enée fait la guerre comme Virgile la chante, bien malgré lui.
On peut dire, à la vérité, qu’Homère parle quelquefois comme Virgile. Il lui arrive aussi d’être ému des maux que la guerre fait souffrir aux hommes ; quand un jeune homme est tué, il le plaint « de s’endormir d’un sommeil d’airain loin de sa femme dont il a reçu à peine quelques caresses® ». Il a des paroles pleines de mélancolie sur le sort des pauvres humains qui sont emportés comme les feuilles des arbres^; mais ce n’est qu’un éclair. Une fois qu’il s’est jeté dans la mêlée, il est pris de l’ivresse du combat. Il triomphe avec le vainqueur, il frappe le vaincu sans miséricorde; il est plein d’injures violentes et de cruelles ironies ; il lui semble naturel qu’un guerrier menace ses ennemis « de manger leur chair palpitante, de répandre leur cervelle comme du vin et d’atteindre l’enfant jusque dans le ventre de sa mère^ ». Il ne trouve pas de plus grand bonheur pour Jupiter « que d’être assis à l’écart des autres dieux et de se réjouir dans sa gloire en contemplant l’éclat de l’airain, et les guerriers qui tuent et ceux qui sont tués ^ ». L’étrange nature de poète! Il comprend tout, et tout le ravit ! Il décrit avec le même plaisir les spectacles les plus contraires, il éprouve
1. /En., vu, 518. — 2. Iliade, xi, 240. — 3. Ibid, vi, 147. — 4. Ibid, XXII, 346; vi, 9. — 5. Ibid, xi, 75.
avec la même force les sentiments les plus opposés ; il se met également dans tout ce qu’il fait sans témoigner pour rien une préférence marquée. C’est là sans doute un des motifs qui ont fait douter de son existence, quoiqu’il soit bien impossible d’imaginer une œuvre qui n’ait pas d’auteur. La personnalité d’un homme se marque par les qualités qui dominent en lui, et c’est d’ordinaire l’absence de quelques-unes d’entre elles qui met les autres en relief. Aussi Homère, qui semble les avoir toutes au même degré, nous paraît-il moins vivant, moins réel, que Virgile, dont le caractère se dessine et se précise autant par ce qui lui manque que par ce qu’il possède. Il faut avouer que cette incomparable douceur d’âme, qui en est le trait principal, ne le prédisposait guère à être un chanteur de batailles. Il a fait de son mieux pour imiter son grand prédécesseur ; il représente lui aussi des guerriers insolents, implacables, qui coupent des bras et des jambes, qui insultent l’ennemi avant de le combattre, qui le raillent quand il est vaincu, qui marchent sur lui quand il est mort. Mais il a beau faire, le cœur lui manque pour toutes ces horreurs. On sent toujours que le doux poète se fait violence quand il faut être cruel. Quelque talent qu'il déploie dans ces descriptions, il n’y est plus tout à fait lui-même, et nous y trouvons peu de plaisir.
