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ADAPTATIONS ET RÉCIPROCITÉS ESTHÉTIQUES

l'être qui la ressent ? On comprend, au point de vue de la théorie, qu'une femme admire un homme jeune et bien conformé, puisqu'il est dans la logique des choses qu'elle fasse choix d'un tel objet pour l'accomplissement d'un important devoir de sa nature ; mais on découvre difficilement en quoi le héros serait plus propre qu'un autre à remplir les conditions d'époux et de père. Nous allons tâcher de résoudre cette difficulté.

L'admiration naturelle de la femme s'adresse à Thomme jeune, jusque là rien à dire ; mais cette admiration féminine s'allume en même temps pour toutes les qualités caractéristiques de la jeunesse virile, alors même que ces qualités n'intéressent aucunement la fonction génératrice, au moins d'une façon directe. Un tel fait, n'est-il pas en désaccord avec le principe de l'utilité du beau ? Il ne l'est point, on va s'en convaincre.

L'homme et la femme s'admirent et se recherchent réciproquement, ce qui est clairement dans l'ordre ; mais il suit de là que chacun est avide d'être admiré par l'autre, et rencontre dans cette admiration un aiguillon qui le stimule à s'en rendre de plus en plus digne. Or le courage héroïque, attribut des jeunes hommes, est de grande importance pour l'intérêt social et pour Tintérêt familial, tout au moins dans les sociétés primitives, où la lutte armée est continuelle. La nature devait donc lui préparer un stimulant, et elle n'en pouvait trouver de plus puissant et de plus sûr que l'éloge delà femme. Ainsi, c'est en vue de ce but lointain et caché de protection de la femme que la bravoure de l'homme plaît à la femme.

Pourquoi, en revanche, le sexe féminin manque-t-il d'enthousiasme pour la prudence réfléchie, pour l'austérité des mœurs, pourl'intégrité, pour l'économie, pour

la froide et rigide raison ? Ce sont là pourtant des vertus non moins utiles à la société que le courage. Sans doute, répondrons-nous, mais ces qualités peu brillantes sont Tapanage de la maturité et de la vieillesse; elles intéressent des fonctions sociales qui ne sont pas dévolues à la jeunesse, mais à une catégorie parvenue à cette période de la vie où le vœu de la nature éloigne l'homme du commerce sexuel, et partant doit, suivant sa logique, le rendre peu sensible au suffrage du sexe opposé en tant que tel.

Vraiment, la mécanique morale ne laisse pas que d'être admirable, même à côté de la mécanique céleste.

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46. Il semble à première vue assez malaisé de concilier avec les principes théoriques qui viennent d'être exposés le fait de la diversité des goûts. Si le beau est en effet l'indice du bien, ne s'ensuit-il pas de là que ce qui est beau pour Tun devrait l'être aussi pour tous?

Cette conséquence serait logique si ce qui est bon pour tel ou tel était bon également pour les autres. Or ceci n*est pas. Il est évident, pour rappeler une comparaison de Voltaire, que la crapaude est bonne pour le crapaud ; aussi est-elle belle à ses yeux, et c'est naturel. Mais la même crapaude est un objet de profond dégoût pour riiomme, et c'est encore rationnel, puisque le bien de l'homme, non plus que celui de cette créature, n'est pas qu'il se rapproche d'elle, mais qu'il s'en éloigne. L'herbe plaît à l'herbivore, et il la recherche ; elle est au contraire sans attrait pour le Carnivore, qui la dédaigne. Et un tel contraste de goûts n'étonne personne ; on le sait en rapport avec le contraste des besoins de la nutrition que l'on constate parallèlement entre les deux cas zoologiques.

Chaque espèce, chaque sexe, chaque âge, chaque tempérament, chaque caractère, ont des besoins d'organisation particuliers, et par suite des goûts particuliers correspondants.

Cependant le sentiment du beau offre certaines divergences qui ne sauraient s'expliquer par une divergence corrélative dans l'ordre de l'utilité. Il s agit ici de phé-

nomènes esthétiques souvent très complexes ; nous allons en examiner quelques-uns en prenant parmi les cas les plus difficiles.

47. Quand on aborde ces problèmes sans le critérium d'une méthode intégrale, on se croirait en plein chaos ; Tordre n'apparaît nulle part, on n'aperçoit aucun lien d'ensemble pouvant rattacher les faits entre eux, aucun principe supérieur qui les coordonne et les éclaire de haut. Aussi d'éminents philosophes, et parmi eux M. Cousin suivi de toute son école, en sont venus à nier que le beau ait aucune corrélation naturelle avec l'utile. Et alors le beau constitue lui-même son entière raison d'être; il est, dans la machinerie psychologique, un organe hors-d'œuvre qui fonctionne isolément, et dont l'action propre ne se combine en rien avec celle du mécanisme général.

