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CHAPITRE III

Court aperçu sur quelques principes compris dans les matières extraetives

de r urine.

I. Les matières albuminoïdes donnent, soit parla putréfaction, soit souy l'influence d'agents chimiques énergiques, des produits très-variés, que nous pouvons ranger en deux catégories. Les uns renferment de l'azote, les autres sont exempts de ce dernier principe. — Nous ne nous occuperons que de quelques-unes de ces nombreuses matières azotées, dont voici une liste à peu près complète :

Urée; acide urique; créatine; créatinine; acide hippurique; xanthine; hypoxanthine (sarcine) ; thyrosine ; leucine ; acide inosique ; glycocoUe (glycène) ; sarcosine (?) ; cystine ; composés prussiques ; acides glyco-eholique et tauro-cholique de la bile; pigments.

Il n'y a pas une seule de ces matières (la sarcosine peu1>-être fait exception) qui n'ait été retrouvée dans les liquides , dans les tissus normaux ou pathologiques. Leur filiation des matières albuminoïdes n'est pas bien connue. Il y en a, comme la leucine et la thyrosine, qui peuvent être obtenues directement en traitant les matières albuminoïdes par la potasse et l'acide sulfurique; d'autres, au contraire, comme la créatine, l'acide urique et l'urée, ne se sont formés que sous l'influence de la vie. Mais cette difîerence dans la production de ces composés ne peut tenir qu'à 1" imperfection des procédé? chimiques.

L'une de ces substances se rencontre dans l'organisme en quantité trèsnotable , c'est l'urée ; d'autres se trouvent en quantité si faible , que c'est à peine si 30 à 60 kilog. de viande normale fournissent 1 à 2 grammes. Cette

différence s'explique naturellement, si nous envisageons l'albumine comme éprouvant dans l'économie une suite de décompositions qui se suivent dans un certain ordre ; le terme ultime , l'urée , devra être en quantité plus considérable, tandis que les termes intermédiaires ne peuvent exister qu'en quantité très-faible , puisqu'à peine formés ils se transforment en un nouveau produit.

Dans des conditions pathologiques peu connues encore , on voit l'une quelconque ou plusieurs de ces matières se produire en quantité plus considérable. Cette augmentation peut être interprétée de deux manières : ou bien la métamorphose des matières albuminoïdes se fait sur une plus large échelle, ou bien les produits formés en premier lieu ne subissent pas l'élaboration ordinaire et ne sont pas transformés. Ce peu de mots sufSt pour faire voir toute l'importance que les recherches chimiques auront certainement un jour, pour éclairer la pathogénie de certaines maladies.

La recherche de ces substances est très-pénible , à cause des difficultés de se procurer les matières premières en quantité assez notable et dans un état de conservation suffisante; ceci explique jusqu'à un certain point l'infériorité relative de la chimie dans cette question. Leur élimination se fait d'ordinaire par les urines , mais en quantité si faible , que c'est sur 500 ou 600 litres d'urine qu'il a fallu opérer pour trouver des traces de certaines de ces matières. Aussi la plupart des médecins-chimistes ne connaissent pas ces substances ; voilà pourquoi nous les voyons figurer dans les analyses d'urines sous le nom vague de matières extractives.

Il nous a été impossible de nous procurer toutes ces substances ; celles qui se trouvaient par hasard dans le commerce ne nous présentaient pas toujours une garantie suffisante de pureté.

Qu'il nous soit permis de remercier ici M. le professeur Caillot de l'obligeance qu'il a mise à nous abandonner les produits de sa collection de chimie, produits sur la pureté desquels nous pouvions compter.

Nous devons aussi des remercîments bien sincères à M. le docteur Kitter, qui a bien voulu préparer lui-même les solutions que nous avons utilisées , nous donner les analyses des urines provenant des animaux expérimentés , et surtout nous aider de ses précieux conseils dans la rédaction du travail que nous avons entrepris.

II. La Créatine est une substance azotée neutre, ne présentant pas de réactions chimiques caractéristiques ou faciles à constater. Elle est soluhîe dans 75 parties d'eau froide ; ses combinaisons avec les acides rougissent le tournesol et sont comparables à celles que forme l'urée. Les acides concentrés ne transforment la créatine que par l'intervention d'une ébullition prolongée; la créatine perd alors quatre équivalents d'eau et donne un nouveau corps, la créatinine.

C'H' Az' 0*, 2 HO — 4 HO = C^H^ Az' 0^

Créatine. Créatinine.

La baryte en solution concentrée dédouble la créatine en sarcosine et en urée.

