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CHAUMIÈRE PRÈS LES CHAMPS-ÉLYSÉES, VERS

Marchand, del. el sculp.

core que cultures herbagères, terrains vagues, pâturages, dépôts d’ordures. La foule se portait au Cours-la-Reine, le long de la Seine, pour y contempler les retours de courses, y jouer aux quilles, à la paume et aux barres. Les Champs-Élysées, délaissés, comptaient, en bordure, quelques guinguettes achalandées par les ouvriers travail-

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lant place Louis-XV ; ce fut la Révolution qui se chargca d'y amener du monde; on y guillotina, et la foule accourut pour assister à cet aimable spectacle (1).

Cette belle avenue avait vu passer la berline royale lors du sinistre retour de Varennes : (?)

«Une multitude immense, immobile et silencieuse couvrait les toits, la terre et les arbres. nul cri, nul mouvement tumultueux; sur le siège de la voiture étaient trois particuliers, liés ou enchainés, qui avaient été arrêtés servant de courriers à la famille royale dans leur évasion. Dans la’ voiture se trouvaient le Roi, la Reine, M. le Dauphin, M"° Royale, M®° Elisabeth, deux des commissaires de l’Assemblée nationale, MM. Pétion et Barnave, et Me de Tourzel.… À quelque distance, venait un cabriolet où étaient deux femmes de chambre de M®° Royale et de M"* Elisabeth. Marchait ensuite un chariot ouvert de tous côtés et couvert de branches de laurier. Tout le monde voulait voir un garde national qui était sur le devant de ce chariot, devenu char de triomphe : ce garde national était celui qui, avec tant

(4) La Convention mit au concours une statue de J.-J. Rousseau qui devait être placée au centre du rond-point des Champs-Élysées ;

cette statue ne fut jamais exécutée, mais un monument de gazon

rappela pendant un certain temps la mémoire de Marat et de Le

Peletier.

(2) Une lettre de Bailly à Pastoret avait insisté, le 24 juin 1791, sur

la « nécessité de faire prendre au cortège royal «le chemin menant en

droiture au Pont Tournant, qui serait fermé aussitôt que le Roi serait

entré ». Collect. G. Cain.

de courage et d’habileté, a arrêté à Varennes le voyage de la famille Royale (1).

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Paris commençait à connaître les Champs-Élysées, là foule s’y portait, délaissant le Cours-la-Reine, mais la promenade ne dépassait guère la rue de Chaillot; plus loin c’élaient des terrains détrempés, des talus pelés, des pâtures galeuses que sillonnait encore en 1764 uu grand égout découvert, venant du faubourg Montmartre, passant par la chaussée d’Antin, traversant les terrains

(1) Journal de Paris. — La fâcheuse impression que m'avait fait éprouver la fuite du Roi, je la ressentis aussi bien au sujet de son arrestation et de sa rentrée à Paris, l'une des choses les plus ‘tristes que je me rappelle. Ma compagnie fut commandée pour coopérer à border la haie, et j'eus tout le spectacle de cette grande infortune. C'est un tableau qui n’a cessé de m'être présent: je vois encore dans le fond de la première des deux voitures, Louis XVI, à gauche, ' la tète découverte, ayant Barnave à côté de lui; Marie-Antoinette, à droite, avait sur ses genoux le Dauphin et semblait le montrer à la foule, à travers laquelle ils se dirigeaient vers un château qui ne pouvait plus être qu’une prison, et qui fut en réalité pour eux l'antichambre du Temple et de la Conciergerie.

Ils semblaient marcher au supplice, dont ARE instant PAT les rapprochait. Et à quel supplice déjà échappaient-ils en présence de trois à quatre cent mille hommes, tous ayant le chapeau sur la tête, tous gardant un lugubre silence, conformément à cet ordre affiché ct répété sur tout le passage du Roi, ordre sans signature comme sans appel, et portant que «quiconque applaudira le Roi, sera battu ; quiconque l'insultera, sera pendu», Mémoires de Thiébault, tome I,

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HRRES HALB ET

formant aujourd’hui la rue Marbeuf et venant déverser ses eaux puantes dans la Seine, au bas de Chaillot, près des bâtiments de la Savonnerie (aujourd'hui place de l’Alma), non loin d’une petite sente qui portait le nom bizarre de « ruelle aux fouetteurs ». Trois petits cafés désaltéraient les promeneurs ; l’un d’eux s’appelait le café des Ambassadeurs, J.-J. Rousseau en avait « donné le plan » et le citoyen Doyen en était le concessionnaire.

En 1824, alors que l'État transporta à la Ville de Paris la jouissance des Champs-Élysées et de la place de la Concorde, le café des Ambassadeurs payait un loyer de 426 fr. 28, et la totalité des sommes perçues par

l'administration des domaines pour les vingt-cinq « Ca-

fés, laiteries, baraques, restaurants, jeux de quilles et de balles », installés sous les grands arbres, se montait seulement à la somme minime de 6.669 fr. 62. Ces chiffres se sont fortement modifiés depuis (1).

