‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 16 sur 36 · CLASSE III · texte numérisé non relu

CLASSE III

MALADIES OBGANIQUES.

Cette classe de maux, ou les efforts de la nature sont impuissans, où les moyens conservateiîrs sont même tournes contre le malade, puisque c’est l’alteration des propriétés vitales d’un organe qui amène celle de son tissu; où les secours de l’art sont toujours inutiles, puisqu’il n’est pas au pouvoir de l’homme de changer la contexture des organes, de ramener leur tissu altéré, changé ou transformé, à leur mode primitif ; ces maladies, dis-je, ne sont pas malheureusement les moins communes; elles forment au contraire un ordre très-nombreux de maladies chroniques.

Les affections qui y entrent ne conservent plus aucun rapport avec les maladies aiguës; les phénomènes vitaux et fébriles qui se rencontrent dans ces dernières n’ont point d’influence utile sur les maladies organiques, et lorsqu’ils s’associent à elles, ils en augmentent le danger et précipitent leur cours d’une manière fâcheuse.

Ces maladies se préparent lentement, troublent peu les fonctions dans le principe, et souvent même elles n’y apportent aucun changement ,

SUR LES MALADIES CHRONIQUES. l45

puisqu’ on a vu des altérations organiques trèsgraves , dont la mort aurait été le résultat dans des sujets qui avaient succombé à d’autres maladies , et qui, de leur vivant, n’avaient offert aucun symptôme résultant de ces altérations.

Si elles se rencontrent dans des organes dont les fonctions ne sont pas indispensables^ l’entretien de la vie, elles peuvent exist^ long-temps , sans donner la mort; les malades peuvent vivre avec des Infirmités qui sont inséparables de certaines lésions de tissu. Lorsqu’elles ont leur siège dans des viscères importans > comme le coeur , le poumon , le cerveau et d’autres organes placés dans l’abdomen , alors, soit par la gêne qu’elles occasionent dans l’exercice des fonctions de ces organes, ou d’autres qui leur sont contigus, ou qui leur sont liés par des rapports syimpathiques; ou soit par la nature même de la dégénérescence organi€|ue qui est naturellement délétère et mortelle dans quelque organe qu’elle se rencontre; la mort s’ensuit nécessairement après un certain temps , qui varie suivant l’importance de l’organe affecté, l’étendue de sa lésion, la sensibilité du sujet, et les phénomènes sympathiques qui se joignent à la maladie primitive.

Rien de plus merveilleux et de plus pénible à considérer que les changemeus morbides et les transformations semblables ou étrangères aux tissus vivans, que Ton rencontre dans les sujets atteints de maladies organiques. Tantôt ce sont de

l46 BECHERCHES

nouvelles membranes avec tous leurs caractères qui s’offrent à nos regards ; tantôt des poches ou des sacs remplis de liquides de différente nature ; d’autres fois ce sont des vers connus sous le nom àihjdatides y que l’on a long -temps pris pour des kystes séreux^ ou des dilatations excessives des vaisseaux lymphatiques ; dans d’autres circonstances, ce sont des poches qui enveloppent des corps étrangers venus du dehors, comme des balles de plomb, etc. ; ou formés à fintérieur, tels qu’un fœtus, des calculs de la vessie. Tantôt c’est la

dégénérescence d’un organe en substance fibreuse, cartilagineuse ou osseuse, ou bien en graisse; et souvent enfin les dégénérescences se font en une masse solide ou ramollie C|ui n’offre plus de caractères d’organisation, et que ceux qui s’occupent d’anatomie pathologique ont distinguées entre elles par des caractères essentiels.

Que de causes conspirent contre la vie de;s animaux et surtout de l’homme ! Les agens extérieurs qui contribuent le plus à sa conservation tendent sans cessé , dans de certaines circonstances , à lui donner la mort, comme s’ils étaient jaloux de son existence, et comme s’ils ne contribuaient qu’a regret à la lui conserver ! Que penser encore de ces causes internes et infinies qid se préparent lentement, qui attaquent les organes les plus essentiels à la vie et y portent une désorganisation mortelle? Que cette âme à laquelle les animistes supposent le gouvernement de tous les actes de

ïa vie serait aveugle et son influence sur les fonctions déplorable , si elle présidait aux phénomènes vitaux qui altèrent le tissu des organes et amènent une dissolution funeste !

