FEUX DE THÉÂTRES
Les feux d'artifice n'ont été introduits sur les théâtres qu'au commencement du siècle dernier. Dans l'origine, la crainte des accidents en avait rendu l'emploi assez restreint; on s'était borné
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pendant longtemps à imiter la foudre et les éclairs. On s'est enhardi peu à peu, et on a fini par produire de très-grands effets» tels que pluies de feu, incendies» éruptions volcaniques, etc.
Maintenant la pyrotechnie est presque devenue l'auxiliaire obligée du décorateur. L'éclat des couleurs qu'elle produit vient encore augmenter le prestige de la peinture ; c'est surtout depuis la découverte des flammes colorées que les feux d'artifice sont une ressource réelle pour les théâtres.
Il serait difficile d'énumérer tout ce que l'on peut produire sur les théâtres avec le secours de la pyrotechnie. Je me bornerai à décrire les principaux effets.
Éclairs.
On imite les éclairs en se servant d'un soufflet dans lequel on introduit du lycopode ; ce soufflet a le bout un peu plus allongé que celui des soufflets ordinaires. On adapte à ce bout une espèce de godet couvert dans le haut et percé d'une multitude de petits trous , précisément comme ceux d'un arrosoir. Au milieu de la surface percée doit être fixée une espèce de bobèche dans laquelle on met une petite éponge imprégnée d'esprit-de-vin Cette espèce de tête
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du soufflet doit être en cuivre, et la plaque percée, qui forme le couvercle, ainsi que la bobèche, doivent être brasées avec de la soudure forte, afin que Faction de la flamme dulycopode ne puisse pas les disjoindre. On met le feu à l'éponge lorsqu'on veut se servir du soufflet , et chaque coup que Ton donne produit une trèsbelle flamme d'un jaune rougeâtre , qui ressemble passablement à un éclair. Ce moyen est bon pour représenter les éclairs d'un tonnerre éloigné.
Mais si on veut imiter les éclairs d'un orage
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très-rapproché , je trouve que la flamme produite par le lycopode n'est pas assez brillante. On pourrait se servir de la composition blanche n° 194, qui est très* vive, et qui donnerait une flamme d'un très-grand éclat, On mettrait de 7 grammes 81 centigrammes à 15 grammes 63 centigrammes (suivant la grandeur du théâtre) de cette composition sur un morceau de tôle ; on pourrait la diviser en deux petits tas, espacés de 54 à 81 millimètres; on laisserait une petite traînée de la même composition , qui communiquerait presqu'en même temps le feu aux deux monceaux. La flamme, étant double, donnerait plus de mouvement à l'éclair. On pourrait avoir dans les coulisses plusieurs morceaux de tôle garnis de flammes doubles, et on y mettrait le feu en temps opportun.
On imite le bruit du tonnerre, de manière à faire illusion, en se servant d'une grande feuille de tôle. On fait un trou au milieu d'une de ses extrémités, et on la suspend à un clou à crochet, en l'isolant, afin que le contact de corps trop rapprochés ne puisse pas amortir ses vibrations. On agite cette feuille en lui donnant un mouvement d'ondulation qui produit des sons graves, qu'on rend plus ou moins forts suivant la vivacité du mouvement qu'on imprime à la feuille.
Si la foudre doit tomber sur une maison ou
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sur un vaisseau, on fait partir, du côté opposé à l'objet que l'on veut que la foudre atteigne , un courantin qui glisse rapidement sur un fil de fer tendu, et qui arrive ou qui passe derrière l'objet qu'il est censé frapper. Pour que le courantin ait une lumière plus brillante, qui imite davantage l'éclat du feu de la foudre, on colle, sur le tube en Cartort qui sert dé coulisse , dti bout très^court d'une grosse lance blanche, auquel on met le feu un peu avant de le mettre au courantin; au moment du départ du courantin, on fait détoner un fort marron, ce qui complète a peu près l'imitation des effets de là foudre.
Des flammes.
On fait jaillir des flammes de la terre avec le même ôôtifflet, i*etnpli de lycopodé, dont on Se sert pour imiter les éclairs. On présenté, k l'entrée d'une ouverture pratiquée dans le plancher du théâtre, la tête du soufflet, percée de petiis trous , et en faisant mouTOir ce soufflet on produit des flammes assez volumineuses, et qui ne font pas beaucoup de fumée. On fait apparaître ordinairement ces sortes de flammes lorsque des génies ou des divinités infernales arrivent sur la stène, ou lorsqu'ils disparaissent et rentrent sous terre.
