OBSERVATIONS
SUR l’irritabilité du sainfoin oscillant.
( Hedysarum girans.)
La feuille du sainfoin oscillant a trois folioles comme la feuille du trèfle. La foliole du milieu , qui est la plus grande, est immobile, mais les deux folioles latérales , qui sont assez petites , sont dans un mouvement continuel d’élévation et d’abaissement alternatifs. Ces mouvemens s’exécutent au moyen de la flexion du pétiole très-grêle de ces petites folioles j ainsi, c’est dans ce pétiole qu’’existe l’organe des mouvemens des folioles qu’il supporte. L’extrême ténuité de ce pétiole rend son étude anatomique très-difficile. Il faut, avec un instrument tranchant, délicat et bien affilé, enlever une lame de tissu sur deux côtés opposés du pétiole. Alors, on soumet au microscope la partie moyenne extrêmement mince qui reste. On voit de
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celle liianière , que le ceiilre du pétiole est occupé par les tubes ou vaisseaux qui se distribuent à la foliole. De chaque côté de ce faisceau central de tubes se trouve un parencliime composé de vésicules globuleuses d’une extrême petitesse, et dont la grosseur est décroissante de dehors en dedans. Ces vésicules contiennent un liquide incolore. C’est ce tissu vésiculaire qui est l’organe irritable.
Le sainfoin oscillant offre des phénomènes d’irritabilité plus remarquables que ceux de la sensitive^ car le mouvement de ses folioles dépend d’une cause excitatrice intérieure sans cesse agissante, et qui paraît complètement indépendante de toute excitation extérieure. Les petites folioles de la feuille de cette piaule s’élèvent et s’abaissent alternativement , et toujours par petites saccades ; elles effectuent leur descente en se fléchissant d’un côté, et elles opèrent leur ascension en se fléchissant du côté opposé , en sorte que le sommet de la foliole décrit une ellipse. Cette oscillation s’effectue dans l’espace d’une ou de deux minutes. Elle a lieu même pendant la nuit , et s’arrête lorsque la plante est soumise à l’influence d’un soleil ardent. Alors les folioles cessent de se mouvoir, et leur pointe demeure fixement dirigée vers le ciel j la grande foliole impaire prend la même direction. C’est dans le pétiole des folioles qu’existe l’organe irritable auquel est dû leur mouvement. Nous venons de voir que, semblable a tous les organes irritables végétaux , il est composé de vésicules
dont la grosseur est décroissante; ainsi, il n’y a pas de doute que l’action de cet organe irritable ne dérive d’une tendance à l’incurvation : c’est effectivement ce que l’expérience démontre. J’ai divisé ce pétiole en deux moitiés longitudinales; à l’instant ces deux moitiés se sont courbées en arc dont l’épiderme occupait la convexité. Cette incurvation devint plus profonde en plongeant ces petits arcs dans l’eau. Ainsi, leur incurvation en dedans avait lieu par endosmose. Je transportai ces petits arcs dans le sirop de sucre ; ils se redressèrent , et ensuite se courbèrent en dehors. Cette nouvelle incurvation avait lieu par exosmose. Ainsi , l’action de l’organe irritable du sainfoin oscillant est exactement semblable à celle de tous les autres organes irritables végétaux. Je divisai longitudinalement un pétiole en deux parties très-inégales; il n’y avait qu’une lame très-légère de tissu qui fût enlevée d’un côté. Le plus volumineux de ces fragmens de pétiole se courba en arc, dont la concavité était tournée du côté de la section. L’ayant plongé dans l’eau , il se redressa , et immédiatement ensuite il se courba de nouveau , s’agitant ainsi comme un vermisseau. La raison de ces deux mouvemens en sens opposé est facile à saisir. Le pétiole s’est d’abord courbé dans le sens voulu par la prédominance d’action d’incurvation du côté qui avait conservé son intégrité; ce côté ayant sa masse entière, Remportait par cela même sur le côté affaibli par l’ablation d’une partie de sa masse ; mais ce dernier, dont l’épiderme
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^lail enlevé , absorbait l’eau avec plus de facilité et de rapidité que ne le faisait son antagoniste; cette cause ayant fait prédominer sa force d’incurvation , malgré son infériorité de masse, il ôpéra le redressement du pétiole. Mais cet effet ne pouvait être que momentané. L’eau ayant bientôt pénétré dans le tissu du côté intact, provoqua l’endoSmose de ses vésicules, et lui rendit sa prédominance de force d’incurvation. Après l’accomplissement de ce dernier phénomène , le pétiole courbé en arc conserve Cette position , et reste immobile dans l’eau. J’ajoutai une goutte d’acide nitrique à l’eau dans laquelle était plongé ce pétiole. A l’instant, le pétiole courbé en arc se redressa, puis il se courba de nouveau , et plus profondément qu’auparavant. Cette expérience concourt avec celles rapportées plus haut, pour prouver que l’accession d’un acide provoque l’exerciCe de l’irritabilité ou de l’incuTvabilité Végétale avec plus d’énergie, mais de la même manière que le fait l’accession de l’eau pure. Ce fait est très-remarquable , parce qu’il coïncide avec ce fait connu, que les acides provoquent l’exercice de la contraction chez les animaux.
