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CHAPITRE II

Expériences. — Injections d'urines diverses.

I. Dans les expériences qui suivent nous avons cherché autant que possible à établir le rôle des matières extractives dans r intoxication de l'organisme par V urine. Evidemment ces expériences ne sont qu'une indication, et il serait bien téméraire à nous de vouloir en tirer une conclusion certaine.

Nous regrettons d'avoir été plusieurs fois obligé de pratiquer les injections sous la peau; l'urine, dans certaines conditions, développe facilement des

abcès gangréneiix et des accidents secondaires qu'il ne faut évidemment pas attribuer à l'action directe de ce liquide sur l'organisme.

Les urines albumineuses paraissent surtout déterminer facilement la formation d'abcès. Ainsi, sur 3 lapins que nous avions soumis à l'injection sous-cutanée de 15 centim. cubes d'une urine albumineuse pauvre en urée et en matières extractives, 2 ont succombé entre le 6" et le 7® jour ; ils présentaient des abcès gangréneux très-étendus ; le 3" fut très -gravement malade : diarrhée, inappétence, température variant de M° et 42°, cependant il se rétablit peu à peu et fut perdu de vue une vingtaine de jours après l'opération.

L'urine injectée provenait d'une jeune fille urémique dont nous avons déjà rapporté l'observation (IV).

D'après l'analyse, 15 centim, cubes de cette urine à réaction alcaline contenaient 63 milligrammes d'albumine, 52 milligrammes d'urée et 34 milligr. de matières extractives, ])lus des sels inorganiques en très-petite quantité. Il nous paraît probable d'après ces expériences, que l'albumine contenue dans les urines, favorise leur décomposition rapide et prédispose les animaux soumis à l'injection sous-cutanée d'un pareil liquide à des abcès et à des accidents qu'une quantité pareille , directement injectée dans le sang, n'eût pas occasionnés.

('es essais ne peuvent par conséquent aucunement éclairer la question qui nous occupe ; mais les injections suivantes n'ont pas occasionné les mêmes lésions, aussi les résultats obtenus nous paraissent plus probants.

II. Nous avons vu déjà qu'une injection de 1,50 d'urée, en solution dans une suffisante quantité d'eau , ne détermine chez un lapin aucun accident appréciable. Or, nous pouvions à ce moment utiliser pour nos recherches une urine contenant une très-petite proportion d'urée, et, en revanche, une énorme quantité de matières extractives. Cette urine provenait d'un individu ])olyurique qui a succombé à la Clinique; elle fut analysée par M. Hepp, et l'analyse nous fournit les données suivantes :

Urines sécrétées du 6 au 7 mai.

Densité à 15" : 1,004. — Réaction acide. Couleur jaune pâle. Emission de 24 heures, 5800 centim. cubes.

Matières contenues-

Eau

Matières solides

Total .

< 000 cent, cubes d'urines contiennent:

Grammes 992,0

Composition des urines de 24 heures.

Grammes.

5800,00 (au lieu de 16 à 1800)

6,96 (au lieu de 28 à 33

26,68 (au lieu de 10 à 13 11,60

1,74 (au lieu de 8 à 10 1

Albumine Point.

Glucose Point.

Urée 1 ,20

Acide urique Traces.

Matières extractives .... 4,6

Sels inorganiques 2,0

Chlorure de sodium .... 0,30 Dépôt nul

M. Hepp voulut bien soumettre à la congélation 3700 centimètres cubes de cette urine et les réduisit à 400 centim. cubes d'une densité de 1,050 à 1,055. Dans cette opération l'eau paraît surtout entraînée, les matières solides restent en très -forte proportion dans le liquide qui a résisté à la congélation. Le calcul conduit au moins à ce résultat approximatif que 100 centim. cubes, restes de 3700 centim. cubes d'une urine congelée et élevée d'une densité de 1 ,004 à une densité de 1 ,050, équivalent au minimum à 1 litre et demi (1500 centim. cubes) du liquide avant la congélation.