11 semble pourtant qu’il avait un moyen d’introduire un peu plus de variété dans la récit de ces combats et de leur donner ainsi plus d’intérêt pour nous: c’était de profiter des diversités qui se trouvaient entre les peuples italiques avant que Rome les eût réunis sous sa domination et de
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représenter chacun d’eux avec ses mœurs particulières et les traits de sa physionomie propre. Il a certainement essayé de le faire, et cette tentative mérite d’autant plus d’être remarquée qu’elle était une innovation. Chez Homère, les Grecs ne diffèrent en rien des Troyens, et ils se ressemblent tout à fait entre eux. Le célèbre catalogue du second livre de VIliade ne contient guère que des noms propres, avec quelques épithètes générales. Cette longue énumération des peuples qui ont pris part à la guerre de Troie est par elle-même d’un intérêt médiocre. Ce qui fit son importance, c’est que, plus tard, les cités grecques regardèrent comme un titre de noblesse d’y figurer; mais aucune d’elles n’y paraît différente des autres. Virgile aussi, lorsqu’il plaçait, à la fin du septième livre de VÊnéide^ une liste des nations italiennes alliées de Turnus, voulait surtout glorifier leur passé et leur donner une antiquité qui leur fît honneur; mais il ne se contente pas de les énumérer sèchement; il ajoute à leur nom quelques souvenirs de leur histoire, des renseignements curieux sur leurs usages, des descriptions de leurs costumes et de leurs armes. Il nous montre, par exemple, les Yolsques, les Herniques, les gens de Préneste et d’Anagnia, qui portent une peau de loup sur la tête et qui marchent au combat un pied nu et l’autre couvert d’une chaussure de cuir; les Falisques et les montagnards du Soracte, qui s’avancent en chantant les louanges de leur roi Messapus, le dompteur de chevaux; les Marses, dont le chef est un prêtre qui connaît Part de charmer les serpents; les Osques, les Auronces, les Sidicins, armés d’un javelot court, qu’ils lancent avec
une courroie, et d’une épée recourbée; les habitants de Caprée, d’Abella, ceux des rives du Sarnus, coiffés de casques de liège et tenant à la main de longues piques dont ils se servent à la manière des Teutons ^ Tous ces détails d’histoire pittoresque, dont on n’avait pas encore abusé, devaient causer un très vif plaisir aux contemporains de Virgile. Aussi le regardaientils comme un grand archéologue et un grand antiquaire ; mais nous sommes devenus plus exigeants aujourd’hui. On nous a gâtés en nous prodiguant ces sortes de peintures, et nous n’en avons jamais assez. Au lieu de lui savoir gré de ce qu’il a fait, beaucoup sont tentés de trouver qu’il s’est arrêté trop tôt; il leur semble que les diverses nations italiques ne sont pas dépeintes chez lui en traits assez marqués et assez distincts ; ils lui en veulent surtout de n’avoir pas tiré plus de profit des Étrusques : il en parle encore moins que des Latins. Si l’on excepte un mot qu’il dit en passant sur le goût qu’ils avaient pour les costumes voyants et les armes éclatantes, il ne met vraiment en saillie qu’un côté de leur caractère, leur passion pour la bonne chère et l’amour. Au milieu d’une bataille, leur chef, Tarchon, qui les voit se sauver devant Camille, leur reproche « de n’aimer qu’à s’asseoir à une table bien garnie, près d’une coupe pleine, et de n’avoir de courage que pour Vénus et ses combats nocturnes^ ». Ces traits sont vifs assurément, mais un poète moderne ne s’en serait pas contenté. Il aurait
1 Voy. réimmcralion des guerriers italiens dans le livre septième, depuis le vers 647 jusqu’à la fin du livre. — 2. Æn., XI, 725.
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donné plus de relief et une attitude plus originale à ce peuple singulier dont un auteur ancien disait déjà que, par sa langue et sa façon de vivre, il ne ressemble à aucun autre peuple du monde ^ Virgile n’a pas voulu le faire, et, pour agir ainsi, il avait sans doute quelque raison. Les écrivains de l’antiquité, les historiens comme les poètes, étaient avant tout des artistes qui se préoccupaient d’abord de l’unité de leurs œuvres. Ils n’en traitaient pas les diverses parties isolément et entendaient que chacune d’elles concourût à l’impression générale. Ils aimaient mieux adoucir certaines teintes trop éclatantes que de risquer de compromettre l’effet de l’ensemble. Nos auteurs n’ont pas tout à fait les mêmes soucis. Dans ce roman de Salammbô, où Flaubert semble s’être donné la tâche de refaire, avec des procédés réalistes, l’épopée en prose de Chateaubriand, il est amené, comme Virgile, à énumérer les divers peuples qui forment l’armée mercenaire de Carthage. Sa méthode est très simple: il ramasse partout, sans choisir, toutes les curiosités archéologiques qu’il peut trouver pour en habiller ses personnages. Il nous décrit successivement « le Grec, avec sa taille mince, l’Égyptien et ses épaules remontées, le Cantabre aux larges mollets, les Libyens barbouillés de vermillon, qui ressemblent à des statues de corail, les archers de Cappadoce, qui, avec du jus d’herbe, se peignent de larges fleurs sur le corps, etc. Chacun de ces traits peut être piquant en lui-même, mais l’ensemble forme le tableau le plus disparate et le plus bizarre
i. Denys d’IIalicarnassc, i, 30.