Les maladies organiques forment une des classes les plus intéressantes de affections lentes , tant par rapport aux admirables cliangemens quelles produisent dans les organes , aux nombreuses variations de ces cliangemens, que par Fimpuissance où se trouve Fart vis-à-vis d’elles, et l’ignorance où nous sommes des rapports de ces maladies avec les causes qui produisent d’autres affections.

On a bien observé que les maladies nerveuses produisent par leur durée, surtout lorsqu’elles se concentrent dans un organe , l’altération de son tissu. On a également vu que de certaines professions, des genres particuliers d’occupation , que Faction des vices spécifiques, que la succession des âgi^s et les révolutions qu’elles Suscitent, que la rétrocession de certaines affections extérieures et peu dangereuses sur des organes internes et essentiels, avaient cei'tains rapports et une influence marquée sur des lésions organiques. Mais que ces rapports sont peu de chose pour établir une bonne doctrine de ces maladies ! Combien de fois elles ont jeté des racines mortelles sans qu’elles aient donné encore aucun signe de leur existence! Combien de fois enfin l’altération organique ne montre aucun rapport avec toutes

1^8 BEGIIERCIÎES

les causes remarquées clans d’autres occasions comme capables de la produire !

C’est sans doute dans les hôpitaux et les amphithéâtres cjue la doctrine de ces maladies pourra être acquise. Mais il n’y a pas toujours dans les uns et les autres les rapports nécessaires pour cet objet; on observe souvent dans les amphithéâtres des altérations organiques C[ue l’on note avec soin^ mais cjue l’on ne peut comparer avec les symptômes de la maladie ^ parce cju’ils n’ont pas été observés^ oîi parce c[ue la maladie qui amène la mort n’avait aucun rapport avec l’altération organique. D’ailleurs^ d y a trop de malades dans les grands hôpitaux pour cpi’on puisse y tenir une note exacte de toutes les maladies c|ue l’on y traite, et pour c|u’on puisse ensuite chercher dans les cadavres les véritables causes de la mort.

Ces recherches doivent être réservées aux médecins c|ui s’occupent de l’anatomie pathologique, et qui travaillent dans les amphithéâti^s ; et ceuxci manquent ordinairement de rensesgnemens sur l’historique des maladies.

Les médecins qui exercent dans les villes et les campagnes, ayant moins de malades à voir, et ayant plus de temps à consacrer à l’étude de l’anatomie pathologique, pourraient étudier cette branche de la médecine avec plus de fruit , si les préjugés et d’autres obstacles semés dans la pratique ne les privaient presque toujours de joindre à l’h istorique des maladies les recherches ana-

SUR LES^ MÂL.iDIES CHRONIQUES. l49

tomiques. Ces causeS;, jointes à robscuritë du sujet et aux variations infinies des lésions organiques ,

te

seront long-temps un obstacle aux progrès de l’anatomie pathologique.

Cependant il faut convenir que ces causes n’ont pas été un obstacle aux progrès que l’on a fait faire aux connaissances acquises sur les maladies du cœur. Que l’on veuille admettre que ces maladies sont plus communes depuis ving-cinq ans , à cause des orages de la révolution , ou que la direction des études médicales vers ce genre de maladies depuis quelque temps les a fait plus souvent remarquer par les praticiens ^ il est certain que le célèbre "^professeur qui s’en est occupé par une étude constante et éclairée , tant sur le vivant que sur le cadavre, a donné sur ces maux une doctrine aussi satisfaisante qu’il soit possible à l’homme de former dans l’histoire des maladies.

Les différentes espèces de maladies du cœur, leurs phénomènes distinctifs, leur inlluence sur les divers systèmes de l’économie, les signes qui les distinguent d’autres maladies analogues, sont présentés et tracés avec toute la perfection possible.

Les détracteurs de la médecine diront qu’il manque dans ce travail la partie la plus essentielle, c’est-à-dire, les moyens de guérir de pareilles maladies; mais est -il au pouvoir de la médecine de remédier aux dégénérescences organiques , et de ramener les tissus à leur mode

primitif? Ici comme dans d’autres cas il faut s’attacher à prévenir le mal; car une fois formé, la médecine échoue complètement. Néanmoins une connaissance exacte de ces maux nous mettra à même d’empêcher que des maladies nerveuses ne deviennent organiques. Elle ne nous laissera point tourmenter des malades par des remèdes inutiles et même nuisibles , comme cela arrivait si souvent autrefois. Cette connaissance, d’ailleurs, éclaire la science du pronostic, qui était la partie de l’art où brillait le plus l’immortel Hippocrate.