Mais pourquoi ce mépris de l'Utile chez nos philosophes ? Pourquoi Pavoir écarté comme indigne de servir de compagnon au Beau et au Sublime? A mon avis, c'est vouloir séparer contre toute raison ce que la nature a uni. Le spiritualisme classique croirait faire abdication de son principe en admettant que la beauté, au lieu d'être un attrait sans but, un vrai leurre, ait pour mission de nous attirer, à l'aide des émotions et des désirs qu^elle éveille en nous, dans les voies du bien, c'est-à-dire de l'utilité matérielle ou morale.

L'Utile, c'est ce qui nous profite, c'est ce qui sert à satisfaire les besoins de notre nature. Mais ces besoins, hâtons-nous de le dire, ne sont pas seulement les besoins du ventre et du bas-ventre ; il y a aussi ceux de la tête et du cœur. L'utile n'est donc pas ce qui profite à la ma-

tière (pour employer une formule consacrée, qui au fond est un non-sens et une absurdité), par opposition à ce qui profite à l'esprit : l'utile, c'est tout ce qui seconde les diverses fins de notre être, c'est tout ce qui aide à notre bien,, à notre bonheur.

La réprobation dont l'utile a été frappé par nos philosophes tient à Tidée trop peu philosophique qu'ils s'en sont faite ; mais c'est peut-être aux utilitaires euxmêmes qu'est due pour la plus grande part cette erreur. Ne comprenant, ne prisant et ne prônant que ce qu^on nomme les intérêts matériels, et paraissant faire peu de compte des intérêts moraux, ils ont réussi à rendre le nom de l'utile odieux aux meilleurs esprits. Il faudra revenir de cette impression erronée,et ne pas faire peser plus longtemps sur une cause juste la responsabilité des sottises de quelques malencontreux avocats.

Il est encore une autre méprise qui a contribué pour sa part à indisposer les philosophes contre l'utile ; c'est qu'ils ne l'ont envisagé qu'au point de vue de l'individu isolé, et que partant ils n'ont vu dans sa poursuite qu'une préoccupation égoïste et conséquemment d'ordre inférieur. Mais, en sus de ce qui n'est utile qu'à un seul, il y a ce qui est utile à tous, il y a, en un mot, l'utilité collective, l'utilité publique, et celle-ci, sans contredit, ne saurait être conlemptible aux yeux les moins utilitaires.

» * 48. Une chose trompe encore les esthéticiens de l'école spiritualiste. Celte proposition : Le beau est utile, est par eux mal comprise ; ils s'imaginent qu'on affirme par là que l'impression de beauté faite sur l'âme n'est point directe, primitive et spontanée, mais résulte d'une considération réfléchie de la prétendue utilité correspon-

dante ; qu'en un mot une chose n'est estimée belle qu'après et parce qu'au préalable elle a été estimée utile. On lit ce qui suit dans le classique ouvrage de M. Cousin, Du Vrai^ du Beau et du Bien :

<... Il arrive même quelquefois qu'après avoir admiré la beauté d'un objet, nous n'en pouvons deviner l'usage, bien qu'il en ait un. L'utile est donc entièrement distinct du beau, loin d'en être le fondement. >

Ces lignes répondqnt à ceux qui sont censés prétendre que, pour qu'un objet puisse nous frapper par sa beauté, il est indispensable d'avoir constaté d abord son utilité par une enquête. Mais qui donc pourrait émettre une opinion aussi puérile, que l'expérience démentirait à chaque pas? Qui ne voit pas, et qui oserait le nier, que rémotion du beau est soudaine et irréfléchie tout comme la sensation de lumière, de son, de chaleur ou toute autre? Oui, sans doute, cette émotion est indépendante de toute considération actuelle des avantages, poumons ou pour autrui, dont elle peut être Tavant-coureur. Mais de ce que le beau se sent immédiatement et automatiquement, pour ainsi dire, comme on voit et comme on oit, et avant que nous ayons eu le temps de songer à l'utilité sous-jacente possible, cette utilité ne peut-elle pas néanmoins exister?

Un attrait instinctif et aveugle pousse le mâle vers la femelle, et vice-versa. Attirés l'un vers l'autre par le charme de leur beauté réciproque, ces deux êtres obéissent en ce moment, sans aucun doute, à une grande loi d'utilité générale, la loi de la conservation de l'espèce ; et pourtant la conscience raisonnée de cette haute mission de l'amour n'est pas ce qui en allume en eux la flamme,ce n'est pas certes cette grave et solennelle considération qui, à l'instant où se consomme l'acte souverainement

utile, est présente à leur esprit, et qui les rend si beaux l'un à Tautre. L'utile peut donc être le < fondement > du beau qui nous touche, sans que nous ayons de lui aucune connaissance, aucun soupçon, ou tout au moins aucune préoccupation distincte. Il en est comme du fondement d'un édifice, qui, enfoui dans le sol, se dérobe à la vue, mais qui pour autant n'en est pas moins réel, n'en est pas moins ce qui soutient, ce qui porte l'entière structure visible.

