‹ Nouvelles recherches sur la phonationChapitre 5 sur 20 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

LARYNGOSCOPIE.

L'examen du larynx sur le vivant se fait à l'aide d'inslrjinents spéciaux, et selon de certains procédés opératoires.

.le commencerai par décrire ceux que j'ai employés.

Instruments.

Un petit miroir plan, carré, à angles mousses, de 2 centimètres de large, fixé par l'un de ses angles sur une tige flexible coudée à angle obtus et munie d'un manche ; un second miroir plan de 10 à 12 centimètres carrés; enfin, la lumière solaire, tels sont les plus simples éléments de laryngoscopie.

Le petit miroir plan, dit miroir laryngien, doit varier dans la largeur de 1 centimètre et demi à 2 centimètres, suivant la largeur du pharynx du sujet qu'on examine. Les plus larges sont préférables, toutes proportions gardées, et je trouve ceux de verre meilleurs que ceux de métal. J'en fais faire, en ce moment, de concaves. (Pl. 1, fig.2|v.,;;. . - iW;ï;M'i

Tous doivent être chauffés préalablement, afin que la vapeur pulmonaire ne les puisse ternir pendant les examens prolongés.

l'I NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PHONATION.

Le second miroir plan doit être aussi pur que possible et tenu à la main.

Quant à la lumière solaire, elle manque par malheur très souvent, et il faut s'assurer d'un autre moyen d'éclairage.

Avec les miroirs ci-dessus, la lumière des lampes, du schiste, du gaz, et la lumière électrique même, sont ou insuffisantes ou d'un emploi difficile; la meilleurede toutes, qui est la lumière électrique, a l'inconvénient très grand de n'être pas continue.

Le laryngoscope , fabriqué par M. Czermak à l'aide de l'ophthalmoscope, surmonte une partie des difficultés, el M. Czermak s'en sert, dit-on, avec une grande habileté.

Cet instrument , fort ingénieux du reste, et dont le principal avantage consiste dans l'emploi d'un miroir réflecteur percé au centre, a l'inconvénient de laisser perdre une quantité considérable de lumière, ce qui est grave lorsqu'on se sert de tout autre foyer lumineux que la lumière solaire.

Je n'ai obtenu avec lui que des résultats imparfaits mnt que je l'ai éclairé autrement qu'avec le soleil.

Chez moi et chez beaucoup de chanteurs, la base de la langue, très volumineuse, projette sur les parties à examiner un cône d'ombre qui rend toute constatation très douteuse, sinon impossible, tant que le foyer d'éclairage est peu intense.

Frappé de la quantité de lumière perdue avec l'appareil Czermak, et attribuant à cette circonstance la difficulté que j'éprouvais à voir nettement les objets, je fis construire un appareil 1res simple, destiné à produire un

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faisceau lumineux assez intense, et à diriger ce faisceau sur le miroir laryngien placé dans le pharynx. (Pl. I, fîg. 1.)

Cet appareil est en cuivre, et se compose de deux cylindres creux d'égale longueur et de largeurs différentes. Le cylindre le moins large est noirci en dedans, et entre à frottement dans le cylindre le plus large.

Chacun d'eux est terminé à l'une de ses extrémités par un .cône tronqué et creux. Le cône fixe au cylindre intérieur est très allongé ; sa base renferme une lentille biconvexe à long foyer; son sommet contient une autre lentille biconvexe à court foyer, montée à coulisse et munie sur l'un des points de sa circonférence d'un miroir plan à charnière.

Les deux lentilles peuvent, on le voit, s'écarter ou se rapprocher, soit du foyer lumineux, soit l'une de l'autre.

Le cône fixé au cylindre extérieur est creux, très court, étamé à l'intérieur, échancré au sommet pour recevoir le foyer d'une lampe, derrière lequel est ajusté un miroir réflecteur concave.

Le tout est supporté par deux tiges de cuivre dont la longueur peut varier à volonté , et qui sont fixées à un plateau de bois.

A l'aide de cet appareil , j'obtiens une lumière très vive et très suffisante pour éclairer parfaitement le pharynx. Le seul défaut actuel de l'instrument est son volume; niais au dire de M. Richard, mon ami, qui l'a fabriqué, un pourrait très aisément le rendre transportable.

En ce moment, je fais percer au centre le miroir à Charnière pour v ajuster une lunette grossissante.

"2k NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PHONATION'.

iN'ortMié* opératoire**.

L'appareil est disposé sur une table, et chauffé suffisamment pour que la vapeur pulmonaire ne puisse ternir la petite lentille qui va se trouver très près de la bouche ; les rayons calorifiques émanés de la lampe et concentrés par les, lentilles suffisent à cet effet.

Je me place sur une chaise à une petite distance de la table, de manière à recevoir le faisceau lumineux dans l'arrière- bouche, sur la paroi postérieure du pharynx.

Alors je porte jusque sur celte paroi le miroir laryngien préalablement chauffé. J'ai heureusement la faculté de supporter le contact de ce miroir aussi longtemps et aussi souvent que je le veux, sans éprouver la moindre gêne; quelques-uns de mes élèves possèdent la même insensibilité, quoique à un degré moindre. D'autres ont beaucoup de peine à s'y faire : néanmoins, avec de l'adresse et de l'expérience, en ayant soin surtout de porter rapidement le miroir à la place voulue, sans toucher les parties avoisinantes, et particulièrement la base de la langue, je suis convaincu que l'opération peut être pratiquée chez un grand nombre de sujets, pourvu qu'ils soient à l'état sain. C'est presque toujours le contact avec la base de la langue qui détermine les nausées, et il est facile d'éviter ce contact.

Le miroir laryngien, tenu de la main droite, est donc introduit rapidement jusqu'à la paroi postérieure du pharynx, sur laquelle on l'appuie de manière à Former avec cette paroi un angle très ouvert en avant.