Le pétiole de sainfoin oscillant , auquel on a conservé son intégrité , n’exécute aucun mouvement d’incurvation quand on le plonge dans l’eau. Alors ce liquide pénètre également dans toutes les parties de son tissu ; et de l’égalité d’endosmose qui en résulté, naît 1 équilibré des forces antagonistes
d’incmvalioii, ({iii cxisieni dans l’oiganc irritable de ce pétiole.
11 résulte de ces observations, que le pétiole des petites folioles du sainfoin oscillant possède, comme le bourrelet de la sensitive, des ressorts antagonistes situés de chaque côté de l’axe commun, et qui tendent tous à se courber en arc , dont l’épiderme occupe la convexité. Il existe autant de ces ressorts antagonistes qu’il y a de diamètres dans la coupe transversale du pétiole; mais les deux ressorts supérieur et inférieur sont ceux dont l’action est la plus énergique et la plus étendue. Chez le sainfoin oscillant, l’action successive de ces ressorts concentriques se manifeste dans le mode d’oscillation des folioles. J’ai dit plus haut que les folioles effectuent leur descente en se fléchissant d’un côté, et qu’elles opèrent leur ascension en se fléchissant du côté opposé, en sorte que le sommet de la foliole décrit une ellipse. Ainsi, il y a dans le pétiole une action d’incurvation qui est révolutive autour de l’axe du petiole, mais cette action est picdominante dans les deux sens supérieur et inférieur. En supposant par la pensee un grand nombre de ressorts disposés autour de l’axe du pétiole, et tendant tous à tourner vers lui la concavité de leur courbure, nous verrions chacun de ces ressorts entrer successivement en action par l’effet d’une cause déterminante qui serait révolutive autour de l’axe du pétiole. Les ressorts supérieur et inférieur seraient ceux dont 1 action aurait le plus d’étendue. De là résulterait 1 oscillation
en ellipse, que présentent les folioles du sainfoin oscillant. Celte supposition est exactement ce qui existe, excepté qu’il n’y a point dans le pétiole un grand nombre de ressorts , mais bien un seul ressort tubuleux dont toutes les parties ont une tendance concentrique à l’incurvation , et agissent les unes après les autres , lorsqu’elles subissent l’accession de la cause à marche révolutive, qui détermine l’endosmose de leurs vésicules, et par suite la prédominance de leur force d’incurvation. Les deux ressorts supérieur et inférieur ont sur les ressorts latéraux une prédominance d’action qu’ils doivent, à ce qu’il m’a paru, à la prédominance de leur volume. L’action successive de ces ressorts dans le sens d’une révolution autour de l’axe du pétiole, atteste qu’ils sont successivement rendus turgides par l’accession de la sève lymphatique , qui détermine l’endosmose de leurs vésicules composantes. Mais nous ignorons entièrement quelle est cette cause impulsive de la sève lymphathique, qui, dans cette circonstance, donne au liquide séveux une marche révolutive autour de l’axe du pétiole.
Il résulte de ces observations, que le mécanisme de l’irritabilité du sainfoin oscillant est exactement le même que celui de l’irritabilité des autres végétaux irritables; il n’y a d’inconnu, ici comme chez la sensitive , que la cause intérieure et vitale qui meut la sève lympathique pour opérer son accession aux vésicules de l’organe incurvable. Cette motion de la sève.
considérée comme cause excitatrice immédiate dé i’incurvation , paraît avoir lieu suivant une ligne droite chez la sensitive. Elle s’effectue en tournant autour de l’axe du pétiole , chez le sainfoin oscillant.^