CHAPITRE PREMIER
Fouet 1071 s des reins. — Composition normale des urines.
Quelques mots seulement sur les fonctions des reins et sur la composition des urines. Cette étude est indispensable pour apprécier à leur juste valeur les faits invoqués à l'appui de l'intoxication du sang.
I. Les reins sont chargés de faire la lessive du sang. Cette expression rend bien compte du mode d'action de ces organes appelés à séparer et à éloigner du sang les substances nuisibles qu'il contient.
« Ils agissent comme un filtre, dit Golding Bird *, et enlèvent de la circulation l'eau qui s'y trouve en excès. Mais surtout, ils agissent comme dépurants du sang, et concourent à l'entretien de la vie, en enlevant de la circulation un résidu ou substance qui, retenue, serait non -seulement nuisible, mais mortelle. Chaque animal développe dans son propre organisme , pendant les phases de la métamorphose des tissus , certaines substances azotées qui, par leur accumulation dans le sang, empoisonnent aussi bien que le venin provenant de la morsure d'un reptile. »
Et nous voyons en elFet que des accidents coïncident en général avec une diminution dans la quantité des matières excrémentitielles que doit normalement contenir l'urine de 24 heures. L'urine est donc la lessive du sang;voyons ce qu'elle contient.
«Au point de vue physiologique, l'urine, dit Golding Bird, doit être regardée comme provenant de trois sources différentes, chacune agissant également pour conserver et garantir l'équilibre dans la balance délicate de sé-
' Tra/lp (le l'urine ei des dépôt.'! vrmo/res, par Golding Bird. Traduction de l'anglais par O'Horke ISfi l .
«rétion et d'excrétion de ce liquide. Les boissons aqueuses produisent une copieuse émission d'urines pâles et indiquent la source de la plus grande quantité de la sécrétion urinaire, en même temps qu'elles démontrent la grande activité de l'importante fonction des reins pour le rejet de tout excès de liquide entré dans la circulation.» j.,, .
Telle est la première source de l'urine; c'est l'urine de la boisson (Urina potm). On l'observe après l'ingestion d'une abondante quantité de liquide; elle est généralement pâle et d'une faible densité : 1,003 à 1,009.
La seconde source de l'urine est fournie par toute substance entrée dans la masse circulatoire, et qui n'est pas nécessaire à la nutrition du corps, ni susceptible de fournir les éléments normaux du sang physiologique. Cette urine est surtout celle sécrétée après un repas copieux ; elle varie beaucou] > dans ses caractères physiques ; elle est ordinairement très-chargée et d'uné densité de 1,020 à 1,030. On la désigne sous le nom (VUrina chyii vel cibi.
Enfin , la troisième source de l'urine se trouve dans le sang lui-même. Elle est formée par les éléments résultant de la désorganisation des tissus devenus impropres à passer par quelque transformation utile à l'économie , et dont celle-ci ne peut se débarrasser, soit par les poumons, soit par la ])eau. (îette urine, sécrétée par le sang, est indépendante de l'influence immédiate de la nourriture et de la boisson. Sa densité varie de 1 ,015 à 1 ,025. C'est r urine du sang (Urina sanf/uinis). C'est elle qui constitue à proprement dire la véritable urine ; c'est elle qui doit surtout nous occuper dans ce travail.
Nous ne saurions mieux faire ici , pour expliquer la formation de cette urine , que reproduire la remarquable page de Golding Bird : « Les molécules vieillies et épuisées de la structure animale ne sont pas excrétées sous la forme d'un tissu mortifié; mais, devenant liquides, elles retournent dans la circulation par un nouvel arrangement de leurs molécules. Il en résulte une série de combinaisons riches en azote qui est excrétée par les reins . tandis que les produits contenant une surabondance d'éléments combustibles (carbone, hydrogène et soufre), sont appelés à jouer, principalement en traversant le foie , un rôle important avant leur élimination successive du système. Ainsi, le sang non -seulement transporte dans son cours les éléments puisés dans les a^liments et destinés à notre nutrition . mais il sert encore de
conduite à la matière provenant de la destruction et de la liquéfaction de nos tissus usés et brûlés. »
Et ailleurs : « Les atomes des tissus usés en rentrant dans le sang , sont enfin rejetés du corps en formant les matériaux bien définis des excrétions. De récentes recherches ont rendu possible ce fait, que ces matériaux ne sont ])as tout-à-fait transformés en urée, en acide urique, etc., mais subissent une série de changements transitoires dont plusieurs ont été étudiés avec succès. Ainsi, dans les liquides obtenus par la macération des tissus de l'économie dans l'eau, les corps ci-dessous ont été découverts: créatine, créatinine, glycocolle, acide inosique, sarcosine, acide lactique, hypoxantine, inosite, outre certains acides volatils mal déterminés. Tous ces corps peuvent être regardés comme des degrés de transition dans la métamorphose des éléments usés de nos tissus qui constituent les excrétions. »
II. Voyons maintenant quelle est la composition moyenne de ce liquide excrémentitiel éliminé par les reins.
Golding Bird, que nous ne saurions trop citer en pareille matière, considère l'urine normale comme une solution dans l'eau des principes suivants :
^ A. Produits organiques.
1 " Matériaux caractéristiques de la sécrétion , provenant de l'assimilation destructive des tissus, et séparés du sang par les reins: Urée, acide urique, créatine, créatinine, matières colorantes et odorantes.
2° Matériaux dérivés principalement des aliments, pendant les procédés de l'assimilation. En addition à ceux ci-dessus, acide hippurique, acide lactique, constituants accidentels.
B. Produits inorganiques.
3" Combinaisons salines séparées du sang et provenant de la nourriture : sulfates, phosphates , chlorure de sodium, et tous les sels solubles pris dans les repas, et éprouvant souvent une décomposition dans l'économie.
4" Combinaisons solubles principalement engendrées pendant les procédés d'assimilation destructive: phosphates, sulfates.