qu’on puisse imaginer. Ce n’est pas une armée, ni môme une foule, c’est une mascarade. 11 nous est impossible de comprendre comment des gens qu’on prend plaisir à nous montrer si différents les uns des autres ont pu concourir à une action commune, devenir l’instrument d’une seule volonté, et, sous les ordres d’Annibal, vaincre les légions. Le souci de ce réalisme de détail a fait perdre à Flaubert la vérité générale ; il nous donne une série de tableaux de genre au lieu de composer, comme il en avait l’intention, une grande peinture d’histoire. C’est un défaut choquant, et, quand on vientdevoir le mauvais effet que produisent, chez lui, ces débauches de coloris, je crois qu’on sera moins tenté de reprocher à Virgile la sobriété de ses descriptions.
Les batailles, dans VÊnéide^ sont donc traitées comme dans Y Iliade: il faut en prendre son parti. Virgile, comme ilomère, fait alterner les mêlées générales et les combats singuliers; on ne peut nier que ce procédé ne paraisse, à la longue, un peu monotone. Le récit des combats singuliers est quelquefois très beau : nous aurions, par exemple, grand plaisir à étudier de près, dans le dixième chant, la lutte de Turnus et de Pallas, celle d’Énée avec Lausus et Mézence; mais on prend d’ordinaire moins de plaisir aux mêlées générales, c’est-à-dire à ces énumérations de guerriers qui tuent et qui sont tués, sans qu’on puisse toujours distinguer à quelle armée ils appartiennent :
Cœdicus Alcathoum obtruncat, Sacrator H^daspeni.
Partheniumque Rapo.
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Je fais donc grâce au lecteur de tout le détail des batailles qui se livrent autour du camp troyen. Qu’il suffise de savoir qu’à la fin du dixième chant, les Rutules sont entièrement vaincus et qu’Énée les poursuit jusqu’à Laurente {Laurenium)^ la capitale du roi Latinus, où nous allons essayer de le suivre.
Laurente. — Comment la vieille ville a dispriru. — Où pouvaitelle être située ? — Canal du stagna di Levante. — Selva Laurentina. — Les sangliers de Laurente. — Aspect de la côte. — La villa de Pline.
C’est une entreprise qui n’est pas fort aisée, car il ne reste plus rien de Laurente. On racontait que la vieille ville fondée par Faunus, où le roi Latinus résidait avec sa femme Amata et Lavinia, sa fille, au moment de l’arrivée d’Énée en Italie, avait été plus tard, abandonnée pour Lavinium, comme Lavinium le fut pour Albe et Albe pour Rome. Elle continua pourtant de vivre obscurément, pendant que Rome accomplissait ses grandes destinées; mais elle se fit si bien oublier qu’en 565, pendant les fériés latines^ on négligea de lui distribuer une part des victimes, comme on le faisait pour tous les peuples de la confédération. Heureusement les dieux se souvenaient d’elle: ils témoignèrent leur mécontentement par de nombreux prodiges, et le sacrifice fut recommencé L
1 lite Live, xxxvii, 3.