La partie supérieure du miroir est appuyée sur le bord

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du voile du palais, la tige coudéerepose dans la commissure droite des lèvres.

Dans cette position, je cherche les angles de réflexion nécessaires pour que le faisceau lumineux, réfléchi par le miroir laryngien, aille éclairer fortement la glotte.

L'image de celle-ci se produit alors renversée sur le miroir laryngien, et de là sur le second miroir où mes yeux l'aperçoivent, mais, cette fois, symétrique à son objet, c'est-à-dire le côté droit du larynx à droite, et le côté gauche à gauche.

Pour faciliter cette opération, il faut ouvrir largement la bouche et le pharynx, pendant que l'on modifie la position du cou et de la tète de manière à établir les angles de réflexion nécessaires.

Lorsque j'examine le larynx d'une autre personne, j'assieds cette personne a ma place, je supprime le miroir externe, et je regarde directement dans le miroir laryngien que je manœuvre moi-même.

Toutes les expériences faites à l'aide de l'appareil que j'ai décrit, ont été contrôlées par moi à l'aide de la lumière solaire et trouvées exactes.

J'en vais dire le résultat.

1*Iiôiioiii('ih>m observés.

Sous l'œil de l'observateur, le larynx exécute des mouvements divers.

Les uns s'accomplissent en silence : ce sont ceux qui ont lieu pendant la déglutition et la respiration tranquille.

Les autres sont accompagnés d'un certain bruit, et ont

lion dans rexsoreation, la respiration aoeéléuée, la t<m\.

Enfin les autres ont pour but et pour résultat de produire la voix humaiue, avec le concours de l'&irj soit par l'expiration, soit par l'inspiration.

Dans l'examen des faits j'établirai deux catégories : celle des mouvements non phonateurs, qui comprendra les mouvements silencieux et les mouvements avec bruit étranger au son vocal, et celle des mouvements phonateurs.

Mouvements non phonateurs. — Comme introduction à cette série de mouvements, décrivons l'aspect général du larynx, vu au laryngoscope.

Eu examinant d'avant en arrière, on découvre d'abord la base de la langue, large, concave transversalement, puis la face supérieure de l'épiglotte convexe dans sa largeur, concave dans sa longueur, plus ou moins relevée en arrière. De chaque côté de la base épiglottique, surgit à angle très aigu et plissé, un rebord rougeàtre, horizontal, qui s'arrondit et se prolonge de dehors en dedans et d'avant en arrière, marche en demi-ellipse vers un rebord semblable dont il est séparé par une échancrure qui varie à chaque instant, et se termine près de lVchancrure par deux tubercules successifs. Ce rebord est le repli arvténoépiglottique. Les deux tubercules sont: l'antérieur, le cartilage de Wrisberg; le postérieur, le cartilage de Santorini. (PL II, fig. 4,)

L'échancrure est l'espace compris entre les sommets des cartilages aryténoïdes.

Au-dessous de cette échancrure et. en arrière, on aperçoit la muqueuse pharyngienne tendue entre et sur les aryténoïdesj plus bas, une partie de la face postérieure

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du crtcoïde re< ouverte de la îmiqueiise pharyngienne el accolée à la paroi postérieure du pharynx.

Des deux côtés et au-dessus de la face postérieure du cricoïde on aperçoit un espace vide borné en haut et en avant par la base de la langue, en bas et eu arrière par l'articulation crico-thyroïdienne, en dehors par la face interne de la moitié thyroïdien ne correspondante, en dedans par la face externe des parois du vestibule delà glotte.

Au moment où l'œil pénètre entre l'épiglotte et l'espèce de fer à cheval formé par les replis aryténo-épiglotliques, il découvre une sorte d'entonnoir à parois concaves, évasées, mobiles, abrité par l'épiglptite, et présentai)! quelque analogie avec le pavillon de certains instruments à vent : c'est le vestibule de la glotte.

fcn descendant peu à peu au fond de cet entonnoir, on aperçoit d'abord, de chaque côté, les ligaments thyroaryténoïdiens supérieurs à peine indiqués ; puis les ventricules de Morgagni, sous l'apparence de sillons linéaires ; puis, tout à fait au fond, une fente antéro-postérieure, extrêmement mobile, tour à tour lancéolée, losangique, elliptique, triangulaire, dont les bords nacrés et brillants palpitent avec une rapidité surprenante: c'est la glotte doublée de la membrane vocale.

Grâce à mon expérience du chant, je parvins sans trop de difficulté à maîtriser les mouvements des aryténoïdes. en m'aidant de respirations lentes et profondes,

Alors je pus, la glotte étant largement ouverte, considérer à loisir les ligaments vocaux dans toute leur étendue, y compris leurs insertions antérieures, apercevoir el

même compter les cerceaux cartilagineux de la trachée sur sa paroi antérieure.

Plus tard, ù la lumière solaire, je vis la face inférieure île l'épiglotte, le bourrelet rougeâtre constaté à sa base par M. Czermak. Enfin, ces jours derniers, également avec la lumière solaire, je suis parvenu à découvrir sur moi-même la bifurcation de la trachée.

Pour y réussir, j'ai conservé à la tète sa position naturelle, et je me suis servi d'expirations très profondes el très lentes.

Au moment où ces expirations allaient finir, si j'augmentais un peu le courant d'air, je distinguais à merveille toute la portion sous-glottique des ligaments vocaux dans laquelle s'enfonçaient en arrière, en s'écarlaut, les apophyses aryténoïdes. C'est ce dernier phénomène qui m'a suggéré l'idée de diviser anatomiquement les ligaments vocaux en trois régions. (Pl. VI, fîg. 1 .)

