CHAPITRE VIIL
Affections . Nerveuses.
Si les recherches anatomiques dans Fappareil glanduleux et lymphatique ont jeté un grand jour sur les maladies de ce système, nous n’en pouvons dire autant des affections du système nerveux. Tous les efforts des médecins , leurs recherches les plus minutieuses, n’ont soulevé aucune portion du voile qui enveloppe les fonctions de l’appareil sensitif, et les affections morbides dont il est le siège. Les recherches du docteur Gall sont curieuses, les rapprochemens cpi’il a faits piquans , et ses inductions très-ingénieuses ; mais nous n’en sommes pas pour cela plus avancés sur l’influence du système nerveux sur l’organisme que du temps d’Hippocrate.
Cependant ce système fait l’homme intérieur, comme disait Bordeu; c’est celui qui donne Fimpulslon dans la machine, qui Fanime et la vivifie; tous les autres appareils d’organes ne sont que des
rappor-le Klein (/oc. p. 4o5) : Tumorem testium venereimi chronicum no\’i fibre resolutuni plenarie j ante hœc panaceis mercu.riaübus pérperam à medico exceptum.
rouages , fort utiles sans doute , mais incapables d’entretenir les mouvemens vitaux , incapables de marcher par eux-mêmes sans rinfluelicedusystème nerveux. Et quoique tous les mouvemens de la vie et la réaction des organes les uns sur les autres ne forment , comme l’a dit Hippocrate , cpi’un cercle, on ne peut méconnaître la prééminence du système sensitif sur tout le reste dans la portion du cercle où commence à agir ce système.
La connaissance de l’appareil nerveux et des lois en vertu desquelles il agit dans l’économie vivante, serait bien utile sans doute, et .nous ignorons néanmoins la manière dont s’exercent les sympathies organiques par l’influence nerveuse, comment et de quelle manière la sensibilité est lésée, quel genre d’altération produit cette lésion dans le tissu des nerfs , comment la lésion de ce système influe sur les organes , et comment la lésion des organes influe à son tour sur le système des nerfs.
Les recherches anatomiques ne donnent aucune connaissance des fonctions du cerveau ni des productions médullaires qui partent ou qui aboutissent à ce viscère. La manière dont le physique tient au moral , le rôle que jouent le cerveau et les nerfs dans les facultés intellectuelles , tout cela échappe aux dissections anatomiques. Le moral tient au physique par des liens bien étroits ; ils sont intimement unis ensemble ,* on ne peut chiffonner Fun sans chiffonner l’autre, comme disait
BECHERGHES
certain auteur ; mais tout est obscur pour nous , tout est recouvert d’un mystère impénétrable.
• Nous sommes d’onc forcés, dans l’étude des maladies nerveuses , d’examiner les pliénomènes morbides c|u’offrent ces maladies , les comparer entre eux , étudier les causes qui tendent à les développer , et chercher les moyens que l’obserA^ation a fait connaître pour diminuer l’exaltation nerveuse, et la réduire h un état moyen d’influence d’ou dépend l’équilibre des fonctions.
Faudra-t-il comprendre dans l’ordre des maladies nerveuses toutes celles oii le cerveau, la moelle allongée , la moelle épinière , ou les cordons nerveux qui y prennent origine, sont affectés ? Et faudra-t-il donner le nom de nerveuses à toutes les affections qui offrent dans leur développement des symptômes nerveux?
Si telle était notre manière devoir, il faudrait appeler nerveuses une foule de maladies qui tiennent à des causes graves, dont le caractère les rapproche des classes précédentes. Ainsi l’inflammation du cerveau , un dépôt formé dans ce viscère, une tumeur fongueuse développée sur la duremère , et occasionant par sa compression des symptômes nerveux, une exostose vénérienne produisant les mêmes phénomènes , nous fourniraient dans les affections qui en résultent des maladies nerveuses.
La paralysie des membres abdominaux provenant d’une- lésion de la inoeîie épinière par la ca-
SUB LES MALADIES CHEONïQUES. 12J
rie des vertèbres et Ici courbure du rachis , ne mérité pas mieux le nom de maladie nerveuse, malgré que le prolongement rachidien soit vivement affecté.
