A. DELI'ECO
dit-il, au travers d'une toile et comme s'il avait du colon dans les oreilles. Du côté de l'odorat et du goût il y a plutôt un certain degré d'excitation et d'impressionnabililé exagérée.
Les facultés génitales ont traversé deux phases. Klles ont d abord été très surexcitées. Aujourd'hui elles se sont éteintes et l'anHphrodisie est complète, aussi bien dans les faits moraux que dans les actes physiques.
Le système musculaire a été peu troublé chez le malade. Il a ressenti des crampes, de la roideur des membres, un certain degré de tremblement, de la faiblesse générale, mais non pas de la paralysie à proprement parler.
Son appétit est diminué, mais jamais il n'a é!é atteint de vomissements Il a ressenti de violentes coliques et des douleurs gasiriques vives, et chez lui la diarrhée et la constipation alternent sans prédominance décidée. Il rend fréquemment des gaz abdominaux très fétides.
Aux époques où il était le plus malade, il éprouvait un besoin de crachotement marqué; la production de la salive était exagérée.
La respiration n'est modifiée que dans ce sens qu'il est facilement essoufflé. Son haleine est, en ce momentqu'il travaille peu, sans odeur bien marquée.
L'auscultation ne donne aucun résultat important.
La circulation ne paraît avoir été troublée à aucune époque de la maladie.
Depuis lors B... a quitté le travail au sulfure pour entrer dans une autre fabrique. Ses anciens camarades m'ont appris que ce seul fait avait suffi pour faire cesser l'hématurie dont il était atteint.
Je l'ai revu depuis (juin 1861), il n'a pas travaillé au sulfure depuis le mois d'août dernier. Cependant tous les malins quand \l se lève il est repris de la céphalalgie compressive bitemporale bien caractéristique. Elle dure une heure et diminue progressivement.
Sa mémoire n'est que très incomplètement revenue. Il ne se rappelle pas le lendemain ce qu'il a fait la veille. Il est souvent encore comme abasourdi.
Obs. IX. — Accidents anciens à peu près guéris. — Retour à l'alelier. — Excitation génitale suivie d'impuissance coïncidant avec un reste d'excitation des facultés intellectuelles.
G... (A.), âgé de vingt ans, ouvrier chez M. A. .., a travaillé pendant un an au sulfure, il y a deux ans déjà. Il revient depuis peu de temps à l'atelier.
II y passe de quatre à, sept heures par jour, et il travaille maintenant sous un hangar ; mais il travaillait autrefois dans le petit atelier
peu aéré et quelquefois chauffé assez fortement, dont il est question dans plusieurs autres observations.
A cette époque il fut malade après une seule journée. Aucune cause spéciale ne le prédisposait aux accidents; il ne prenait pas de boissons alcooliques.
Dès l'abord une céphalalgie atroce, beaucoup d'excitation allant jusqu'il la violence, une altération profonde de la vue, de la diplopie, une soif ardente, un dégoût profond manifesté par un crachotement constant, des tiraillements douloureux des membres furent les premiers symptômes qu'il accuse avoir ressentis.
Après avoir été très malade, il a cessé de travailler au sulfure, et son état s'est fortement amélioré, mais depuis quelquetemps, entraîné parle salaire avantageux , il est revenu à l'atelier. Il est maintenant dans l'état suivant.
Son apparence extérieure est assez satisfaisante, il est convenablement développé, un peu pâle toutefois et d'aspect fatigué sans amaigrissement.
Sa mémoire n'est pas encore altérée de nouveau, mais il est sujet à la violence. De l'excitation il passe à la tristesse et se préoccupe de tout.
» Je pense trop dans les affaires, dit-il. »
11 est poursuivi par une somnolence constante dès qu'il n'est plus excité. 11 dort d'une manière exagérée et se réveille difficilement, et cela seulement depuis qu'il travaille au caoutchouc soufflé.
Surtout lorsqu'il a travaillé, il ressent une vive céphalalgie qui le presse comme une calotte douloureuse. 11 est troublé pardes vertiges fréquents et intenses. Je ne constate chez lui ni anesthésie ni analgésie; ses membres sont roideset endoloris, il éprouve le besoin de les détendre en s'allongeant. Il n'a pas de crampes, mais fréquemment un peu de tremblement.
Sa digestion ne présente rien de bien particulier. Il n'a pas de vomissements, mais seulement un peu de dégoût et un crachotement continuel.
Son haleine présente l'odeur du sulfure, il ne tousse pas, mais il est oppressé et s'essouffle facilement.
Son pouls est normal, ses facultés génératrices sont très amoindries sinon abolies ; il n'a plus d'érections spontanées; il en est ravi et trouve cela très commode. Celte dépression a été précédée d'une excitation assez vive. J'avais, dit-il, deux femmes, je m'en tourmentais et je perdais mon ouvrage; maintenant je n'y pense plus et je vis bien plus tranquille.
Obs. X. — Appétit exagéré. — Surexcitation génitale extrême. — Affaiblmemenlde la mémoire, de l'ouïe, de la vue.
A... (L,), âgé de vingt ans, demeurant à Paris-Belleville, Ira-
A. DBLPKCH.
vaille depuis deux ans au caoutchouc soufflé. Mais il a fait une assez longue interruption.
Je n'ai pas sur lui une observation complète, mais seulement une note qui présente cependant quelques faits intéressants.
