‹ Nouvelles recherches sur l'intoxication spéciale que détermine le sulfure de carboneChapitre 6 sur 12 · A. OKI.PF.CH · texte numérisé non relu

A. OKI.PF.CH

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heures. Dès lors l'animal semblait triste, il restait dans un coin de ta boîte et paraissait fuir le mouvement.

Le lendemain matin, à sept heures, il était appuyé sur la paroi de la caisse, le poil hérissé, l'œil saillant et effrayé. Je le poussai un peu, il perdit l'équilibre sur ses pattes roidies, et s'agita dans des efforts convulsifs pour se relever. La même dose fut introduite de la môme manière, à trois reprises différentes, dans la journée.

Pendant la nuit, l'animal fut extrêmement agité; il poussait des cris et semblait sauter dans la boîte, me dit une personne qui habite à soixante pas de là environ, et qui se plaignit d'avoir été troublée dans son sommeil.

Le troisième jour l'état sembla le même; le lapin mangeait, mais il ne pouvait se soutenir qu'appuyé contre les parois de la boîte; le train postérieur semblait surtout frappé de faiblesse. Le moindre mouvement, un coup frappé sur la caisse détruisait l'équilibre ; l'animal tombait et faisait pour se relever de longs efforts convulsifs.

A partir de ce moment, 15 grammes au plus pendant trois jours furent par vingt-quatre heures versés dans l'assiette, alin de maintenir l'animal dans un étal continu d'intoxication, et dans l'espoir de le laisser vivre, en produisant chez lui des paralysies persistantes. Jusqu'au sixième jour, rien ne fut modifié dans son étal; le septième, ses yeux étaient éteints, enfoncés, il baissait la tête, et son équilibre était de plus en plus instable. Il ne mangea que peu ou point.

Je m'absentai à cette époque pendant trois jours. J'aurais probablement cessé, si j'eusse été présent, d'agir sur l'animal par des doses nouvelles du mélange vulcanisant, mais j'avais donné des ordres qui furent exactement exécutés ; on continua d'en verser 3 à h grammes trois fois par jour dans l'assiette.

Le huitième jour, l'animal semblait plus éveillé que la veille : son œil était moins terne et moins enfoncé, il ne pou-

sait toutefois se soutenir qu'en s'appuyant sur le côté; le moindre choc le renversait, en le jetant dans cet état d'agitation convulsive et d'impossibilité prolongée de se relever et de retrouver son équilibre, que j'ai signalé. Il paraissait évident, comme les jours précédents d'ailleurs, que le train postérieur était de beaucoup le plus affaibli. Il mourut le neuvième jour au matin. Dans cet intervalle de temps, il n'avait été soumis qu'à l'inhalation des vapeurs résultant de 65 grammes de mélange vulcanisant, les doses successives n'ayant été appréciées qu'approximativement els'étant toujours trouvées un peu au-dessous du chiffre prévu.

Cette évaluation résulte de ce fait que la fiole employée n'en contenait primitivemen t que 80 grammes, et que 1 5 grammes restaient à la fin de l'expérience.

La conclusion à tirer de ce quatrième fait, comme du troisième, eût été que, pour une cause quelconque, l'addition d'un centième de chlorure de soufre donnait aux vapeurs sulfocarbonées une activité toxique plus grande. Cependant, pour qu'aucune erreur ne pût se glisser dans cette appréciation, et de crainte d'être trompé par une simple coïncidence, je résolus d'expérimenter de nouveau le sulfure de carbone seul.

Cinquième expérience. — Un lapin très vigoureux, très vif, fut placé dans l'appareil, dans les mêmes conditions que le précédent, de manière à être soumis à une dose trois fois répétée de 10 grammes de sulfure de carbone non additionné, par vingt-quatre heures, cette dose étant toujours versée loin de l'animal, et de façon qu'il ne pût qu'en respirer les vapeurs.

Pendant les trois premiers jours le lapin ne présenta rien de particulier. Le quatrième, il fut pris dans la journée de tremblement général ; il se mouvait avec beaucoup de peine et ses membres semblaient très affaiblis, ses yeux étaient éteints et en partie fermés Le soir, il était uelctonné sur lui-

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même et insensible aux excitations extérieures; il mourut dans la nuit.