Faudra-t-il appeler nerveuses l’épilepsie , les maux produits par des vices d’organisation du crâiie, par une pointe osseuse irritant continuellement l’organe encéphalique ou ses enveloppes?
Le tétanos traumatique occasioné par une blessure grave aux parties tendineuses ou nerveuses, sera-t-il une maladie purement nerveuse?
Presque toutes les maladies offrent des phénomènes nerveux, parce que, dans la plupart , la sensibilité est plus ou moins lésée, et que les phénomènes morbides sont souvent l’effet de l’influence nerveuse sur les différens organes où ces phénomènes se développent. Ainsi l’état inflammatoire, l’embarras gastrique et presque tous les élémens morbides, donnent lieu a des symptômes nerveux : cependant personne n’est tenté d’appeler la pleurésie, la fièvrn gastrique bilieuse, des maladies nerveuses.
Il est donc nécessaire de n’appeler telles que les maladies affectant les individus dont la mobilité nerveuse est si forte cjue les causes les plus légères produisent le trouble dans le système ner-
veux et dans la plupart des fonctions , de manière que les phénomènes qui en résultent n’ont aucun rapport entre eux, ni avec les causes qui leur donnent naissance. Ces phénomènes s’apaisent aussi
RECIîERCMES
facilement qu’ils se sont développes. La moindre cause aussi tend à les renouveler et à les faire reparaître. 11 suit de . là que les convulsions qui se déclarent chez une femme dont l’éducation molle, rimaginatlon exaltée par la lecture des romans et les passions de tout genre , ont rendu les nerfs excessivement mobiles après la suppression de la transpiration ou par la moindre contrariété, sont une maladie véritablement nerveuse; tandis que l’état convulsif produit par un poison violent chez un homme robuste et bien constitué, ou à la suite d’une congestion cérébrale sanguine ou lymphatique, sera loin de mériter le nom d’affection nerveuse, les convulsions n’étant, dans ce dernier cas , que le symptôme d’une autre maladie grave.
Des médecins se plaisent aujourd’hui à appeler fièvres nerveuses celles qui présentent, à la vérité, beaucoup de symptômes nerveux, à cause de la lésion du cerveau et des nerfs, et qu’on désignait autrefois sous le nom de fievres malignes ou tj^ phoïdes. Dans ces sortes de fièvres, l’action des miasmes contagieux qui troublent l’encéphale et le système nerveux, quelle que soit la vigueur de la constitution, est une cause grave qui lèse les parties les plus essentielles de l’économie animale, dont les résultats sont fâcheux ; mais ici il y a rapport entre la cause et les effets^ Il en est de même de la peste, dont le virus, toujours très-actif, développe des symptômes très-graves sur tous les sujets qui en éprouvent Faction. Or, ces maladies
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îîe sont point des affections nerveuses. L’épithète à' ataxiques ne leur convient pas davantage , parce que l’ataxie et le désordre dans les mouvemens et les fonctions des organes se rencontrent également dans les maladies véritablement nerveuses. Ge désordre provient, dans les maladies malignes, d’une cause pernicieuse qui agit sur le système nerveux, et, dans les autres, elle tient à la susceptibilité des nerfs, qui produit un grand trouble dans l’économie animale , lorsqu’elle est mise eu jeu par une cause souvent bien légère.
Le caractère de nos maladies nerveuses repose donc dans cette grande mobilité des nerfs et dans l’exclusion de tout vice organique, lésion des tissus et autres élémens morbides, tels que phlegmasie, états bilieux, muqueux, fluxionnaire, etc.