Pendant les chaleurs de messidor et de thermidor

‘ an Il, Robespierre, escorté de son chien Brount, accom-

pagnait le soir la famille Duplay sous les ormeaux des

Champs-Élysées; il donnait le bras à Éléonore et s'arré-

tait, doucement ému, pour entendre jouer de la vielle

par les petits Savoyards chers aux âmes sensibles. Chacun cherchait la fraîcheur et l'oubli dans ces vasies espaces

(4) Consulter sur cette transformation des Champs-Élysées un très curieux et très amusant rapport fait au Conseil municipal de Paris par M. Quentin-Bauchard en 1895. Rapport relatif aux travaux nécessités par l'Exposition de 1900.

ombragés. On avait toutefois commencé par s’y cogner dur, chez un traiteur où s'étaient égorgés, en juillet 1792, les Marseillais et les soldats licenciés ; plus tard, Barras a raconté la curieuse rencontre chez Le Doyen, le 7 thermidor, à neuf heures du soir, des thermidoriens et des

robespierristes, au moment même où s’enigageait le duel

terrible où tant de têtes étaient en jeu !

Barras, Fréron, Tallien, Rovère avaient dîné en plein

air, pendant que les deux Robespierre, David, Saint- Just, Lebas et quelques autres montagnards soupaient, en compagnie de Méhul, à côté, sous les auvents qu'étayaient des poteaux mal équarris. On cachait sa peur,

dissimulant l'angoisse du lendemain: on parlait beau-

coup de la fête civique dédiée à Bara et à Viala, dont la

pompe devait se dérouler le 10 thermidor… et le 10ther-

midor, à la même heure, la plupart des têtes de ces tra-

giques soupeurs étaient tombées dans le panier de San-

Son, quelques pas plus loin, sur la place de la Révolution!

Ce jour-là Paris fut en fête; c’était la fin de l’atroce Terreur. Le lendemain, on se rua joyeusement vers la « Chaumière » de M"° Tallien, passée déesse sous l’'appellatiôn de « Notre-Dame de Thermidor »: — Sa maisonnette fleurie de roses s'élevait rue des Gourdes, à l’angle de l'allée des Veuves, . près de la Seine, à. peu près à l'endroit où le contrôleur des tramways de la place de l'Alma distribue ses tickets aux voyageurs. — Les plus élégantes muscadines, les plus fringants collelsnoirs traversèrent les Champs-Élysées, suivant, pour

couper au court, les étroits sentiers tracés dans l'herbe rare par les raccourcis des blanchisseuses et des cullivateurs. M=° Tallien envolée, les Champs-Élysées redevinrent déserts; quelques guinguettes y faisaient résonner leurs crincrins, mais la clientèle nombreuse des rôdeurs, des filous et des gens de mauvaise vie préférait aller boire en des caves creusées dansles talus, vrais repaires de brigands; c’estlà d’ailleurs qu’en 1792 furent enfouis quelques-uns des diamants de la Couronne volés au : Garde-Meuble.

Le Directoire fait élargir l'avenue centrale, ferme quelques bouges, comble quelques souterrains, et Sergent- Marceau hisse en 1794, sur leurs socles, les deux superbes groupes de chevaux — provenant du château de Marly — que nous admirons aujourd'hui. De profondes tranchées aplanissent le sol entre la rue de Chaillot et la place de l'Étoile. Les cafés s’embellissent, les divertissements se multiplient, Daguerre et le colonel Langlois y installent leurs panoramas; quelques belles demeurcs s'élèvent, et bien que l’avenue ne comptât que six maisons en 1800, les Parisiens commencent à venir $e promener aux Champs-Elysées. Napoléon I‘ y passe des revues et y fait acclamer Marie-Louise; puis, en 1814, en 1815, l'invasion y campe. Les Russes, les Anglais S y établissent ; les terrains en sont défoncés, l'herbe en est brülée par les feux de bivouac et les chevaux à long poil des Cosaques broutent les gazons, les plantes et jusqu’à l'écorce des arbres sous les yeux ahuris des Pari-

siens qu'une bien curieuse gravure de Carle Vernet nous montre contemplant, stupéfaits, ces sauvages qui, assuret-on, ne connaissent rien de plus succulent que de « manger de la chandelle »!

En 1817, Louis XVIIT répare cette admirable promenade et l’on commence, dès 1823, à y édifier de somptueux hôtels; mais, en maints endroits, le quartier restait sordide. Dans les Mystères de Paris, Eugène Suë nous a tracé un saisissant croquis, sorte d’eau-forte à la Méryon, d'un cabaret tapis près de l'allée. des Veuves —

aujourd’hui avenue Montaigne : « Un escalier creusé.

dans la terre humide et grasse conduisait au fond d’un large fossé; à l’un de ses pans coupés à pic s’adossait une masure basse, sordide, lézardée. Son toit recouvert de tuiles moussues s’élevait à peine au niveau du sol... Le vent faisait tristement gémir sur ses gonds une méchante plaque de tôle, l’enseigne se balançait à un poteau dressé au-dessus de cet antre, véritable terrier humain ». R 4

Plus tard, après 1830, le quartier se transfigure : les grands seigneurs, les financiers, les artistes y élisent domicile : Victor Hugo demeure près de l’actuelle place Jean-Goujon et Balzac se terre rue Fortunée — aujourd'hui rue Balzac — pour dépister ses créanciers; il s’y dissimule sous un faux nom, et son ami Gozlan, qui a découvert son pseudonyme et sa retraite, lui libelle une lettre : « Madame veuve Dupont (née Balzac). »

C’est aux Champs-Élysées que, le jour de la fête du Roi,

SIAISATA-SANVHO XAY IOU NA ALFA 12h ‘UEPY A

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