La rapidité avec laquelle succomba ce lapin, sa fin inattendue, m'empêchèrent de faire des recherches aussi complètes que je l'eusse désiré sur l'état de paralysie des membres et sur les modifications de l'équilibre général du corps; mais cette expérience suffit à démontrer que seul le sulfure de carbone peut exercer une action toxique aussi funeste que lorsqu'il est additionné de chlorure de soufre, et que la terminaison plus ou moins rapide résulte de circonstances propres à ranimai, ou de quelques conditions extérieures. Cette dernière expérience fut faite par un temps assez frais. Par suite, le sulfure se volatilisa moins promplement. 11 est possible que son action, devenant plus persistante, se soit exercée plus puissamment, et qu'on puisse trouver dans sa fixité plus grande, et par suite dans l'action prolongée des vapeurs, l'explication d'un effet plus funeste.

J'aurais pu considérer dès lors l'influence du chlorure comme devant être placée sur un plan bien effacé; toutefois je voulus essayer encore si seul il était définitivement aussi peu toxique que l'expérience première semblait l'indiquer, et je soumis de nouveau un lapin à son action.

Sixième expérience. — Il fut introduit dans l'appareil, dans lequel on versa trois fois par jour de 8 à 10 grammesde chlorure de soufre.

Les vapeurs étaient tellement denses, que lorsqu'on venait, après huit heures, verser dans l'assiette une nouvelle dose du liquide, la caisse semblait pleine de brouillard, et des fumées sull'ocantes s'échappaient abondamment au dehors.

Placé dans des conditions aussi désavantageuses, l'animal ne parut en souffrir en aucune façon. Il semblait après trois jours un peu étonné ; il fermait souvent les yeux, probablement en raison du picotement produit par la nature irritante des vapeurs dans lesquelles il était plongé, mais il continuait

à manger avec un certain appétit. Au bout de quatre jours, aucune trace d'affaiblissement ni de paralysie ne s'était produite, et je considérai !e l'ait comme suffisamment probant.

En résumé, le chlorure de soufre ne paraît pas exercer d'action assez puissamment toxique, lorsqu'il est employé seul, pour que l'on admette qu'il ajoute très notablement à celle du sulfure de carbone, lorsqu'il est mélangé avec ce dernier corps dans des proportions aussi peu considérables que celles qui se rencontrent dans le mélange vulcanisant des ouvriers en caoutchouc soufflé.

De plus, si chez les animaux le mélange vulcanisant agit avec une grande activité toxique, le sulfure de carbone employé seul ne lui cède en rien sur ce point.

Les accidents étant d'ailleurs sensiblement identiques dans les deux cas, j'étais amené à regarder comme probable que dans le liquide vulcanisant les deux corps sont simplement mélangés comme on le croit généralement, et qu'aucune combinaison chimique spéciale ne donne naissance à un composé nouveau.

Une expérience très simple permettait de s'en assurer presque certainement. 11 suffisait, en effet, de constater le point d'ébullition du mélange, et de le comparer au point bien déterminé d'ébullition de ses deux composants.

S'il s'était produit un point d'ébullition spécial, le sulfure de carbone et le chlorure de soufre seraient probablement entrés dans une combinaison nouvelle; dansle cas contraire, ils seraient restés chimiquement isolés.

Or, il est résulté de cette recherche que le mélange vulcanisant commence à distiller à + 45°, et que le sulfure de carbone passe seul d'abord, tandis que le chlorure ne se volatilise que vers son point exact d'ébullition. Tout semble donc indiquer qu'aucun corps nouveau ne s'est formé, et qu'il s'est fait un simple mélange des liquides mis en présence, mélange dans lequel ils gardent leurs propriétés.

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Cette opinion reçoit une preuve nouvel lu de ce t'ait que leur mélange ne développe aucune élévation de température. Voici d'ailleurs, sur ces divers points, la note que je tiens de l'obligeance de mon ami M. le docteur 0. Réveil, qui a bien voulu, sur ma demande, l'aire cette double recherche :

« Si l'on mélange 99 parties de sulfure de carbone avec une partie de chlorure de soufre, et qu'on chauffe le mélange au bain d'huile, en ayant le soin de plonger un thermomètre dans le liquide, on voit que vers HiV le sulfure de carbone passe ii la distillation, et l'on peut obtenir ainsi 96 à 97 centièmes du liquide, sans qu'il y ait la moindre variation de température à partit1 du moment où le sulfure de carbone a passé à la distillation ; puis la température s'élève presque à 139°; à ce moment elle reste la même, et c'est du chlorure de soufre qui passe à la distillation.

