Horace, Carm., i
faire ces coutumes d’une époque récente transportées dans des siècles aussi antiques? Ne s’exposait-il pas, en les y introduisant, à des disparates choquantes, et pouvait-il trouver quelque moyen de donner à une œuvre aussi bigarrée une apparence d’unité? Il y a réussi par nn procédé très simple : voulant mêler ensemble l’ancien et le moderne, il rajeunit l’un et vieillit l’autre, de façon qu’ils finissent par se rencontrer à mi-chemin. C’est ainsi qu’il a su créer une sorte d’antiquité moyenne où la fable et la réalité, la légende et l’histoire, l’ancien et le moderne peuvent vivre côte à côte sans qu’on soit choqué du mélange.
Pour être frappé comme il convient de l’habileté du poète et lui rendre justice, il faut regarder son œuvre de très près; à quelque distance une teinte uniforme enveloppe ses récits; tout semble d’abord fait d’une pièce et coulé d’un jet; mais, quand on s’approche, on aperçoit les retouches ; on distingue, on peut compter les détails et les incidents divers dont ce bel ensemble est formé. C’est un travail de critique qui paraît quelquefois minutieux, mais qui a l’avantage de nous faire mieux apprécier l’art divin de Virgile. Pour ne pas sortir de la ville de Laurente et du palais de Latinus, qui nous occupent en ce moment, de combien d’éléments distincts ne se compose pas cette savante peinture ! Que d’âges différents y sont réunis! Le palais est soutenu par des colonnes, comme un édifice romain de l’époque impériale; mais en même emps il est entouré d’un bois épais, comme un aolmen druidique L Le vestibule est décoré de sta-