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Précisons le dernier résultat que cette étude vient

PSYCHOLOGIE, PHYSIOLOGIE, PHYSIQUE 3t

de nous donner; nous considérerons ensuite les nouveaux aperçus philosophiques qui se découvrent du point que nous venons d'atteindre.

Nous avons constaté que les modes radicaux de sensation appelés la vision, Faudition et la sensation de chaleur, sont individuellement le point de départ d'une science qui s'étend aux trois grands ordres d'objets de la connaissance humaine, l'ordre psychologique, l'ordre physiologique et l'ordre physique, et qui les relie étroitement Tun à Tautre. Or le raisonnement et l'observation nous font voir qu'une telle Ici ne s'applique pas seulement aux sensations spéciales dont il vient d'être question, mais qu'elle s'étend sans exception à tous les modes de sensation et de sentiment, ou, pour mieux dire et ne rien omettre, à toutes les modifications spécifiques de l'être subjectif, du moi, de la conscience.

Ainsi, de même que voir, ouïr, avoir chaud, pareillement odorer y goûter et toucher ont chacun un domaine scientifique qui se partage suivant les trois grandes coupes de la science générale, c'est-à-dire en un département psychique, en un département physiologique, et en un département physique. En effet, l'Olfaction suppose un sens spécial, un organe spécial et un agent spécial ; et pareillement de la Gustation et de la Taction.

Mais ce que nous venons de dire des sensations ne serait-il pas vrai aussi de ces autres espèces de modifications subjectives que nous appelons des émotions et des sentiments^ Celles-ci peuvent-elles donc se produire, tout au moins normalement, en dehors du triple concours d'une cause intérieure subjective, c'est-à-dire d'une faculté spécifique de l'âme, et d'une cause extérieure objective exerçant son action par l'intermédiaire du mécanisme cérébral, ou, pour être plus exact, du

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mécanisme nervenx? Les modifications subjectives que nous essayons de distinguer par les appellations d'amour^ de haine^ de plaisir ^ de peine^ d'admiration^ de mépris^ etc., etc., supposent évidemment en nous, en notre âme, le pouvoir, la propriété, la faculté d'aimer, de haïr, de ressentir le plaisir, la peine, Fadmiration, le mépris. En même temps elles impliquent l'existence en dehors de nous de quelque chose qui suscite en nous ces diverses manières d'être ; et tel est bien le fait que nous constatons et affirmons toutes les fois que nous appliquons à un objet un qualificatif tel que les suivants : aimable, odieux^ agréable, désagréable, admirable, méprisable. Enfin nous savons également que ces causes déterminantes de nos sentiments, et les facultés mentales sur lesquelles elles opèrent, entrent en conflit par l'intermédiaire du système nerveux.

Un principe admirablement fécond se dégage donc des considérations qui viennent d'être exposées, et je crois que nous pouvons le formuler dès à présent sans témérité comme une vérité bien établie, définitivement acquise. Ce grand principe, le voici :

TOUTES LES MODIFICATIONS SUBJECTIVES, c'E8T-A- DIRE TOUT CE QUE l'oN COMPREND SOUS LES APPELLA- TIONS ENCORE TROP VAGUES DE SENSATIOIV ET DE 8EN- TIMEIVT, SONT RÉGIES PAR UNE COMMUNE LOI : TOUTES SUPPOSENT UNE FORCE SUBJECTIVE MODIFIABLE, PLUS UNE FORCE OBJECTIVE MODIFICATRICE, PLUS UN INSTRU- MENT OU ORGANE DE RAPPORT.

1 2. Des propositions ci-dessus il résulte que Sensations et Sentiments peuvent et doivent être considérés en bloc comme le domaine total d'une grande science abstraite,

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qai se divise en trois sections générales : la science de la Faculté ou force subjective spéciale ; la science de VOrgane spécial ; la science du Modificateur ou Agent objectif spécial.

Cette science générale constituant un genre très natu- rel de Tordre scientifique, -ayant un objet propre et entier qui est nettement délimité, et Futilité de la distin* guer étant dès lors incontestable, elle doit être classée, et il faut par conséquent lui assigner d'abord un nom. Mais commettre un néologisme est réputé un acte grave auquel un écrivain ne doit se résoudre qu'à la dernière extrémité. Soit ; toutefois une conscience trop timorée en pareille matière pourrait avoir des inconvénients autrement sérieux que celui d'introduire dans la langue un barbarisme de plus. Combien, par exemple ne seraitil pas à déplorer que Lavoisier et ses associés eussent reculé devant des scrupules de grammairien quand ils formèrent le mémorable et immortel projet de doter la chimie d'une nomenclature méthodique? Pour nous, en tout cas, il ne s'agira que d'innover à moitié.

Plus haut, me fondant surl'étymologiedes mots, j'ai étendu les dénominations d'optique et d'acoustique à la science tout entière dont ces noms, pris dans l'acception restreinte en usage, ne représentent qu'un des trois côtés. C'est ainsi que pour nous l'optique est maintenant, non plus seulement la science de l'agent objectif de la vision, mais la science du triple générateur de la vision, c'est-à-dire unescience totale forméede la science partielle de la vue, de la science partielle de l'organe visuel, et de la science partielle de l'agent visuel, appelé lumière. Et mêmement de l'acoustique.

Eh! bien, le nom d'esthétique ne pourrait-il pas, en vertu du même raisonnement, convenir à la science

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totale de la faculté^ de Yorgane et de Vagent ou modificateur objectif, considérée dans l'universalité de son domaine?

De même qu'optique et acoustique se rapportent étymologiquement, non à la lumière et au son, mais à la vision et à l'audition, pareillement le mot esthétique^ à considérer sa signification originelle {acîaQr^iç, sensation ; aùTOfiTotoç, sensible), devrait désigner sans restriction rentière science delà sensation et du sentiment. Je demande donc à l'employer ici dans cette acception, acception légitime, dont il a été détourné par abus, un abus contre lequel d'ailleurs Kant avait protesté avant moi. Il a dit: < J'appelle esthétique transcendantale la science de tous les principes a prîorf de la sensibilité. > {Critique de la raisoyi pure, traduction Tissot, t. 1*', p. 39). Il définit ailleurs Testhétique : < la science des lois de la sensibilité en général > ; et il donne cette définition comme pendant à celle de la logique, qu'il appelle < la science des lois de l'entendement en général >.

13. Ainsi entendue, l'Esthétique devient un tableau qui, sous quelques grandes divisions et quelques titres sommaires, réunit, coordonne, et ramène à l'unité de principe et de système, une multitude d'études jusqu'ici incohérentes, disparates, éparses, n'offrant à l'esprit qu'un ensemble hétérogène et confus.

Le cadre de l'Esthétique générale se partagera d'abord dans son entier comme il suit :

I. Esthétique psychologique^ ou science des causes subjectives de la sensation et du sentiment, et de leurs effets propres ;

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