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« — Ton maître, dit le municipal à M. Hüe, était accoutumé aux lambris dorés; il verra comment on loge les assassins du peuple : c’est là qu’il couchera. »
Une alcôve sans tentures ni rideaux, renfermait une couchette « qu’une vieille claie d’osier annonçait être remplie d'insectes (1) »; le Roi entra, ne témoigna ni surprise, ni humeur et, simplement, décrocha lui-même du mur quelques gravures légères. Fire
— Je ne veux pas, dit-il, laisser pareilles choses sous les yeux de ma fille.
Il se coucha, s’endormit paisiblement, et ce fut ainsi que Louis XVI pénétra dans cette tour du Temple, dont il ne devait sortir que cinq mois plus tard pour être conduit à l’échafaud.
Chacun sait le calvaire que gravirent Louis XVI, Marie-Antoinette et M"* Élisabeth. Séparés les uns des
(4) Cette assertion de Cléry est manifestement exagérée; au surplus voici, d'après le Journal de Cléry, la description de cette « Petite
, Tour ». ‘ | Description du bâtiment dit : la Pelite Tour. — Elle était adossée * à la grande tour, sans communication intérieure, et formait un quarré long flanqué de deux tourelles; dans une de ces tourelles était un petit escalier, qui partait du premier étage et conduisait à une galerie sur la plate-forme ; dans l’autre étaient des cabinets qui correspondaient
à chaque étage de la tour.
Le corps de bâtiment avait quatre étages. Le premier était composé d’une antichambre, d'une salle à manger et d'un cabinet dans la tourelle, où se trouvait une bibliothèque de douze à quinze cents volumes.
Le second étage était divisé à peu près de la même manière. La plus grande pièce servait de chambre à coucher à la Reine et à Monsieur
autres, espionnés, gardés à vue, ils étaient chaque jour l’objet de quelque nouvelle vexation. Pas un geste, pas un regard, pas une caresse qui n’eût ses délateurs.… Partout des grilles, sept guichets à franchir, pour pénétrer chez le Roi, et, à chaque guichet, un poste de gardes et des geôliers, deux portes de chêne, doublées de lames de fer, isolant chaque étage de l'escalier par lequel on y accédait.. Le jour pénétrait mal par les fenêtres grillées el masquées par des hottes de bois bouchant complètement la vue. On avait enlevé aux prisonniers, plumes, crayons, encre et papier ; on $aisit même non seulement les rasoirs du Roi, qui se plaignait de porter une barbe longue qui l’incommodait fort, mais encore ses compas, et jusqu’à un couteau à manche de nacre (1). Le conseil du Temple confisqua à Marie-Antoinette « deux paires de
le Dauphin; la seconde, séparée de la première par une petite antichambre fort obscure, était occupée par Madame Royale et Madame Élisabeth. Il fallait traverser cette chambre pour entrer dans le cabinet pris dans la tourelle: et ce cabinet, qui servait de garde-robe à tout ce corps de bâtiment, était commun à la famille royale, aux officiers municipaux et aux soldats.
Le roi demeurait au troisième étage et couchait dans la grande pièce. Le cabinet, pris dans la tourelle, lui servait de cabinet de lecture. À côté était une cuisine, séparée de la chambre du Roi par une petite pièce obscure qu’avaient habitée MM. de Chamilly et Hüe, et sur laquelle étaient les scellés. Le quatrième étage était fermé. Il y
avait au rez-de-chaussée des cuisines dont on ne fit aucun usage.
(1) La Reine, en bonnet de linon et en robe de basin blanc, ravaude du linge, fait des tricots de laine... Madame Élisabeth rétrécit des vêtements et raccommode la belle redingote du Roi, couleur « cheveux de la Reine ». — Six Journées au Temple, par More.
. TOUR DU TEMPLE Ou nouveau logement occupé par Louis XVI le 13 août 1722.
ciseaux ciselés, un couteau à poudrer et un crochet à remuer les dents ».
. Le lendemain de la mort du Roi, les duretés redoublent, la Commune délibère longtemps avant d'accéder à la requête de la Reine, demandant un «habillement de deuil complet pour elle et pour sa famille, le plus simple », et Dorat-Cubières lui refuse un peigne de buis, « le peigne de corne étant assez bon pour elle (1) ». Si Marie-Antoinette veut prendre l'air dans le triste jardin où ses pas sont comptés, il lui faut franchir les cercles insultants des hommes de garde, massés devant la porte, et Rocher, le concierge-sapeur qui signe ses épitres, « Rocher, gardien de Capet(?) », ne manque jamais, pour amuser les curieux, de souffler des jets de fumée du côté de la Reine, que l’odeur de la pipe incommode fort; sur les murs grossièrement Charbonnés, elle peut lire çes mots, accompagnés de dessins insultants : « Mr Véto la dansera (*) ». Et pourtant, l'excès même de ces souffrances enfanta des dévouements surhumains (#) Que d’héroïques eflorts tentés
(4) Mémoires de Turgy.
(2) Gollect. G. Cain.
(3) La Reine guettait le passage de son fils par un jour de souffrance, au faîte d’un escalier tournant, montant de la garde-robe aux combles. — Marte-Antoinelte, 3. et E. ne Goncourt, page 431.
(à) Extrait d’un billet de la Reine à M. de Jarjayes : « .….Je serais bien aise que vous puissiez faire quelque chose pour T... (Toulan); il se conduit trop bien avec nous pour ne pas le reconnäître ». Toulan
ne voulut rien accepter qu’une boîte d’or, familière aux mains de la Reine. Sa femme montra la boîte, et Toulan fut guillotiné.
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pour délivrer les prisonniers ! Les humbles maisonnettes entourant le Temple, dont les mansardes plongeaient sur le jardin inculte où venaient respirer les captifs, cachèrent maints conspirateurs, jaloux de donner leur vie pour sauver la Reine... Quelques fleurs tombaient à ses pieds, comme par hasard, ou d’une invisible chambrette un flageolet jouait Pauvre Jacques !... Des lanternes magiques s’allumaient dans la nuit, projetant sur des écrans, disposés au fond de pièces sombres, quelques mots tracés en gros caractères, donnant des nou- - velles et disant d'espérer... si bien que la Reine avait fini par savoir que telle chambre était amie, et telle fenêtre royaliste !
On sait le reste : Marie-Antoinette, le 1° août 1793,
à deux heures du matin, est arrachée de sa prison ; elle n'a que le temps d’étreindre une dernière fois sa fille et sa belle-sœur, confondues dans un sanglot, d'envoyer un suprême baiser à travers les murailles au petit Dauphin, « ce pupille royal, laissé sous la tutelle du bourreau (1) » ; elle ramasse hâtivement quelques hardes et part pour la Conciergerie, ne possédant plus « qu'un mouchoir, un paquet de cheveux de ses enfants et de son mari, et un flacon de sels pour le cas où elle se trouverait mal »; en partant, la « veuve Capet » laisse tout son cœur au mur de son cachot dans cette inscription, gravée par elle et qui donne la taille de ses deux enfants :
(1) CHATEAUBRIAND. Discours à la Chambre des Pairs, 9 janvier 1816.
4 pieds 10 pouces 3 lignes. c’est sa fille; 3 pivds 2 pouces. c’est le Dauphin, c'est Louis XVII, dont un procès-verbal annoncera la mortofficielle en cestermes: « Section du temple. — L'an HI de la République française du 22 prairial. — Décès de Louis-Charles Capet,