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sait toute représentation : il fallut obéir et céder à la force. Une estampe de Prieur nous montre les cabriolets, les voitures et les spectateurs repoussés par une foule hostile et nous permet de constater que la maison voisine — existant encore à droite, avec ses deux ailes encadrant une large terrasse — était le café de l'Opéra. tenu par le sieur Mangin et contigu au théâtre.
Cette belle salle fut successivement l’Opéra, le théâtre de la porte Porte-Saint-Martin, le théâtre des Jeux gymniques, et eut enfin l’honneur d’être l’arène où Victor Hugo, Dumas, Balzac, Soulié livrèrent les grandes luttes du romantisme triomphant ; elle servit même pendant le siège de Paris, aux auditions des Châtiments de Victor Hugo, interdits sous l’Empire. Le 5 novembre 1870, une représentation, donnée à deux heures de l’après-midi, rapporta 8.000 francs, destinés à la fonte d’un canon: Frédérick Lemaître dit Souvenir de la nuit du 4; Berton, l'Expiation; Coquelin, Chansons; Taillade, Aux volontaires de l'an IT; Mile Favart, Stella, et notre cher ami Jules Claretie, après avoir, en une vibrante allocution pleine de patriotique émotion, exposé le but glorieux de la représentation, avait offert son bras à Sarah Bernhardt qui, dans la salle à peine éclairée pleine de femmes en deuil et de Parisiens en uniforme, faisait, au profit des blessés, la quête dans un casque ennemi!
Que de souvenirs encore ! Sur la petite place comprise entre la porte Saint-Martin et la façade du restaurant Deffieux — c’est aujourd’hui le théâtre dela Renaissance, où triomphent actuellement quelques-uns des meilleurs artistes de Paris, ayant à leur tête l’admirable Lucien Guitry — il nous souvient avoir vu, tout enfant, pendant cet inoubliable siège de Paris, les mobiles bretons, couverts de peaux de bique, faire l'exercice au son du biniou! On entendait au loin l’incessante canonnade des forts, et nous restions là des heures, sous une bise glaciale, contemplant ces braves gens commandés en langue bretonne. L’ex-abbé Bauer, à cheval, la soutane retroussée sur les bottes à l’écuyère, regardait aussi, en fumant un gros cigare.
Tout ce pâté de maisons, depuis le restaurant Deffieux jusqu’au théâtre de la Porte-Saint-Martin, disparut incendié dans la dernière semaine de mai 1871, lors des . suprêmes convulsions de la Commune expirante, et pendant de longs mois l'immense ouverture béante de cette grande scène carbonisée ouvrit son cadre tragique sur le boulevard ruiné. Enfin, en Septembre 1873, le théâtre fut reconstruit sur le sol aplani, et c’est depuis cette époque qu’il n’est plus nécessaire de gravir des marches pour y pénétrer, |
Jusqu’alors, la chaussée, nivelée depuis 1850, entre