Après avoir nié que l'utile soit le substratum du beau, M. Cousin croit reconnaître que la condition objective du beau est Vunité dans la variété: « La plus vraisemblable théorie du beau, dit-il, est encore celle qui le compose de deux éléments contraires et également nécessaires, Punité et la variété. > Et plus loin : < L'unité et la variété s'appliquent à tous les ordres de beauté. >

Je me demande comment la théorie dont parle ici Tillustre auteur, et qui a obtenu ses préférences, peut lui paraître en opposition avec celle qui fait de l'utile la raison finale du beau. Ainsi, de l'avis de M. Cousin, la beauté, en toutes choses, se réduit à l'unité dans la variété. C'est-à-dire que c'est l'unité dans la variété qui, en dernière analyse, est le véritable et unique objet du beau. Mais Tunité et la variété sont-elles donc choses inutiles? Je l'ai indiqué plus haut, et l'on ne saurait me contredire sur ce point, la variété, sériée et systématisée en unité, c'est le triomphe de l'ordre, c'est l'ordre même, c'est-à-dire la condition fondamentale de toute organisation, soit vivante, soit artificielle, ainsi que de toute économie au moyen de laquelle l'homme parvient à tirer le meilleur parti possible de Ténergie, du temps et de l'espace.

Je ne veux éluder aucune des difficultés de mon en-

treprise. Des exemples qui semblent fort embarrassants sont invoqués en grand nombre à rencontre de Topinion que j'essaie ici de défendre; je vais continuer de discuter ces objections, mais il convient de rappeler d'abord quelques principes.

49. J'ai avancé que tout sentiment du beau, ainsi que tout sentiment et toute sensation quelconques, a une fonction d'utilité, c'est-à-dire qu'il a pour effet consécutif de nous suggérer certaines notions et certaines déterminations en rapport avec les besoins de notre nature, soit en tant que simples individus, soit en tant que membres de la famille humaine. Mais cette règle, comme je Tai exposé longuement dans un autre chapitre (22), s'applique uniquement aux sensations ou aux sentiments actuellement suscités par leur excitateur normal, par leur objet légitime.

La sensation de chaleur a pour rôle « usuel > de nous avertir des conditions hygiéniques, favorables ou nuisibles, de la température environnante. Il est clair cependant que la sensation de chaleur ne possède cette utilité que moyennant qu'elle soit actuellement déterminée par son agent spécial, par la vraie chaleur enfin, et non, par exemple, par un état fébrile.

Cette distinction, dont la raison est saisissante dans l'analyse de la sensation pure, s'applique tout aussi exactement et tout aussi fructueusement à la critique du sentiment du beau. Pour que ce sentiment ait son utilité concomitante, il faut que son excitateur actuel soit le beau véritable, le beau normal. Car, de môme que le sens de la chaleur elle sens de la lumière, le sens du beau est sujet à illusions, c'est-à-dire susceptible d'être sollicité, éveillé par un stimulus anomal, par un Beau

de mauvais aloi. Aussi 6st-il d'une importance capitale de découvrir une mesure absolue du beau qui puisse nous mettre à même de discerner objectivement le beau véritable et sain du beau faux, fallacieux et pernicieux; une mesure rigide, impartiale, analogue au thermomètre ou au compteur acoustique, ou encore comparable au mètre, à la règle, à Téquerre, au compas, au rapporteur, au niveau, à la balance, qui viennent si heureusement en aide au sens de la grandeur et de la proportion, ainsi que de l'ouverture des angles, au sens de la mesure de rinclinaison des plans et du rapport des hauteurs, et au sens de la pesanteur.

50. Il est un autre ordre de beauté qui, sans rentrer entièrement dans la définition du beau normal, ne do.it pas être rejeté dans la catégorie contraire. Il s'agit du Beau représentatif. Il n'est pas en lui-môme le beau objectif légitime, mais il peut en être l'image, et à ce titre il participe de ses propriétés et lui sert en quelque sorte d'auxiliaire. C'est ainsi que l'ordonnance d'une table servie* suivant la bonne règle peut n'être en soi que d'une utilité médiocre ; mais, flatteuse pour les yeux, elle satisfait en nous le goût de la régularité, de la proportion et de la juste mesure, de la symétrie et de l'unité dans la variété, qui, en toutes choses, sont les qualités fondamentales de toute distribution bien entendue, c'est-à-dire dont on peut obtenir le plus grand

effet utile possible.

51. Enfin, à côté du beau Représentatif et du beau Anomal trouve place encore une catégorie importante; c'est celle du Beau par association d'idées.