Les symptômes nerveux qui caractérisent cette classe de maladies sont très-variés. Ils comprennent le spasme le plus léger jusqu’aux convulsions les plus effrayantes. Ces symptômes alarment d’ordinaire les sujets qui les éprouvent, parce que le spasme et les mouvemens spasmodiques qui se montrent dans différentes parties du corps, leur donnent un malaise tel que leur état leur paraît excessivement critique. Cette idée les occupe malgré que l’expérience d’un nombre infini d’attaques leur ait appris que cette position n’est pas dangereuse. Ainsi, on observe, parmi les symptômes nerveux , le passage prescjue subit de cet état critique à un état presque naturel ; la
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succession rapide du froid et du chaud; des variations continuelles dans Fétat du pouls; la sécheresse de la langue ou du gosier sans soif, ou celle-ci lorsque le palais et rarrière-bo uche sont humectes ; des douleurs vagues ou permanentes dans telle ou telle partie du corps : ces douleurs sè manifestent sans cause, et cessent de même ; des variations infinies dans les fonctions digestives; des palpitations du cœur; resserrement spasmodique à l’abdomen, l’œsophage ou dans les membres; mouvemens convulsifs dans differentes parties ; frémissement parle moindre bruit; trouble dans l’économie à la moindre nouvelle ou par une passion légère; iniluence des changemens atmosphériques pour la production de tous ces phénomènes ; le passage du chaud au froid, imperceptible pour d’autres personnes , donnant le même résultat. Mêmes inconvéniens pour le plus léger écart dans le régime ; enfin la susceptibilité nerveuse générale ou d’un seul organe est telle que la plus légère variété dans les agens destinés à Fentretien de la vie suffit pour produire les plus grands désordres.
Les circonstances qui favorisent le développement des maladies nerveuses , ou qui produisent cette grande mobilité des nerfs qui prépare ces maladies, sont, à part l’influence héréditaire dont nous parlerons dans la suite, toutes celles qui tendent à introduire une certaine débilité dans l’économie animale, a relâcher le tissu des solides^ et à faire
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prédominer les systèmes nerveux et lymphatique sur les appareils artériel et musculaire.
Toutes les fois que la circulation se fait avec activité , que le cœur et les artères jouissent d’une certaine énergie, que les autres muscles soumis à l’empire de la volonté sont fortement prononcés ; oh ! dans pareils cas les affections nerveuses sont extrêmement rares. Le système nerveux est alors sous l’influence de l’artériel^ et n’est pas facilement mis en jeu par les causes excitantes. Voilà pourquoi le paysan, qui, d’après les remarques de Tissot, ne devient vaporeux qu’en s’adonnant à l’oisiveté, n’est point sujet aux maladies nerveuses. Voilà pourquoi les arts mécaniques qui exercent les membres , et les professions qui exigent un grand exercice, ne fournissent point de vaporeux, d’hypochondriaques, etc. Aussi les coureurs, les piétons, les portefaix, F homme qui se livre à la chasse ou qui fait le métier des armes ne sont point travaillés des affections nerv euses ; tandis que les arts et métiers qui nécessitent une vie sédentaire et qui ne fatiguent pas les membres, favorisent beacoup ces maladies.
L’homme de lettres et de cabinet qui exerce beaucou pies facultés morales et très-peu les forces musculaires ; les femmes , dont le sexe et la constitution exigent un travail plus doux, et les fonctions de ^la maternité des changemens variés dans leur manière d’être, et dont, d’ailleurs, la sensibilité est si souvent mise à l’épreuve p^r une infinité de
REGHEtlCHES
causes; les enfans, dont le tissu des solides est si lâche , chez qui les systèmes nerveux et lymphatique prédominent d’une manière si évidente , sont, par les mêmes raisons, très-sujets aux affections nerveuses.
Voila encore la raison pourquoi les hommes dont la constitution grêle et délicate approche de celle des femmes et des enfans, sont également plus souvent atteints de ces sortes d’affections. Elles sont plus fréquentes dans les villes , parce que les causes morales y sont plus familières , les facultés intellectuelles plus exercées et la sensibilité plus souvent mise en jeu. A la campagne , on n’y exerce que les muscles par le travail ; on y active la circiüation ; les sécrétions s’y font mieux, et les passions de l’âme y troublent rarement l’ordre des fonctions.
