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LES NUDITÉS ARTISTIQUES

que, mais les circonstances toutefois peuvent lui communiquer une indécence extrinsèque. Expliquons-nous sur cette distinction.

La vue du chef-d'œuvre dont il s'agit réveille un sentiment délicat de volupté tendre et compatissante où tout est noble et pur ; mais encore faut-il pdur cela que les yeux qui le contemplent possèdent une culture esthétique et morale qui est le privilège du très petit nombre. Sa place serait dans la chambre nuptiale; là son influence sur Tâme serait bonne, normale et morale. Mais les mêmes images exposées dans un musée, dans un salon, soumises aux regards des personnes de tout sexe, de tout âge et de toute éducation, exerceront une action qui sera généralement ou inopportune ou pernicieuse. Dans ce cas, ce n'est pas à la toile ni au peintre que devra aller le reproche, c'est à ceux qui auront fait de son œuvre un usage inconsidéré.

Le groupe qui décore Tare de triomphe de l'Étoile, sur la droite du spectateur du côté des Champs-Elysées, représente un adolescent dont les parties génitales sont en montre avec une affectation outrée. Ce travail, fait pour être exposé sur une grande voie publique, pour solliciter les regards d'une foule continue de femmes et d'enfants mêlés aux hommes de tout âge, accuse chez l'artiste un état de moralité déplorable. Il savait que ce phallus proéminent, qui se jette aux yeux, blesserait la pudeur ou l'émousserait, serait une source d'émotions intempestives pour les uns, malsaines pour les autres, tout en péchant en outre au point de vue strictement esthétique, puisque l'impression causée par ce détail nuit à celle de l'ensemble, qui est d'un style essentiellement sévère. Mais aucune de ces considérations n'a arrêté l'auteur de l'œuvre ; il avait une soif morbide

d'insulter à la décence, et rien ne Ta retenu. Et dire que de tels outrages sont récompensés, sont glorifiés, alors que le passant qui, pour satisfaire un besoin naturel et pressant, se découvre avec trop peu de précaution devant un mur, est appréhendé par Tagent des mœurs et traîné au poste!

Les nudités du Jugement dernier de Michel-Ange pèchent encore plus grièvement contre la moralité et contre rharmonie esthétique. Le grand artiste a voulu se donner le plaisir de commettre une orgie dans une église ; il a voulu être à la fois impudique et sacrilège, et pour atteindre à ce raffinement du mal il s'est décidé à sacrifier Tart lui-même, car sa fresque est un contresens esthétique monstrueusement absurde. C'est le sujet religieux le plus grave, le plus sévère et le plus solennel, et l'artiste l'agrémente de nudités de l'un et de l'autre sexe des plus insolemment païennes et des plus grossièrement libertines. Mais Fauteur s'appelle Michel- Ange, et alors il ne reste plus qu'à admirer du bonnet.

Quelle coupable sottise, quelle inconsciente canailleriequ'estcelledenosédiles choisissant ce qu'il y a déplus crûment nu dans leurs marbres et leurs bronzes pour en encombrer nos jardins publics ! Entendraient-ils donc par là, les imbéciles, former le goût artistique des nourrices, des bonnes d'enfants et des tourlourous?

C'est agir envers le public en vrais misérables, et ils ne s'en doutent pas, et le public pas davantage. Où sont donc nos moralistes officiels? n'ont-ils rien à dire à ce sujet, n'ont-ils pas à intervenir? Sinon, à quoi servent-ils donc alors, ces messieurs, à quoi bon leurs chaires de la Sorbonne et du Collège de France ?

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