Il est sûr qu’elle méritait plus d’égards de la part des Romains ; elle leur était restée fidèle dans une circonstance grave, au moment où la ligue latine prenait les armes contre eux, quand Lavinium même les abandonnait ^ La guerre finie, on avait décidé, pour reconnaître cette fidélité, que le traité d’alliance entre RomeetLaurente serait renouvelé tous les ans, à un jour déterminé. Il faut croire que, dans ce pays où rien ne se perdait, il restait encore, au temps de l’empereur Claude, quelque vestige de l’ancienne cérémonie. On a trouvé à Pompéi une inscription de cette époque où un certain ïurranius, personnage vaniteux et pédant, qui paraît avoir beaucoup recherché les dignités religieuses, nous apprend qu’il a été désigné par le peuple de Laurente pour renouveler la vieille alliance avec le peuple romain L Mais ces souvenirs d’un passé glorieux n’empêchaient pas la ville de se dépeupler, et nous avons vu qu’on finit par la réunir à Lavinium, ce qui prouve qu’elle n’avait plus alors beaucoup d’impor-
1. La conduite que tinrent en cette occasion les gens de Lavinium est racontée par Tite Live d'une manière très piquante. Ils avaient hésité longtemps entre les deux partis. Enfin ils venaient de se décider à envoyer des troupes au secours d^s Latins; mais à peine les premiers soldats avaient-ils dépassé la porte qu’on apprit que les Latins avaient été vaincus. Le général, en s’empressant de faire rentrer son monde, ne put s’empêcher de dire : « Voilà un petit voyage qui nous coûtera cher : Pro paulula via magnam mercedem esse Romanis solvendam. » En effet, les Romains punirent durement Lavinium pour rintention que la ville avait eue de leur nuire (Tile Live, VIII, 11). — 2. Corp. Insc. lal., x, 737. M. Mommsen a trouvé récemment une autre inscription de ce même Tuiranius à Pratica, l’ancien Lavinium.
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tance. On ignore à quel moment précis elle acheva de disparaître.
Depuis la Renaissance, les érudits se sont occupés d'elle à diverses reprises, et ils ont cherché à savoir où elle devait être. On l’a placée surtout à deux endroits différents, situés à peu de distance l’un de l’autre, à la ferme de Tor Paterno, ou près de Capocotta. Reprenons à notre tour la question et parcourons la contrée, pour voir quel est le- lieu qui s’accorde le mieux avec les descriptions de VÉnéide, Ce petit voyage, par lui-même, n’est pas sans agrément: le pays est curieux, mal connu, plein de grands souvenirs, et je crois que nous n’aurons pas à nous plaindre de nous y être hasardés, quel que soit le succès de nos recherches.
Ce que nous avons de mieux à faire, pour ne pas nous égarer en route, c’est de nous mettre tout à fait à la suite de Virgile. Il suppose que le premier souci d’Énée, dès qu’il a pris terre sur les bords du Tibre, est de se concilier l’amitié des gens du pays. A cet effet, il choisit cent de ses compagnons qu’il envoie, sous la conduite du prudent Ilionée, pour saluer le roi Latinus et lui demander son alliance. Ils partent à pied pour Laurente, accomplissent leur ambassade et sont de retour dans la journée. C’est la preuve que la ville de Latinus n’est pas fort éloignée, et tout d’abord nous sommes rassurés sur la longueur du voyage que nous allons entreprendre. Nous voilà donc partis d’Ostie, comme l’ambassade d’Énée, et suivant le rivage. A près de quatre kilomètres, un canal assez large, qui écoule dans la mer les eaux du stagno di Levante^ nous barre le chemin. Dans l’antiquité
comme aujourd’hui, on passait ce canal sur un pont, et l’on a découvert près de là une inscription qui rapporte que certains empereurs (probablement Dioclé* tien et Maximien) ont réparé ce pont, qui tombait en ruine, et qu’ils l’ont fait dans l’intérêt des habitants d’Ostie et de ceux de Laurente {Pontem Lciurentibus atque Ostiensibiisvetiistate conlapsum restituerunt). Le canal formait donc la séparation entre le territoire des deux villes, et, quand nous avons passé le pont, nous sommes sûrs de mettre le pied sur le pays de Laurente.
