L'ESTHÉTIQUE DE M. TAINE
64. L'important manifeste par lequel le nouveau professeur d'esthétique de l'Ecole des Beaux-Arts* vient d'inaugurer son enseignement, m'a suggéré certaines réflexions que je ne crois pas déplacées ici.
M. Taine se hâte de prévenir ses élèves que son dessein n'est pas de les guider : < Je n'ai pas à vous guider, a-t-il dit, j'en serais trop embarrassé. > {Revue des Cours littéraires, numéro du 4 février 1865.) Pour quelle fin l'éminent écrivain a-t-il donc été appelé à celte haute chaire instituée pour former le goût de nos artistes?
< La nôtre (il s'agit de l'esthétique) est moderne, et diffère de l'ancienne en ce qu'elle est historique et non dogmatique, c'est-à-dire en ce qu'elle n'impose pas des préceptes, mais qu'elle constate des lois. > Ces paroles sont encore de M. Taine {op. cit.).
Cette déclaration de principes accuse une grave lacune dans la synthèse philosophique deTesthéticien novateur qui l'a formulée. Il est visible que la notion générale de Vart considéré en opposition avec Isisciencelni fait totalement défaut. Il semble ignorer absolument que la science d'observation, à laquelle il attache une importance exclusive, n'a de raison d'être et de véritable utilité que par les applications techniques auxquelles elle est susceptible de se prêter. Les < lois > naturelles nous