‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 16 sur 75 · M AT TE PÉROT PS · texte numérisé non relu

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Caporal » ; c’est bien vague, el nous voici interrogeant tes murs et cherchant la place du Cadran bleu!... Hélas ! rien ne précise nos recherches; mais il est si délicieux de fläner dans ce joli quartier, que nous nous donnons la joie de nous y altarder longuement.

Une porte Louis XIII, bardée d'une carapace. de gros clous y voisine avec une façade rapiécée, datant de la Renaissance; des guenilles multicolores attachées entre deux fenêtres à meneaux, semblent des drapeaux de misère claquant sur des bicoques saumurées de crasse; on rencontre encore en ce vieux quartier d’étonnants logis contemporains de Rabelais, bariolés d'affiches et d’'enseignes, bossués d’adjonctions et de rajoules, striés de tuyaux zigzagants et crevassés.

Continuant la rue de la Huchelte, la rue du Petit Pont — quitire son nom du « Petit Pont » voisin, un des plus anciens de Paris — est particulièrement biscornue et amusante: mais, dans très peu de jours, tout son Côté droit aura disparu, on y travaille, et sous un nuage de poussière les démolisseurs activent leur œuvre de destructiCn: |

« La haine des ingénieurs pour tout ce qui est encore marqué d’une étampe d’art est inlassable, et ils ne s’arréteront que lorsqu'ils auront complètement aboli les derniers vestiges du Paris d'autrefois. » Cette énergique

constatation du maître écrivain Huysmans, qui, mieux que personne, connut et décrivit ce quartier Saint-Séverin, n’est, hélas ! que trop justifiée. Chaque jour, malgré tous les efforts et toutes les protestations, notre beau Paris se voit dépouillé de quelqu’une de ses précieuses reliques. Aujourd’hui c’est « une rectification d’alignement, un élargissement de voirie » qui emportent la rue du Petit-Pont, détruisant une des plus parfaites maisons que nous ait léguées le xvur* siècle.

Elle s’élève au numéro 10, on l’appelle l’hôtel de la marquise de Pompadour (?);sa jolie porte en bois sculpté, blasonnée d’un carquois et d’une torche entrelacés, son

balcon, supporté par d’élégantes consoles, ses fron-

teaux, ses rinceaux, ses fenêtres enguirlandées de fleurs de pierre, ses balcons de fer forgé... tout cela va être massacré, rasé, émietté | Les maçons y besognent, la cour disparaît déjà sous les gravois, et dans quelques mois un immeuble bien moderne, remplacera, confortable et hideux, l'hôtel charmant qu’avaient édifié les artistes du xvin° siècle.

Aussi, les gracieuses Parisiennes ayant l'amour de leur Paris — et elles sont aujourd’hui légion — doiventelles se hâter d’aller contempler une dernière fois l’exquise « condamnée à mort » (1); il serait trop tard de-

(4) C'est chose faite aujourd’hui, le musée Carnavalet a recueilli quelques épaves (grilles, portes, ferrures) de ce qui fut l’hôtel Pompadour; mais qu’il est pénible de voir chaque jour disparaître ces glorieux vestiges du passél

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main, et nous osons affirmer qu’elles ne regretteront pas ce petit voyage au pays des souvenirs. « Poursuivant notre route, descendons la rue du Petit- Pont, longeons l’abside de l'admirable église Saint- Séverin et suivons.

la rue Saint-Jacques qui, si joliment, encadre de sa double ligne de maisons grises les horizons mauves et bleus de la nouvelle Sorbonne.

Sur la droite s'ouvre la rue de la Parcheminerie ; elle date du xr siècle, et tire son nom de l’important commerce de parchemins qui y tint, à des dates | régulières, ses assises annuelles. Les « escholiers et les gentes bachelettes » la hantaient fort au temps de messire Rabelais ; elle avait conservé, jusqu’à présent, presque intact son étonnant cachet d’archaïsme. Pénétrons dans la maison portant le numéro 2, qui, comme la suivante, est vouée à la destruction — tou-

. LA RUE DU PETIT-PONT PENDANT LES DÉMOLITIONS Phot. de M. H, Stresser.

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jours en vue de « l’embellissement » précité — nous rencontrons, fermant la cour qu’elle sépare d’un vieil escalier de bois, une énorme grille de fer cintrée d’un aspect surprenant... Que pouvaient bien défendre ces

barreaux carrés et épais, pourquoi cette effrayante arma-

ture? Même étonnement en face, au numéro 7, en une boutique sombre, une remise, où les voitures à bras tendent leurs montants vernissés par l'usage vers le plafond bas que soutient une poutre énorme, cyclopéenne, de quarante-cinq centimètres de hauteur sur cinquante-sept centimètres de largeur. | |

Bien d’autres bicoques, des logis de misère, de vieux repaires coiffés de toits à pignons pointus sont encore à voir dans celte rue de la Parcheminerie, dont nous éludions avec une curiosité charmée les bizarres dessous de porte, les entrées d’escaliers torlueux, ies bouliques pittoresques, presque toutes revêtues d’une couche de couleur sang de bœuf, et où giîtent des frituriers, des débitants de moules cuites, des fruitières, des regraltiers étalant sur la rue des terrines de museau de bœuf confit en une eau vinaigrée, des platées de choux rouges et des tranches de veau jaunâtres, pendant qu'une grosse dame maquillée, mafflue, eroulante en une camisole à fleurs roses, surveille, étonnée et craintive, notre lente promenade.

Dans chaque maison, presque en chaque boutique, un débit de vin. La rue de la Parcheminerie ignore la fameuse mévente qui désole et ameute les viticulteurs du

Midi. Une odeur violente de vinasse sort des portes entr'ouvertes; d'ailleurs la population de ce quartier est

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