Un peu plus loin, nous rencontrons un autre souvenir de la vieille cité, qui nous prouve que nous sommes bien dans la route qui doit nous y conduire. Au sortir de Castel Fusano, nous entrons dans une grande forêt qui, sur la gauche, se prolonge jusqu’à Decimo, et que les cartes modernes appellent Laurentma : c’est le nom qu’elle portait déjà dans l’antiquité. La forêt de Laurente, avec ses fourrés épais et ses marécages couverts de joncs, était très fréquentée des chasseurs de Rome. Ils y trouvaient en abondance des sangliers très sauvages, qui avaient la réputation de ne pas se laisser prendre aisément. Virgile, pour dépeindre la résistance énergique de Mézence, entouré d’ennemis qui le harcèlent, le compare à un sanglier de Laurente que les chiens ont poussé dans les filets. « Quand il s’y voit enfermé, il s’arrête, frémit de rage, hérisse le poil de ses flancs. Nul n’a le cœur de l’approcher. C’est de loin, à l’abri du danger, que les chasseurs le pressent de leurs traits et de leurs cris. L’intrépide animal fait face de tous les côtés en grinçant des dents et secouant les
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traits attachés à son dos^ » Horace nous dit pourtant qu’il ne méritait pas la peine qu’il coûtait et les dangers qu’il faisait courir. « Comme il vit dans les marais et parmi les joncs, sa chair est molle et fade ; il est loin de valoir celui des forêts de l’Ombrie, qui ne se nourrit que de glands ^ » Mais il faut remarquer qu’Horace n’exprime pas ici son opinion propre ; le personnage qu’il fait parler est un professeur de gastronomie, dont il veut précisément railler les délicatesses. D’ordinaire on n’était pas aussi difficile, et Martial croit que c’est faire un beau cadeau à l’un de ses amis que de lui envoyer « un sanglier de Laurente qui pèse un bon poids ^ ». L’excellent Pline le Jeune, qui n’était de sa nature ni guerrier ni chasseur, cédait pourtant à la mode, et, quand il se trouvait dans sa maison de campagne, près de la mer, il allait, comme les autres, attendre le sanglier dans les bois; mais il avait une façon particulière de chasser. « Vous allez rire, écrivait-il à son ami Tacite, et je vous le permets volontiers. Moi, ce héros que vous connaissez, j’ai pris trois sangliers, et les plus gros delà forêt. — Eh quoi! Pline? direz-vous. — Oui, Pline lui- même. Mais je m’étais arrangé pour ne pas rompre avec mes goûts ordinaires et mon amour du repos. J’étais tranquillement assis près des blets ; j’avais sous la main, non pas une lance ou un épieu, mais ce qu’il fallait pour écrire. Je réfléchissais, je prenais des notes; je voulais être sûr, si je revenais les mains vides, d’emporter au moins mes tablettes pleines. Ne méprisez pas cette façon de travailler. C’est merveille de voir
1. Æn., X, 707. — 2. Sat.^ u, 4, 42. — 3- Martial, ix, 49, 5.
comme Tesprit s’anime et s’excite par l’agUation du corps; les forêts qui nous environnent, la solitude? le silence font éclore en nous les idées. Je vous conseille donc, quand vous irez à la chasse, d’apporter, avec vos provisions, des tablettes pour écrire. Vous reconnaîtrez par votre expérience que ce n’est pas seulement Diane qui se promène dans les bois, et qu’on y rencontre quelquefois aussi Minerve ^ » Les choses n’ont pas beaucoup changé dans la selva Laurentina depuis le temps de Virgile et de Plinè ; les sangliers y abondent toujours, et le roi d’Italie n’a pas de plus grande distraction que de quitter sa sévère résidence de Rome pour aller y chasser de temps en temps.
Le long du rivage, entre la forêt et la mer, s’étend une plaine sablonneuse, bordée par une rangée de dunes, que les gens du pays appellent Elle
est complètement inhabitée; de Castel Fusano à Tor Paterno, pendant plus de 9 kilomètres, on n’y trouve pas une maison, et rarement on y rencontre une figure humaine. C’était pourtant autrefois un des lieux les plus peuplés et les plus agréables du monde; nulle part peut être on ne trouvait réunies et rapprochées tant de riches maisons de campagne. Pline nous dit « qu’elles se succédaient les unes aux autres, tantôt séparées, souvent contiguës, et qu’elles semblaient former autant de petites villes^ ». Est-ce à dire que la nature du sol ou les conditions du climat aient changé et qu’on y fût alors moins exposé au terrible fléau de la fièvre? Il faut bien le croire.