Les affections nerveuses dépendent directement des causes débilitantes , lorsqu’elles sont occasionées , comme cela arrive très-fréquemment, par des maladies de longue durée, par des hémorrhagies excessives, ou par des fatigues physi€|ues ou morales poussées trop loin. Les affections nerveuses sont également le résultat des plaisirs vénériens excessifs et de l’épuisement par l’allaitement. Une éducation molle et efféminée, lorsque la constitution est déjà délicate (i), est une des
(i) Selon Barthez {Elémens de la Science de V Homme ^ iîhap. xiii) , il faut observer les signes des excès de sensil^Üité
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. l55
principales causes c]ui conduisent^ d’après Lorry^ à la mélancolie nerveuse.
A ces causes on peut ajouter de longues privations physiques ou morales, et surtout la continence chez le sexe à l’époque oii les vœux de la nature tendent à la reproduction,* les passions débilitantes , comme la tristesse , le chagrin , la frayeur, l’amour malheureux. Toutes ces causes agissent en exaltant la sensibilité, en affaiblissant l’économie animale, et en faisant prédominer le système nerveux sur les autres appareils organiques.
S’il est vrai que les affections nerveuses proviennent de cette prédominance d’action du système sensitif sur les autres systèmes , et principalement sur l’artériel, l’indication à remplir dans ces sortes de maladies consiste à éveiller l’énergie de ce dernier, et à rétablir par ce moyen l’équilibre dans les fonctions.
Toutefois, avant de remplir cette indication, il faut écarter toutes les causes accidentelles qui , en stimulant l’appareil nerveux et en rendant son influence encore plus forte, tendent à entretenir et prolonger ces maladies.
Ainsi une évacuation sanguine placée à propos, le rappel de celle qui était supprimée, un
ou de mobilité qui peuvent exister dans chaque homme, pour s’en servir à connaître la faiblesse des forces radicales de la constitution.
eA^acuant des premières voies si la gaslricité exerce une influence morbide sur les nerfs ; rapplication d’un exutoire ou d’un rubéfiant, si Ton suppose qu’un principe rhumatismal goutteux, scrofuleux ou psoriqiie , irrite le système nerveux ; les remèdes propres à désobstruer les organes dont l’embarras peut aussi produire des secousses nerveuses chez des personnes éminemment irritables, seront tout autant de remèdes qui seront avantageusement placés suivant l’influence que peuvent avoir les unes ou les autres de ces causes sur les maladies nerveuses.
Il faudra encore éloigner tous les agens qui peuvent favoriser la mobilité nerveuse et la mettre en jeu d’une manière effrayante. Comme l’exercice des facultés intellectuelles a lieu aux dépens des fonctions digestives et musculaires, supprimez ou diminuez , autant que possible , ce genre d’exercice; cjue les hommes de cabinet se livrent à des occupations d’un aytre genre, ou du moins qu’ils n’exercent leur cerveau que long-temps après le repas. Que les personnes nerveuses évitent les causes morales qui exaltent leur sensibilité ; qu’çlles trouvent une diversion salutaire dans des consolations douces en cas de chagrins cuisans ; qu’elles s’éloignent des objets qui ont été la cause d’une grande frayeur , ou des personnes avec lesquelles elles étaient liées par un attachement étroit et qui ne peuvent pourtant faire leur bonheur. U faut encore les sépaï’qr des individus at-*
SUR LES MALADIES CHROA^IQUES.
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teints de maladies nerveuses effrayantes ^ parce que , par imitation , les mêmes maux peuAmnt se déclarer chez les sujets témoins de pareils paroxysmes. La distraction, l’air de la campagne, une société agréable, des occupations douces, doixent être opposés aux causes en question.
Pour fortifier le système musculaire et augmenter l’activité de la circulation , rien ne convient mieux quê l’exercice. La gestation , T escarpolette et la voiture serviront aux personnes trop faibles qui ne pourraient supporter un exercice plus actif. Viendra ensuite l’équitation , si justement préconisée par tant d’auteurs contre les affections chroniques nerveuses; et à mesure que les forces le permettront, les malades feront de longues pro-' menades à pied , s’exerceront au jeu de paume , du billard , du mail ; se livreront a la danse, à la chasse , et feront ensuite des voyages de long COUl’S.