Ainsi nous pouvons admettre que 400 cent, cubes de cette nouvelle urine condensée contenaient :

Urée :

Matières extractives

Sels inorganiques

lÔÔÔ 2 X ISOO ■ 1000 ~

Deux lapins furent soumis à l'épreuve au moyen de ce liquide. Chacun d'eux reçut 24 centim. cubes répartis en six points différents de la région dorsale. Soit d'après le calcul :

Urée 0,108; matières extractives 0,409; sels inorganiques 0,180.

Les 2 animaux soumis à cette opération succombèrent , le premier 48 heures après, le second dans la matinée du 3^ jour.

Le premier avait éprouvé de fortes convulsions avant de mourir, le second succomba pendant la nuit, et par conséquent ne fut pas observé. Dès le lendemain de l'opération tous deux avaient la diarrhée, ils paraissaient trèsmalades, leur température s'éleva jusqu'à 41". Les autopsies furent faites très-peu de temps après la mort ; il n'y avait pas la moindre trace d'abcès ni sur l'un ni sur l'autre. Chez le premier le cerveau, les poumons, le cœur et le foie ont paru à l'état normal, les reins étaient fortement congestionnés, la vessie remplie d'une urine très-chargée , d'une odeur nauséabonde.

Chez le second , même état des viscères , les reins étaient également congestionnés, mais la vessie était vide.

A quoi faut-il attribuer la mort de ces deux animaux ? Nous savons que l'urée, à la dose où elle se trouvait dans le liquide que nous avons injecté ne produit aucun effet appréciable. Il faut donc admettre ou bien que ce sont les matières extractives qui ont joué le rôle principal, ou bien que l'urée, les matières extractives, et même, si l'on veut, les sels (inorganiques) se trouvant en contact dans le liquide injecté, se modifient réciproquement pour donner lieu à de nouveaux composés , qui deviennent cause des accidents.

Mais les injections ont été faites sous la peau; peut-être elles ont occasionné des accidents que n'aurait pas occasionnés l'injection directe dans le sang. L'objection est sérieuse; nous essaierons cependant d'y répondre par d'autres expériences faites avec des urines de composition différente.

III. Nous avons d'abord recueilli l'urine de plusieurs de nos collègues et prié M. le docteur Eitter de réduire cette urine par la congélation. La densité, qui était de 1,019 s'éleva à 1,045. Puis nous avons injecté 15 centimètres cubes de ce liquide sous la peau de la région dorsale d'un lapin assez vigoureux L'animal fut malade; cependant il se rétablit, et même il put, au bout de quelque temps, nous servir à une nouvelle expérience. Mais nous avions omis d'établir par l'analyse ce que cette urine contenait de matières solides. Une seconde expérience nous parut nécessaire.

A cet effet, nous recueillîmes encore les urines de plusieurs collègues. Ces urines, d'une densité de 1,019 et d'une réaction acide furent immédiatement filtrées et soumises à la congélation.

Avant cette opération , 1 000 centimètres cubes de cette urine contenaient

954 grammes d'eau et 46 grammes de matières solides, ainsi réparties :

Urée 22,05; acide uriqne 0,50; matières extractives 3,45; sels inorganiques 20.00; chlorure de sodium 12,50.

La congélation porta sur 2500 centimètres cubes et les réduisit à 400 centimètres cubes, ayant alors une densité de 1,055.

M. Hepp voulut bien faire une analyse de ce nouveau liquide; il fut constaté que ces 400 centimètres cubes contenaient :

Eau 352,80; matières solides 47,20, parmi lesquelles :

Urée 22,80; acide urique 0,55; matières extractives 3,05; sels inorganiques 20,80; chlorure de sodium 12,60.

En examinant les deux tableaux précédents, il est facile de reconnaître que le poids d'urée, de matières extractives et autres principes contenus dans les 400 centimètres cubes résultat de la congélation, sont à peu près les mêmes que ceux contenus dans un litre de l'urine avant l'opération.

Cette analyse nous permettait surtout de connaître exactement quel poids de matières solides était renfermé dans les différents volumes de liquide qui servirent aux expériences qui suivent :

1° Nous injectâmes d'abord 15 cent, cubes du liquide sus-mentionné réparti en quatre points de la région dorsale :

Soit : Crée : = 0,85

V 4uU

Matières extractives : — =: 0,115

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