Il a été malade dès l'origine de son travail. Il a éprouvé la céphalalgie spéciale et les autres accidents constants. Chez lui l'appétit a été exagéré par l'influence suifocarbonique. lien a été de même de l'aptitude génitale, et l'excitation persiste encore maintenant avec une grande intensité. Il est pris, et la nuit en particulier, de véritables rages, sous l'influence desquelles il court se livrer au coït avec fureur.
Il se plaint de ressentir dans les aines des douleurs assez vives. A d'autres points de vue il est dans la période d'abattement. Son sommeil est lourd et trop prolongé. Sa mémoire est notablement altérée.
Il est sourd, dit-il, quand il a travaillé.
Sa vue est très affaiblie, mais elle l'a été plus encore. Avant une assez longue interruption qu'il a faite, il ne pouvait plus lire le nom des rues sur les plaques qui l'indiquent.
Obs. XI. — Intoxication progressive, puis rapide par l'exagération des causes. — Période de collapsus immédiate sans excitation préalable. — Anorexie. — Impuissance, vertiges, troubles de la vue, faiblesse musculaire extrême.
B... (N.), âgé de cinquante et un ans, employé comme homme de peine dans une fabrique de caoutchouc, me raconte les faits suivants :
Entré dans la fabrique, le 9 juin 1 856, il ne fut d'abord employé que pendant des temps très courts à la dissolution, mais vendredi dernier (huiljours après son entrée) il fut chargé de placer sous une presse à broyer du caoutchouc réduit par un liquide où domine le sulfure de carbone, en pâte très épaisse.
Il brassait aussi avec ses mains dans une cuve le mélange en voie de dissolution. Il voyait les ouvriers delà fabrique qui semblaient se moquer de lui. Il apprit depuis que le travail qu'il accomplissait était regardé comme funeste, il dit même comme mortel. Il avait vu lui-même emporter évanoui d'auprès de lui un vieillard tout contourné, dit-il, et dont les infirmités étaient attribuées à leur commun travail.
Plongé depuis quelque temps dans les vapeurs de l'atelier, il avait pris peu de souci des malaises qu'il éprouvait déjà. Cependant son appétit avait diminué depuis le commencement de la semaine, il remportait intacts chez lui les aliments qu'il avait emportés le matin. Atteint d'une constipation intense il ne rendait que des crottins très durs, fortement imprégnés de la senteur de sulfure de carbone.
que ses urines présentaient aussi à un degré très prononcé; il se sentait faible sur les jambes; toute érection avait disparu, son impuissance était absolue
Exposé pendant deux jours à des vapeurs plus abondantes, il se sentit après la première journée beaucoup plus souffrant. Il revint cependant le samedi ; mais, pris pendant son travail de nausées constantes, de vomissements violents dès qu'il essayait de prendre le moindre aliment, il se traîna péniblement vers le haut du faubourg du Temple où il habite. Sa vue très altérée ne lui permettait que difficilement de discerner les objets. Troublé par de violents vertiges, chancelant, obligé de s'arrêter à chaque pas, il fut enfin rencontré par sa femme inquiète de son retard et qui le soutint pendant le trajet.
C'est quelques jours après ces accidents que je vais le voir. Sa situation s'est améliorée. Le repos au lit, l'éloignement des causes, un régime doux, des purgatifs ont amendéles accidents. Toutefois, il est couché encore dans un état marqué d'hébétude, sans perte très prononcée de la mémoire. La céphalalgie est assez vive, les vertiges se montrent lorsqu'il veut se soulever. La vue est encore altérée, tandis que l'ouïe ne présente aucun trouble.
B... répand encore autour de lui l'odeur de sulfure de carbone. On la retrouve dans son haleine, dans ses urines.
Il ne serait pas encore en état de marcher ; il se plaint de douleurs lombaires et de brisement; ses jambes sont faibles et vacillantes, peu sensibles, sans anesthésie très prononcée cependant; ses mains sont engourdies, très affaiblies. Elles sont le siège d'une roideur extrême qui empêche le malade de les mouvoir et de saisir les objets surtout peu volumineux.
Obs. XII. — Ouvrière en caoutchouc soufflé. Affaiblissement musculaire, surtout des membres inférieurs. — Engourdissement et insensibilité incomplète des mains, sensibilité génitale abolie. — Mémoire altérée.
Madame D. ...vingt-neuf ans, ouvrière chezM. A..., est d'une bonne constitution. Il y a quatre ans qu'elle travaille le caoutchouc soufflé, elle est employée au nouage et au soufflage. Elle travaille de trois à sept heures par jour, mais non pas d'une manière continue à la vulcanisation. Pendant un an elle a pu s'exposer, sans être malade, aux vapeurs du mélange vulcanisant. Le premier accident qu'elle a éprouvéest une horrible céphalalgie, revenant surtout lorsque l'atelier avait été fortement chargé de vapeurs. Celui où elle travaillait alors était peu spacieux et quelquefois assez fortement chaude en hiver. Elle rapporte aussi à l'influence à laquelle elle était soumise le déve-
A. DKLÊECU.
loppemenl de furoncles très nombreux dont elle fut atteinte à cette époque.
Ces premiers accidents, en suivant la progression ordinaire, arrivèrent au degré où nous les trouvons à la fin de l'année 1 860 (novembre).
Les membres inférieurs sont très affaiblis, madame D... marche avec peine, se lasse facilement, ses forces générales sont très amoindries.