» En mélangeant parties égales des deux liquides, on ne remarque aucune élévation de température, ce qui démontre qu'il ne se produit aucun corps, et la séparation se fait par la distillation, comme nous l'avons dit précédemment.

» Le sulfure de carbone du commerce renferme presque toujours de l'hydrogène sulfuré libre, comme on le voit en l'agitant avec du nitrate de plomb, qui est précipité en noir; dans ce cas, lorsqu'on chauffe le sulfure de carbone, c'est l'hydrogène sulfuré qui se dégage le premier. »

En présence de résultats aussi concluants, aucun doute ne pouvait rester sur ce fait, que quelque active que puisse être l'influence toxique du chlorure de soufre employé à haute dose et d'une manière prolongée, cette influence doit être regardée comme à peu près nulle, ou du moins comme très secondaire, dans le cas qui nous occupe. Aucun corps nouveau ne se produisant d'ailleurs dans le mélange vulcanisant, c'était au sulfure de carbone qu'il fallait attribuer, à peu près exclusivement du moins, les accidents observés. Pourquoi donc ces accidents revêtent-ils chez les ouvriers

en caoutchouc soufflé des caractères particuliers? Pourquoi suivent-ils une marche différente de celle qui a été observée chez d'autres ouvriers soumis à l'intoxication sulfocarbonée?

Ces questions trouvent leur solution dans l'examen des conditions diverses dans lesquelles l'intoxication se produit. Dans les ateliers où se souffle le caoutchouc, elle se développe d'une manière plus lente, plus progressive, que dans d'autres industries. Par suite, certaines séries d'accidents, qui passent inaperçues dans un développement précipité, peuvent se compléter, et se présentent à l'observateur pendant un temps suffisant pour qu'il puisse les étudier et les décrire.

A cette étude générale de l'éliologie des accidents développés dans cette industrie, il est bon d'ajouter quelques considérations moins importantes, mais qui présentent toutefois un certain intérêt.

L'âge exerce sur la rapidité du développement des symptômes, et surtout sur la forme delà maladie, une influence marquée.

Dans les observations Iïï et XVI, les troubles morbides se montrent de bonne heure chez de très jeunes ouvriers (douze et quatorze ans) ; mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que chez eux la paraplégie sedéveloppe avec une intensité et avec une rapidité que l'on n'observe pas chez les individus plus âgés. Chez tous deux il existe une atrophie testiculaire modérée qui semble en rapport avec la paraplégie, car elle ne se montra pas chez le jeune ouvrier de l'observation XXI, chez lequel la paralysie des membres inférieurs n'a pus été un caractère dominant.

Le petit nombre de vieillardsemployés dans les fabriques ne m'a pas permis d'établir formellement si une période avancée de la vie exerce une influence décisive sur le développement de l'intoxication sulfocarbonée. Dans les deux seules observations recueillies chez des hommes âgés de plus de cinquante ans (observations Xl-XVHI), les accidents ont offert unegra-

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vité assez sérieuse, et dans la première ils se sont développés liés rapidement.

Quelques autres faits, que je ne connais que par ouï-dire, semblent concorder avec ces deux observations, et me portent à penser que les accidents sont plus rapides et plus graves cbez les ouvriers qui ont dépassé l'âge adulte.

Sexe. — Dans les trois observations recueillies cbez des ouvrières (observations V, XII, XXIII), on ne remarque rien de bien particulier, si ce n'est peut-être une facilité plus grande, très marquée dans les deux premières, à contracter l'intoxication spéciale. Dans l'observation V, en particulier, les vapeurs provenant d'un atelier voisin, un travail au sulfure très court et très rare, suffirent à la développer, ainsi que je l'avais observé d'ailleurs dans mon premier mémoire. Les troubles intellectuels, ceux de la sensibilité affective, semblent aussi se prononcer plus violemment et plus rapidement cbez les femmes. La perte de la mémoire, les pleurs sans motif, les sensations étranges, sont notés d'une manière plus spéciale dans les observations qui les concernent.

Hygiène. — Je n'insisterai pas ici sur l'influence (pie l'ivrognerie, les écarts de régime exercent sur le développement des accidents ; rien de nouveau sur l'action des conditions hygiéniques spéciales ne ressort d'ailleurs de mes nouvelles observations.

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