CONSTRUCTION,DU MUR ISOLANT LA TOUR DES BATIMENTS DU TEMPLE
lembrasure profonde de la croisée, on voit l’obscur recoin où s’éteignit le Dauphin, et près de sa couche, le long de la muraille, les figures d’animaux qu’il crayonnait dans les ennuis d’une longue agonie » (1).
s (1) Description des appartements qu'occupaient, en 1792, dans la tour du Temple, Louis XVI et sa famille. (Voyez le Journal de la
Enfin, l'empereur Napoléon, obsédé par ce lugubre souvenir de la Terreur, ordonna, en 1809, la démolition de la tour du Temple. Déjà la plus grande partie de l’enclos avait été aliénée comme propriété nationale; on avait abattu les murs d’enceinte, vendu le terrain, ouvert
tour du Temple, par CLéry, édition de 1814.) — La grande tour, d'environ cent cinquante pieds de hauteur, forme quatre étages qui sont voûtés, et soutenus au milieu par nn gros pilier, depuis le bas jusqu’à la flèche. L'inférieur est d'environ trente pieds en quarré.
Le second et le troisième étages, destinés à la Famille Royale, étant, comme les autres, d'une seule pièce, furent divisés en quatre chambres par des cloisons de planches. Le rez-de-chaussée était à l'usage des municipaux; le premier étage servait de corps de garde; le Roi fut logé au second.
La première pièce de son appartement était une antichambre où
trois portes différentes conduisaient séparément aux trois pièces. En face la porte d'entrée était la chambre du roi, dans laquelle on plaça un lit pour Monsieur le Dauphin : la mienne se trouvait à gauche, ainsi que la salle à manger, qui était séparée de l’antichambre par une cloison en vitrage.
Il y avait une cheminée dans la chambre du Roi : un grand poële dans l’antichambre chauffait les autres pièces. Chacune de ces chambres était éclairée par une croisée, mais on avait mis en dehors de gros barreaux de fer et des abat-jour qui empêchaient l’air de circuler; les embrasures des fenêtres avaient neuf pieds de profondeur.
La grande tour communiquait par chaque étage à quatre KOAIeRES placées sur les angles.
Dans une de ces tourelles était l’escalier, qui allait jusqu'aux créneaux; on y avait placé des guichets de distance en distance au
nombre de sept. De cet escalier on entrait dans chaque étage en fran-
chissant deux portes : la première était en bois de chêne fort épais et garni de clous, la seconde en fer.
Une autre tourelle donnait dans la chambre du Roi, et y formait un cabinet. On avait ménagé une garde-robe dans la troisième. La
des rues. La rotonde du Temple, près la tour, était devenue un marché; tout s'était modifié si bien que, lorsque la duchesse d’Angoulème voulut revoir ces lieux où son père et sa mère avaient agonisé, elle ne retrouva que des débris, des plâtras, des ruines. Elle y fit placer des
quatrième renfermait le bois de chauffage : on y déposait aussi, pendant le jour, les lits de sangle sur lesquels les municipaux de garde auprès de Sa Majesté passaient la nuit.
Les quatre pièces de l’appartement du Roi avaient un faux plafond en toile, les cloisons étaient recouvertes d’un papier peint. Celui de l'antichambre représentait l’intérieur d’une prison, et, sur un des panneaux, on avait affiché, en très gros caractère, la Déclaration des droits de l'homme, encadrée dans une bordure aux trois couleurs. Une commode, un petit bureau, quatre chaises garnies, un fauteuil, quelques chaises de paille, une glace sur la cheminée, et un lit de damas vert, composaient tout l’ameublement : ces meubles, ainsi que ceux des autres pièces, avaient été pris au palais du Temple. Le lit du Roi était celui qui servait au capitaine des gardes, Mer le comte d'Artois (1).
La Reine logeait au troisième étage : la distribution en était à peu près la même que celle de l’appartement du Roi. La chambre à coucher de la Reine et de Madame Royale était au-dessus de celle du Roi : la Tourelle leur servait de cabinet. Madame Élisabeth occupait la chambre au-dessus de la mienne; la pièce d'entrée servait d’antichambre, les municipaux s’y tenaient le jour et y passaient la nuit. Tison et sa femme furent logés au-dessus de la salle à manger de l’appartement du Roi.
Le quatrième étage n’était point occupé: une galerie régnait dans l'intérieur des créneaux, et servait quelquefois de promenade. On avait
: placé des jalousies entre les créneaux, pour empêcher la Famille Royale de voir et d’être vue...