Ici, le beau n'est pas dans l'objet que nous qualifions

de la sorte, cet objet n'est à vrai dire que le support occasionnel, fortuit, d'une idée de beauté préexistante en notre âme, et dont le véritable objet est ailleurs. Exilé au loin, le nostalgique montagnard de l'Auvergne ou de la Savoie entend-il retentir tout à coup les sons de la musette, il se sent frappé, attendri, ravi, il est délirant d'émotion. Est-ce à la mélodie monotone, nasillarde et sans expression de ce misérable instrument qu'est attaché un charme aussi merveilleux ? Oui et non. Ici, ce qui vient d'impressionner et d'exalter une âme, ce ne sont pas les accords d'une musique aigre et barbare ; ce qui a jeté cette âme dans cet indicible transport, c'est le mira ;^e de la montagne lointaine et chérie que ces sons familiers ont évoqué tout à coup, c'est le passéqu'ils ont

fait un instant revivre.

52. Examinons maintenant quelques-uns des faits objectés de préférence par les partisans de l'inutilité esthétique. Entre autres exemples ils nous citent la beauté des rochers abruptes et celle d'un buisson. < L'aspect d'un stérile rocher, ou d'un affreux précipice, voilà le sublime ; des lits de gazon, des fleurs,d'incultes buissons,etc., voihi le beau. » Ainsi parle M. E. Saisset dans son Examen critique de l'esthétique française (Paris, 1864, p. 105 L

A quoi ces belles choses servent-elles donc? nous demandent messieurs les philosophes. Je répondrai d'abord que ces choses, pour eux si belles, sont loin d'apparaître telles à tous les yeux. C'est ainsi que les bonnes gens de la campagne ne manquent jamais de s'ébahir et de croire à une moquerie quand un professeur de philosophie ou tout autre citadin anémique, vient leur faire réloge d'un paysage aride et désolé ; ils n'y compren-

nent rien. Un buisson épineux se prélassant au beau milieu d'un champ ou d'une prairie n'a aucun charme, je vous le jure, pour le laboureur ou le faucheur qui le rencontrent sur leur route.Etrinculte villageois ne sera pas seul* à sentir ainsi, son sentiment sera entièrement partagé par un Mathieu de Dombasle, par un Gasparin. La vue de ce < beau buisson > produira le môme effet sur ces deux éminents esprits que celui que ressentira le bibliophile envoyant une tache d'encre répandue sur la page d'un Elzévir de grand prix ; ou encore la même impression que celle d'un littérateur délicat en présence d'un grossier solécisme ; la même que celle d'un mélomane à l'oreille ultra-susceptible que viendra choquer une fausse note.

Il est facile de se rendre compte du jugement delagriculteur sur le mérite esthétique d'une saillie de roc qui se trouve sur le chemin de sa charrue ou de sa herse, et où ces instruments courent le risque de se briser, on d'une malencontreuse touffe de ronces dont la faux ou la faucille devront faire le tour avec ménagement. Mais comment s*expliquer que les mêmes choses qui s'attirent les imprécations du paysan fassent l'admiration et les délices de M. le professeur Saisset et consorts?

La raison en est toute simple. Ces derniers sont des citadins sédentaires épuisés par le travail de cabinet, anémiés par le manque d'exercice et le mauvais air, et las de contempler sans répit un implacable horizon de moellons. S'aventurent-ils un jour en pleine campagne, l'émotion qui les gagne est celle d'un prisonnier évadé. Les objets nouveaux qui frappent leurs regards leur paraissent d'autant plus beaux qu'ils s'éloignent davantage de tout ce qui ressemble à leur prison ; ils jugent tout ce qui est devant eux avec l'imagination d'un Ro-

binson, et non avec le positivisme d'un économiste. Plus le site est sauvage, plus il semble qu'on est loin et à l'abri de la civilisation urbaine, de ses uniformités rigides, de ses règles imposées et de ses mille contraintes, et plus le tableau du désert est enchanteur. Le contraste ici fait tout Tattrait, fait toute la beauté, et il porte en lui en même temps son utilité, celle qui est propre à toute diversion salutaire.

53. On contestait que le beau, le vrai beau, le beau normal fût toujours utile, et nous venons de répondre de notre mieux aux partisans de cette manière de voir. D'un autre côté, on soutient que Tutile n'est pas toujours beau, et M. Saisset, dont la philosophie française honore la mémoire, citait en preuve certains échantillons de l'espèce porcine perfectionnée, d'autant plus laids, disait-il, que ces objets sont plus conformes à l'idée qu'on a de leur utilité. <... Et cependant le plus magnifique pourceau est laid, toujours laid, d'autant plus laid, si j'en juge par les produits de la dernière exposition d'animaux reproducteurs, que l'art de l'éleveur les ramène plus exactement à leur idéal. > [L'âme et la vie, par E. Saisset^ Paris, 1864, p. 129.)

