‹ Nouvelles promenades dans ParisChapitre 51 sur 75 · SON · texte numérisé non relu

SON

herbk

q uelt afge ni

Te: Fr PERS

LA

par Vernique

de 1

Extrait du Plan de Paris,

dèche.. et ils étaient fréquents. nous opérions des fouilles qui régulièrement nous faisaient découvrir une pièce de quarante sous, plus rarement une pièce de cent sous, nous vivions avec cela deux ou trois jours !

« Pendant que mon père donnait des leçons, je travaillais d’après nature, en plein air... Vous ne sauriez avoir aucune idée de ce qu'était alors ce quartier si élégant, si luxueux aujourd’hui, le boulevard de Courcelles, l’avenue de Villiers, la place Malesherbes, l’avenue de Messine; c'était la campagne, la vraie campagne! On y voyait des cultures maraîchères, des laiteries, des fermes, des étables de nourrisseurs, des guinguettes où les jours de fortune on allait manger une omelette sousles acacias en fleur; les vaches, les chèvres, les moutons y paissaient dans les champs; mon père et moi y faisions des études de mousses, de fougères, de troncs d’arbres… Il existe un tableau de Cabat (1) qu’on croirait peint dans le Morvan. c’est le boulevard Haussmann en 1835, derrière l'hôpital Beaujon! — Monceau, abandonné, n’était plus qu'une ruine grandiose, envahie par les herbes, les lianes, les bardanes, les fleurs sauvages ; les arbres échevelés s’y emmêlaient comme en une forêt vierge, le petit lac était un marais et les colonnes de la Naumachie gisaient pour la plupart dans l’herbe. Quelques artistes avaient dressé leurs chevalets dans ce coin charmant... je me souviens d’un élève de Drolling qui y son-

(4) Ce tableau, qui fait partie de la collection Leblanc-Barbedienne,

figura à l'Exposition rétrospective de la Ville de Paris (1900). PR 21

nait du cor entre deux études. J’y peignais des animaux, et les modèles ne manquaient pas... j'y passais toutes mes journées de beau temps; quand il faisait mauvais, je travaillais aux abattoirs du Roule — à quelques mètres de Monceau, sur l'emplacement de la seconde moitié de l'avenue de Messine; leur porte s’ouvrait à peu près à la place où se dresse aujourd’hui la statue de Shakespeare.

« Il fallait vraiment adorer son art pour vivre au milieu de pareilles horreurs et dans un tel milieu; je m'installais dans les bouveries, à côté des tueriés, le sol était rouge de sang, l’on en respirait l’odeur fade. Tout ce monde forcément grossier des abatteurs, des dépeceurs, des buandiers n’avait pas vu sans surprise cette fillette de dix-huit ans dessiner ainsi au milieu d’eux, et bientôt on me fit la vie dure... J’en ai entendu de drôles, je vous assure. Enfin la Providence m’accorda un * protecteur, un brave et digne homme, bon comme le pain, doux comme un mouton, fort comme deux Hercules. On connaissait aux abattoirs la vigueur du père Émile (c'était son nom). Il déclara qu'il se chargeait de donner une leçon au premier qui se conduirait mal à mon égard, et je pus alors travailler tranquillement.

« Mon protecteur exerçait le métier bizarre d’échaudeur de têtes de veau! Me voyant déjeuner d’un petit pain d’un sou, il m’emmenait souvent retrouver sa femme, brave et honnête comme lui, et m'offrait le plus réconfortant des repas dans un intérieur stupéfiant,

Page 1