DEVOIR DE L'HOMME ENVERS LA FEMME
124.L'instinctif attrait qui pousse Thomme et la femme l'un vers l'autre n'a point pour unique fin l'accomplissement d'un acte physiologique et le plaisir actuel qu'il procure à tous deux. 11 ne faut pas perdre de vue que l'être humain est destiné à la vie sociale, destiné à vivre dans un état de société dont le mécanisme est très complexe, et que les différents ressorts de l'âme humaine sont trempés et disposés en vue de concourir, soit directement, soit d'une façon indirecte, au fonctionnement de ce corps collectif. Nous ne devons donc pas voir dans l'amour, considéré dans l'espèce humaine, l'instinct de la reproduction seulement ; il faut y voir aussi, et surtout, un lien social.
L'attrait que la femme exerce sur l'homme est le contre-poids delà supériorité virile ; il a pour but d'assurer à la femme, naturellement la plus faible et embarrassée en outre par les mille entraves de la maternité et les intermittences périodiques de sa santé, non pas seulement l'appui matériel de Thomme, mais son appui moral ; cet attrait est destiné à inculquer à l'homme un sentiment durable de bienveillance et de tendre déférence pour sa compagne, assez profond et assez élevé pour survivre au)c charmes de celle-ci, et pour qu'aux hommages et aux soins prodigués à sa jeunesse et à sa beauté évanouies ne succèdent pas l'abandon et le mépris.
La prostitution offrant à Tappétit vénérien de Thomme une satisfaction facile et prompte, celui-ci se laisse entraîner par cet impur appât du moment. L'amour perd par là ses attributs humains et redescend à l'état de rut animaL II devient dès lors antisocial ; il est maintenant un dissolvant et non plus un ciment pour la société.
Le commerce des prostituées habitue Thomme au contact d'êtres qu'il méprise — oui certes, qu'il méprise, car pour lui la moindre honte et le plus léger chagrin ne serait pas, malgré tout, de voir sa sœur ou sa fille réduite à une telle condition — , il s'habitue à goûter, dans un échange de mépris et de haine, d'intimes rapprochements que la nature destinait à être inséparablement associés à un sentiment d'affection et d'estime tutétaires. Dans cette fréquentation, il perd la moralité de lamour, et le charme pudique de la femme non déchue cesse de le toucher. Il se fait — comme on se fait par Tusage à ce qu'il y a de plus répugnant — à trouver dans Tamour mercenaire l'entière satisfaction de besoins qui ne sont plus que ceux des sens, et où le cœur cesse d'avoir part, et bientôt il ne craint plus d'afficher ses basses préférences,
125. L'attitude ainsi prise ouvertement par la portion masculine de la société a son contre-coup dans l'autre moitié, et de là tout un enchevêtrement de conséquences et de complications, tout à la fois d'ordre moral et d'ordre social î qu'il est intéressant de démêler.
Comme la femme est portée par sa nature à mettre le suffrage de l'homme au-dessus de tous les biens, et à se voir pour ainsi dire elle-même et à voir l'univers entier à travers lui, elle en arrive facilement à se persuader que les créatures vénales aux pieds de qui se portent tous