Examen critique, vol. IV, p
envoi ait été fait, soit par le duc de Lorraine directement soit par Gaultier Lud ou d’autres membres du Gymnase vosgien, ou bien encore par un savant de Metz, avec qui Pierre Martyr, ami de Vespucci, aura été en rapport épistolaire, il est probable que ce dernier à dû recevoir un exemplaire de la Cosmographiæ Introductio de Saint-Dié, avant la fin de 1507 ou, au plus tard, au commencement de 1508.
De tous les contemporains de Vespucci qui vivaient avec lui en Espagne, l'Italien Pietro Martire d'Anghiera est le seul qui l’ait aidé sciemrnent dans la propagation du nom d’'Americus. Colombo et les autres, en se servant du nom Amerigo, étaient inconscients de l’usage qu’on en pouvait faire ou qui en à été fait à Saint-Dié, tandis que Pierre Martyr, en écrivant dans sa seconde décade, Les Océaniques, le nom d'Americus comme prénom de Vespucci, le faisait avec l’intention de sanctionnerle baptême de Saint-Dié. Prêtreet protonotaire apostolique, chargé de la canonisation des saints, il savait parfaitement qu’il n'existait aucun saint de ce nom (Amerigo, Amerrigo, Americus). Enfin, en se servant du nom donné par Jean Basin, il prouvait qu’il était au courant de ce qui avait été fait pour ratlacher à Vespucci la découverte du Nouveau Monde et l'identifier avec le nom d’Amerrique.
Personne n’a été plus actif que Pierre Martyr pendant toute cette période. Précepteur et tuteur des enfants de Ferdinand et d'Isabelle la Catholique, diplomate, prélat romain, membre du Conseil des Indes, il était en correspondance très suivie avec un grand nombre de personnes répandues dans diverses parties de l’Europe. Ses lettres dont on a publié, en 1530, plus de huit cent, indiquent un homme très au courant des choses de son temps. Par sa position à la cour d’Espagne, dans le corps diplomatique et au Conseil des Indes, il élait informé de tout ce qui se publiait ou se disait sur les pays nouvellement découverts. Qu'il ait connu la plaquette de Saint-Dié, impossible d'en
douter, et c’est par lui que Vespucci a dù être informé de l'existence de cette publication, s'il ne l'avait pas été déjà directement. Or, Pierre Martyr de même que Vespucci, n’a rien fait pour rectifier les erreurs du Gymnase vosgien. Au contraire, il a aidé à les propager en se servant du nom Americus comme étant le prénom de Vespucci.
Les Républiques italiennes de Venise, de Gênes et de Pise avaient un très grand intérêt commercial à connaître toutes les découvertes maritimes faites par les gouvernements espagnol et portugais. Bien qu'il y eût défense, sous peine de mort, d'exporter les cartes des découvertes géographiques, et que, pour empêcher cette sortie, on eût soin de tenir ces documents enfermés sous des clefs différentes, mises entre les mains de trois ou quatre personnes, les Républiques dont nous parlons trouvaient pourtant moyen d'obtenir les renseignements importants qu’elles désiraient. Elles employaient pour: cela des agents spéciaux ou des diplomates, comme Lorenzo Cretico, Vicenco Quirini, Angelo Trivigiano, Girolama Priuli, etc., qui s’adressaient naturellement, soit en secret, soit ouvertement, à leurs compatriotes Colombo, Vespucci et Pierre Martyr. L'un se vante, dans ses lettres, d’être grand ami de Colombo et d’obtenir de lui une carte des nouvelles terres; l’autre copie secrétement les décades De rebus Oceanicis, encore manuscrites, de Pierre Martyr, et fournit les matériaux du Mondo novo e paesi novamente retrovati da Alberico Vespuzio Fiorentino, Vicenza, 1507. Ces agents italiens se mêlaient en outre aux marins, retour des Indes, et ne manquaient pas d'exploiter cette source d'informations vivantes. Vespucci, toujours besoigneux, a dû être mis à contribution par ces émissaires, surtout après sa nomination au poste de Piloto Major; il est impossible que par leur intermédiaire il n’ait pas connu le livre du Gymnase vosgien, car les agents qui parcouraient la Suisse, la France et l’Angleterre, avant de se rendre à Lisbonne et à Séville, avaient là
une trop belle occasion de gagner sa confiance en lui montrant celte plaquette qui devait tant flatter son amourpropre.
Humboldt dit : « Il résulte de mes recherches que, pour le moins, le nom d'Amérique a été inventé et répandu à l'insu de Vespuce!, » Et ailleurs : « On n’a jusqu'ici aucune preuve d'un rapport direct de Walizemüller, imprimeur à Saint-Dié, avec le navigateur florentin?, » Humboldt ne connaissait pas Jean Basin, et croyait qu'Hylacomylus avait traduit les Quatuor Navigationes et qu'il élait l’auteur de la proposition de nommer le nouveau monde America.
Je partage en grande partie cette opinion, et je pense que Vespucci n’a pas été l’instigateur de la « dangereuse gloire qu’on lui a préparée à Saint-Dié? ». Le vicomte de Santarem est allé beaucoup trop loin lorsqu'il a dit: « Cette dénomination (Amérique) donnée au nouveau continent après la mort de Colomb, a été probablement le résultat d'un plan conçu et préparé contre sa mémoire, soit à dessein et avec connaissance de cause, soit par des influences secrètes, etc.* » Seulement il y a la réserve du mot Amerigo employé comme prénom, à partir de 4504, au lieu du prénom chrétien Alberico, employé certainement en 1503 et probablement auparavant. Car un fait certain qui ressort de toutes ces recherches, c’est que le prénom Alberico, si l’on ne considère que les publications antérieures à 1745, a été d’abord employé par les Italiens et s'est maintenu en Italie plus longtemps que partout ailleurs. Aujourd’hui encore, il y a des Italiens qui ne désignent pas Vespucci autrement. Dans la bibliothèque Magliabechiana