LE BEAU ET LE BIEN
96. Un professeur de province, dans une conférence que rintelligente direction de la Revue des cours littéraires a jugée digne d'une reproduction partielle, a développé cette thèse ressassée que le Beau et le Bien n*ont rien de commun entre eux. Voici quelques passages de cette dissertation :
« Où trouver, Messieurs, dans cette sphère immense, la moindre apparence de moralité? Qui donc nous parlera de vertu dans ce monde où tout nous parlede beauté? Et, Messieurs, montez encore quelques degrés, interrogez les animaux qui peuplent la terre, les airs et les eaux, le lion, qui symbolise la force majestueuse,^ le cheval, qui frémit et bondit, et que le génie d'un BuflFon nous a fait revivre dans une saisissante image ; cherchez dans ces créatures sans liberté, soumises aux lois fatales de rinstinct, quelques traces de l'idée du bien, vous ne les découvrirez pas, alors que vous y découvrirez l'expression radieuse de l'idée du beau. Muets sur le devoir, muets sur la vertu, ils ne parlent que le langage de la beauté, et le font entendre à votre âme émue. Bien plus, l'homme, qui réunit toutes les beautés des êtres inférieurs, et y ajoute encore par surcroit, ne réalise pas toujours l'union du bien et du beau... Le tronc de l'Hercule de Farnèse n'a rien à démêler avec la distinction du bien et du mal, et la laideur de Socrate ne ternit pas sa