Outre l'expérience des mouvements laryngiens résultant de ma profession, une circonstance heureuse favorisait mes enquêtes : l'épiglotte est, chez moi, assez courte et appliquée, par sa surface supérieure, contre la base de la langue. De plus, et par suite d'une conformation qui est cause de la puissance et de la gravité de ma voix, mes ligaments vocaux ont une dimension relativement considérable, et. pour cette raison se prêtent plus facilement h un examen minutieux.

Après m'ètre rendu compte de l'aspect général du larynx, et après avoir acquis sur les aryténoïdes un empire suffisant, j'observai d'abord de quelle manière se comportait la glotte pendant la respiration.

LAttYtfGOSCOPIE. w21)

Lorsque celte dernière est tranquille, régulière et profonde, voici quels mouvements ont lieu.

Au commencement de l'inspiration, les aryténoïdes s'écartent en tournant sur eux-mêmes; leur sommet soulève et entraîne en dehors les replis épiglottiques, tandis que leurs apophyses portant leurs extrémités en dehors et en haut, soulèvent et écartent les ligaments vocaux dans leur partie postérieure. A mesure que l'inspiration continue, la glotte demeure largement ouverte.

L'inspiration terminée, au moment où l'expiration commence, les aryténoïdes font un léger mouvement de retour sur eux-mêmes, puis s'écartent de nouveau pour laisser passer l'air expiré.

, Vers la fin de l'expiration, si l'on augmente la force du courant d'air, l'ouverture de la glotte devient considérable, les ligaments vocaux sont apparents dans toute leur région sous-glottique, et l'on voit en arrière les apophyses aryténoïdes, fortement écartées, s'enfoncer dans la membraue vocale. A ce moment on peut parfaitement apercevoir la bifurcation des bronches.

Tous ces mouvements, faciles si l'on emploie la respiration diaphragmatique, deviennent moins.aisés et moins complets si l'on emploie la respiration costale supérieure, ou si l'on accélère cette respiration de manière à simuler l'essoufflement.

Dans ces derniers cas, au moment de l'inspiration, les aryténoïdes, avant de s'écarter, se rapprochent, et ne laissent passer l'air qu'avec un bruit sifflant bien connu.

Du reste, si dans ces expériences on ne pousse pas

l'inspiration forcée jusqu'à l'occlusion du larynx, ou [■expiration jusqu'à l'effort, les ligaments thyro-aryténoïdiens supérieurs et l'épiglotte n'exécutent que des mouvements à peu près nuls. Il n'en est pas de même dans la déglutition.

L'examen de cet acte physiologique demande beau* coup de patience et de soin, et doit être étudié par phases successives.

Tout d'abord les aryténoïdes, en s'afï'rontant par toute l'étendue de leurs faces internes, ferment la glotte avec énergie. Presque simultanément, les ligaments thyro-arvténoïdiens supérieurs se rapprochent, entrent en contact et recouvrent complètement la glotte, pendant que l'épiglotte, entraînée en arrière, applique sa base, puis sa face inférieure sur les ligaments thyro-aryténoïdieus supérieurs affrontés. A ce moment, la base de la langue recouvre le tout, et dérobe à l'œil le reste du mouvement que complètent les constricteurs du pharynx.

Une occlusion pareille a lieu dans h toux, et l'on voit l'air soulever énergiquement les parties supérieures du dôme, et les séparer brusquement pour s'ouvrir un passage.

Môme occlusion dans l'effort, où elle est complète, et dans l'exscréation, où elle laisse en arrière un passage très étroit aux mucosités chassées par l'air.

Pendant tous ces mouvements, on voit en arrière les muscles aryténoïdiens et les muscles aryténo-épiglottiques soulever et gonfler la muqueuse tout le long de leur trajet, ces derniers entraînant évidemment l'épiglotte en arrière.

LAHYNGOSCÔPiE. $4

Mouvements phonateurs. — Ces mouvements peuvent déterminer la voix, soit pendant l'inspiration, soit pendant l'expiration.

,1e dirai, en terminant, quelques mots de la voix moratoire, mais je commencerai par l'étude approfondie dos mouvements qui produisent la voix habituelle ou eœpiratoire.

Cette voix a deux manifestations, désignées depuis longtemps sous les noms de registre de poitrine et de registre de fausset. L'anatomie et la physiologie repoussent également la dénomination de voiœ de tête, fort improprement appliquée au registre de fausset.

A. Registre de poitri?ie. — iMes expériences ne se soi il point accomplies, bien entendu, dansl'ordrequi va suivre. Ce n'est qu'au bout de quelque temps (pie je suis devenu assez exercé pour classer tous les phénomènes dont j'étais le témoin, coordonner les faits, et rendre ainsi plus clair l'ensemble de mes observations.

Tant que la glotte demeure largement ouverte, quelle que soit la violence du courant d'air qui la traverse^ on n'obtient aucun sou.

Mais si l'on rapproche peu à peu l'un -de l'autre les ligaments vocaux, et qu'on les ébranle par un courant d'air énergique, on les voit, parvenus à une très petite dislance l'un de l'autre, entrer en vibration, et produire la voix dite de poitrine. Les sons ainsi obtenus, la glotte étant légèrement entr'ouverte clans toute sa longueur, sont étouffés et sourds.

Si le contact des lèvres de la glotte devient de plus en plus intime, l'ëolàt du son augmente, tënfln, si le contael

<V2 NOUVELLES RKCMKRCHliS SUR \.\ PHONATION.

est poussé aux dernières limites, l'occlusion du larynx a lieu suivant le procédé décrit plus haut.

Si l'on choisit pour cette expérience les sous de l'octave sol1 sol2, chacun d'eux peut être produit indifféremment, la glotte étant très légèrement ouverte dans toute sa longueur ou fermée eu arrière; seulement, dans le premier cas, c'est-à-dire lorsque la glotte intercarlilagineusè est ouverte entièrement, les sons sortent étouffés, et la tension longitudinale est moins forte; dans le second cas, c'est-à-dire lorsque la glotte est fermée en arrière, l'éclat des sons augmente avec la tension. Un courant d'air énergique est indispensable dans le premier cas pour engendrer le registre de poitrine; avec un courant d'air faible, on courrait le risque de déterminer le registre de fausset, (Pl. VI, fig. 2 et 3.)