Ces sortes d’exercices activent et fortifient le système musculaire, accélèrent la circulation du sang, et produisent une fièvre factice qui fait circuler les humeurs , augmente les excrétions , surtout celle de la peau , aiguise l’appétit , et modère par ce moyen la prédominance nerveuse.
On sait que le célèbre Tronchiii faisait courir
les dames vaporeuses ou qui souffraient d’autres maladies nerveuses , et sa méthode était fort utile.
Un régime légèrement fortifiai] i et
la respiration
d’un air salutaire (^)^doivent seconder les bons bons effets de F exercice.
Les frictions sèches ou aromatiques , les fortlfians pris intérieurement , comme le quinquina , les martiaux ^ les eaux minérales ferrugineuses , les stimulailaou anti-spasmodiques préconisés par la plupart des auteurs c|ui ont écrit sur les maladies nerveuses tels que Sydenham y Boerhaaye , Whytt, Tissot,- Gorter, Cheyne , etc. , sont des remèdes qui peuvent agir de la même manière , exciter Faction artérielle , augmenter le mouvement du sang , et mettre un frein à Factivité nerveuse. . -
Cependant Fusage des toniques et des fortifîans^ quoique bien indiqué dans les maladies nerveuses chroniques, dok être fait avec précautio n , parce que tout ce qui irrite et tout ce qui peut agacer le système nerveux peut aggraver le mal. On doit aussi avoir égard, dans leur administration, au sexe,
(i) L’air est d’autant plus à considérer que les animaux qui ont les organes pulmonaires les plus actifs et ckez lesquels la respiration est la plus parfaite,, le système musculaire se trouve très-prononcé. Les poitrines carrées ont des muscles très-forts, sont athlétiques, leur cœur est fort et la eireulation active. Les poitrines étroites et resserrées ont des muscles grêles, leur respiration est moins active, leur conslitulioii faible, efféminée,* on n’observe chez elles que délicatesse et mobilité nerveuse. C’est en partie aux bonnes qualités de l’air que l’on doit rapporter la force de la constitution dans les campagnes et sur les montagnes, et la moindre fréquence dets maladies
nerveuses.
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à Tâge , au tempérament , au climat. Car si le docteur Pomme a tant vanté les adouci ssans et les délayans dans sa méthode exclusive de traiter les maux de nerfs, c’est qu’il habitait un pays sec , méridional , où cette méthode pouvait être souvent mise en usage ; tandis que les auteurs anglais , qui ont écrit en faveur des toniques , habitaient un pays où l’air est ordinairement froid , humide et lourd, et par conséquent très-favorable au relâchement des solides. D’ailleurs , il n’y a rien d’exclusif en médecine. La méthode délayante peut être avantageusement employée chez les individus secs, bilieux, dont le tissu des solides est resserré , et chez qui les causes morales ou héx’éditaires ont développé les maladies nerveuses.
En mettant en pratique la méthode fortifiante dans les affections nerveuses , il faut choisir les remèdes les plus doux , y habituer les malades pour en venir peu à peu à ceux qui sont plus actifs, afin que la sensibilité ne soit point augmentée , et le genre nerveux trop ébranlé par leurs effets. On modifie leur action par l’usage des bains , des tempérans, desmucilagineux, qui leur serviront comme de correctif (i). A mesure que la nature s’habitue à
(i) Celte méthode nous explique Futilité de celle conseillée par Barthez dans ces sortes de maladies , composée des adoucissans et des toniques, des bains lièdes et l’équilaîion , le lait et le quinquina. (^Elém. de la Science de Vhomtney chap.xiu)
IlECHERCHES
leurs ^effets , on abandonne les adoiicissans pour ne faire usage que des toniques et des excitans, afin d’augmenter les propriétés yitales du système artériel. C’est en augmentant l’énergie de ce système qu’agissent la phipart des anti-spasmodiques d’une nature stimulante et résineuse ^ les spiritueux;, l’éther, le camphre, et autres substances aromatiques que l’on emploie tous les jours dans îa médecine clinique pour combattre les afïections nerveuses.
