Les trois définitions que je viens de retracer, exa
1. Le Grand Dictionnaire universel de Larousse définit la chaleur , a Etat de ce qui est chaud » . Et comment définit-il le chaud ? Il le définit : a Ce qui a, qui donne, qui produit de la chaleur » ! Le même dictionnaire définit encore la chaleur : « Agent particulier qui produit par sa présence l'élévation de la température ». Et la température, il la définit à son tour: « Degré de chaleur » Il
minées une à une et comparées entre elles, témoignent, non moins éloquemment que la réserve de MM. les professeurs Boutan et d'Alraeida, de la plaie scientifique signalée par le chef de l'école positiviste. Aujourd'hui le besoin le plus pressant de la physique n'est-il pas de se donner des principes synthétiques pour arriver à retrouver Tunité et l'harmonie de son domaine, pour arriver à en réunir, remanier et coordonner les incohérentes parcelles, et mettre fin à un morcellement qui fait obstacle, si je puis ainsi dire, à la grande et scientifique culture de la science ? Cependant la Physique a dédaigné à tel point les lumières de la Philosophie, qu'elle se heurts sans les voir à ces principes régénérateurs dont elle reconnaît pourtant la nécessité.
Les définitions citées ci-dessus nous frappent d'abord par une prolixité embarrassée et un manque de précision qui tranchent sur le fond de l'ouvrage, généralement écrit d'un style net et concis. Sous ces taches exceptionnelles on entrevoit que la pensée de l'auteur, forcé de quitter pour un instant le terrain familier de la spécialité professionnelle, s agite dans l'obscurité, et fait de vains efforts pour trouver sa voie, qu'aucune lueur de méthode ne lui découvre. Mais un examen soigneux de cette infructueuse tentative conduit à une observation qui constitue une découverte précieuse. La voici :
Les trois définitions n'ont entre elles aucune analogie de formule, et Ton semble même s'être étudié à les rendre le plus disparates possible. Et pourtant il saute aux yeux qu'elles comportaient une uniformité générale d'expression. Chacune des trois peut, en effet, rien qu'en changeant les différences spécifiques, s'appliquer indifféremment au sujet de chacune des deux autres, et tout aussi exactement qu'à son propre sujet lui-même.
Prenons par exemple la définition de la Lumière :
I. < Nous appelons lumière la cause, quelle qu'elle soit, qui produit en nous la sensation que nous percevons avec les organes de la vue, avec les yeux, la cause qui rend les objets visibles. »
Nous transportons ce même type de définition à la définition du son et à celle de la chaleur, et nous obtenons les deux expressions suivantes, qui n'ont assurément ni plus ni moins d'exactitude que leur modèle :
II. Nous appellerons son la cause, quelle qu'elle soit, qui produit en nous la sensation que nous percevons avec l'organe de l'ouïe, avec l'oreille, la cause qui rend les objets sonores (ou audibles).
III. Nous appellerons c/tafet<r la cause, quelle qu'elle soit, qui produit en nous la sensation que nous percevons par Torgane (encore anatomiquement indéterminé) du sens thermique, la cause qui rend les objets chauds.
On pourrait maintenant opérer de même sur les deux autres définitions de notre auteur, celle du Son et celle de la Chaleur, et nous nous convaincrions que chacune de ces deux formules s'applique également bien, de même que la précédente, à chacun des trois objets à définir proposés.
Ainsi les trois définitions, jusqu'ici incohérentes et disparates, se rapportant à trois des principaux sujets de la physique, sont réductibles à l'unité de formule générale, au même paradigme.
Tous les physiciens philosophes m'accorderont, je pense, que cette réduction est déjà un résultat de quelque valeur acquis à la méthode de cette science.