Ici encore notre philosophe a le grand tort de faire une loi générale de ce qui lui est personnel, ou du moins de ce qui est propre à des littérateurs de profession. Il juge du reste du monde d'après lui-même, suivant un travers qui nous est d'ailleurs commun à tous. M. Saisset aurait dû savoir cependant que ces monstrueuses boules de graisse, ces énormes lipomes à quatre pattes, qui sous les noms fameux de Berkshire, de Lincolnshire, etc., figurent avec tant d'éclat à nos concours d'animaux

de boucherie, excitent une très sincère et très vive admiration chez les amateurs, c'est-à-dire chez tous ceux qui sont pénétrés de l'utilité de ces produits de Pengraissement. En face de ces êtres informes, qui pour un philosophe académicien sont tout bonnement des monstruosités hideuses, l'engraisseur, le boucher, le charcutier, éprouvent en leur âme un frisson d'entliousiasme intime, enfin une émotion du sens du beau tout aussi réelle que celle dont M. Saisset était saisi, j'imagine, devant les pages du Phédon ou devant le Jupiter Olympien de Phidias. La frugale austérité de nos philosophes concédera tout au plus la qualité de bon à un plat, à une boisson de leur goût; mais, pour l'amateur, la bonne viande est de la belle viande, et les bons vins sont de beaux vins»de jolis vins.Ge n'est qu'avec horreur, ou tout au moins avec répugnance, que ces mêmes philosophes écoutent le récit d'un homicide ; mais le duelliste de profession parlera couramment d'un < beau coup d'épée », et avec une admiration non moins exaltée que celle éprouvée par M. Saisset à la vue de son buisson ou de son rocber. Est-elle donc moindre, moins vraie, la jubilation esthétique d'un commissaire de police à la pensée du < beau coup de filet > qu'il vient d'opérer sur un tas de malheureux garnements * ?

54. La sagacité de mes contradicteurs ne manquera pas de me susciter une autre difficulté encore. Par exemple, on me dira : < La beauté que l'homme découvre dans

1. M. G. Clemenceau, dans un article de la Dépèche de Toulouse, du 28 avril 1896, a écrit ceci : « Nous avons une belle crise, comme diraient les docteurs, qui s'exclament sur un beau choléra. »

Qu*eùt dit feu Saisset de ce beau choléra de M. Clemenceau ?

la femme a fonction d'utilité, on doit le reconnaître ; mais une belle femme n'est-elle pas belle aussi aux yeux d'une autre femme ? Or dans ce dernier cas quelle connexion avec l'utile peut-on assigner à l'impression de beauté?

Nousrépondrons:pourlafemme,la beauté féminineest une beauté sue et non sentie. Soit par expérience, soit par instinct, une femme est instruite que certaines formes de son corps et du corps de ses pareilles ont le privilège de plaire à l'homme et de le captiver, et c'est en ce sens seulement qu'elle juge ces formes belles. Mais ces qualités du beau féminin ne lui font pas directement plaisir, ne rémeuvent pas ; elles lui plaisent, oui, mais non pas au môme titre qu'elles plaisent au sexe opposé ; elles lui plaisent comme tout avantage qui donne de la satisfaction, qui flatte l'orgueil ou excite l'envie ; elles lui plaisent comnDie plaît une fortune que l'on possède ou que l'on convoite. Ce n'est que par suite d'une anomalie, d'une dépravation des instincts naturels, que certaines filles d'Eve se sentent attendries et troublées par la beauté de leurs sœurs ; c'est alors du saphisme.

55. Je poserai encore quelques questions qui me paraissent dignes de provoquer l'émulation des psychologues. Cette fois nous allons nous occuper de la corruption du sens du beau et analyser la fausse beauté au moyen de quelques exemples.

Pourquoi certains orientaux se représentent-ils la beauté virile sous les traits d'un homme obèse, aux membres grêles et à l'abdomen démesuré, tandis que les Grecs la voyaient réalisée dans les proportions de l'Apollon du Belvédère?

Les artistes grecs ont considéré le corps humaiaau

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point de vue de sa destination naturelle, et principalement de ses fonctions musculaires, et aussi au point de vue de l'expression du moral par ses formes et ses attitudes. La gymnastique était très cultivée en Grèce et de pratique universelle et journalière ; rien dès lors de surprenant que les proportions normales de la forme humaine, que ses proportions utiles^ aient été senties et comprises par un peuple d'ailleurs exceptionnellement doué, et que le sentiment de la perfection plastique se soit de plus en plus épuré en lui.