L'extrémité de ses doigts est engourdie et roide, la sensibilité paraît diminuée.
Chez elle les organes des sens paraissent peu atteints; la vue et l'ouïe sont conservéesi
Mais la sensibilité génitale spéciale a complètement disparu. Elle n'éprouve aucun désir et cette indifférence absolue l'a fait abandonnerde son mari
Elle n'a pa3 eu de grossesses, mais ses règles ont persisté d'une manière normale.
Ses facultés intellectuelles sont troublées. Sa mémoire est profondément altérée; elle est devenue violente, irritable.
Son sommeil est agité. Elle est poursuivie par des rêves terribles, des crimes se commettent sous ses yeux.
Son appétit est amoindri, mais d'une manière modérée. Elle n'a pas de vomissements, mais des crampes d'estomac fréquentes. Jamais elle n'a éprouvé de salivation, de constipation, ni de diarrhée très marquée.
Elle rend des vents très odorants chargés de l'odeur du sulfure.
Son pouls est à peu près normal. Elle n'a de fièvre, dit-elle, que quand elle est prise par le sulfure.
Il est à remarquer que cette ouvrière travaille peu de temps, interrompt assez fréquemment son travail et remplit des fonctions dans lesquelles elle est peu exposée. L'atelier où elle est employée est un simple hangar balayé par le vent.
Obs. XIII. — Troubles intellectuels peu prononcés. — Anaphrodisie, affaiblissemenl général.
M... fils, âgé de trente-six ans, ouvrier en caoutchouc, n'a jamais faitd'exeès'alcooliques. Ilaétésuccessivementoccupé aux divers travaux que subit le caoutchouc dans la fabrication des nombreux produits qu'on en tire. Ce n'était que par exception cependant qu'il travaillait à l'imperméabilisation des étoffes, seule préparation dans laquelle il se dégage, dans la maison où il est employé, des vapeurs un peu abondantes de sulfure de carbone. Il était employé au déchiquetage où aucun accident nese développe, et pendant deux ans il resta bien portant. A cette époque, il commença à toucher au sulfure,
mais en très petite quantité et seulement pour coller les deux bords de plaques de caoutchouc et en faire des tubes. Pendant un an il fut peu atteint par l'action des vapeurs d'ailleurs presque nulles ; mais à cette époque il passa à l'imperméable. L'atelier où il se faisait était par bas, sur le sol même et non à claire-voie et mal aéré.
Dès le soir du premier jour, il éprouva une céphalalgie atroce, avec un sentiment de pression douloureuse sur les tempes, une anorexie absolue et des nausées sans vomissements.
Ces accidents suivirent le cours ordinaire et bien connu des ouvriers, et il arriva rapidement à l'état suivant, qui, chez lui, ne prit jamais de proportions très graves, parce qu'il n'était jamais employé au sulfure d'une manière continue :
Sa mémoire n'était pas, croit-il, remarquablement troublée, cependant il lui semblait qu'il avait des absences dans lesquelles il ne savait plus ce qu'il faisait. Jamais il n'a été irritable ni violent, mais son humeur était très ch ingée et il passait d'une gaieté exagérée à des tristesses sans motif.
A l'exception des travaux de l'atelier, auxquels il revenait machinalement, il ne pouvait plus s'occuper. Contre ses habitudes quand il rentrait chez lui, le soir, il restait sans rien faire ; il était tombé dans une atonie, dans une indifférence absolue. Toute énergie morale avait disparu.
Son sommeil était agité, non réparateur, interrompu par des soubresauts, troublé par des rêves tristes.
Lorsqu'il marchait, il était atteint de vertiges. Jamais il n'a éprouvé de troubles de la vue ni de l'ouïe.
Jamais non plus ses facultés génitales n'ont été surexcitées. Elles ont été au contraire très amoindries. Les érections étaient rares, le coït beaucoup plus long, le spasme vénérien court et incomplet. Il c-l a noter toutefois que sa femme est devenue deux fois enceinte, que ses enfants se portent bien, et que, si elle a fait en outre une lausse couche, cela paraît dépendre d'un accident.
Cet ouvrier me signalait une sensation que j'ai rencontrée bien souvent chez ceux qui travaillent dans des ateliers dont la partie inférieure n'est pas suffisamment aérée, c'est une sensation de froid glacial aux membres inférieurs et qui remonte plus ou moins haut, selon l'abondance de3 vapeurs et l'épaisseur de la couche qu'elles forment. Quand le dégagement était considérable, me dit M .., cela me portail sur les parties génitales qui devenaient comme froides.
Il ne parait pas avoir éprouvé de douleurs dans les membres, mais seulement vers les lombes. Il était affaibli d'une manière générale, mais sans paralysie prononcée.
Jamais M... n'a eu de constipation ni de diarrhée.
Son haleine était fétide et exhalait l'odeur du sulfure do carbone.
A. DELPKCn.
Ses urines étaient troubles ; poursuivi par l'odeur du sulfure de carbone, il ne peut dire si elles la présentaient plus spécialement, ■sais elles déterminaient clans l'urèthre une cuisson prononcée.
M. . a quitté les ateliers au sulfure. Il travaille maintenant à la 6enzine. Sa santé s'est assez bien rétablie, mais il reste pâle, sans bruits de souffle vasculaires bien prononcés.
