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Exirait de l’Atlas de la Ville de Paris, par N. Maire, édition de 1815,
Le AVENUE MONTAIGNE
L'’allée des re — La Maison pompéienno.
Le bal Mabille.
FNx dar bordée d’hôtels princiers ou de luxueux immeubles, sillonnée d'équipages, trépidante d’autos, l'avenue Montaigne est un exemple typique de l’extraordinaire transformation subie depuis plus de cinquante ans par cette partie de Paris comprise entre la Seine, l’are de l'Étoile, les Champs-Éiysées et la place de la Concorde.
Jusqu'à la fin du xvin siècle les plans (1) nous montrent cette belle avenue plantée. d’une double rangée d'ormes, filant droit au travers de cultures maraichères, de plants de choux, de champs d’avoine... Pas une mai- (1) Plan Lacaille (1714), un simple tracé doublement.bordé d'arbres et de cultures maraîchères, près du marais des Gourdes. — Plan de la Grive (1720), allée des Soupirs. — Plan de Verniquet (1731), allée des Veuves. — Plan de Maire (1813), on aperçoit la Chaurmière au coin de la rue des Blanchisseuses.… quelques maisons sont indiquées... et, près
du rond-point, une « buvette champêtre », qui sera le bal Mabille.
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son, pas une grange, rien que quelques entreprises de blanchisserie et des guinguettes où venaient vider bouteille les joueurs de boules, les blanchisseuses, les chasseurs d’alouettes et les disciples de Rousseau herborisant dans ces solitudes. A l'amorce de l'avenue, sur l'emplacement de l'actuelle place de l’Alma, deux bâtisses : la Savonnerie, Manufacture royale des tapis de la Couronne qui, en 1825 seulement, fut réunie à la Manufacture des Gobelins, et la Pompe à feu, construite vers 1781 par les frères Perier avec l'appui matériel et moral de Beaumarchais destinée à élever l’eau de la Seine pour la distribuer dans Paris; c'était tout.
En 1720, l'avenue Montaigne s’appela l'allée des Soupirs, puis l'allée des Veuves en 1731, « parce que, anciennement, assure Prud’homme, les veuves qui n’eussent osé paraître en grand deuil aux promenades publiques allaient pleurer leurs maris dans cette allée sombre et solitaire ». 5
Mélancolique pendant le jour, l'allée des Veuves devenait dangereuse à la nuit tombante;les voleurs, les gens de mauvaises mœurs, les vagabonds se réunissaient dans les caves creusées le long des fossés et les bouges du voisinage. Donc l'allée des Veuves était à bon droit suspecte et délaissée, quand le caprice d’une jolie femme y attira la foule en 1794. ;
Près de la Seine, à l'angle de la rue des Gourdes — c’est aujourd’hui l'emplacement approximatif du numéro de l'avenue Montaigne — un bosquet de lilas et de peu-
pliers encadrait une maisonnette d'aspect rustique, une de ces fausses ruines mises à la mode à Trianon par Marie-Antoinette et qu'Hubert Robert excellait à dessiner ; des briques disjointes étaient peintes sur les murs, les fleurs grimpaient jusqu’au toit de chaume piqué d'iris et de giroflées ; on appelait « la Chaumière » ce décor d'opéra-comique. La “ompagne de Tallien, la belle Thérésia Cabarrus, celle que la «jeunesse dorée» et les «collets noirs » acclamaient sous l’invocation de Notre- Dame de Thermidor, y habitait.
. Dès le lendemain de la Terreur, alors que Tallien, vainqueur de Robespierre, était le roi de Paris, il s’y tint des réunions charmantes: les incorrigibles fêtards qui, depuis tant d'années de jacobinisme, étaient sevrés de bals et de raouts y accoururent avec enthousiasme. Les pieds finement chaussés d’escarpins vernis à l'œuf, muscadins et merveilleuses traversèrent la place de la Révolution où tant des leurs avaient été guillotinés, s'engagèrent dans les sentes du Cours-la-Reine, franchirent les déserts des Champs-Élysées et gagnèrent la Chaumière.
Pendant des mois ce futla mode de venir danser chez la citoyenne Tallien, cette « Pompadour venue après tant de Lycurgues, qui rappelait d’exil etles Jeux et les Ris (1) ». Les plusbraves, les plus fous, les plus moroses venaient y deviser « sous des dais de verdure enlacés d’emblèmes patriotiques »; Barras, Chénier, Fréron, Carle Vernet,
(4) L. et J. de GoxcourT. La Société française pendant le Directoire, page 295.