Le point de départ une fois établi, je cherchai d'abord à constater le phénomène de la génération du son de poitrine dans son expression la plus simple. Pour cela, je fis passer un courant d'air, d'abord très faible, puis augmenté progressivement à travers la glotte très légèrement ouverte dans toute sa longueur, en cherchant à produire, en voix de poitrine bien entendu, le son de l'échelle diatonique, far. (Pl. VI, fig. û.) D'abord, je vis les aryténoïdes, écartés pour l'inspiration, soulever par leurs sommels, la muqueuse et les ligaments aryténo-épi glottiques, se rapprocher en même temps qu'ils rapprochaient les lèvres de la glotte, de manière à laisser entre elles une fente étroite où plongeait mon regard. Les ligaments vocaux se soulevèrent et se tendirent à la fois dans leur région sous-glottique, dans leur région ventri

LÀRYNGOSCOPIE. . Oô

çulaire et dans leur bord libre. Parvenus à nue très petite distance l'un de l'autre, les ligaments entrèrent en vibration dans toute leur étendue, seulement les vibrations n'avaient pas partout la même amplitude.

Dans la région ventriculaire, les excursions de la membrane, moins visibles en dehors, devenaient de plus en plus sensibles à mesure que je les examinais plus près du bord libre des ligaments.

Le bord libre vibrait en plein, mais où les vibrations se manifestaient de la manière la plus évidente et la plus saisissable, c'était dans la région sous-glottique, immédiatement au-dessous du bord libre. Là je vis de chaque côté la membrane vocale se soulever, comme la peau sous une ventouse, former un ventre arrondi qui venait à la rencontre d'un ventre opposé et semblable, s'y accolait, s'effaçait, puisse reformait, et ainsi de suite, chaque apparition des ventres correspondant évidemment à une vibration.

Plus le courant d'air était énergique, plus les ventres étaient volumineux. Confondus en haut avec le bord libre des ligaments vocaux, ils offraient leur partie la plus saillante vers le milieu de ces mômes ligaments, c'est-à-dire plus près de la partie antérieure de la glotte que de la postérieure. De là ils allaient Rabaissant vers les extrémités glottiques par deux pentes d'inégale longueur.

Pendant cette expérience, il m'a semblé, sans que je puisse le prouver, que dans la totalité de la membrane, les vibrations étaient isochrones.

Fixé désormais sur la génération des sons dans le registre de poitrine, je m'attachai à découvrir le mécanisme de l'élévation et de rabaissement du son.

2>k NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PHONATION.

N'ayant plus besoin cette fois d'interroger la régioo sous-glottique, j'affrontai très légèrement les lèvres de la glotte, je fis passer entre elles un courant d'air très faible, et je séparai chaque son par une inspiration très courte.

Je commençai par les sons les plus graves de ma voix, et à partir de Yut1, j'observai les phénomènes suivants. (Pl. YJI, fig. 1.) D'abord les aryténoïdes s'affrontèrent parle tiers inférieur et postérieur de leurs faces internes. Les ligaments vocaux, très faiblement tendus, exécutaient des vibrations molles et amples, parfaitement saisissables clans le bord libre et la région ventriculaire. Lus ventres sous-glottiques eux-mêmes devenaient parfaitement visibles, surtout si j'augmentais la force du courant d'air.

A mesure que je franchis les degrés supérieurs de l'échelle diatonique, écartant et accolant successivement ' les aryténoïdes à chaque expiration, je vis se reproduire les mêmes phénomènes, quoique d'une manière de moins en moins sensible. Seulement, l'ouverture glollique se rétrécissait graduellement en arrière par l'accolemeni progressif des aryténoïdes, dont les faces internes, en s' affrontant de plus en plus pour chaque son, diminuaient peu à peu l'étendue delà surface vibrante.

Lorsque je fus parvenu à Yut*9 les lèvres de la glotte, en s'atlrontant davantage, me cachèrent les ventres vibrants, mais les vibrations du bord libre et de la région ventriculaire demeurèrent très apparentes.

A ce moment, les apophyses aryténoïdes commencèrent à se mettre en contact par leurs extrémités tenues. En même temps, les ligaments vocaux présentèrent les traces

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d'une tension de plus en plus forte, tension qui devint très apparente lorsque les extrémités apophysaires se furent affrontées en entier. A ce moment-là , j'étais parvenu au ré3. Je continuai à élever le son.

Les vibrations devinrent de plus en plus rapides, la région ventriculaire diminua peu à peu en largeur, ce qui •prouvait qu'elle était fortement tendue eu longueur ; la diminution en arrière de l'ouverture glottique devint de moins en moins perceptible, et il me sembla que. la tension ligamenteuse me conduisait presque seule jusqu'au fa3, limite extrême de ma voix.

Je dois consigner ici une remarque importante: avec un courant d'air faible comme celui que j'emploie dans l'expérience ci-dessus, chacun des sons est mince, faible, quoique éclatant, et les vibrations membraneuses ont peu d'étendue. Si j'augmente la force du courant d'air, chaque son acquiert de l'intensité, un éclat plus grand, et l'étendue des vibrations augmente.

La contre-épreuve de l'expérience que je viens de décrire me donna des résultats identiques en sens inverse, e" est-à-dire qu'en redescendant avec les mêmes précautions l'échelle diatonique, je vis diminuer d'abord la traction antéro-postérieure et la traction ventriculaire, puis la glotte s'ouvrir progressivement en arrière, les ventres vibrants reparaître, et enfin les vibrations redevenir de plus en plus amples et molles jusqu'au point de départ.

