LA VERTU ET L'ADMIRATION
98. Une définition surprenante de la vertu a été donnée par un cri tique dont le talent original, déjà très goûté du public, vient d'être consacré oflBciellement par la nomination de ce philosophe à TEcole des Beaux-Arts*. Voici comment s'exprime M. Taine: « Le bien d'un être, dit-il, est le groupe de faits qui le constituent ; l'action qui a pour motif cette maxime universelle ou une de ses suites universelles est vertueuso {Les philosophes français au XIX^ siècle.)
Si sous cette formule embarrassée et étrangement infidèle aux habitudes de précision et de correction de Téminent écrivain ^ j'ai pu réussir à deviner sa pensée, la vertu, d'après lui, consisterait, en tout homme, à observer la loi des faits qui le constituent, La vertu est bien autre chose, et je vais faire voir comment la sagacité philosophique de M. Taine s'y est trompée.
La source de son erreur, et de beaucoup d'autres erreurs, tant en morale qu'en esthétique, qu'il partage avec les premiers penseurs de notre époque, est celle-ci : il considère l'homme comme un tout par rapport < au groupe de faits qui le constituent >, et il a incontestablement raison jusque-là; mais son grave tort, sa faute capitale, c'est de ne se même pas douter que ce tout,