Obs. XIV. — Recueillie par M. le docteur Heurteaux, ancien interne des hôpitaux ( I ). — Empoisonnement par le sulfure. — A tnaurose ; aliénation mentale, troubles de la sensibilité générale, de la molilitc et des fondions digeslives; hallucinations dc~ la vue cl de l'ouïe , mort subite par rupture d'tm petit unévrysme dans le péricarde. [Résumé.)
Alexis M..., âgé de quarante-cinq ans, ouvrier en caoutchouc, est entré, le M janvier 1859, à l'hôpital de la Pitié dans le service de M. Michon.
Cet homme d'une bonne santé, d'une vie régulière, sans antécédents personnels ou héréditaires, travailla d'abord sans éprouver aucun accident au découpage des pièces de caoutchouc. Employé plus récemment au trempage dans le mélange de sulfure de carbone et de chlorure de soufre, il ressentit tout de suite une violente céphalalgie avec battements très pénibles dans les tempes et exacerbations vers le soir.
Bientôt apparurent la faiblesse, la roideur des muscles des membres, l'engourdissement des doigts, la difficulté de saisir les petits objets, l'hésitation dans la marche, l'anorexie, la brusquerie, la violence, l'altération de la mémoire, l'insomnie. A la fin de décembre 1857, il se crut entouré d'ennemis, il lui semblait, pendant la nuit, entendre des personnes qui venaient pour le tuer, des voix imaginaires frappaient son oreille; les objets étaient vus avec des formes bizarres. Quatre jours après il s'imagina avoir commis un vol et alla le déclarer à la préfecture de police, puis à un commissaire qui le fit conduire à Bicôtre.
Il y passa un mois dans le service de M. le docteur Moreau ; des ventouses scarifiées à la nuque, un séton, améliorèrent son étal. Sorti le ?8 janvier 1858, il ne lui restait que quelques craintes vagues qui se dissipèrent promptement.
Six jours après, il reprit ses travaux qu'il continua jusqu'au 5 novembre. L'anorexie, la céphalalgie temporale, l'irritabilité du caractère, l'affaiblissement de la mémoire, celui des muscles reparurent. Jamais les facultés génitales n'ont été amoindries, tandis qu'elles l'étaient chez les ouvriers ses voisins.
(I) Extrait du Recueil des travaux de la Société médka'e d'observations de Paris, fascicule VII, 1860.
A la sortie de son travail il avait la vue troublée, il était étourdi comme s'il avait fait un léger excès de boisson. Ces symptômes se dissipaient pendant la nuit. Mais depuis le mois de mai l'altération de la vue est devenue permanente et progressive: des mouches, une vue plus altérée au grand jour que le soir et dans le demi-jour ont caractérisé ce trouble.
On couslale les faits suivants :
Les yeux sont gris, les pupilles égales, contractées, régulières, complètement immobiles, dilatables par la belladone. Le fond de l'œil est d'un noir très pur, les trois images conservées. Le malade ne peut lire que les derniers numéros jusqu'au n° I 5 à l'échelle d'accommodation de Jœger (4 millim. 1/2 de hauteur).
La vision est plus netle dans le demi-jour, moins nette quand la pupille est dilatée par la belladone,
Les phosphènes sont intacts. Al'ophthalmoscope on trouve fes papilles des nerfs optiques congestionnées. Il n'y a ni épanchemenls plastiques, ni décollement de la rétine. Les autres sens sont intacts, la conlraclilité musculaire normale, ainsi que la sensibilité cutanée.
Les urines ne contiennent ni sucre ni albumine.
Léger souffle doux au premier temps du cœur, faible souffle intermittent aux vaisseaux de la base du cou.
Des vésicatoires autour de l'orbite, un trailement tonique et reconstituant ne produisent aucune amélioration dans l'état du malade.
A la suite d'une légère impatience, il meurt subitement le 31 mars, par suite de la rupture d'un petit anévrysme do l'aorte.
L'autopsie n'a offert aucune lésion que l'on puisse rattacher directement à l'intoxication sulfocarbonée, ou qui donne une explication quelconque des troubles de la vision.
Obs. XV. — Perle de lu mémoire, trouble de lu parole. — Violences graves. — Accès épilepli formes. — Paraplégie. — Vite altérée. — Persistance de lu surexcitation génitale. — Cachexie.
F... (F.), âgé de trente et un ans, ancien colporteur, a commencé il y a quatre ans à travailler au caoutchouc soufflé. Il passait chaque jour de six à neuf heures à l'atelier où il trempait et nouait, quand il était employé à la vulcanisation, co qui n'élait pas constant.
L'action des vapeurs sulfocarbonées n'a été favorisée chez lui, affirme-l-il, par aucun excès alcoolique, mais il travaillait dans un atelier fermé, petit, très chauffé, sans aération convenable dans lequel il se produisait des émanations d'autant plus abondantes que les ballons y séchaient souvent, et que de plus les ouvriors encore
A. DELPECH
inhabiles en faisaient éclater un grand nombre. Aussi était-on obligé de sortir fréquemment au dehors, tous les quarts d'heure, dit-il .
Dès le premier jour il a quitté l'atelier dans un état prononcé d'ivresse et il a été atteint de céphalalgie.