Un autre élément entrait encore dans la conception de la beauté humaine chez les Grecs ; c'est l'harmonie d'expression du type physique avec le moral, ce dernier étant considéré dans ce qu'il a de caractéristique pour chaque sexe, pour chaque âge et pour chaque individualité caractérisée. Le corps d'Hercule ne devait pas se contenter d'exprimer la force musculaire, il devait de plus respirer la force morale du héros. Le corps d'Achille, pour être beau, devait donner le sentiment de la vigueur et de l'agilité réunies, et en sus ofifrir l'expression de la bravoure fougueuse et de la fierté.

Et maintenant, comment nous expliquerons-nous que l'esthétique orientale soit éprise de l'obésité chez l'homme et chez la femme? Ce goût barbare est le fruit d'une association d'idées. Dans les pays où les grands se piquent d'oisiveté, un signe accusateur de fainéantise devient par cela même un titre de noblesse. L'embonpoint sx)uvent monstrueux des pachas, des nababs et des mandarins est devenu, de même que les ongles prodigieusement longs de ces derniers, et les pieds difformes et infirmes de leurs femmes, un attribut distinctif de la grandeur humaine, qu'on a parfois étendu à la divinité. Et voilà par quel détour certaines idoles chinoises ou

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indoues, que nous troavonssi laides, et ajuste titre, arrivent à faire l'admiration de leurs obscurs adorateurs.

Cette aberration du sens du beau plastique chez les peuples d'Orient résulte de leur ignorance et de la fausse opinion qu'ils se sont faite de ce qui constitue le plus noble usage de ces membres et de ces muscles dont la fonction normale est évidemment Faction utile, qui fortifie et développe, et non l'inertie stérile, qui atrophie.

Le beau éphémère que Tempire de la mode attache aujourd'hui à la forme d'un chapeau, à la façon d'une robe, lesquelles, de par une nouvelle mode, seront d'une laideur ridicule Fan prochain, vient aussi en première ligne dans cette catégorie du beau conventionnel qui gît tout entier dans un préjugé.

56. Le dégoût se produit souvent, de môme que le plaisir,par voie d'association. Vous raffolez d un mets, d'une boisson ; s'il vous arrive un jour d'en faire abus, et si l'estomac s'est trouvé fortement ébranlé par cet écart, vos souffrances vont s'imprimer profondément dans votre mémoire, et tout ce qui les rappellera sera odieux. Et qu'est-ce donc qui rappellerait plus vivement ces souffrances que la vue des ingesta qui y donnèrent primitivement lieu ? Aussi cette boisson et ce plat favoris de naguère seront dorénavant détestables. Et pourtant rien ne sera changé dans leurs qualités objectives, dans ce qui les constitue intrinsèquement. Aussi bien en réalité n'est-ce point ces choses jadis aimées que vous abhorrez actuellement : ce sont les pénibles sensations anciennes qu'elles font revivre par l'intermédiaire de la pensée, et derrière lesquelles s'effacent les sensations actuelles.

Une substitution semblable peut donner du charme à ce qui est répugnant en soi. C'est ainsi que l'odeur nauséeuse du marécage se change en un vrai parfum pour l'amateur passionné de la chasse au marais. Chaque bouffée de cet air infect, qui ne s'allie dans l'esprit du profane qu'à des idées de vase, de pieds mouillés et embourbés et de miasme fiévreux, fait revivre dans l'imagination du chasseur des scènes, des exploits, des épisodes dont le souvenir le délecte. Le site le plus trivial n'a-t-il pas une poésie inefifable pour le cœur auquel il rappelle une heure de lointain bonheur ?

57. On le voit par ces exemples, la diversité dans les jugements du goût est presque toujours moins réelle qu'apparente ; en fait le plus souvent elle consiste en ce que le même objet n'est considéré par chacun de nous que sous Tun de ses aspects, qui ne sera pas le même pour les autres. Alors chaque jugement englobant le tout dans son énoncé, tandis que réellement il ne s'applique qu'à la partie, il en résulte un conflit d'appréciations, contradictoires dans la forme, qui peuvent être sans désaccord dans le fond. Tel admire don Juan jusqu'à la folie, et tel autre n'éprouve que mépris pour ce personnage. C'est du moins ainsi que les opinions se formulent,mais ces énonciations peuvent être inexactes • Il peut se faire qu'en réalité ce ne soit pas tout don Juan qui soit l'objet de ces deux sentiments contraires; ce ne sont peut-être que deux côtés particuliers et différents de ce même objet. Pour le premier juge, notre héros de comédie ne sera qu'un brillant cavalier, plein de vaillance, d'élégance et de grâce; c'est tout ce qu'il verra en lui, et comme ces qualités comportent en effet l'ad-

miration, il déclarera le héros charmant. Le second juge, au contraire, ne regardant la médaille que par le revers, ne verra dans le même caractère que les félonies d'un suborneur infâme, et don Juan ne sera autre à ses yeux que cet infâme.