Nous avons pourtant lieu d’espérer que ce que l’illustre auteur du traité des Maladies des principaux organes de la circulation a exécuté avec tant de succès, le zèle de tant de médecins réunis, qui s’occupent aujourd’hui d’anatomie pathologique, le fera pour les autres genres de maladies organiques qui affectent les autres systèmes , et qui ne sont ni moins fréquentes ni moins redoutables.

Les maladies organiques sont lentes à se former, parce que tout dérangement grave et subit dans l’économie vivante devient mortel. La lenteur,

au contraire, amène des désordres incroyables, au point que la continuation de la vie paraît un phénomène inexplicable (i). Selon notre manière de voir, toutes les maladies organiques sont nécessai-

(i) Corvisart {Essais sur les Maladies du cœiir^ pag. 214. el 21 5) explique de celle manière le rélre'cissemeiit presque complet des orifices des tubes artériels, lequel peut exis-

SUR LES MALADIES CHRONIQUES. iSl

rement de la famille des lentes. Nous refusons ce titre à certaines altérations organiques que Fon rencontre quelquefois dans les cadavres à la suite des maladies aiguës. Pareilles lésions ne sont point mortelles par elles-mêmes; la vie ne s’éteint alors que par l’altération des forces vitales cjui forme l’essence de ces maladies; tandis que dans les affections organiques, les altérations observées dans les tissus des organes sont elles -mêmes la cause de la mort, en gênant et détruisant les fonctions de l’organe affecté, ou sympathiquement celles des autres organes, ou en formant un obstacle aux actes importans de la nutrition.

Ainsi les suites de l’inflammation aiguë ou les lésions organiques , telles que l’accumulation du sang dans les petits vaisseaux de Forgane, ou l’épanchement de la lymphe concrescible dans son tissu , ne constituent pas absolument une maladie organique , puisque ces deux effets peuvent se dissiper, et Forgane rentrer dans son état naturel', ainsi c[ue Fa observé Baillie { Anat, paih.). Mais c’est la grande altération des propriétés vitales qui a lieu dans une inflammation vive qui est la cause des désordres mortels. Conséquemment il n’y a pas dans ce cas-là une maladie organique, parce que dans une maladie de cette es-

. . U - .. . . - . . . . . . ■.ll.l.tlIM.» I / »i— .-■li'i .

ter pendant la vie, et assez long-temps, en se formant peu a peu, tandis que s’il se formait subitement, l’entravé mise à la circulation serait bientôt mortelle.

pèce ; la dëgënérescence d’un tissu ne peut faire un pas rëtrograde, et l’organe ne peut revenir à son ëtat primitif. Nous pouvons en dire autant de la gangrène, qui est une atonie d’un organe portëe à son comble , ou une véritable mort de la partie affectëe. Dans une maladie organique, au contraire, il y a vëritablement dëgënërescence du tissu en une matière analogue ou non des tissus vivons mais l’organe conserve encore les attributs de la vitalité, quelque grande que soit son altération. Il y a encore sensibilité et contractilité, qui en sont les deux grands caractères. La première de ces propriétés est exaltée dans les dégénérescences cancéreuses, qui sont celles qui offrent quelque rapport avec la gangrène.

. Il est vrai que l’inflammation peut éprouver uné autre terminaison qui est une véritable dégénérescence du tissu organique , et qui consiste dans la carnification ou induration rouge de la partie enflammée ; mais cette dégénération est bien plus fréquente à la suite des pblegmasies cbroniqiies que des aiguës.

La suppuration d’un organe, qui est encore une des terminaisons d’une plilegmasie aiguë , ne constitue pas non plus une maladie organique, parce que le liquide étranger à l’économie étant évacué , l’organe reprend ses fonctions , et tout rentre dans le calme.

Les adhérences que les inflammations des membranes séreuses produis* nt au moyen d’une lym-

SUR LUS MALADIES CHRONIQUES. l55

phe épaissie ou par un tissu lamineux^ sont rarement par elles-mêmes une cause de mort ; on les trouve souvent dans des cadavres sans que rien le fît présumer pendant la vie ; et si les désordres qu’elles occasionent dans les viscères enveloppés de ces membranes produisent une affection morbide, la marche en devient ordinairement chconic[ue.