C'H' Az' 0* 2 HO = C^H* Az^ 0^ + C'W Az 0^ Créatine Urée Sarcosine.

Notons encore que la créatine n'est pas précipitée par le cMorure de zinc. '

Pour déceler la présence de la créatine dans un tissu ou dans une humeur, le meilleur procédé à employer est celui de Staedeler : Le tissu haché ou la liqueur est digéré avec de l'alcool tiède ; le liquide alcoolique est précipité par le sous-acétate de plomb ; ce nouveau liquide filtré , débarrassé de l'excès de plomb par un courant d'hydrogène sulfuré, est évaporé à consistance légèrement sirupeuse ; la créatine cristallise alors et peut être reconnue à la forme des cristaux (voir atlas de Robin et Verdeil).

La créatine, trouvée par Chevreul dans le liquide musculaire, se rencontre aussi dans le sang et dans l'urine. Cependant quelques auteurs pensent qu'elle n'existe pas dans l'urine normale. D'autres (Golding Bird) admettent qu'une petite quantité de créatine est éliminée par les reins sans transformation et qu'une autre portion est transformée en créatinine.

La créatine est certainement un produit de la métamorphose des matières albuminoïdes : aussi existe-t-elle en quantité très-considérable chez les animaux surmenés. Matteucci a trouvé également que les muscles fatigués par l'électrisation en renferment plus que les muscles inactifs. Un fait curieux à constater, et encore inexpliqué, c'est que la présence de la graisse semble exclure la présence de la créatine

Sohlossberger a trouvé 0,333 p. 100 dans les muscles de l'homme en

santé. Chez un urémique le même auteur dit en avoir trouvé cinq fois plus qu'à l'état normal.

Oppler a trouvé que 1 00 grammes de la chair musculaire d'un animal en santé contenaient 0,35 de créatine, et que 40 à 50 heures après l'opération de la néphrotomie le même poids de chair musculaire provenant d'un animal identique en contenait l'énorme proportion de 2,20. La créatine sèche contient près de 32 p. 100 d'azote; elle se décompose facilement en ammoniaque et en acide carbonique , ou en urée et en sarcosine. Il est probable qu'elle n'est qu'une sorte de transition entre les éléments protéiques et l'urée ; ce dernier corps étant formé par la créatine et non directement par les éléments des tissus.

Un grand nombre de savants (Scherer, Schottin, Oppler, Hoppe, etc.), ainsi que nous l'avons vu déjà, ont signalé l'augmentation de la créatine dans le sang des individus atteints de maladie de Bright.

ÎII. ludiCréatinine C Az^ 0^ est une base très-forte, déplaçant même l'ummoniaque de ses combinaisons ; sa saveur est caustique. Elle est soluble dans 11 parties d'eau et dans 100 parties d'alcool froid. La solution moyennement concentrée est précipitée par le nitrate d'argent. Le chlorure de zinc PU solution concentrée, surtout en solution alcoolique, précipite la créatinine en produisant un chlorure double de créatinine et de zinc ; lorsque ce sel se forme lentement, on reconnaît iîu microscope sa forme prismatique; lorsqu'il se forme rapidement, il se précipite sous formes d'aiguilles très-fines qui s'accolent pour former des rosaces ou des faisceaux (Eobin et Yerdeil). Neubauer met à profit cette dernière réaction pour doser la créatinine dans l'urine ; 300 centimètres cubes de ce liquide sont précipités par un mélange <i'eau de chaux et de chlorure de calcium; le liquide filtré, évaporé presque à siccité, est repris par 40 cent, cubes d'alcool concentré ; on ajoute alors quelques gouttes d'une solution alcoolique de chlorure de zinc , et l'on pèse le précipité qui met deux ou trois jours pour se former, après l'avoir lavé avec de l'alcool concentré et avoir séché à 100".

Les sels formés par la créatinine sont neutres et cristallisent facilement.

La créatinine, d'abord signalée par Heintz et Pettenhofer, a surtout été étudiée par Liebig (1847). Ce dernier chimiste trouve dans l'urine de la <'.réatine et de la créatinine ; mais Heintz démontra que la créatine signa-

lée dans l'urine par Liebig provenait de la transformation que l'urine putréfiée fait subir à la créatinine; cette substance n'a qu'à absorber quatre équivalents d'eau pour se transformer en créatine. Un chimiste français, Dessaignes, a même prétendu que la créatine n'existait pas dans l'économie, mais qu'elle provenait de l'hydratation que la créatinine subissait dans la préparation. Cette opinion ne saurait être soutenue depuis la modification que Stsedeler a fait subir à la préparation de la créatine.