La nature guérit, par un changement d’influence d’un système sur l’autre , la plupart des maladies nerveuses de l’enfance à l’époque de la puberté. Cette révolution si remarquable resserre le tissu cellulaire et en général tous les solides , diminue l’action du système lymphatique , fortifie les organes , augmente la force du coeur , des muscles et des artères ; et par cette augmentation la sensibilité est modifiée au point que la disposition aux convulsions et à toutes les affections nerveuses est réfrénée par fénergie des forças vitales.
Ce que l’art cherche à produire en imitant cette révolution critique de l’âge , par les secours de la gymnastique, d’un régime convenable , des toniques et des stimulans employés avec prudence , la nature le fait dans peu de temps par une secousse subite , dans laquelle la fièvre fait tous les frais de la guérison.
Il n’est point de genre de maladies chroniques dans lequel, d’après l’expérience de tous les temps,
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lé témoignage unanime des auteurs et l’observation journalière , la fièvre soit plus utile et moins sujette à des inconvéniens que dans les affections nerveuses chroniques. Dans d’autres maladies, on a souvent à redouter l’ancienneté du mal , le mauvais état des solides et des fluides , une irritation inflammatoire ; mais dans les nerveuses simples , soit que la fièvre soit produite spontanément par les efforts conservateurs de la nature , ou qu’elle soit le résultat d’une affection épidémique dont le caractère n’est pas assez grave pour compromettre les jours du malade, ou qu’elle dépende de l’usage des moyens stimulans fait avec prudence par le médecin, dans tous les cas la lièvre est toujours utile ; l’agitation fébrile agit en les dissipant sans retour, ou en les modifiant à un point que le mal devient infiniment plus doux et plus léger, ou bien en les faisant disparaître, au moins , pendant tout le temps que la fièvre dure» Aussi l’expérience prouve journellement qu’il n’est pas de maladie d’un caractère vraiment nerveux qui ne puisse être dissipée par l’énergie des forces vitales développée dans les secousses fébriles.
Parmi les moyens propres à allumer la fièvre , la boisson des eaux minérales chaudes et stimulantes doit tenir le premier rang. Nous avons cité dans notre Mémoire plusieurs observations puisées dans le Trcvté des Maladies chroniques de Bordeu , où la boisson des eaux de Barcges et de Cauterets excitait un état fébrile et guérissait des
maladies nerveuses dont le sie'ge était dans les viscères abdominaux. Pour ce qui est des maladies épidémiques , nous avons rappelé celle d’une rougeole .qui dissipa une maladie convulsive trèsopiniâtre ; une fièvre épidémique qui , selon le témoignage de Tissot , fit disparaître une épilepsie qui avait résisté à tous les remèdes ; des convulsions rebelles qui cédèrent , d’après l’observation du docteur Gondinet ^ au développement d’une fièvre quarte.
Ajoutons à ces faits des observations empruntées des meilleurs auteurs^ qui ne laissent aucun doute sur l’utilité de la fièvre dans toute§ les espèces d’affections nerveuses.
Selon Hippocrate (i) , la fièvre quarte , surtout lorsqu’elle est invétérée , guérit l’épilepsie. Il ajoute dans un autre endroit que non-seulement elle guérit de cette maladie, mais encore qu’elle peut en préserver (2),
Galien, dans ses Commentaires, porte le même jugement ; il va même plus loin en disant que toutes les fièvres sont utiles aux épileptiques, surtout lorsqu’elles se prolongent. Néanmoins il accorde une supériorité d’effet aux fièvres quartes. Bartholin (5) rapporte une observation oii une brûlure des deux mains chez un épileptique excita
(f) De Morh. vul.j\\h. i.
(2) Loc cit.) lib, VI.
(3) Th. Bartholinus, Obs,^ cent. ois. i.xrni.
une Inflammation vive accompagnée d’un état fébrile qui , après avoir duré quelque temps, dissipa le mal caduc , même après la cicatrice des brûlures.
Boerhaave (i) regarde la fièvre comme un trèspuissant moyen contre la manie; et son commentateurVan-Swieten parle d’une céphalalgie etd'une douleur fixe sur F épaule droite qu une fièvre quarte fit disparaître.