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tWt DES FEUX
Des incendies.
On imite un incendie en mettant, derrière la décoration qui représente le bâtiment embrasé, des flammes de Bengale , que Ton fait plus ou moins fortes suivant le degré d'intensité que Ton veut que paraisse avoir l'incendie; on fait, en outre, de temps en temps, jaillir des flammes avec le soufflet garni de lyEopode. Il ne faut pas se servir de flammes de Bengale blanches ni pourpres ; elles ne produiraient pas l'effet désiré. La composition n° 115, d'un rouge capucine , conviendrait parfaitement; elle produit une flamme d'un rouge jaunâtre, qui a précisément la teinte des flammes d'un bâtiment embrasé. On augmente à volonté la force de l'incendie en mettant le feu à de nouvelles flammes de Bengale et en imprimant un mouvement plus fort et plus vif au soufflet.
Du bûcher.
On représente l'embrasement d'un bûcher par les mêmes moyens que ceux qu'on emploie pour imiter les incendies, c'est-à-dire avec des flammes de Bengale faites avec la composition n° 115, et en se servant aussi d'un soufflet garni de lyco-
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pode. On pratique, sur le devant de la décoration qui représente le bûcher, de petites ouvertures qui sont censées être les vides que laissent entre elles les bâches superposées les unes sur les autres ; on fait ces trous afin que les spectateurs puissent apercevoir les flammes de l'intérieur du bûcher, ce qui produit une illusion plus complète.
Des pluies de feu.
On représente des pluies de feu avec des jets chargés en feu commun, n° 46, ou en feu chinois, n° 48. Les cartouches doivent être précisément comme ceux des jets tournants ordinaires. Il ne faut pas les terrer, ce feu n'ayant pas besoin d'être projeté très-loin, puisqu'il est dirigé en contre-bas. On met ces jets sur une tringle en bois, en laissant un intervalle d'à peu près 270 à 324 millimètres entre chaque jet ; on les assujettit 'solidement avec du fil de fer recuit. La tringle doit être assez longue pour régner dans toute la largeur du théâtre. On fait communiquer ces jets à tête plate, comme il est indiqué pour les soleils fixes. On place cette tringle assez haut, afin que les spectateurs ne puissent pas apercevoir l'appareil. Si on voulait que la pluie durât plus longtemps, on donnerait un peu plus de longueur
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aux jets (on pourrait les faire de 324 à 378 millimètres).
Si on désirait que le feu fût plus fourni, on pourrait mettre deux et même jusqu'à trois rangs de tringles garnies de jets. On mettrait çntre chaque tringle le même espace que celui que les jets ont entre eux.
Il est essentiel de n'employer que du carton et du papier incombustibles jpour la confection des cartouches que l'on doit brûler sur les théâtres ; c'est une précaution très-importante, avec laquelle on évite presque toutes les chances d'accident?. J'indique plus haut la manière de préparer le papier et le carton , afin de les rendre incombustibles.
Des éruptions volcaniques.
11 est bien difficile de représenter avec vérité une éruption de volcan ; cette crise de la nature est un spectacle solennel qui a trop de grandeur pour qu on puisse l'imiter parfaitement au théâtre; on ne peut que l'indiquer, vu dans le lointain* Si on voulait le faire paraître trop rapproché, les effets qu'on produirait seraient mesquius et ne feraient aucune illusion.
On met, sur la partie de la décoration qui représente le faite de la montagne et l'ouverture du
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cratère , une petite terrine à bords plats , dans laquelle on verse de la composition de flamme nn 115. Cette composition produit une belle flamme, qui imite assez bien le feu qui sort du cratère avant l'éruption. Lorsque le moment est venu de produire l'éruption, on fait jaillir une bouffée (voyez Bouffées et Cornets, à l'article suivant); on imite le bruit en mettant à la fois le feu à deux ou trois marrons. Il n'est pas nécessaire que la bouffée soit très-forte, puisque l'effet est censé n'être vu que dans l'éloignement.
Des bouffées ou cornets.
On se sert des bouffées pour représenter l'explosion des mines ou pour imiter les éruptions * de volcans; on peut aussi les employer dans les incendies, pour produire l'effet de murs qui s'écroulent et qui tombent au milieu du brasier, en faisant jaillir beaucoup d'étincelles.