Les autres maladies aiguës offrent rarement après leur terminaison funeste des traces de lésions organiques auxquelles on puisse imputer la mort. Nous le répétons , c’est l’altération des forces vitales ou l’épanchement d’un fluide qui comprime un organe essentiel et le gêne dans ses fonctions, C[ui déterminent d’ordinaire des symptômes mortels ; car une lésion organique grave ou l’altération profonde d’un tissu, supposent toujours un laps de temps considérable avant qu’elles se soient etiectuées.

La classe des maladies organiques est très-vaste et embrasse beaucoup d’affections chroniques ; nombre de ces maux n’ont aucun rapport essentiel entr’eux, présentent des phénomènes disparates et ne peuvent être soumis au même traitement. Cette remarque doit les faire diviser en plusieurs sections, dans chacune desquelles doivent se trouver les maladies de même nature. Cela n’empêche pas que ce ne soit une classe naturelle qui renferme des maladies analogues, et que toutes ces affections ne donnent la mort par la lésion des

fonctions résultant d'une profonde altération organique.

Les pathologistes modernes ont observé que les transformations et dégénérescences organiques attaquaient la plupart des viscères sans distinction de tissu ^ quel que fût leur siège dans telle ou telle cavité, et quel que fût leur mode d'organisation. Or, la division la plus naturelle des maladies organiques devra être basée sur les différentes espèces de dégénérescences organiques, sans égard à leur siège et à l’espèce d’organe lésé. Cette division est plus naturelle que celle qui se rapporte au siège âes maladies organiques, et qu’ont adoptée la plupart des médecins qui se sont occupés d’une pareille matière. Le principal vice d’une telle méthode est de réunir dans un même ordre des maladies tout-à-fait disparates , et qui n’offrent aucune espèce de rapport entre elles ; celle c[ue nous adoptons réunit , au contraire , des maladies analogues, quoique les symptômes en soient différens* La méthode curative qui leur convient, lorsqu’elle est admissible, est basée sur l’emploi des mêmes remèdes.

Dans un ouvrage tel que celui-ci, nous nous bornerons à des divisions générales ; nous ne lespouserons point jusqu’aux genres et espèces, laissant le travail de cette classification aux médecins qui s’occupent spécialement d’anatomie pathologique.

Nous ne comprendi’ons point dans cette classe de maladies les affections organiques provenant

d’une altération de tissus que Ton a observée trop . peu souvent, et qui, à cause de leur rareté, ne doivent point figurer dans un cadre tel que celuici : telles sont les dégénérescences graisseuses et les mélanoses. Nous n’y comprendrons pas non plus celles qui, quoique moins rares, ne produisent pas d’ordinaire une lésion dans les fonctions de la vie qui doive tôt ou tard amener nécessairement la mort.

Nous nous bornerons conséquemment à diviser cette classe en plusieurs sections, dont la première réunira les maladies organiques qui altèrent les organes dans leur forme et leur volume, telles que les affections anévrysmales.

La deuxième renfermera celles qui transforment les organes en des substances analogues à celles du corps vivant; elle comprendra en conséquence leà dégénérations fibreuses , cartilagineuses et osseuses.

Nous réunirons dans la troisième les différentes tumeurs enkystées, dont l’effet est de troubler, par une pression mécanique, les fonctions déserta nés.

La quatrième fera la matière des dégénérations organiques occasionéés par une espèce de ver qui produit sur les viscères et les tissus des effets sem« blables à ceux. des kystes, dont la présence sur les organes amène des résultats fâcheux et la cessation de leurs fonctions : nous entendons parler des liydatldes.

REGHERCHES

La cinquième et sixième feront connaître les dégénérescences tout-à-fait étrangères au corps vivant, cjui, indépendamment de la pression mécanique qu’elles exercent sur les organes, ont encore la fâcheuse propriété de troubler les fonctions comme une espèce de poison, surtout lorsque leur substance se ramollit, et que ce ramollissement porte une atteinte grave à la'^ nutrition. Ces deux sections comprendront les affections tuberculeuses et les maladies cancéreuses.

Page 1