Cette céphalalgie très intense, de forme compressive, occupait la racine du nez et les tempes plus spécialement. Elle consistait surtout en une sensation de violente constriction aux tempes sans battements. Il s'y joignait une roideur extrême du cou que m'ôbt signalés plusieurs malades. Cette roideur douloureuse occupait plus particulièrement la partie postérieure, et elle s'accompagnait d'un sentiment de froid local très vif. F... avait beaucoup de peine à se retourner. À la douleur de tête se joignaient des vertiges lrè3 pénibles.
Progressivement ces premiers accidents prirent plus d'importance, mais ils n'acquirent, dit-il, une grande gravité que quaire mois après. Voici ceux qu'il a plus particulièrement remarqués :
Sa mémoire a été complètement perdue, maintenant encore elle est très amoindrie, ce qui rend le retour vers le passé difficile parfois. Les renseignements donnés précédemment par d'autres ouvriers sur F. . qui a été très malade, me permettent de le mettre sur la voie; mais j'ai soin de le laisser décrire seul ses souffrances.
Dès l'abord ce trouble de la mémoire portait sur les mots. Après le travail, dit-il, on a de la peine à parler. La langue ne veut pas tourner, on a bien du mal à dire ce qu'on veut dire ; moi </ui n'étais pas comme cela précédemment, je marronnaia de ne pouvoir dire ce que je voulais. Maintenant encore il est embarrassé. Cet embarras porte aussi matériellement sur la production des sons. La langue est comme roide, maladroite. Il se produit une espèce de bég;iyement.
Chez ce malade l'excitation des facultés intellectuelles, a la mémoire près, a été portée très loin. Il est tombé dans un mutisme passager presque complet d'où il est sorti pour se livrer a des violences graves. Si on ne l'eût pas arrêté à temps, me disent des témoins de cette scène, il eût assommé avec la bigorne une ouvrière contre laquelle il était irrité. Avant cette phase d'emportement il avait été d'une gaieté exagérée; avec les progrès de l'intoxication, il est tombé dans une extrême tristesse, à laquelle se joignait un manque absolu d'énergie.
Il oscillait entre une somnolence constante et des réveils en sursaut, une agitation fatigante, des rêves effrayants pendant le sommeil.
La sensibilité générale n'a pas été troublée chez lui d'une manière marquée, il n'a jamais eu de douleurs à proprement parler, ni d'hypereslhésie.
Cependant il était poursuivi par une crainte extrême du froid et
ce sentiment de froid général et excessif qui forçait un autre ouvrier ( obs. IV) de se coucher entre deux matelas. Il insiste en outre sur la sensation glaciale que développe aux membres inférieurs la couche de vapeurs de sulfure qui occupe le bas de l'atelier.
Après le travail, pendant un temps assez long, ses doigts sont insensibles et maladroits, il ne peut saisir les petits objets.
F.. . avait une très bonne vue, elle est toujours restée troublée depuis, il voit au travers d'un brouillard. Cependant on ne constate aux yeux rien de particulier. Les pupilles sont dilatables et contractiles.
Son oreille s'endurcit progressivement.
Il lui semble que les sensations gustatives sont moins vives qu'au trefois.
L*odorat au contraire est bien développé.
Cet ouvrier présente un exemple rare de surexcitation génitale persistante : encore maintenant elle se maintient avec vivacité.
Toutefois il n'a pas eu d'enfants depuis qu'il travaille au sulfure, quoiqu'il en eût eu précédemment. Il n'a d'ailleurs, me dit-ii, pas connu de femme travaillant au caoutchouc soufflé qui ait eu des enfants.
Il marche moins bien qu'il ne faisait autrefois. Dans son premier métier de porte-balle, il faisait au besoin un nombre de lieues considérable, maintenant la moindre course le fatigue ; ses genoux sont roides.
Toutefois il a peu de crampes.
Les mains sont affaiblies, maladroites. Le sulfure, dit-il, lui a ôté toutes les forces des mains.
Il n'a pas de tremblement habituel, mais seulement après le travail.
U n'a jamais eu de vomissements, de constipation, ni de diarrhée, mais des coliques très violentes à se tordre, dit-il, et des matières très o Jorantes.
Son appétit est peu prononcé et très irrégulier. Il a faim deux fois par semaine, le reste du temps il mange par habitude.
11 crache fréquemment et plus abondamment qu'autrefois, mais il n'a jamais eu de salivation à proprement parler. Ses gencives sont saines, ses dents offrent à la base une coloration brun froncé dans une assez grande largeur.
Ses gaz abdominaux sentent fortement le sulfure.
Il est souvent oppressé, il étouffe mais d'une manière modérément intense. Il a habituellement un peu de toux sèche. La forme delà poitrine n'est pas notablement altérée, elle est sonore dans toute son étendue. L'expiration est plus longue qu'à l'état normal.
L'haleine ne présente pas d'odeur bien marquée. F... n'a pas travaillé le jour où je l'examine.
A. DELPECH
Le volume du cœur est normal, le premier bruit est couvert et prolongé par un bruit de souffle doux. On trouve dans les vaisseaux du cou un bruit de souffle intense et intermittent.
Pour en terminer avec la circulation, disons que F.. . ne croit pas avoir jamais eu de fièvre; son pouls bal 72 pulsations.
Ses urines sont quelquefois très colorées, elles déterminent dans l'urèthre une vive cuisson. Tous les autres, dit- il, éprouvent la même impression. Il ne sait pas si elles sont odorantes.
Jamais il n'a eu de sueurs.