\ * (4) M# le duc d'Angoulême, en sa qualité de grand-prieur de France, était propriétaire du palais du Temple. Mgr le comte d'Artois l'avait fait moubler. C'était sa résidence lorsqu'il venait à Paris. La grande tour, éloignée du palais de deux cents pas, et située au milieu du jardin, était le dépôt des archives de l'ordre de Malte,
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cyprès et un saule pleureur. Souhaitons que le petit saule qui mire aujourd’hui ses branches dans le bassin
provienne d’une boutüre de l'arbre planté en 1815... Rien ne reste donc de l’enceinte immense d'autrefois: quant à la fameuse tour du Temple, elle couvrait exactement l’espace occupé maintenant par les trottoirs et la rue des Archives, depuis l'aile gauche de la mairie du troisième arrondissement jusqu’à l’allée sablée du square, dans le prolongement de cette aile; deux de ses tourelles (car la tour était flanquée de quatre tourelles) débordaient sur la droite. La rue Perrée, le petit lac et les pelouses adjacentes s'élèvent sur l’ancien jardin. En avant et jusqu’à la rue du Temple s’étendait le palais du grand prieur. Et dans ce square banal, évoquant de si douloureux souvenirs, nous cherchions instinctivement, dans l’herbe verdissante, à la place où Marie-Antoinette jouait au ballon avec ses. enfants :
Une touffe de fleurs où trembleraient des larmes (1).
(1) A. Samain, à jMarceline Desborces-Valmore, Le Chariot d'Or (p. 66). | Lÿ. ;
Le carreau du Temple. — La rue de la Corderie.
Ls sont de plus en plus rares, les coins de Paris | ayant gardé l'allure pittoresque dé jadis: échappant à la loi commune, le quartier du Temple a conservé sa légendaire physionomie d'antan. Le fameux enclos, la tour au mystérieux renom ont disparu depuis longtemps ; mais les petites rues sombres, étroites, sinueuses qui les enserraient autrefois — la rue Charlot, la rue de la Corderie, la rüe de Beauce, la rue de Bretagne, etc., — semblent à peine modifiées. Ces rues ont vu passer non seulement les commissaires, les gardes et les geôliers du Temple, mais encore le baron de Baitz, le comte de Rougeville, Mme Atkins, tous les enragés conspirateurs qui, pendant des mois rôdèrent autour du Temple, prêts à donner leur vie pour arracher Marie-Antoinette à sa
prison. Beaucoup de vieux logis, eñcore existants, ont
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pa) NOUVELLES PROMENADES DANS PARIS
abrité d’audacieux conciliabules où se discutaient de folles tentatives d'évasion. Il y a quelques années une antique maison de la rue de Picardie recélait encore, dans sa cave, une entrée de souterrain aboutissant au jardin sauvage où la Reine venait respirer avec ses enfants. | | e
Il est facile, Ra n aidant, de reconstituer le grouillis pittoresque de toutes ces ruelles aux siècles derniers, alors que cent petits métiers emplissaient Paris de mouvement, de vacarme, de querelles. Les fontainiers soufflaient dans leurs robinets, les porteurs d’eau faisaient claquer les anses de leurs seaux, pendant que les marchandes de carottes, de pommes, de choux ou de navets hurlaient « la tendresse, la verduresse ! » De tous côtés c’élaient des appels, des offres, des cris : « À raccommoder la faïence! » — « Du bon boudin gras et salé ! » — Pierre à fusils, amadous! » — « À rétamer les cuillers et les fourchettes! » — « Marrons bouillis qui brûlent la poche! » — « Cassez la croûte, buvez la goutte! » — « V'là l'melon, v’là l’sucré! » Aujourd’hui, les omnibus, les tapissières, les haquets, les voitures à oras, les autos sillonnent la chaussée, les trottoirs sont envahis, et sous les portes cochères, à côté d'anciens hôtels princiers accaparés maintenant par l'industrie, on fait rissoler des saucisses, on souffle des beignets et des pommes de terre, on verse des bols de lait ou des tasses de café noir. et si Saint-Aubin, Joly, Debucourt, Carle Vernet et Pigalle revenaient sur terre, ces gais
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illustrateurs de Paris retrouveraient à peine modifiées ces vieilles rues qu'ils aimaient tant et ces amusants petits métiers qu'ils ont si spirituellement représentés.
Dessin de Houbron.
La rue de Bretagne — qui longe la mairie — est particulièrement tumultueuse. Au numéro 39, entre une charcuterie et une boucherie s’ouvre le marché des
Enfants-Rouges, qui est bien l’une des plus pittoresques évocations du Vieux-Paris (1).
Écrasé entre les six étages de trois maïsons ouvrières, le marché des Enfants-Rouges étale ses rustiques éventaires sous des assi- ses de poutres noires et basses que recouvre un toit de vitres crasseuses.
Un jour tamisé, blafard, venant de biais, y pique d’imprévues colorations. C’est le type des marchés populaires du xvuI° siècle, On y vend de tout : des têtes de moutons fraîchement écorchés et des métrages de jaconas, des | éponges, des cartes postales, des pieds de porc, des pots de giroflées, et, à côté de deux ménagères qui marchandent des lacets, une
Houbron, del.