On peut donc dire que le sang et le liquide musculaire renferment de la créatine; que l'urine, au contraire, renferme de la créatinine. Si, dans les analyses d'urine, même celles publiées récemment (Beale 1865), nous voyons figurer créatine et créatinine, nous pensons être en droit d'aifirmer que la créatine ne provient que de la transformation de la créatinine. M. le docteur Eitter nous a fait voir avec quelle facilité les solutions étendues de créatinine subissent cette transformation ; ce sont là les conditions qui se rencontrent dans le procédé indiqué par L. Beale, etc.

Neubauer' a trouvé que 1500 à 1600 grammes d'urine normale, émise journellement par un homme, renferment de 0,6 à 1,3 de créatinine.

D'après Vogel , la créatinine s'accumulerait dans le sang en quantité très-notable pendant les états urémiques.

Yalentiner aflârme que la quantité de créatinine excrétée par les urines est considérablement augmentée dans toutes les fièvres essentielles accompagnées de phénomènes cérébraux intenses ; la quantité en serait parfois si nptable qu'elle cristalliserait dans l'urine placée sur le porte -objet du microscope. M. le docteur Eitter nous a fait vérifier ce fait pour des urines provenant d'une fille variolée (service de M. le docteur Feltz) ; la quantité de créatinine augmentait et diminuait avec les phases ascendantes et descendantes de la maladie.

On ne saurait douter, dit Golding Bird, du caractère vraiment excrémentitiel de ces deux substances (créatine et créatinine) très- abondantes dans la chair des animaux surmenés et probablement dues à la destruction du tissu musculaire.

Quels rôles peuvent jouer ces deux substances ; quelle influence peut avoir ' Neubauer et Vogel, Traité de chimie, trad. de l'ail.

sur l'organisme leur non -élimination? Telles sont les questions que nous avons cherché à élucider dans les expériences suivantes.

PREMIÈRE SÉRIE d'eXPÉRIENCES.

IV. Injeclions de créatine. — 1" M. le docteur Ritter nous ayant préparé une solution parfaitement limpide et neutre, contenant 1 gr. de créatine dans 50 gr. d'eau distillée , nous avons prié M. le docteur Feltz d'injecter d'abord 9 centim. cubes de cette solution dans la veine jugulaire d'un lapin bien portant dont la température avant l'expérience était de 38° et demi. Le liquide était à la température de la chambre ; l'injection fut poussée avec précaution; d'abord l'animal n'éprouva aucun symptôme maladif, il se remit très-bien du trouble occasionné par le fait même de l'opération.

Mais déjà le lendemain il était malade, sa température était de 40° et demi, il se maintint dans le même état pendant 5 jours, et succomba le 6" jour au matin sans avoir présenté d'autres symptômes qu'un affaissement très-prononcé, une sorte de torpeur dont on le tirait difficilement.

L'autopsie ne révéla aucune altération organique sensible.

2° Sur un SHapin la canule, au moment de l'injection, s'échappa de la veine et le liquide, 6 centim. cubes seulement, soit 0 gr. 12 de créatine, fut poussé sous le tissu cellulaire de la région thyroïdienne. L'animal ne parut d'abord pas malade ; le lendemain sa température n'était que de 39° et demi ; mais déjà le surlendemain elle s'était élevée à 40° et demi, et se maintint ainsi les jours suivants. Cet animal succomba le 1" jour. A l'autopsie : large abcès dans la région thyroïdienne, poumons fortement congestionnés, foie ramolli, rien de particulier d'ailleurs. La mort paraît due à la résorption purulente.

3° Le troisième animal soumis à cette opération était très- vigoureux , il paraissait bien portant. L'injection fut pratiquée en 2 fois dans la veine jugulaire (12 centim. cubes soit 0,24 cent, de créatine). Aucun symptôme immédiat.

Le lendemain la température , qui était la veille de 39°, s'était abaissée à 37° trois quarts, l'animal était atteint d'une forte diarrhée. Même état le surlendemain. L'animal succomba dès le matin du 3" jour après avoir éprou-

vé des convulsions violentes. A l'autopsie : poumons et t'oie très-conorestionnés, cerveau sain, vessie très-distendue , urine fétide.