Pour compléter l'état actuel, en juin 1860, disons que F... présente extérieurement tous les caractères d'une cachexie. Il semble beaucoup plus âgé qu'il ne l'est en réalité. Il est d'une pâleur mate, ses muqueuses sont décolorées, moins toutefois qu'il y a six mois. Son aspect est étonné, sa parole hésitante, sa mémoire troublée. Il vacille sensiblement sur ses jambes et sautille en marchant. Les autres faits indiqués précédemment comme actuels persistent.
Tels sont les renseignements que j'ai obtenus de F..., mais soit que sa mémoire fût en défaut, soit qu'il ait voulu me cacher l'extrême gravité des accidents qu'il a éprouvés, il ne m'a pas tout dit, et voici ce que j'ai appris du fabricant qui l'employait alors:
Lorsque F... commençait à devenir malade, je l'envoyai faire des commissions dans le centre de Paris et il devait un jour me rapporter une bouteille de sulfure. Vers le soir on vint me dire qu'un de mes ouvriers tombait du haut mal dans le faubourg du Temple. J'y courus et je trouvai F... qui se roulait dans le ruisseau et qui avait / perdu connaissance. Je le ramenai à la maison, mais il eut en peu de jours plusieurs attaques du même genre; c'est à cette époque qu'il se livrait à des violences terribles. Quant à sa paralysie des jambes, elle acquit une telle intensité qu'il ne marchait plus qu'à quatre pattes.
J'étais malade moi-même, je l'emmenai à la campagne. Je le fis boire de l'eau abondamment, se promener à l'air, dès qu'il put le faire, prendre des bains. Son rétablissement fut très lent et incomplet. Il est mieux maintenant, mais c'est un homme perdu. (L'expression employée était beaucoup plus énergique.)
D'ailleurs les accès épileptiformes ont complètement disparu.
Ons. XVI. — Intoxication par les vapeurs sulfocarbonées chez un jeune homme. — Développement des accidents habituels. — Paraplégie prédominante .
M. G , maintenant âgé de vingt ans, fabricant de caoutchouc,
a été mis, à quatorze ans, par son père à la fabrication des ballons au sulfure. Il y a travaillé six mois seulement d'une manière assez continue.
Dès le premier jour il sortit de l'alelier avec une céphalalgie intense, caractérisée par une douleur compressée d'une tempe à l'autre, du vertige, une vive agitation. Peu à peu, les accidents déjà précédemment décrits se développèrent chez lui; sa mémoire s'altéra , il tomba dans un profond abattement.
L'atelier dans lequel il travaillait était d'ailleurs dans les plus fâcheuses conditions : petit, fermé de toutes parts, non aéré, abondamment rempli de vapeurs de sulfure en raison même du peu de certitude des procédés d'une industrie commençante, il favorisait le développement des accidents les plus vifs. Le jeune homme ne faisait d'ailleurs d'excès d'aucune espèce.
Il me raconte qu'après son travail, il éprouvait comme les autres, celte insensibilité, cette roideur, cette maladresse des mains qui est constante en pareil cas ; pendant le travail, ce froid glacial des pieds, des membres inférieurs en général, qui remonte en proportion delà hauteur de la couche sulfocarbonée existant dans l'atelier.
Continuellement somnolent, il faisait pendant la nuit, au milieu d'un sommeil agité, les rêves les plus tristes. Il se relevait presque aussi fatigué que la veille. Celte fatigue porta, de bonne heure, spécialement sur les membres inférieurs, et c'est de ce côté aussi que se développèrent les accidents les plus graves.
G arriva à un degré si prononcé de paraplégie qu'il se portait à peine sur ses jambes. Lorsqu'il restait immobile et debout, tout à coup il s'affaissait sur lui-même et tombait sur la terre. Cependant les altérations de la sensibilité ne se produisirent pas en
proportion de celles de la motilité. G sentait le sol aussi bien
qu'à 1 état le plus parfait de santé.
Autant qu'il est possible de le constater à cet âge où elles sont encore naissantes, les facultés génitales furent très amoindries. II est inutile de décrire avec plus de détails ceux des accidents constamment observés qui n'offrirent chez lui rien de particulier. Cependant i! indique bien nettement une altération de la mémoire assez prédominante pour être signalée. Lorsqu'il pouvait encore marcher, il lui arrivait sans cesse de quitter l'a'.elier pour aller chercher ce qui lui était nécessaire, et, une fois dans la chambre voisine, de ne plus se rappeler pourquoi il était sorti, ou bien encore d'entrer chez un marchand pour acheter un objet et d'être incapable de trouver ce qu'il était venu demander.
Au bout de six mois, effrayé de son état, son père lui fit quitter le travail au sulfure. Peu à peu, les symptômes de l'intoxication
s'amendèrent et la santé se rétablit longuement. Mais depuis, G
évite avec grand soin de se soumettre aux vapeurs toxiques. Le mélange employé par lui se composait de : sulfure de carbone, 1000 grammes; chlorure do soufre, 6 à 7 grammes.
A. DELPEC1J.
Obs. XVII. — Période d'excitation bien tranchée. — Céphalalgie violente. — Vertiges, trouble de la vue. — Appétit exagéré. — Douleurs des membres. — Irritabilité, violences. — Amoindrissement de la mémoire. — Paresse extrême. — Manque d'énergie. — Anuphrodisie incomplète. — Troubles gastriques.