(1) Il date de 1628 et doit son nom aux vêtements rouges dont . étaient revêtus les enfants assistés, pensionnaires de l'hôpital voisin. 2 ; +
tripière blonde gonfle avec un soufflet des mous de veau. d’un rose violacé.
Dehors, un camelot a dressé sa petite table, on fait cercle autour de lui. Nous approchons... horreur! cet homme dépose des punaises vivantes sur un papier qui fut blanc...
Il lance un coup de pinceau enduit d’une liqueur jaunâtre.. et la foule émue se penche pour constater le décès foudroyant des punaises. Devant le murmure flatteur, il renouvelle l’expérience et exhibe de nouvelles punaises… il en sort de toutes ses poches. « Badi- LA RUELLE DES OISEAUX geonnez vos bois de Houbron, del.
lit, s’écrie-t-il impérieusement, et vous les Luerez toutes sans les endormir.. même les plus entièrement vivantes. Et, tenez, mon-
sieur, pour vous ce ne sera que six sous le flacon! » C'est donné. et nous nous éloignons anxieux. ;
Mais nous ne sommes pas au bout de nos étonnements. Une ruelle — la ruelle des Oiseaux — relie le marché à la rue de Beauce, et là, au numéro 1, dans une bonne odeur d’étable, à dix mètres de cette cohue, .une
quinzaine de vaches grasses, luisantes, rousses et
Martial, del. MARCHÉ DU TEMPLE EN 48C0
blanches, reposent doucement couchées sur une litière de paille : c’est la laiterie des Enfants-Rouges. — Iln ya que Paris pour offrir à ses dévots de si 1 drélatiques sur-
prises.
* * Le marché du Temple, ‘aujourd’hui démoli aux trois quarts, emplissait encore l’an dernier d'immenses constructions en fer dans le goût des Halles Centrales, rem-
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plaçant depuis 1860 le premier marché, bâti vers 1809. Ce premier marché comprenait quatre pavillons carrés immenses et bas. recouverts de tuiles brunes, et chacun des quatre pavillons avait son nom et sa deslination : sous Louis - Philippe, le « Palais- Royal » approvisionnait de toilettes encore.
fraiches, de r'ubans, de velours et de bijoux faux les petites bourgeoises, les actri- :
ces et les grisettes; le « Pavillon de Flore » regorgeait de layettes, | CARRÉ DE LA FORÊT-NOIRE de draps, de cou- : | pes de toile, d’ob,cts de literie; la « Forêt Noire : recélait les souliers éculés, les bottes ressemelées, les savates, les vieux sacs, etc.; enfin au «Pou-volant » venaient échouer toutes les épaves de la rue, vieux chandeliers vert-de-grisés et ‘disloqués, ferrailles rongées de rouille, roues hors d’usage,etc.,— c'était le déversoir des hottesde chiffonniers.
Il y en avait d’ailleurs pour tous les goûts et pour
toutes les bourses, et les vagabonds, les miséreux y trouvaient aussi leur compte : on pouvait, moyennant 50 centimes « échanger une chemise sale contre une propre »; les chaussettes se payaient 10 centimes; le cours moyen des gilets blancs flottait entre 45 et 55 centimes; les perruques de théâtre valaient de 2 à 60 francs, les « corsets pour dames » de 1 fr. 50 à 3 francs. Familières, les marchandes campées sur leurs pas de porte raccrochaient les clients : « … Un beau pantalon, voyez mon assortiment... et ils ont des fonds... eux! » — « Entrez, ma petite dame, voyez mes dentelles... encore plus fraiches que vous! » |
Bien qu’embelli, aéré et assaini par le second Empire, le Temple était de plus en plus délaissé; l’an dernier, on l’abattit presque totalement et de grandes maisons se bâtissent actuellement sur ses vastes terrains désaffectés. |
Cependant un coin pittoresque survit à l’hécatombe: le carreau du Temple, bourse officielle de la friperie. Dans un énorme hangar de fer sont entassés les objets les plus hétéroclites ; les piles de pantalons, de gilets, de vestons, les amas de couvertures,
les chapeaux de femme, les mantelèts et les man-
ches d’ombrelle y voisinent avec les vieilles lampes Carcel, les bandages usagés, les sacs de voyage, les caracos teints, reteints et déteints, les paquets de plumes multicolores, les appareils photographiques et
‘ un lot de chaînes
caille décorée
les parures de jais. On trouve même en cet étonnant carreau. du Temple le coin du bibelot; le long de la grille, quelques petits éventaires présentaient, l’autre matin, à la passion des amateurs : deux fragments de tapis “arce, quelques bracelets en cheveux,
de montres, trois portraits de Napoléon I‘, une boussole, une râpe à tabac, une boîte d'’é-
d’une image de Louis XVI contemplant un pot de lis, un buste d'Henri Rochefort, un chromo, d’après Edouard Detaille, et deux pipes fortement culottées, ornées denymphes immodestes.