Pendant cette expérience, et pendant toutes celles relatives aux sons de poitrine, les ventricules de Morgagni demeurent linéaires, et les ligaments thyro-aryténoïdiens supérieurs ne prennent aucune part à la génération du son.

,')() NOUVELLES RECHERCHES si R LA PHONATION.

De la série d'observations faites sur le registre de poitrine, il résulte que, dans ce registre :

1° Les ligaments vocaux vibrent k la fois dans leur région sous-glottique, dans leur région venlriculaire et dans leur bord libre, c'est-à-dire dans toute leur étendue.

2° Les vibrations deviennent moins amples et plus rapides à mesure que le son devient plus aigu ; le contraire ayant lieu à mesure que le son devient plus grave.

3° Pour aller du grave à l'aigu, la glotte se rétrécit sensiblement d'arrière en avant, jusqu'aux limites suivantes : du sr au ré3, chez les basses-tailles; du mi3 au sol3, chez les ténors; du fa3 au la3, chez les femmes. Le contraire a lieu en allant de l'aigu au grave, à partir des mêmes limites. De plus, ces limites sont aussi celles des apophyses aryténoïdes en avant.

lx° Pour aller du grave à l'aigu, les ligaments vocaux sont soulevés et tendus graduellement dans leurs trois régions, mais la tension la plus énergique a lieu dans le sens antéro-postérieur ; cette tension est plus forte que dans le registre de fausset.

5° A partir des limites tonales indiquées ci-dessus, l'agent principal de l'élévation du son m'a paru être la tension des ligaments vocaux ; néanmoins l'ouverture de la glotte continue encore à diminuer en arrière, niais imperceptiblement et d'une quantité minime.

6° Les aryténoïdes, en diminuant en arrière l'ouverture glottique, diminuent en même temps l'étendue delà surface vibrante.

7" On peut produire une certaine série de sons, la glotte étant ouverte dans toute sa longueur, mais cette série est

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bornée à la partie la plus grave de la voix, et les sons n'ont aucun éclat. L'affrontement des aryténoïdes est indispensable à l'éclat des sons et au parcours entier de l'échelle vocale.

8u La glotte demeure rectiligne, et les aryténoïdes s'affrontent par le tiers inférieur de leurs faces internes.

0' Les ligaments thyro-aryténoïdiens supérieurs De prennent aucune part à la génération du son.

10° Les ventricules de Morgagni demeurent linéaires.

11° Pour passer du grave à l'aigu, le vestibule de la glotte se rétrécit dans toutes ses dimensions. Ses parois se redressent et deviennent moins concaves; sa profondeur diminue beaucoup dans la voix claire, moins dans l;i voix sombre. Le contraire a lieu en revenant de l'aigu au grave.

B. Registre de fausset. — Ainsi que je Pavais fait pour le registre de poitrine, je cherchai à découvrir les phénomènes généraux du registre de fausset avant de passer à l'examen des mouvements qui permettent au larynx de parcourir avec ce registre l'échelle vocale.

Les chanteurs exercés savent que l'on peut faire entendre alternativement le même son en voix de poitrine e.t en voix de fausset, à l'aide d'un courant d'air non interrompu.

Je me suis servi de ce procédé pour étudier les modifications glottiques inhérentes, en général, au registre de fausset. Je tiens la glotte légèrement affrontée en arrière, et, à l'aide d'un courant d'air énergique, je produis en voix de poitrine le son mi bémol3. (Pl. VIT, fîg. 2.)

Les aryténoïdienssont rapprochés en arrière dans toute

la longueur de leurs apophyses et par le tiers inférieur de leurs faces internes, les ligaments vocaux vibrent en plein, les ventres vibrants sont formés, la glotte est rectiligne. Tout à coup et sans interrompre le courant d'air, je passe à la voix de fausset, toujours avec le son mi bémoP. (Pl. VII, fig. 3.)

Alors se produit la série suivante de phénomènes. D'abord l'ouverture de la glotte devient subitement elliptique et- augmente en arrière; simultanément les ventres vibrants disparaissent, quelle que soit l'intensité du courant d'air, pourvu toutefois que celui-ci ne soit pas assez fort pour ramener le registre de poitrine; la tension longitudinale diminue, et la région ventriculaire des ligaments est comme sollicitée de dedans en dehors par une traction latérale. Du reste, cette région ventriculaire et le bord libre continuent à vibrer très sensiblement, quoique avec des excursions moins amples que dans le registre de poitrine; les aryténoïdes ont entr'ouvert leurs bases et rapproché leurs sommets ; les ligaments aryténo-'épiglottiques sont tendus plus que pour le son de poitrine ; les cartilages de Santorini se pressent fortement l'un contre l'au- » tre, et l'on voit la muqueuse se gonfler derrière eux, puis sur le bord externe de l'aryténoïde, et jusque sur la face externe des parois du vestibule de la glotte. En même temps la face externe de ces parois s'aplatit dans toute son étendue, et j'ai même vu, chez moi, se tendre la muqueuse, au fond de l'espace vide situé entre les faces externes des parois vesti biliaires et la face interne correspondante du thyroïde.

En outre, une particularité importante se rencontre

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chez moi. Mon cartilage fie Santorini gauche estau niveau du droit, et il conserve cette position pendant l'émission des sons de poitrine. Au moment du passage, il s'abaisse très visiblement, et se met au-dessous du niveau de son voisin, contre lequel il se presse fortement. Cette particularité permet d'observer d'une manière certaine la contraction de l'aryténoïdien oblique inséré au sommet de mon aryténoïde gauche.

L'air contenu dans ma poitrine étant épuisé, je le renouvelle et je recommence l'opération en sens inverse.

Je trouve la glotte elliptique et les ligaments vocaux tendus, mais la tension antéro-postérieureest moindre que dans le registre de poitrine, et l'ouverture de la glotte plus grande en arrière.

