‹ Nouvelles recherches sur l'esthétique et la moraleChapitre 28 sur 39 · DEVOIR DE L*HOMME ENVERS LÀ FEMME · texte numérisé non relu

DEVOIR DE L*HOMME ENVERS LÀ FEMME

les hommages des hommes sont des types à imiter ; et, alors, pour détourner à leur profit un peu de ces attentions et de ce culte que les prostituées accaparent, les femmes dites honnêtes ne trouvent rien de mieux que de copier le plus servilement possible leurs heureuses rivales. Et la femme honnête descend dans la bassesse de la femme perdue pour y retrouver l'homme qui la fuit. Elle s'attachera donc à imiter de son mieux la prostituée dans son costume, dans sa parure, dans son allure et dans son langage. Gomme elle, elle s'enfarinerale visage et s'imprégnera de ces odeurs nauséeuses qui sentent à la fois le poison et le vice ; bravement elle jacceptera toutes les modes — coiffures, chapeaux, vêtements'^ — , sans reculer d'une ligne devant les plus grotesques, ni devant les plus scandaleuses... Soins perdus ! la prostituée l'emporte encore, l'emporte quand même, par la franchise et la maîtrise de son cynisme; et l'homme ne voit dans ces efforts d'imitation qu'un plagiat maladroit dont le seul effet est de lui découvrir que la femme honnête est prête pour toutes les ignominies de l'autre, et il y trouve une justification de son dédain et de son dégoût pour cette soi-disant femme honnête, et de ses faveurs pour la courtisane, qui, du moins, a le mérite de jouer son rôle au naturel.

Si j'en crois les peintures de la société française à notre époque, et je n'ai aucune raison de douter de leur exactitude, la femme du monde marche grand train à un état d'abêtissement et de détraquement intellectuel et moral sans exemple. Quelles destinées se préparent donc pour notre pays si la génération nouvelle est enfantée et élevée par des mères odalisques? Elle sera ce que sont les Turcs.

126. Oui, je le répète, et c'est d'ailleurs une vérité banale, la femme attend de l'homme, et non de son propre fonds, la connaissance du devoir, la notion du bien et du mal, de ce qu'il faut faire et de ce qu'il faut ne pas faire, de ce qui est convenable et de ce qui ne l'est pas, la règle de sa conduite et de ses mœurs, enfin. On peut le dire, la femme n'est que ce que l'homme la fait ; quelle n'est donc pas la responsabilité de l'homme, quel n'est pas son crime, si l'avilissement de la femme est son œuvre I

Je le dis froidement, .posément, en me plaçant à un point de vue strictement scientifique, et il est facile de démontrer mon dire, la pratique du vol et du meurtre lui-même est bénigne pour la santé sociale et le bonheur humain au regard de la débauche, qui ruine la pudeur et la dignité de la femme,qui d'elle fait un instrument de plaisir auquel on ne doit que son loyer,etdont l'homme le moins délicat s'éloigne ensuite avec écœurement et non sans quelque honte.

Oui, la prostitution doit être flétrie, flétrie au premier chef; et si, pour s'excuser, celui qui en use allègue le consentement volontaire et l'adage juridique volenti non fit injuria, je lui répondrai : votre cas est pareil à celui du voleur de grands chemins, qui peut alléguer aussi que le volé, sommé, le poignard sur la gorge, de choisir entre donner la bourse ou la vie, a consenti à donner la bourse.

Comment! détrousser un passant est criminel, et il ne serait pas criminel de débaucher une femme, c'est-àdire de tuer en elle la pudeur, la dignité, l'honnêteté, en d'autres termes ce que l'âme humaine porte en elle de plus humain I A bien considérer le tort causé à Tin-

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dividuet à la société dans un cas et dans l'autre, je ne crains pas de dire encore une fois que dépraver est un pire meurtre qu'assassiner.

L'opinion imbécile, moutonne, sans logique et sans cœur, qui de nos jours tient lieu de morale publique, n'hésite pourtant pas à condamner le débauché qui commet imprudemment une inoculation contagieuse, et cette même opinion n'attache aucun mal, aucune importance à l'inoculation volontaire et préméditée d'une syphilis morale cent fois plus redoutable que l'autre par ses conséquences ! Et dire que l'Etat entretient de nombreux professeurs de morale, et qu'il n'en est pas un qui élève la voix contre cette horrible plaie et cette iniquité épou- . vantable : la prostitution ! Et dire que les églises chrétiennes inondent le monde barbare et sauvage de missionnaires pleins de dévouement, et qu'à leurs portes elles laissent sans le panser, sans seulement se tourner vers lui, Lazare rongé par un si cruel ulcère, l'ulcère de la prostitution et de la débauche ! C'est bien le cas de rappeler à ce prosélytisme d'exportation le précepte du Maître : Medice cura teipsum. Il est étrange, le zèle de ce médecin, qui néglige les malades de son quartier et de sa propre maison pour aller offrir ses généreux services à l'habitant des antipodes !

Ce qu'en pareil cas les gens entendus ne manquent pasde vous faire observer, c'est quele mal dont il s'agit est inhérent à notre état social, que c'est un mal nécessaire. Je répliquerai que si la société a besoin en effet d'un tel mal pour son existence, c'est qu'elle n'est pas digne de vivre, c'est que, ce qu'il y a de mieux à faire à son égard, c'est de lui déclarer la guerre, c'est de la combattre sans trêve ni merci.

J'admire nos démocrates, ces ardents revendicateurs

des droits du peuple, ces redresseurs attitrés des torts dont il pâtit, qui voient dans la prostitution une institution sociale intangible. Qu'ont-ils donc sur les yeux pour ne pas voir que, si Pimpôt du sang, rejeté sur le pauvre, est une injustice criante contre laquelle ils ont mille fois raison de s'élever, le pauvre subit une injustice bien plus abominable encore que celle d'avoir à donner ses fils pour en faire de la chair à canon dixa profit du riche : celle d'avoir à livrer ses filles à ce môme riche pour les convertir en chair à plaisir !

La prostitution est antimorale, antisociale, antihumaine, et, par dessus tout, antidémocratique.

127. 4c Les femmes, pendant qu'elles sont jeunes, sont appelées maîtresses par leurs maris. Ces femmes donc voyant par là que leurs maris ne les considèrent que pour le plaisir qu'elles leur donnent, ne songent plus qu'à se parer pour plaire, en mettant toute leur confiance et toutes leurs espérances dans leurs ornements. Rien n'est donc plus utile et plus nécessaire que de s'appliquer à leur faire entendre qu'on ne les honorera et qu'on ne les respectera qu'autant qu'elles auront de sagesse, de pudeur, de modestie. > Epigtète [Maxime 254«).

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