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LA DERNIÈRE SORTIE DE VOLTAIRE A PARIS

à Phot. Lecadre. Tableau de M. Leloir.

0 (Au fond, le n° 27 de la rue Saint-André-des-Arcs.)

point de droit, félicitant ses pensionnaires de l’excellence de leurs thèses, les critiquant, les guidant parfois, ergotant avec eux... et rien n’est amusant comme d’entendre M. le Président de la République évoquer spirituellement les amusants souvenirs de sa vingtième année... qu’il regrette, d’ailleurs |

En face, tout près de la rue Gît-le-Cœur, au vieux nom si poétique, une bâtisse moderne a remplacé, numéro 22, la maison où logeait Ange Pitou, l’amusant chansonnier du Directoire, ce prédécesseur spirituel, irrespectueux et batailleur, des D. Bonnaud, des Fursy, des Numa-Blès que nous applaudissons aujourd’hui.

Get Ange Pitou,que le bon Alexandre Dumas aglorifié et que le maëstro Lecocq a mis en musique dans la Fille de M®° Angot,fut le type complet du chanteur populaire. Sa verve populacière ne mâchaïit pas les vérités, même à son auditoire plébéien, « des commères du marché au poisson qui venaient avec leurs amoureux en larges cha- . peaux blancs et la pipe à la bouche juger l’improvisateur». Arrêté seize fois, Pitou s’en tira avec quelques amendes et cependant le chansonnier n’épargnait personne, témoin ce couplet cueilli entre mille:

Sous ce déguisement cynique, Remets-tu cet adroit voleur, Fournisseur de ia République.

Autrefois simple décrotteur.

Depuis qu'on parle de patentes, Monsieur dit qu’il n’a plus d'états,

Que la République indulgente Le classe parmi les forçats.

D. « LE ie té Mo. Les

… et l’auditoire avait vite fait de mettre un nom sur l’'anonyme de la chanson (!).

Quelques pas plus loin, triste contraste, habita Billaud-

(1) En 1795, en pleine disette, un jour que Pitou avait littéralement « emballé » son public, « un gros morceau de pain blanc » lui fut offért en façon de récompense nationale. « C'était un monceau d'or par ce temps de disette, raconte-t-il en ses Mémoires ; en revanche, . je distribuai quelques cahiers de chansons. »

Une supplique d’Ange Pitou adressée au roi Louis-Philippe et datéo du 11 novembre 1843, situe son logis au n° 34 de la rue de la Huchette

« Sire,

« Les antécédents du soussigné sont assez connus de Votre Majeste par les nombreux mémoires qu’il a fait parvenir à l'Administration, et par toute sa conduite envers votre auguste famille pour qu'il soit dispensé de rappeler ici tous les titres qu’il a à la bienveillance du Gouvernement et surtout à celle de l'État.

« J'ai sacrifié ma vie tout entière au bien public et au salut de la France. Que pouvais-je faire de plus ? |

« Aujourd’hui octogénaire, privé de toutes ressources temporelles, je me vois réduit à la plus affreuse misère.

« Plein de confiance en votre bonté je viens, Sire, vous prier d’assurer mon existence soit par un secours qui soulage ma vieillesse et m'aide à passer des jours moins pénibles, soit en me facilitant l'entrée dans l’Asile Royal de la Providence ou Sainte-Perine, afin que je puisse finir en paix ma longue carrière.

« Tels sont les vœux de celui qui est,

« Sire,

« Avec le plus profond respect,

« Votre humble et très dévoué serviteur et sujet, « L. A. Prrou. »

34, rue de la Huchette.

En marge, une apostille de l’abbé Deguerry, curé de Notre-Dame ; plus haut, une note disant «qu’il doit 500 francs, deux années de loyer ».

Pauvre Ange Pitou !

(Collection du Musée Carnavalet. — Autographe.)

Varennes, de sinistre mémoire. Avec son habituelle maitrise, notre ami Lenotre (1) a conté le séjour du « tigre à perruque jaune » dans la rue Saint-André-des-Arcs. Il s’y maria; et, pour subvenir aux besoins de son jeune ménage, cethomme lugubrement triste se mit à composer un livret d'opéra « Alzire » et trois vagues élucubrations, le « Peintre politique.— Les Derniers coups portés au préjugé et à la superstition », et enfin l’ « Acephocratie ou le gouvernement fédéral démontré comme le meilleur de tous » autitre éminemment suggestif. Danton heureusement pour eux et malheureusement pour lui, tira Billaud de la misère en’ le prenant comme secrétaire. En 1789, le futur proconsul était « mince, réservé, silencieux; il avait les cheveux noirs plaqués sur les tempes, le teint pâle, les yeux durs, légèrement louches, le nez droit, la bouche amère ». Sa femme, par contre, était « merveilleusement jolie ».

