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PAVILLON DE FLORE

La rue Dupetit-Thouars, qui longele Temple et abrite des boutiques de fripiers et de vulgaires costumiers,

fut jadis un des endroits de Paris où les artistes, les

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fureteurs savaient trouver, à une époque où la mode les négligeat encore, les adorables épaves du passé Les

tapisseries des Gobelins, de Beauvais, d’Aubusson, les

panneaux de Boucher, d’Audran, de Pillement se rencontraient rue Dupetit-Thouars, où les malins savaient dénicher à bas prix les services de Saxe, de Sèvres, de Mennecy, les commodes en bois de rose et les bahuts de la Renaissance délaissés alors pour les poufs capitonnés et les meubles biscotournés des SRE des Tahan, des Ribaillier…

Maintenant, c’est la Morgue de l'atrébis On y vend des lambeaux d’uniformes, des casques défoncés, des lattes ébréchées, des épaulettes effilochées. De loin en loin quelques fripiers de choix exhibent de somptueux uniformes d'officiers du second Empire, mélés à des vestes de chasse ou à des habits d’académiciens, et, devant des panoplies d’épées ou de shapskas de lanciers, de longues guirlandes de croix d'honneur aux rubans déteints et fanés jettent des éclairs de aus sur tout ce misérable bric-à-brac.

A côté, dans de sordides boutiques, d’immondes dégui. sements populaciers, des pierrots, des bébés, des folies et des clowns pendentlugubrement au-dessus des « têtes de cotillon » d’une écœurante vulgarité !

* *X *% , t Un peu plus loin, la rue s’évase et forme une sorte de petite place triangulaire : la place de la Corderie. Au

numéro 14 s’ouvre un magasin de friperié, Dans un vaste hall, qui fut autrefois un bal public, des montagnes de vêtements de toutes sortes, des centaines de sacs, de selles, de paires de bottes sont installés en un nie parfait; une galerie soutenue par des colonnes basses règne autour de la salle et ces colonnes portent des écussons entourés de glaives et de palmes; on y lit ces mots : « Haï-Phong, Tuyen-Quan, Hanoï, Formose ». L’accueillant propriétaire, M. Blin, nous explique que ce furent jadis les écussons dressés pour fêter le retour des cendres de Napoléon, en 1840, et les inscriptions modernes recouvrent les noms glorieux de Wagram, d'Austerlitz, de Marengoet d’Iéna.

Mais cette mâison de la rue de la Corderie évoque bien d’autres souvenirs : ici naquit le mouvement insurreclionnel qui aboutit à la tragique commune de Paris : le signal en fut donné d'une modeste chambrette « grande et nue comme une salle de collège (1) », s’ouvrant, au troisième étage, derrière une porte qu’un coup d'épaule ferait sauter. Ici, en effet, trouvèrent asile, dans la première quinzaine de mars 1871, les membres du Comité central de la garde nationale, pourchassés, traqués par le Gouvernement (?). Le 16 février 1871, au lendemain du siège de Paris, d’effroyable mémoire, ce Co-

(1) Jules Varzès. L'Insurgé. À

(2) « Le Comité central se réunissait, non au rez-de-chaussée, mais à un étage quelconque de la place de la Corderie dans une salle qui avait dû servir de lieu de réunion à une société de secours

mité, qui réunissait tous les violents, tous les révoltés du parti révolutionnaire — ceux qui clamaient : « Il faut dès aujourd’hui sonner le tocsin! », et ceux qui disaient : « Qui a du fer a du pain! » — s’était constitué et avait grand'peine à se réunir; de là, des mots d'ordre transmis mystérieusement, des rendez-vous modifiés à la dernière minute, des réunions transportées d’un quartier dans un autre. |

Vers le 10 mars, le Comité avait accepté l’hospitalité de l'Association internationalé des travailleurs, dans cette maison de la rue de la Corderie. C’étaitune réunion d'hommes déterminés, englobant non seulement quelques commandants de la garde nationale, mais encore de simples fédérés ayant un grand ascendant sur leurs camarades, et préparant la Révolution à main armée. Il y avait là Jules Vallès, Ranvier, Brunel, Pindy, A. Bouit, Varlin, Arnold, Bergeret, Duval, etc.

Les délégués siégeaient au troisième étage, dans une salle longue de neuf mètres, large de cinq, éclairée par de rares bougies ou, faute de mieux, par « des chandelles des six, plaquées contre le mur à la façon des tonneliers travaillant dans une cave (1) ». Pendant la nuit du 17 mars, de suprêmes résolutions y furent prises; à minuit, en

mutuels, peut-être celle des chapeliers.… » (Renseignements particuliers.)

« Oui, la salle de la Corderie était bien au troisième étage : une salle nue. Des bancs et des chaises de paille; une table au fond pour le bureau. » (Renseignements particuliers.)

(1) Renseignements particuliers.

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