M. B , âgé de vingt-huit ans (1861), ancien pharmacien, travaille depuis quatre ans au caoutchouc soufflé. Il ne dilate pas les ballons pendant qu'ils sont mouillés du mélange vulcanisant. Il se contente de les y tremper et les laisse sécher pour les exporter en Amérique, par exemple, où on les gonfle au fur et à mesure des besoins. Le liquide dont il se sert se compose de 99 parties de sulfure de carbone et de 1 partie de chlorure de soufre. Il n'a jamais fait de condoms.
Chez lui, le développement des accidents d'intoxication n'a pas été favorisé p:ir l'habitude des boissons alcooliques 11 a remarqué que le café même lui était nuisible. Depuis l'époque où il a commencé à travailler, il n'a apporté à son travail que de courtes interruptions.
Dès le premier jour, il est sorti de l'atelier avec une céphalalgie violente bilemporale et compressée que les mouvements de la marche augmentaient, chaque pas déterminant vers la tête une secousse douloureuse.
L'atelier dans lequel il travaillait n'avait que six pieds carrés, et il contenait souvent 40 à 50 grosses de ballons à sécher. Il ne recevait d'air que par une fenêtre assez petite; mais B n'y faisait
pas de feu et il n'y passait que le temps strictement nécessaire.
Un des premiers symptômes qui se développèrent en même temps que la céphalalgie fut un appétit énorme, insatiable, à dépenser
10 francs, dit-il, pour un dîner où l'on mangeait des portions à 6 sous. Jamais il n'a eu de vomissements, ce qu'il regarde comme une exception.
Après ces accidents survinrent des douleurs des membres, douleurs profondes et qui lui semblaient occuper les os et non pas les muscles ; une roideur marquée et douloureuse des articulations et une sensation particulière très prononcée, consistant en un picotement, une démangeaison très vive du scrotum.
Lorsqu'il descendait de son atelier situé au quatrième étage, et surtout lorsqu'il baissait la tête, tous les objets lui semblaient couverts d'un brouillard ; une toile d'araignée se plaçait devant ses yeux,
11 était forcé de cligner pour voir plus distinctement, se trompant sur la nature des objets, voyant des choses qui n'existaient point. Il se heurtait partout et il lui semblait que des obstacles se dressaient devant lui. Hésitant, troublé, il descendait en cinq fois ses quatre étages. Il a connu un trouble semblable à tous les ouvriers. Toujours violent de sa nature, il l'était devenu à un point extrême. De
son aveu et d'après le dire de ses camarades, il était arrivé à un tel degré d irritabilité qu'il ne supportait pas la moindre observation et qu'il eût tué son meilleur ami pour une contradiction. « Si on a supporté quelque injure, si quelqu'un vous a fait du mal, dit-il, pendant que l'on vulcanise et que l'on est sous l'inQuence des vapeurs, on est travaillé par ce souvenir et poursuivi par des idées de vengeance qui se résument ainsi : Si je tenais ce brigand-là!... »
Jamais il n'a été atteint de mélancolie ni d'idées tristes.
On voit que, chez ce malade, la période d'excitation est bien prononcée. 11 est d'ailleurs, comme celui de l'observation IV, une exception par sou intelligence originelle et par ce qu'il en a conservé. Je lui demande ce qu'il pense de la séparation des accidents qu'il a éprouvés ou observés chez les autres en deux périodes. Il insiste sur la vérité de celle appréciation.
L'amoindrissement de la mémoire paraît avoir marqué chez lui le commencement de la période de dépression. C'est la mémoire des mots qui a é'.é surtout altérée. Il a de la peine à formuler ses idées et à les exprimer par la parole. Quand il écrit, la difficulté lui semble moindre.
Il est devenu d'une paresse extrême et il manque totalement d'énergie. Il dormirait une semaine dans le mois, en outre d'ailleurs de longues nuits. Il lui est arrivé de rester, sans raison particulière, couché pendant dix-neuf jours, après avoir gagné une certaine somme d'argent. J'en avais le moyen, dit-il. Il ajoute : « En résumé, on peut dire que le suifure assassine; il tue 1 homme, il lui fait perdre toute dignité, tout respect de soi-même; il le rend indiffèrent à tout »
Le sommeil qu'il cherchait avec tant d'avidité était d'ailleurs un sommeil troublé par de l'agitation, par des rêves tristes, interrompu par des soubresauts.
A celte période, sa vue est restée amoindrie, l'ouïe n'a pas été altérée non plus que l'odorat. Le goût est surexcité : il ne supporte pas sans peine la moindre altération dans les aliments qui lui sont offerts. « Tous les caoulchouctiers, dit-il, sont difficiles. »
Il n'a jamais eu de surexcitation des fonctions génératrices. 11 me répond d'abord qu'elles ne sont pas non plus amoindries. Puis cependant, dit-il, pour un homme de vingt-huit ans, je suis bien peu ardent. J'étais très coureur autrefois, maintenant je reste bien longtemps ?ans y penser; mais, après tout, ce n'est pas un grand malheur, et je ne me crée plus de difficultés. Le sulfure, dit-il, vous ôte la faculté d'y penser. Toutefois il paraît avoir conservé la possibilité des rapprochements sexuels; il y trouve même quelque soulagement aux accidents qu'il éprouve, et il insiste sur ce fait.