La traction ventriculaire est plus apparente, les ventres vibrants ont disparu. Les aryténoïdes, légèrement entr'ouverts à leur base, sont principalement affrontés par leurs sommets. La muqueuse est soulevée en arrière et sur les côtés, les replis épiglottiques sont tendus et amenés l'un vers l'autre, mon cartilage gauche de Santorini est plus bas que son voisin.

Je passe à la voix de poitrine.

A l'instant, la glotte redevient rectiligne; la tension antéro-postérieure augmente, la tension ventriculaire est moins prononcée*, la région sous-glottique des ligaments vocaux est soulevée et tendue, les ventres vibrants reparaissent; les aryténoïdes, écartant leurs sommets, s'affrontent par leurs bases; la muqueuse cesse d'être soulevée en arrière et en haut, et mon cartilage de Santorini gauche remonte à sa place ordinaire.

Pendant tout ce temps, les ventricules de Morgagni demeurent linéaires, et les ligaments thyro-aryténoïdiens supérieurs ne concourent en rien à la génération du son.

Avant de passer outre, je dois m'appesantir sur un phénomène d'une haute importance que j'ai dû me contenter de signaler rapidement tout à l'heure, emporté que j'étais par les exigences de ma description : je veux parler de la traction latérale des ligaments vocaux dans leur portion ventriculaire. J'avais tout d'abord pressenti les conséquences physiologiques d'une observation si nouvelle el si importante. Je voulus donc immédiatement acquérir à ce sujet une certitude expérimentale, et, après divers tâtonnements, j'imaginai les deux expériences suivantes.

Dans la première, je dispose la glotte pour l'émission du son si2 de fausset, et j'y fais passer un courant d'air très faible, avec la volonté de ne pas produire le son. Bien que la tension longitudinale existe et que la glotte ait en arrière le degré d'occlusion voulu, l'air que j'expire régulièrement et doucement ne détermine aucun son, et les ligaments vocaux restent immobiles.

J'augmente la tension longitudinale et l'occlusion de la glotte en arrière : nul son ne se produit, même avec un courant d'air un peu plus fort.

Alors je reviens au point de départ avec la volonté, cette fois, de produire le son si2. Seulement, pour ne pas m'abuser moi-môme et me figurer que l'absence du son lient à la faiblesse du courant d'air primitif, j'en emploie un plus faible encore, et avec lui j'obtiens ce (pie je n'avais pu obtenir tout à l'heure, c'est-à-dire le son demande.

Je suis donc fondé k conclure qu'a, la tension longitu-^

LARYNGOSCOPIE. /il

dinale, insuffisante d'abord, s'est adjointe une autre tension, qui est incontestablement et visiblement, du reste, la tension latérale externe ou ventriculaire.

Je dis visiblement, car la deuxième expérience démontre avec la dernière évidence le fait de la traction ventriculaire.

Voici comment je procède.

A l'aide d'un courant d'air non interrompu, régulier, et d'une certaine énergie, je produis, en commençant par en haut, tous les sons de l'octave sol 3, soi - toujours en voix de fausset, et j'ai soin d'assurer chacun d'eux par une petite secousse du larynx. Cette opération est bien connue des chanteurs, et s'appelle, dans leur langage, marquer les sons. Seulement les chanteurs ont coutume d'appuyer la secousse du larynx par une légère contraction des muscles expirateurs, ce que j'évite avec soin clans mon expérience, afin de ne pas attribuer à l'air ce qui résulte uniquement de la contraction des muscles intrinsèques du larynx.

Dans ces conditions, si je parcours l'octave sol 3, sol2, je vois distinctement la région ventriculaire des ligaments vocaux tiraillée en dehors, à chaque son, par une petite secousse très apparente, et qui ne laisse aucun doute sur le fait de la tension latérale.

Les deux expériences aboutissent donc au même résultat.

Relativement à l'affrontement ary ténoïdal , on se demandera comment j'ai pu constater qu'il avait lieu tantôt par le tiers inférieur, tantôt par les deux tiers supérieurs des faces internes.

D'abord l'affrontement par en haut est très manifeste,

et l'anomalie que j'ai signalée dans mes cartilages de Santorini aide puissamment à l'établir chez moi.

Quant à Patïronlement par en bas, je rappellerai que j'ai beaucoup expérimenté avec la glotte ouverte dans toute sa longueur. En procédant ainsi, un peut voii de quelle manière se comportent les bases aryténoïdales*

Du reste, toutes les expériences dont j'ai parlé ne peuvent être faites d'un seul coup. Il faut les exécuter pas à pas, phase par phase, et répéter souvent chacun de leurs détails pour surmonter les obstacles qui naissent de la rapidité extrême des mouvements glottiques.

Ayant observé et classé les phénomènes survenus pendant la production du registre de fausset, pour un son unique, je m'appliquai à poursuivre ces phénomènes sur les divers degrés de l'échelle diatonique.

Je commençai d'abord par les sons graves, pendant lesquels la glotte largement ouverte se prête le mieux à l'investigation, et je m'aperçus qu'il m'était impossible de produire des sons de fausset au-dessous-du si bémol1.

C'était donc à partir de cette limite qu'il me fallait parcourir l'échelle diatonique.

Je trouvai la glotte elliptique, beaucoup plus ouverte en longueur que pour le même son si bémol* du registre de poitrine. Les aryténoïdes la fermaient en arrière sur une très petite étendue de leurs faces internes. Le contact de ces faces internes, très intimedepuis le sommet aryténoïdal jusqu'un peu au-dessous du niveau du bord supérieur des apophyses, devenait de moins en moins intime en approchant du ligament articulaire interne. Les ventres vibrants ne se produisaient pas, à moins d'employer

LARYNGOSCOPIE. Z|3

un courant d'air très énergique, mais alors le registre de poitrine reparaissait. Le bord libre des ligaments, gros et arrondi, vibrait avec des excursions moins amples que dans le registre de poitrine. La région ventriculaire exécutait aussi elle, des vibrations à amplitudes décroissantes de dedans en dehors, moins sensibles que dans le registre de poitrine, mais évidentes. Du reste, pour quiconque s'est servi une fois avec attention du laryngoscope, et a émis des sons de poitrine et de fausset, il demeure incontestable que, dans les deux registres, les ligaments vocaux vibrent soit en totalité, soit en partie.