Une heure après l'opération ces 3 animaux furent enfermés dans une cage, de telle façon qu'on pût recueillir les urines sans mélange avec les autres excréments. M le docteur Ritter nous a donné sur ces urines les renseignements suivants: 120 centim. cubes furent soumis à l'analyse. La créatine s'était transformée en créatinine. En suivant le procédé de Neubauer pour le dosage de cette dernière substance, on trouva 0 gr. 169 millim. de chlorhy drate de créatinine et de zinc, ce qui correspond à une quantité de créatinine égale à 0 gr. 105. Le précipité examiné au microscope ne montra aucun cristal de créatine. Notons que la même quantité d'urine provenant de lapins bien portants, ne donne, par le même procédé, aucune trace de précipite (le créatinine.

Ainsi le seul animal qui paraît avoir succombé à l'intoxication est celui qui a absorbé la plus forte quantité de substance. Nous voyons d'autre part que la créatine s'est transformée en créatinine. Peut-être que cette dernière substance n'ayant pas été assez rapidement éliminée , a été cause de la mort. Les matières nous manquent, il faudrait reprendre ces expériences pour pouvoir conclure. Il faudrait aussi rechercher l'effet de l'injection sur ini anima] néphrotomisé.

DEUXIÈME SERIE d'EXPÉRIENCES.

Créatinine — Un gramme de créatine fut transformé en créatinine sous l'influence de l'acide chlorhydrique concentré et bouillant; la solution fut évaporée à siccité, le résidu fut redissous dans l'eau, et pour chasser le dernier excès d'acide , on neutralisa cette nouvelle solution avec quelques gouttes de soude. On avait ainsi un mélange de chlorure de créatinine et de chlorure de sodium.

La solution s'élevait à 20 centim. cubes; elle était parfaitement neutre, avait été préalablement filtrée et mise à la température de la cliambre 21".

1° Un lapin de taille moyenne, dont la température était de 39", une heure, avant l'opération, servit à cette première expérience. Nous lui avons injecté dans la veine cinq centim. cubes de la solution, soit Ogr.25 de chlorure de

créatinine et de sodium. A peine l'injection venait d'être achevée, que l'animal fut pris de quelques mouvements convulsifs et expira.

Les urines recueillies immédiatement étaient alcalines (les urines de lapins sont normalement alcalines). Le sang répandait d'abondantes vapeurs en présence de l'acide chlorhydrique ; il ne présentait aucune altération à l'examen microscopique. Le cerveau, le cœur, les poumons, le foie, les reins étaient parfaitement sains, du moins à un examen rapide.

2" Nous opérons ici sur un animal très - vigoureux ; la veine ayant été l)ien isolée, et quelques gouttes de sang s 'étant échappées par la canule, M. le docteur Feltz pratiqua l'injection dans les mêmes conditions que pour l'animal précédent Et le même résultat fut obtenu; notre lapin ouvrit largement la bouche, eut quelques secousses convulsives et expira. — Mêmes observations à l'autopsie.

3" Lapin très-robuste. Nous essayons la même injection qu'aux deux précédents; mais par suite d'un mouvement brusque de l'animal, la canule que nous avions mal fixée se détacha pendant l'opération, il survint une abondante hémorrhagie. Nous pratiquâmes la ligature en masse, et l'animal fut mis en liberté; il n'éprouva aucun symptôme, se remit assez rapidement, et put, au bout de 15 jours, nous servir à une nouvelle opération. Il nous paraît très-probable que la solution, dont nous avions à peine injecté quelques gouttes d'ailleurs, fut entraînée avec le sang perdu, avant d'être absorbée .

4" Cette expérience était nulle , nous nous décidâmes à soumettre un quatrième lapin à la même injection. Et comme pour les deux précédents animaux elle fut immédiatement suivie de convulsions et de mort.

A l'autopsie les urines étaient fortement alcalines , bleuissaient le papier de tournesol et répandaient quelques vapeurs en présence de l'acide chlorhydrique. Les poumons , le cœur , le foie , le cerveau ne présentaient aucune altération sensible. La veine jugulaire, attentivement examinée, ne contenait ni poils, ni cristaux , ni aucun noyau ayant déterminé quelque trouble dans la circulation.

Que pouvions-nous conclure de ces expériences? Evidemment rien encore. Dire que le chlorure de créatinine et de sodium est un poison énergique , eut été une grande témérité. Nous avons préféré croire jusqu'à nouvelle démons-

tration, que nos opérations avaient été mal faites, que probablement de l'air , quelque corps étranger, s'étaient introduits dans la veine, que l'injection avait été poussée trop brusquement, etc. En un mot, nous nous sommes accusé d'avoir tué trois animaux par pure maladresse dans nos opérations. Il fallait évidemment recommencer.