Il a bien éprouvé la gêne des extrémités digitales, mais il l'attribue à faction caustique du chlorure de soufre, à l'induration do
A. DELPECU.
l'épiderme et aux couches de laïc qui adhèrent à la peau. Il n'a jamais eu de tremblement ni de roideur remontant plus haut que les dernières phalanges. Il n'a pas eu non plus de crampes, mais seulement un besoin constant d'étendre ses membres. Jamais il n'a éprouvé de salivation.
Il a parfois des coliques vives et de la diarrhée; mais seulement, en général, s'il prend certains aliments, du café au lait par exemple. Les gaz abdominaux sont chargés de l'odeur du sulfure. Il n'a jamais eu d'oppression ni de fièvre. Le pouls est à 72 pulsations.
Les urines ont l'odeur de sulfure; elles n'irritent pas l'urèlhre. Il n'a pas de sueurs abondantes, à l'opposé en cela de plusieurs autres ouvriers.
Il n'a pas ressenti l'influence réfrigérante de la couche de sulfure qui existe à la partie inférieure des ateliers. Cependant il lui est arrivé, affirme-t-il, en jetant une allumette enflammée, de voir son bas qui n'avait pas été mouillé de sulfure s'enflammer, tant il était chargé de vapeurs. Il croit que. lorsqu'on veut allumer une cigarette immédiatement après avoir longtemps vulcanisé, il peut se produire un bruit particulier, comme si*ine certaine quantité de vapeur s'enflammait dans l'haleine, à la manière des gaz.
Je lui ai donné des pilules de phosphore (formule de MandI à
I milligramme). Il croit qu'une seule a pu arrêter une violente céphalalgie. Il en continuera l'emploi.
Au '1er octobre, je vais voir de nouveau M. B J'apprends que,
de guerre lasse et devenu trop malade, il a abandonné sa profession.
II n'a pas continué le traitement que je lui avais indiqué.
Ods. XVIII. — Ouvrier en caoutchouc soufflé. — Troubles de la vue, de la mémoire. — Anaphrodisie. — Vertiges épilepli formes. — Attaque avecperle de connaissance. — Hémiplégie avec contracture. — Guérison de l'hémiplégie à la suite du développement d'un anthrax.— Persistance de V anaphrodisie . — Traitement par le phosphore. — Guérison.
H... (Nicolas), cinquante-deux ans, ouvrier en caoutchouc soufflé, est entré, le 16 mai 1861, au n° 8 de la salle Sainte- Jeanne, à l'Hôtel-Dieu, dans le service de M. Hérard, professeur agrégé, chargé du cours de clinique.
Cet homme, qui avait toujours joui jusqu'alors d'une bonne santé, entra en 1 859 dans une fabrique de caoulchouc soufflé. Il y travaillait environ onze heures par jour, et il était pendant ce temps exposé à d'abondantes vapeurs de mélange vulcanisant.
Il ne tarda pas à ressentir des maux de tête, avec sensation de barre et de compression bitemporale, d'abord passagers, bientôt
continuels et dont l'intensité le forçait à prendre de temps en temps un ou deux jours de repos.
Il s'y joignait quelques troubles digestifs, une anorexie prononcée, puis bientôt des troubles de la vision. H... apercevait les objets comme au travers d'un brouillard, des étincelles passaient devant ses yeux.
L'ouïe s'altéra à son tour et devint moins fine que par le passé. H... fut en outre atteint de nouveaux accidents consistant en lipothymie ou demi-syncopes, avec mouvements convulsifs des extrémités. Pris tout à coup de vertige, il était obligé de s'asseoir pour ne pas tomber: cet état durait très peu de temps, une demi-minute ou une minute, et c'est pendant cette demi-perte de connaissance que survenaient les mouvements convulsifs.
La mémoire s'était progressivement amoindrie. Ce trouble consistait d'abord dans l'oubli momentané de circonstances récentes comme la position d'un outil qu'il venait de quitter; peu à peu il s'étendit sur des faits plus anciens et plus importants.
La mémoire des mots s'était également altérée ; il s'y joignait une extrême difficulté à exprimer les idées. H... nous dit que sa langue ne voulait plus tourner.
Jamais il n'y a eu chez lui d'exagération de l'appétit, non plus que d'excitation génitale; mais, encore énergique au point de vuedes rapports sexuels lors de son entrée dans la fabrique, il avait vu les désirs vénériens et les érections disparaître rapidement.
Son caractère s'était modifié. Irritable dans les premiers temps de son travail, il ne pouvait souffrir personne auprès de lui, ni rester lui-même en place; plus tard il était devenu sombre et triste.
Dès lors il constatait une diminution de la motilité et de la sensibilité de la main droite, qu'il attribue au contact plus habituel de cette partie avec le liquide vulcanisant Cette altération s elail produite lentement et sans attirer son attention.
Il ne s'en aperçut d'abord que par ce fait, que les outils qu'il tenait à la main lui semblaient plus lourds que d'habitude et qu'il était moins adroit.
Après vingt-deux mois passés dans la fabrique, le 5 décembre 1 860, H. .., un peu souffrant le matin, vint cependant à l'atelier. Il lui fut impossible de déjeuner. On lui dit plus tard que ses camarades l'avaient trouvé ^rès singulier; lui-même se sentait tout élourdi, sensation trop fréquente dans sa profession pour qu'il y attachât beaucoup d'importance. Enfin, dans le courant de la journée, il tomba brusquement sans connaissance. On le transporta chez lui et de là à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. llérard. Durant sept jours il resta dans le même état, étranger à tout ce