Toutes proportions gardées, les vibrations étaient amples et lentes comme pour les sous graves de poitrine, plus sensibles sur le bord libre des ligaments, moins sensibles en allant vers les ventricules.

Elles paraissaient isochrones.

En somme, la tension ligamenteuse était très faible.

Une fois mes observations terminées à propos du son si bémol \ j'essayai de produire le la naturel1; mais la glotte s'étant élargie, les vibrations cessèrent, et je n'obtins aucun son.

Je repris alors le si bémol*, et je commençai à gravir l'échelle diatonique en procédant comme je l'avais fait lors de la même opération sur le registre de poitrine, c'est-à-dire à l'aide d'un courant d'air très faible, et par des expirations distinctes qui écartaient et rapprochaient tour à tour les aryténoïdes, pour chaque son, par un contact très léger.

A mesure que je franchis les degrés supérieurs au si bémol \ les aryténoïdes s'affrontèrent de plus en plus tout

t\li NOUVELLES RECHERCHES SUR LA PHONATION.

le long du boni supérieur des apophyses aryténoïdeSj et diminuèrent progressivement en arrière 1 ouverture toujours elliptique de la glotte, pendant que la tension lougi tudinale, de plus en plus sensible, diminuait de son côté la largeur de l'ellipse. (Pl. VII, fig. 6.)

Les vibrations devinrent moins amples et plus rapides dans les ligaments dont le bord libre s'amincissait.

A mesure que l'ouverture intercartilagineuse diminuait, les sons devinrent plus éclatants.

L'affrontement 'des apophyses aryténoïdes continuait a se faire par les deux tiers supérieurs de leurs faces internes.

Parvenu au ré3, les extrémités ténues des apophyses commencèrent à entrer en contact, pendant que la tension longitudinale augmentait sensiblement.

Cette nouvelle phase me conduisit jusqu'au sol*.

A partir de ce moment et pour les sons la*, si*, ut1, la tension ligamenteuse me parut, comme dans le registre de poitrine, s'emparer du rôle principal, bien que la glotte diminuât imperceptiblement en arrière. Le bord libre des ligaments, très aminci, était fortement tendu, ainsi que la portion ventriculaire, dont la largeur avait diminué, un peu moins toutefois que dans le registre de poitrine.

Tous ces sons avaient été obtenus à l'aide d'un courant d'air très léger.

Lorsque j'augmentais la poussée d'air, les sons, de minces et faibles, devenaient plus intenses.

Arrivé aux limites supérieures de mon registre de fausset , je recommençai en sens inverse les expériences qui pré-

L ARYNG0SGOPIE . A 5

retient, et connue dans le registre de poitrine, j'obtins la contre-épreuve des phénomènes observés.

Les ligaments vocaux se relâchèrent peu à peu, la Forme elliptique devint plus apparente, puis les aryténoïdes s écartant graduellement, je revins à mon point de départ.

Toutes ces expériences*, faites d'abord avec le laryngoscope, puis avec lalumière solaire, furent renouvelées sur un de mes amis ayant une voix de ténor assez grêle, puis sur des élèves basses et ténors.

J'observai des phénomènes identiques, quoique d'autant moins sensibles que les voix étaient moins graves et moins puissantes. Chez les ténors surtout, la forme elliptique de la glotte était beaucoup moins apparente et plus allongée (pie chez moi.

Mais je constatai, dans tous les cas, la disparition des ventres vibrants et la longueur plus grande de l'ouverture glottique.

Résumant toutes les observations relatives au registre de fausset, je conclus, pour ce registre, que :

1° Les ligaments vocaux vibrent seulement dans leur bord libre et leur région ventriculaire , leur région sousglottique cessant de vibrer d'une manière efficace.

2° Les vibrations deviennent moins amples et plus rapides à mesure que le son devient plus aigu, le contraire ayant lieu à mesure que le son devient plus grave.

3" La glotte prend une forme elliptique plus ou moins sensible, suivant les sujets, la nature des voix et leurs aptitudes, la gravité ou l'acuité des sons.

k° Pour aller du grave à l'aigu, la glotte se rétrécit d'ar-

rière en avant jusqu'aux limites tonales suivantes : du fa' au /a3, chez les basses -tailles ; du sol2, au si3, chez les ténors ; et du ré4 au fa1, chez les femmes; le contraire ayant lieu pour aller de l'aigu au grave à partir des mêmes limites. De plus, ces limites sont en même temps celles des apophyses aryténoïdes.

5° Pour aller du grave à l'aigu, les ligaments vocaux sont tendus graduellement dans leur bord libre et dans leur portion ventriculaire; la tension principale a lieu dans le sens antéro-poslérieur, et est moindre que dans le registre de poitrine ; pour aller de l'aigu au grave, la tension diminue.

6° A partir des limites tonales ci-dessus indiquées, l'agent principal de l'élévation du son m'a paru être la tension ligamenteuse, aidée d'une faible diminution de l'ouverture glottique en arrière.

7° Les aryténoïdes, cause de la diminution de l'ouverture glottique jusqu'aux limites tonales indiquées, diminuent en même temps, en arrière, l'étendue de la surface vibrante. L'accolement de ces cartilages est presque nul dans le tiers inférieur de leurs faces internes, tandis qu'il est très marqué depuis leur sommet jusques un peu au-dessous du bord supérieur de leurs apophyses.