TROISIÈME SÉRIE d'eXPÉRIENCES.

M. le professeur Caillot voulut bien nous donner une nouvelle solution identique à la première, et s'assurer de sa pureté. Et cette fois, nous évitâmes de compromettre par notre inexpérience les résultats possibles de l'opération. M. le professeur Coze pratiqua lui-même les nouvelles injections.

1° La veine jugulaire fut isolée sur un gros lapin, dont la température était de 39° une heure avant l'opération. La canule ayant été introduite dans la veine et quelques gouttes de sang s'étant échappées, M. Coze fixa la seringue * parfaitement remplie par 6 centim. cubes du liquide à injecter. L'injection fut poussée très-lentement et environ 6 centim. cubes (soit 0,30 de chlorure de créatinine et de sodium) furent introduits dans la veine.

A peine l'opération était achevée que l'animal ouvrit largement la bouche, convulsa les yeux, fit deux ou trois mouvements convulsifs et expira.

Les ligatures jetées sur la canule s'opposaient cependant l)ien à l'introduction de l'air, d'autre part la seringue n'en contenait pas; l'injection d'ailleurs n'avait pas été poussée tout-à-fait jusqu'à vider complètement la seringue ; il n'y avidt eu aucun obstacle à l'opération.

A l'autopsie faite immédiatement, les poumons étaient sains, le ventricule droit du cœur renfermait des caillots très-noirs. Le sang de la veine examiné au microscope était normal, les globules étaient très-réguliers.

2* Un second lapin également très-fort fut aussitôt soumis à la même épreuve.

M. le professeur Coze nous dit avoir éprouvé d'abord quelque résistance en poussant l'injection ; cependant il fut facile d'injecter à peu près 5 cent, cubes, soit 0,25 de substance (la seringue contenait encore après l'opération un peu plus de 1 cent, cube de liquide).

L'animal n'éprouva pas de symptôme immédiat; il fut, une heure après, enfermé dans une cage, afin que ses urines pussent être recueillies.

Le lendemain matin, 15 heures après l'opération, l'animal vivait encore, mais il n'avait rien mangé et paraissait très-alFaissé. Cependant rien encore ne pouvait faire soupçonner qu'il dût succomber quelques instants plus tard , c'est-à-dire 18 heures après l'opération.

A l'autopsie, le foie était congestionné, volumineux, le cerveau parassait un peu ramolli, les poumons étaient sains. Rien au cœur, rien dans les veines.

3° Une troisième expérience fut pratiquée de la même manière sur un lapin très- vigoureux, en parfaite santé. M. le professeur Coze voulut bien encore se charger de l'opération. La canule et la seringue ayant été bien nettoyées, toutes les précautions indiquées dans notre première expérience ayant été prises, l'injection fut poussée très-lentement et fut de 5 centimètres cubes environ. D'abord l'animal éprouva un abattement profond, quelques mouvements convulsifs de la face; cependant il parut se remettre assez bien au bout de trois-quarts d'heure. On l'enferma alors dans une cage, qui fut exposée au grand air, et on mit à côté de lui des aliments frais. Il était 6 h. du soir; le lendemain, à 7 heures, l'animal paraissait très-abattu; il n'avait pas émis une seule goutte d'urine et se remuait à peine lorsqu'on le touchait.

A 8 heures et demie il était mort, et déjà à 9 heures la rigidité cadavéri([ue était complète.

A l'autopsie le cerveau paraissait un peu injecté; rien à noter pour les poumons, le cœur, le foie et les reins.

Que pouA'ions-nous conclure de ces trois dernières expériences ; nous ne pouvions guère hésiter à déclarer que nos animaux étaient morts empoisonnés, et que l'agent toxique paraissait doué d'une grande énergie.

Mais la préparation qui nous avait été remise provenait de créatine transformée en créatinine par l'acide chlorhydrique et rendue neutre par l'addition d'un peu de soude. Peut-être cette combinaison à l'état de chlorure, de créatinine et de sodium est toxique, tandis que la créatinine pure ne l'est pas ?

M. le professeur Caillot, auquel nous avons soumis cette idée, nous répondit qu'il n'y avait aucune raison pour admettre qu'une telle combinaison de créatinine fût phis toxique que la créatinine pure. Cependant, nous n'hésitâmes ))as à recommencer une nouvelle série d'expériences et à nous en-

tourer de toutes les précautions nécessaires , de toutes les garanties possibles. Nous voulions essayer la créatinine pure.

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