Il pourra donc se faire que ces deux sentences du goût ne se contredisent que par la formule, et parce que cette formule est vicieuse de part et d'autre. Comme aussi encore — hâtons-nous d'ajouter cette importante réserve — il pourra se faire que les deux appréciations opposées dont il s'agit soient celles de deux observateurs qui, tout en ayant les yeux tournés du même côté, regardent à travers des lunettes fort différentes, les unes étant celles d'une âme douée d'un sens moral délicat, les autres celles d'un esprit dont la nature morale est inférieure, et qui sera incapable de distinguer le beau du laid en éthique, tout comme certaines organisations, peu favorisées à un autre point de vue, sont également incapables de faire la même différence en musique, et auxquelles l'opéra ne dit rien, tandis qu'un charivari fait leur bonheur.

58. Les variations continuelles de ce goût factice qui ne reconnaît que la loi de la mode, rentrent dans l'explication ci-dessus, nous Tavons déjà dit. Encore un mot à ce sujet. < Pensez-vous, disait une femme du monde, que nous nous intéresserions à ces chiffons (il s'agissait de dentelles) s'ils n*étaient pas si coûteux et si tout le monde pouvait en porter? > Ce que l'on admire dans ces chiffons, pour répéter le mot de la grande dame, ce n'est pas quelque chose qui soit beau en soi et par soi, car cette même chose serait jetée aux ordures comme une guenille si on ne considérait point l'importance de convention

que la mode y attache. Le vrai motif de Tadmiration qu'une certaine catégorie de gens (ce ne sont pas seulement des femmes) éprouvent pour un magnifique point d'Alençon, c'est la rareté et le haut prix de la marchandise, c'est le certificat de richesse ou de naissance dont ce colifichet tient lieu à celle qui le porte.

Et la beauté de ces vieux tessons et de ces pots fêlés de porcelaine ou de faïence si avidement recherchés et collectionnés de nos jours par tant de monde, n'est-elle pas aussi, du moins pour la majeure part, une beauté de même acabit?

Et tel est bien encore le beau au culte duquel le plus grand nombre de nos amateurs d'objets d'art se sont consacrés. Ici peut se rencontrer une beauté essentielle, ce n'est point à nier; mais est-elle bien celle dont nos prétendus connaisseurs sont touchés en réalité? Pour eux, au fond, toute la beauté d'un tableau réside dans la signature d'un grand maître, et toute leur esthétique se réduit en définitive à celle d'un commissaire-priseur.

59. Toute divergence en matière de goût qui ne peut s'expliquer par des différences de point de vue, a nécessairement pour cause des différences dans les dispositions esthétiques d^un sujet à l'autre. Il en est du goût artistique, du goût littéraire et du goût moral, comme du goût proprement dit, du goût des saveurs : ils sont multiples et divers suivant les gens ; à cet égard comme à l'autre, chacun a ses aliments préférés, chacun a son genre d'appétit particulier. Mais, ne l'oublions pas, il est des appétits dépravés, et dans ce cas l'attrait de l'aliment appété — que ce soit un aliment pour la satisfaction des sens, ou pour la satisfaction de l'esprit et du

96 NOUVELLES HECHËRGHES SCft lVsTUÉTIQUE ËT Là MORALE

sentiment — cessera d'être Tindice révélateur de la vraie bonté, deTutilité.

Il en est encore, sous un autre rapport, de la nourriture de l'esprit comme de celle de Testomac: la satiété TafiFadit, et la privation rend Finsipidité même savoureuse. Le lecteur a probablement fait celte observation comme moi: on savoure une idée, on s'en repaît avec délice comme d'un mets exquis, et l'on est pour le moment indifférent à toute autre. Qu'une distraction vienne à interrompre ce penser et en briser le fil, c'est alors comme si le morceau nous tombait de la bouche. Avec quels cuisants regrets et quelle ardeur fiévreuse l'esprit se met alors à la poursuite de l'idée fugitive, et à fouiller tous les coins et recoins de la mémoire pour la ressaisir et la ramener s'il en est temps encore ! Et cette même idée, dont nous nous sommes délectés durant quelques minutes ou quelques heures, finit par nous rassasier d'elle, et alors nous la laissons volontiers pour passer à une autre, qui aura à son tour le même sort.

60. Ce qui est vraiment et légitimement beau en soi peut se montrer fort laid s'il n'est pas en harmonie, soit avec son milieu objectif, l'ensemble dont il fait partie, soit avec le milieu subjectif, c'est-à-dire avec l'état mental du sujet, de l'être sentant. C'est là pour le goût une abondante source de variations et de contradictions.