Il l'avait connue et épousée rue de Savoie, dans une vieille maison à porche oblique qui existe encore et porte

- aujourd’hui le numéro 4, toute proche de la rue Saint-

André-des-Arcs où ils vinrent ensuite demeurer vis-à-vis la rue des Grands-Augustins, au quatrième étage d’une maison emportée par la construction du lycée Fénelon.

Pourvoyeur de guillotine à la Convention, Billaud rimait, dans son ménage, des bouquets à Chloris; sa femme et lui menaient la vie « la plus placidement bourgeoise » jusqu’au 2 avril 1795, jour où une voiture des

Comités s'arrêta devant le logis; des gendarmes, des

(4) G. Lenorre, Vieux Papiers, vieilles Maisons, t. II.

agents, un commissaire de police envahirent la maison et se saisirent de Billaud.

Il paraît, tout pâle sous sa tignasse jaune ébouriffée, et la paisible rue retentit des injures et des vociférations de la foule ameutée hurlant : « À mort! ». Déjà, la veille de cette arrestation, Billaud avait dü se défendre dans une affiche intitulée : « Les on-dit », contre l’imputation d'avoir fait «tanner des peaux de guillotiné pour en confectionner des bottes et des souliers ». On juge de l’exaspération de la foule, et de sa déception en apprenant que le «tigre » ne part qu’aux antipodes ; il est facile de se figurer cette rue étroite où toutes les têtes se penchent aux fenêtres, huant ce sinistre Billaud, poussé dans une voiture de police, entourée de gendarmes sabre au clair.

Un peu plus bas, à l’angle de la rue des Grands-Augustins, une autre maison, portant le numéro 52, nous offre un des types parfaits de la charmante architecture du dix-huitième siècle. Tout y est complet : les fers forgés des balcons, les frontons sculptés des portes et des fenétres, les médaillons et les agrafes de pierre décorant la cour intérieure aux délicates proportions, rien n’y fut oublié, pas plus le portrait du fondateur, du Tillet de Labussière, greffier en chef du Parlement, que l’image de Bacchus surmontant l’entrée de la cave. (1)

(4) Notre érudit ami Arthur Pougin nous écrivit au sujet de cet article : « A propos de la rue Saint-André-des-Arcs, j'ai regretté de ne pas trouver un souvenir sur notre « bon papa Larousse », comme nous l’appelions, nous, ses jeunes collaborateurs. J'ai publié il y a

Berthoud, sculp.

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Alph. Testard, del.

Cinq pas plus haut, c’est dans une maisonnette de la rue des Grands-Augustins, portant les numéros 26 et 28, que demeura dans sa prime jeunesse le maître Sardou. Dernièrement, un matin, nous avions la joie de l’accompagner dans ces vieilles ruelles dont il connaît tous les pavés; il nous montrait, plein d'émotion, le balcon d’où sa mère le guettait au retour de l’école.

— Eh bien! flâneur, quand te décideras-tu à monter? criait-elle en riant au gamin, qui ne pouvait détacher ses yeux des belles affiches collées sur le mur par Renduel, l’éditeur romantique, dont les magasins étaient tout proches...

Vingt mètres plus loin, Sardou s’arrête devant le numéro 16.

— J'ai plus tard demeuré là, nous dit-il, la maison n’a pas changé, elle est toujours aussi laide... Si nous entrions ? |

Et nous voici grimpant un escalier désolant. Nous nous arrêtons au second étage.

— C'est bien le palier... c’est bien la petite porte...

quelque quinze ans dans le Nafonæ, lorsqu'on fit une rue Pierre- Larousse, toute une chronique sur cet excellent homme où je le rappelais dans ce vieux logis du n° 45 de la rue Saint-Anûré-des-Arcs, entouré de son monceau de livres et de papiers, sa petite calotte noire sur la tête nous accueillant avec sa franche et cordiale bonhomie... » : Le croquis était trop spirituel pour en priver nos lecteurs.

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