Pour ce qui regarde les maladies nerveuses de la poitrine, le père de la médecinell^a) nous dit que la fièvre est fort utile dans Fathsme nerveux. Baglivi (5) assure que la fièvre est non-seulement utile dans les convulsions , mais encore dans Fathsme et le catarrhe suffocant.
Pareille chose est confirmée par Klein (4), lorsqu’il avance que la fièvre quarte guérit ou met à Fabri de Fathsme convulsif et d’autres maladies nerveuses. Lahire ne fut délivré des palpitations du coeur qui le tourmentaient depuis long-temps, que par une fièvre d’accès ; et il prolongea sa carrière jusqu’à quatre-vingts ans.
Les maux nerveux qui fatiguent les entrailles
(1) Aph. 589.
(2) Coac. Præn, Ex magna spirandi molestiâ y si Jfebris accédai y solutio contingit.
(3) DeFib.mot. etmorb. (cap. i). Ut quartanasanaiepilepsiamy fehris convulsionem y catarrhunny asthmay etc.
(4) Interp. KUn.feh. int. p. i33.
î42 recherches
trouveni aussi leur solution dans rexcitatîon fé» brile. Ainsi ^ d’après Hippocrate (i), la fièvre guérit les douleurs spasmodiques . des hypochondres qui ne sont point associées avec un état inflammatoire. Frédéric Hoffmann (2) a vu des passions hypochondriaques très-anciennes guéries par des fièvres tierces et quartes long-temps prolongées. Réveillon éprouva pendant six mois un soulagement dans son liypochondrie, et pendant cet Intervalle , il fut travaillé d’une fièvre intermittente c[ui laissa reparaître, c[uinze jours après sa terminaison, fhypocliondrie qui existait auparavant. Reil pense que les hypochondriaques sont à fabri des maladies contagieuses et épidémiques ; et dans le cas ou ils en sont atteints, riiypochondrie , dit-il , cesse (5).
Stoll (4) nous raconte c[ue deux jeunes filles attaquées de la danse de Saint-Guy étaient traitées en vain partons les anti-spasmodiques indiqués, et à une dose assez forte. Une fièvre pétéchiale atteignit ces jeunes personnes. Celle-ci fut traitée par les remèdes qu’elle réclamait sans aucun égard à l’affection nerveuse. Cette dernière maladie diminua et cessa pourtant quand l’affection épidémique fut terminée.
. . . rr, - - ' J ~ ~ r ^
(1) Quibus ad hypochondrium dolores Jîunt , absqiie in- Jlamrnatione J his febris super^eniens , solvit dotorem Aph., sect. VII. 52.
(•î) De Opt. nat, inorb, med. met., § xv.
(3) Dict. des Sciences méd., tom. xxiiij pag. i3,4.
(4) pissevL de Font. ind.,f^^. i4-
SUR LES maladies CHRONIQUES.'’ l45
Les maladies nerveuses ont ordinairement une
marche chronique , parce cjue ces maux deviennent facilement habituels , et que Tétât de périodicité que la plupart d’entre eux affectent tend à les prolonger. D’ailleurs, le spasme , qui est leur élément essentiel , est un obstacle continuel à leur terminaison. L’antagonisme qui existe entre le système nerveux et l’appareil artériel , fait que la prédominance du premier dans les maladies nerveuses s’oppose au développement des actes fébriles , et rend les coûtions et les crises qui pourraient juger ces affections, extrêmement rares. Ajoutez à ces causes une débilité générale ou partielle qui s’associe ou produit ordinairement les affections nerveuses , et qui fait que la nature est paralysée dans ses efforts conservateurs. Aussi ces maladies , même à l’état aigu , ont une marche fort lente ; la nature ne travaille que d’une manière faible et languissante à leur solution.
Ces divers caractères des maladies nerveuses sont ceux c[ue nous avons reconnus aux affections les plus lentes , et qui perdent presque toutes les analogies que les maux chroniques ont avec les aigus. Ces caractères nous justifieront sans doute, aux yeux de nos lecteurs , de la dernière place que nous assignons aux maux nerveux dans notre seconde classe de maladies chroniques.