8° Les ligaments thyro-arytéuoïdiens supérieurs ne prennent aucune part à la génération du son. Ils vibrent plus faiblement que dans le registre de poitrine, et seulement dans les sons puissants.

9° L'entonnoir ou vestibule de la glotte diminue dans toutes ses dimensions, plus dans la voix claire, moins dans la voix sombre; la paroi postérieure se redresse ainsi que

LÀRYNG0SC0P1E. M

les parois latérales : sur la surface externe de celles-ci, on peut voir la muqueuse soulevée et tendue jusqu'au fond de l'espace libre que j'ai signalé entre cette surface et la moitié thyroïdienne correspondante. Les ligaments épi— glottiques sont plus tendus que dans la voix de poitrine, et sollicités en bas.

10° Les sons inférieurs du registre de fausset naissent pendant que la glotte intercartilagineuse est largement ouverte, et n'ont que très peu ou pas d'éclat. C'est seulement à partir du moment où l'affrontement aryténoïdal augmente que le registre de fausset acquiert tout l'éclat dont il est susceptible.

J'ai terminé l'examen des mouvements de toutes sortes que le larynx exécute, soit pour produire des sons vocaux, soit pour accomplir des actes physiologiques étrangers à la voix.

On a vu les mouvements phonateurs aboutir à deux registres, et, dans ces deux registres, donner naissance à tous les sons de l'échelle diatonique. Il est aisé de comprendre que les sons chromatiques résultent d'un mécanisme semblable.

Parmi les phénomènes signalés, il en est qui sont particuliers à chaque registre, tandis que d'autres sont communs à tous deux.

La forme rectiligne de l'ouverture glottique, l'affrontement des aryténoïdes par le tiers inférieur de leurs faces internes, la formation de ventres vibrants dans la région sous-glottique des ligaments, sont inhérents au registre de poitrine.

La forme ellipsoïde de l'ouverture glottique, Y affronte*

/|8 NOUVELLES RECHERCHES M it LA PHONATION .

meut des aryténoïdes par les deux tiers supérieurs de leurs faces internes, l'absence des ventres vibrants, caractérisent le registre de fausset.

L'occlusion graduelle de la glotte en arrière, la tension en totalité ou en partie des ligaments vocaux, les vibrations en totalité ou en partie de ces mêmes ligaments, se rencontrent également dans les registres de poitrine et de fausset.

Il existe deux autres phénomènes communs aux registres de poitrine et de fausset, connus des chanteurs sous les noms de son filé et-de trille, et dont l'étude laryngoscopique trouve ici-la place.

Son filé. — Faire passer à travers la glotte en vibration un courant d'air d'abord très faible, puis de plus en plus intense; le diminuer ensuite progressivement et le ramener à sa ténuité première ; exécuter cette opération par gradations et dégradations habilement ménagées, s'appelle filer un son.

J'ai examiné au laryngoscope les phénomènes survenus pendant l'émission d'un son filé, et voici ce que j'ai constaté :

Les ligaments vocaux s'affrontent d'abord légèrement, et leurs vibrations, très faibles, sont plus apparentes vers le bord libre que partout ailleurs.

La glotte est fermée en arrière au degré relatif au son choisi pour l'expérience.

A mesure que l'intensité du courant d'air augmente, les vibrations acquièrent une ampleur de plus en plus et )iisidérable,et deviennent très apparentes dans les régions génératrices du son particulières à chaque registre.

LA.RYNGOSGOPÎË.

L'ouverture glottique augmente très légèrement en arrière, et la tension longitudinale diminue d'une quantité proportionnelle à l'intensité du courant d'air.

J'ai obtenu indifféremment des sons filés avec la glotte fermée en arrière, ou bien ouverte dans toute sa longueur.

Dans le premier cas, le son pouvait être soutenu longtemps et avec éclat; clans le second, il était sourd et l'épuisement rapide de l'air ne permettait pas de le prolonger.

Dans les deux cas. la tension longitudinale était en raison inverse de l'intensité du courant d'air.

Trille. — Répéter alternativement et avec rapidité deux sons, à intervalle de seconde, à l'aide d'un courant d'air non interrompu, s'appelle dans la langue des chanteurs, battre un trille.

J'ai observé le larynx pendant cette opération, et voici ce que j'ai vu :

Les lèvres de la glotte ayant été mises en contact poulie son /a2, et sollicitées par un courant d'air suffisant, je constatai que les ligaments vocaux étaient, dans une certaine mesure, alternativement et rapidement tendus et relâchés dans le sens antéro-postérieur, la tension la plus forte correspondant toujours au son le plus élevé.

Il m'a été impossible de découvrir si l'occlusion de la glotte en arrière augmentait avec la tension, mais je n'ai pu obtenir le trille, la glotte étant ouverte dans toute sa longueur; d'où j'ai pensé que l'occlusion de la glotte s'adjoignait à la tension longitudinale pour la production du trille.

J'ai étudié les phénomènes du trille, tantôt avec un courant d'air égal, tantôt avec un courant d'air gradué, et j'ai constaté que, dans ce dernier cas, la tension longitudinale était en raison inverse de l'intensité du courant d'air.

Voix inspiratoirc.

La formation des sons mspiratoires a été l'objet d'une étude très superficielle de ma part.

Outre qu'ils engendrent une .fatigue extrême , ils se trouvent complètement étrangers au but de ce travail.

Je n'en ai observé que les phases présentant quelques «îonnexités avec la voix expiratoire.

C'est à l'aide du registre de fausset que l'on obtient le plus facilement les sons inspiratoires, mais la glotte est plus ouverte que pour les sons de ce registre.

On gravit avec beaucoup de peine et une dépense d'air considérable les degrés de l'échelle vocale, et dans cette opération la glotte suit les lois particulières au registre de fausset, mais en exigeant un courant d'air beaucoup plus énergique.

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