Duplessis-Bertaux, Siéyès faisaient cercle autour .de Mess de Beauharnais, Visconti, de Cambys, de Château- Renault vêtues en nymphes greeques ; le général Bonaparte y disait la bonne aventure au général Hoche ; Viotti jouait une symphonie et l’on applaudissait aux «jetés-
HABITATION DE TALLIEN Reznier, del. : . PS Li: Champin, Jith.
battus » de l’élégant Trénitz comme aux romances sentimentales de Garat, ce coryphée des Incroyables, soupirant le rondeau des Visitandines ou Plaisir d'amour, le jarret tendu et la bouche en amande. :
Souriante, blanche et rose, roulée dans un nuage de |
mousseline, M®° Tallien présidait à la fête, entourée des plus élégants muscadins « en habit avec deux grands pans à queue de morue, très petit gilet, pantalon très ample, bottes à la Souvaroff; sous le bras, une petite canne en forme de massue; un lorgnon grand comme une soucoupe; les cheveux frisés en serpenteaux cachant les yeux et la moitié du visage »... C'était charmant. Mais. le vent tourne, l’Idole abandonne la Chaumière... On vend la maisonnette qui se transforme en un videbouteille à l'enseigne de « l’Acacia », et Tallien, délaissé, suspect, pauvre et seul, achève de mourir en 1820, chez un maraicher voisin dont les fenêtres donnaient sur cette « Chaumière » qui lui rappelait son moe éphémère et ses amours envolées.
L'allée des Veuves, plus que jamais mélancolique, fut absolument délaissée pendant la première moitié du xIx° siècle. En 1838, ayant à situer loin de tout secours, en un quartier perdu, une maison facile à dévaliser, Eugène Suë, dans les Mystères de Paris, la place en l’allée des Veuves « toujours déserte (1) ».
Le second Empire transforma le quartier, l’assainit, l’embellit, le peupla, et sur l’emplacement qu’occupe aujourd'hui, au numéro 18, l'hôtel J. Porgès, le prince Napoléon fit édifier, en 1858, sa « Maison Pompéienne ».
Décorée avec un goût parfait, d’après les meilleurs
(1) Eug. Sue. Les mystères de Paris, page 103.
modèles antiques, sa façade polychrome, sévère et savante, jetait en l’avenue Montaigne — (c'est le. nom moderne de l’allée des veuves) — une note d'art imprévue. La grille franchie, deux gros chiens en mosaïque montaient la garde sous le vestibule et l’on entrait en pleine antiquité. Un amusant tableau de Boulanger nous donne l’image fidèle de ce que fut l’atrium, le 44 février 1860, jour d'inauguration du palais pompéien, alors qu'en présence de l'Empereur et de l'Impératrice Île prince Napoléon, au « théâtre de Pompéi, rouvert après un relâche de dix-huit cents ans pour cause de réparations », fit interpréter par Mr* Madeleine Brohan el Favart, MM. Samson, Got et Geffroy, la Femme de Diomède et le Joueur de flûte, d'Émile Augier.
On joua «entre quatre colonnes ioniques, cannelées jusqu’à la moitié du fût et enveloppées, de là jusqu’à la base, d’un ton rouge, comme d’une étoffe de pourpre... Au bout du bassin (car il y avait un bassin pavé de mosaïques de marbre varié), s'élevait une sorte d’autel à guirlandes peintes et dorées soutenant une magnifique statue de Napoléon l* en marbre blanc, à l'air d’un César divinisé ». Si nous feuilletons la curieuse. collection de photographies retraçant cette délicate reconstitution pompéienne dont un factionnaire de.la garde impériale gardait le seuil, en plastron blanc, bonnet à poil en tête; nous y relevois d’amusants anachronismes : un bain turc, les bustes de Napoléon III et de S. M: l’Impératrice __ les serments des Horace — copie par Ingres d'après
David — des cheminées néo-grecques, et dans la bibliothèque, sous les lustres d'argent hérissés de bougies, un squelette mélancolique se dresse en un angle de vitrine... Cela n’empêchait pas la maison pompéienne d'être l’exquise réalisation d’un beau rêve antique, témoignant de