‹ Nouvelles promenades archéologiques:Chapitre 75 sur 94 · Fpist.f I, 6. — 2. Ibid.f ii · texte numérisé non relu

Fpist.f I, 6. — 2. Ibid.f ii

LAURENTE

puisque ce pays, qui était si peuplé, est devenu un désert. Mais le changement n’a pas été si complet qu’on le prétend d’ordinaire, et l’on peut soupçonner que, même à cette époque, il n’était pas sans péril d’y habiter. Pline dit en propres termes que « la côte d’Étrurie, dans toute sa longueur, est dangereuse et empestée * » ; et nous savons par Strabon que le pays de Terracine, de Setia, d’Ardée, et en général tout ce rivage, était marécageux et peu salubre. Mais il est clair que le mal était beaucoup moins grave qu’aujourd’hui, car Strabon ajoute aussitôt que « le séjour en est cependant agréable et qu’on ne voit pas que la terre y soit moins bien cultivée^ ». C’était sans doute cette culture qui assainissait le sol, et sans vaincre tout à fait la 7nalaria, la rendait plus inoffensive. Il est vraisemblable que, là aussi comme à Rome, « la première figue amenait quelques fièvres et ouvrait quelques successions ^ » ; mais on ne s’en préoccupait guère, et nous verrons que les médecins eux-mêmes avaient fini par recommander à leurs malades le séjour de Laurente. Les Romains en avaient su faire un lieu de repos et de plaisir; il avait pour eux cet avantage qu’ils s’y trouvaient assez loin de Rome pour échapper aux importuns, et qu’ils en étaient pourtant assez p‘rès pour s’y rendre en quelques heures : a Je puis, disait Pline, ne me mettre en route que quand j’ai achevé mes affaires et que ma journée est finie *. » Aussi ce pays avait-il commencé de bonne heure à être à la mode. Scipion y venait

1. Epist.y V, 6, 2. — 2. Strabon, \’. 3, 12. — 3. Horace, Epist., I, 7, 5. — 4. Epist.y ii, 17,

déjà s’y reposer avec ses amis et y goûter ce plaisir, qui a tant de charme, de se faire jeune un moment quand on se sent à la veille de devenir tout à fait vieux; la tradition aimait à montrer Lælius et lui jouant comme des enfants avec des coquilles sur le bord de la mer^ L’orateur Hortensius possédait aussi à Laurente une villa célèbre dont Varron nous parle avec admiration. Elle comprenait un bois de plus de cinquante jugères (12 hectares), où Ton trouvait une grande abondance de bêtes que Ton avait habituées à se réunir au son de la trompe, ce qui permettait au propriétaire d’offrir à ses hôtes, pen • dant le repas, un divertissement fort curieux. Le dîner était servi sur une colline; on faisait venir un artiste vêtu en Orphée, avec la longue robe et la cithare; à un signal, pour compléter Tillusion, l’artiste sonnait de la trompette, et l’on voyait accourir de tous les côtés des cerfs, des sangliers et tous les animaux de la forêt. (( C’était, dit Varron, un spectacle aussi beau que celui qu’on a dans le grand cirque, pendant les jeux donnés par les édiles, ou que les chasses qui se font avec des bêtes d’Afrique ^ » Mais de toutes ces maisons de campagne, où les grands seigneurs de Rome passaient une bonne moitié de leur vie, aucune ne nous est aussi bien connue que celle de Pline. Sous prétexte de persuader son ami Gallus de venir le voir, il lui en fait, dans une lettre célèbre, une description détaillée qui la met entièrement sous nos yeux. La lecture de cette lettre est du plus grand intérêt pour tous ceux qui veulent avoir quelque idée

L Valère Maxime, viii, 1. — 2. Deve rust., iii, 13.

LAUHENTE.

des magnifiques villas romaines ^ On voit à quel point tout y est ménagé pour la commodité de la vie. Il n’y manque, à notre gré, qu’un parc et des terres; une aussi belle maison aurait eu besoin d’être mieux entourée. Pourtant Pline la préfère à toutes ses autres villas, précisément parce qu’il n’y est pas occupé des soucis de la propriété, qu’il s’y trouve plus libre, plus à l’aise, et que n’étant distrait par rien, il y travaille mieux qu’ailleurs. « Ici, dit-il, je n’entends personne dire du mal des autres, et moi-même je ne médis de personne, si ce n’est de moi, quand je ne suis pas content de ce que j’ai fait. Ici, j’échappe à la crainte et à l’espoir, je me moque de tout ce qu’on peut dire. Je ne m’entretiens qu’avec moi et avec mes livres. O la douce et la bonne vie! L’agréable repos qui vaut bien mieux que ce qu’on honore du nom de travail et d’affaires ! O mer, ô rivages, mes vrais cabinets d’étude ! Quelle source d’inspiration vous êtes pour moi^ l » Nous savons aussi sûrement que possible où devait être la villa de Pline ; il a pris la peine de nous en indiquer l’emplacement avec tant de précision, qu’il n’y a pas moyen de s’y tromper : il nous, dit qu’elle est au bord de la mer, à 17 milles (25 kilomètres) de Rome; qu’on peut s’y rendre par la via Ostiensis eiXdivia Laiirentina, mais qu’il faut quitter la première au onzième mille et la seconde au quatorzième. On peut donc, avec un compas, en marquer exactement la place sur une carte bien faite. C’est à quelque distance de Castel Fusano, vers le lieu appelé la Palombara^ qu’on la met ordinairement. Quant à

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