Une symphonie d'opéra, des airs de ballet, éclatent tout à coup dans un sanctuaire : l'assistance mondaine est charmée, mais celui qui est venu en ce lieu pour y goûter le recueillement de la prière se sent Tâme douloureusement froissée. Les sentiments de piété dont cette âme est actuellement toute pénétrée, et qui s'accordent

d ailleurs pleinement avec l'affectation du local, repoussent Taliment esthétique inopportun. Les accents graves et pénétrants de l'orgue lui auraient plu, ils auraient été à l'unisson dé Tétat et des besoins présents de son âme ; la musique profane jure au contraire avec une telle disposition morale et ne produit que du malaise.

Il est convenu d'admirer -sans réserve le Jugement dernier de Michel Ange. Pour moi, la célèbre fresque de la Chapelle Sixtine m'a toujours fait Teffet d'un révoltant contresens. Je ne puis goûter cette sournoise vengeance de Tart païen contre le christianisme. Affranchi par la Renaissance, et redevenu le maître après des siècles de proscription, il se donne pour mission d'insulter à la foi ennemie en travestissant sa divinité, toute spiritualité, miséricorde et sacrifice, en dieux charnels du paganisme, et en poUifant les murs de ses temples, sous le prétexte menteur de représentations sacrées, de véritables scènes orgiaques d'un Olympe tout sensuel. Ce luxe pictural débordant de musculatures athlétiques, de chairs plantureuses et de nudités insolentes, forme un contraste pénible avec le caractère du lieu, et plus encore avec le caractère du sujet.

Non, cela n'est pas beau, car l'œuvre est en criant désaccord avec la donnée. Elle est digne de plaire à qui ne voit dans l'art que la plastique ; elle ne saurait satisfaire le goût de l'homme de bon sens et de sens moral.

La religion du Christ, c'est l'amour tendre des malheureux et la haine de la puissance oppressive ; elle pleure avec ceux qui pleurent, elle souffre avec ceux qui souffrent. La religion esthétique de la Renaissance, c'est un débordement de luxe et de jouissance, c'est le triomphe égoïste et insultant des heureux.

61. Cette observation m'amène à signaler une autre catégorie du beau qui est loin d'être la moins importante. Il s'agit du Beau par persuasion^ par suggestion, imitative ou autre^ et par préjugé. C'est ici le cas de rappeler les moutons de Panurge. C'est trop peu que de dire que rimmense majorité des humains ne sait opiner que du bonnet et ne pense que d'après autrui ; il faut ajouter qu'il en est de même de sa façon de sentir. Qu'il s'agisse de cuisine ou de littérature, qu'il s'agisse d'art musical ou de morale, de danse ou de politique, ce qui est bon, ce qui est bien, ce qui est beau, c'est ce que l'opinion a sacré tel. On vous verse de la piquette d'un vieux flacon incrusté de sable et tapissé de toiles d'araignées, et vous vous figurez boire du Lacrymà Christi. En présence d'une toile qu'on vous dit être de Raphaël, vous tombez en extase ; vous y découvrez beauté sur beauté, tout vous y semble parfait, admirable ;• mais voilà que quelqu'un vous détrompe, vous apprend que ce n'est qu'un faux Raphaël, enfin une indigne croûte^ et votre enthousiasme tombe alors à plat, et vous vous éloignez dégoûté et confus. Lisez-vous une page qu'on vous donne pour du Bossuet, vous y constatez toutes les qualités du grand écrivain, et votre goût littéraire se repaît de ce morceau avec béatitude. Mais il y avait méprise, l'auteur se trouve n'être qu'un écrivain sans importance, et tout honteux vous rejetez le livre.

On peut rappeler à ce propos cette boutade de Béranger :

Et vous, gens de l'art.

Pour que je jouisse,

Quand c'est du Mozart

Que l'on m'avertisse.

62. L'habitude qui,suivant qu'on peut la dire bonne ou mauvaise, accroît la puissance de nos organes et de nos facultés, ou bien les dévie, les surexcite ou les paralyse, exerce également ses influences opposées sur le goût : elle raffine et Tépure, ou bien le pervertit et Téraousse. Qui donc est arrivé à aimer le tabac sans avoir lutté plus ou moins longtemps contre la répugnance innée que chacun éprouve d'abord pour la pipe, le cigare ou l'ignoble chique? C'est ainsi que l'habitude est capable de créer une multitude de goûts et de besoins factices qui peuvent être avantageux, nuisibles ou indifférents.

63. Résumons ce chapitre et concluons en disant que le sens du beau (et, dans notre théorie, le beau, quelqu'autre nom d'ailleurs que Tusage lui donne, ce sera tout ce qui produit la sensation de plaisir,. unie ou non au sentiment d'admiration) est sujet à cent sortes d'illusions et d'hallucinations, et que conséquemment pour opérer le tri difficile du vrai beau d'avec le beau de mauvais aloi, le Beau doit être déterminé en soi, dans ses qualités objectives^ ainsi qu'il convient, comme nous l'avons vu plus haut, pour tous les agents de sensation spécifique, lumière, son, chaleur, etc.

vu

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