Les bouffées se tirent dans des cornets (cartouches de forme conique) entrés dans des culots en bois comme les chambres coniques des mortiers ; le fond du cône et la base du culot doivent être percés d'un petit trou qui traverse toute l'épaisseur du socle ; ce trou est destiné à recevoir une mèche qui sort du fond du cornet. On pratique, en outre, sur la moitié ou le demi-diamètre
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JSG8 DES FEUX
de la surface de dessous du socle, une rainure dans laquelle on fait entrer le brin d'étoupille qui sort du milieu du socle. On courbe ce brin de mèche , afin qu'il puisse entrer dans la rainure; il doit saillir en dehors du socle de 10 à 13 millimètres, afin que Ton puisse y mettre le feu. On fait des cornets de différentes grandeurs ; mais un cornet de 216 millimètres de long, 135 millimètres de largeur dans le haut , et 84 millimètres dans le bas, est d'une dimension moyenne avec laquelle on peut lancer des bouffées d'une expansion de 2 mètres de largeur et d'une longeur de 4 à 5 mètres. Les socles des cornets doivent avoir comme ceux des pots à feu, dans le bas, un peu plus de largeur, afin qu'on puisse les assujettir # avec des vis sur une planche ou autre pièce de bois. On peut, si on veut, les tirer à la main; la composition n'est pas assez énergique pour occasionner des accidents ; alors, on n'aurait pas besoin de faire de rainures au socle; le brin d'étoupille sortirait droit simplement du trou du culot.
On charge les cornets en prenant un rond de papier de soie de 1 #9 à 216 millimètres de diamètre. On pose sur le bout d'un mandrin assez gros ce rond de papier, que l'on fronce, afin d'en former une espèse de caisse cylindrique (qu'on nomme champignon). On met h peu près 31 gram-
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mes 25 centigrammes de la composition de bouffée (composition n°44). On comprime faiblement, avec la main, cette composition, et on verse dessus légèrement du poussier de poudre, en quantité équivalente au quart du poids de la composition. Il faut tâcher que le poussier ne se mêle pas avec la composition. On pose , au milieu de ce champignon, deux brins d*étoupille dont on courbe un peu le bout qui doit porter sur le poussier, afin qu'il ne puisse pas sortir du papier; on ferme le champignon en fronçant entièrement les bords du papier , qu'on lie avec du fil sur les brins de mèche. On place le champignon dans le cornet en mettant dans le bas la partie froncée d'où sortent les brins de mèche ; on enfile ces brins de mèche dans le trou du fond du cornet; ils doivent sortir par le centre du socle et être assez longs pour pouvoir être courbés dans la rainure, en laissant un petit bout en saillie en dehors du socle, auquel on met le feu. Le poussier chasse le champignon, qui, lorsqu'il est hors du cornet, produit une très-grosse flamme mêlée de beaucoup d'étincelles. Le papier de soie qui forme le champignon doit être préparé au phosphate d'ammoniaque, afin de le rendre incombustible et qu'il ne1 puisse pas mettre le feu.
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Des combats avec décharge d'armes à feu!
On imite les feux de file avec des pétards placés sur des tringles en bois ; on laisse entre chaque pétard un intervalle d'à peu près 34 millimètres. On les assujettit en faisant dans la pièce de bois des entailles danslesquelles on les place, après les avoir enduits de colle^forte ; on les ferait communiquer à tête plate. Ces pétards doivent être remplis de poudre grainée. On doit se servir, pour les mouler , de cartes préparées au phosphate d'ammoniaque. Le papier qui couvre les communications doit aussi être préparé de la même manière.
De remploi dos flammes de Bengale sur les théâtres.
Cette sorte d'artifice ne présente aucun danger ; on peut, sans la plus légère appréhension , les multiplier à volonté et suivant l'effet que l'on veut produire. J'ai trouvé le moyen d'en faire avec toutes les compositions, en préparant celles qui sont trop vives de manière à leur donner une durée convenable. Je donne ce procédé à l'article Flamme de Bengale.
En se servant de la méthode que j'indique, on peut faire des flammes de toutes les couleurs et
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prolonger leur durée aussi longtemps qu'on peut Je désirer,
On se sert des flammes de Bengale dans les apothéoses; on peut éclairer la scène d'une vive lumière de la teinte qu'on juge à propos, soit violette, jaune, bleu, verte, etc. Les flammes blanches, lorsqu'elles sont faites avec des compositions convenables, produisent une lumière aussi éclatante que celle du plus beau jour. Les flammes colorées offrent M pour les théâtres , des ressources presque sans limites; un artificier intelligent peut en tirer le plus grand parti.