‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 35 sur 75 · DÉPLACEMENT DE LA COLONNE DU CHATELET · texte numérisé non relu

DÉPLACEMENT DE LA COLONNE DU CHATELET

L'hot, de l’époque.

bébés parisiéns aux aventures de Phileas Fogg,aux'excentricités de Tom T'itt et aux apothéoses de « La Princesse

Sans-Géêne ».

Les destins du Théâtre lyrique farent plus tourmens : M®° Carvalho, une admirable artiste, y charma Paris en interprétant les belles œuvres dé Mozart, de Gounod, de Félicien David, ete. On acclame Faust, Mireille, Roméo et Juliette, Don Juan. et c’est place du Châtelet, dans le rôle de « la Reine de la Nuit », de la Flûte enchantée, que se leva cette étoile de première grandeur, M"* Christine Nillsson. Cependant, malgré tant d’efforts et tant d’art, le Théâtre sons ferma ses portes.

Après l’épouvantable incendie de mai 1887, l’Opéra- Comique de la rue Favart se transporta place du Châtelet. Cette étape glorieuse marque le triomphe du maître Massenet qui, après £'sclarmonde, donna, le 16 janvier 1893, ce chef-d'œuvre : Werther. Un souvenir historique de cette première sensationnelle : vers onze heures, au moment même où les confetti, simulant la neige d’une nuit de Noël, tombaient des cintres sur la scène, des trombes de neige — véritable celle-là, et glacée — s’abattaient sur Paris. Les chevaux glissent et s’abattent.. on dételle les voitures et les omnibus. C’est en vain que les élégantes spectatrices veulent gagner leurs voitures. les

unes n’ont pu parvenir au théâtre, les autres ne peuvent

avancer; seuls les chevaux, ferrés à glace, peuvent rester debout sur le sol gelé.

Tout passant qui se hasarde dehors icone et se blesse. et cela dura des heures.

Roulées en leurs fourrures et leurs sorties de bal,

nombre de jolies Parisiennes durent altendre dans les cafés voisins et le vestibule du théâtre, assises sur les marches del’escalier, que les secours fussentorganisés.…; l'élégant « Tout Paris des Premières » connut, ce soirlà, les émotions d'un campement aux régions polaires!

Bientôt, dans ce beau théâtre qui porte aujourd’hui le glorieux nom de « Théâtre Sarah-Bernhardt », on jouera les Boujfons, de notre spirituel confrère Michel Zamacoïs : des. coulisses à peine éclairées, nous y avons perçu pendant une répétition ces jolis vers lancés par M°° Sarah ANS Le

Mais on n'atteint jamais, aussi bien qu’on s'y prenne, Le fond toujours fuyant de la sottise humaine, Puisqu’il suffit d'avoir, pour rouler l'univers,

Une âme. ane très droite et le dos de travers.

Puis M"° Sera Bernhard sort de scène en coup de vent, ses cheveux ébouriffés nimbant sa têle fine d’une mousse d’or, le col enfoui en une ample cravate de mousseline — telle une évocatrice miniature d’'Isabey. Jouant le rôle d’un bouffon bossu, elle répète en travesti avec les bottes de l’Aiglon et un ample carrik bleu

= à collets: ses yeux rieurs interrogent M. ZamacOÏs ravi... puis cette femme vraiment extraordinaire,

qui non seulement vient de répéter un rôle écrasant,

(4) Nous avions prévu juste : les Boufjons obtinrent un véritable triomphe. Pendant près de deux cents repr -ésentations Paris vint applaudir l'exquise comédie de M. Miguel Zamacois... ct nous comptons bien la réapplaudir encore.

mais encore a rectifié, mis au point, joué, en quelque sorte, chacun des rôles des artistes qui la secondent, se jette sur une chaise longue dans sa vaste loge claire et parfumée. &

Va-t-elle enfin prendre quelque repos? Non, car un défilé inouï commence; un dessinateur lui soumet ses maquettes; un costumier ses costumes; un régisseur demande des instructions, et un employé à tête de bedeau parait deux dagues au poing : c’est le fourbisseur des armes du théâtre; survient ensuite un commis qui déballe sur le tapis tout un lot de panaches multicolores ; enfin, le gai trottin d’une fleuriste dépose devant M°° Sarah Bernhardt d’admirables branches de houx et de géraniums grimpants.. Et ces fleurs ainsi semées par cette gamine aux pieds de la très grande comédienne semblaient une offrande ingénue et reconnaissante du peuple de Paris à la bonne déesse de l'Art.

tout étranger curieux de souvenirs historiques, dès

sa première visite à Paris; et sa déception est profonde lorsqu'il nous faut avouer que rien, absolument rien, ne survit du sombre décor où se déroulèrent tant de tragédies... Voulant cependant montrer la place où s'élevait autrefois la fameuse Tour au mystérieux renom, nous amenons notre interlocuteur devant un square décoré d’une pelouse verte, d’un maigre bassin et orné, si j’ose dire, d’une déplorable statue de bronze représentant un vieil homme en redingote, aux allures de portier, sur-

« (" reste-t-il de la prison du Temple ? » demande

veillant la station de fiacres voisine — c’est Béranger, le « chantre de Lisette »... et l'étranger parait surpris |

Il est inouï, en effet, que tout vestige ait disparu de ce séjour redoutable qui tint une si grande place dans l'histoire de Paris. Ce fut autrefois un immense quadri-

latère, fermé de murailles crénelées, reliées par des | | 14

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tours de défense, entourant une sorte de petite ville avec église, palais, jardins, forteresse, que dominait une haute et massive tour, le « Donjon ». Les Templiers (c’est à eux que le quartier du Temple doit son nom) y commandaient en maîtres; ces soldats religieux y rendaient même la justice, leur pilori s'élevait au coin -de la rue des Haudriettes et de la rue Saïnte-Avoye (aujourd’hui rue du Temple). Henri III, roi d'Angleterre, avait habité le « manoir du Temple » comme « le plus sûr séjour de Paris », Philippe le Bel, le bourreau des Templiers, s’y était réfugié pendant un soulèvement : populaire.

Mais au xvin° siècle, tout cela s'était singulièrement modifié : la vieille tour rébarbative, spectre des âges anciens, se dressait toujours, comme une épave jaune, marbrée de taches noires, au-dessus du plus populeux des quartiers parisiens ; mais plusieurs hôtels, joyeusement décorés, s’élevaient dans l’enceinte bastionnée du Temple, notamment celui du grand prieur de Malte dont l’ordre avait hérité des Templiers. En 1770, le prince de Conti l’habitait, et deux délicieux tableaux d'Olivier (l’un au musée du Louvre, l’autre au musée de Versailles) nous initient au charme du «thé à l’anglaise » et des « soupers en DEA » servis Pa les salons du Temple.

Autour du Palais, quelques paisibles-loôgis formaient une aimable retraite offrant mille avantages à leurs heureux habitants. On n’y payait pas-d'impôts, on n'y subis-

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