‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 17 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Affections anévrysmales.

Il ne s’agira dans ce chapitre que des anévrysmes internes, laissant à la chirurgie ceux qui se manifestent à l’extérieur et qui sont du ressort de la pathologie externe. Cette altération organique peut atteindre toutes les branches du système artériel; elle affecte néanmoins plus particulièrement le cœur et l’artère aorte Son caractère consiste dans une dilatation contre nature de ces agens ‘ de la circulation.

Les anévrysmes du cœur , peu observés autrefois, paraissaient des maladies rares ; mais aujourd’hui les ol^servations cliniques et les recherches sur le cadavre ont démontré leur fréquence, au point que le professeur Corvisart, à qui l’on doit les connaissances les plus positives sur ce genre de

SUR LES MALA.DIES CHRONIQUES.^ l5j

maladies, pense qu’ après la phthisie pulmonaire, les affections anévrysmales du cœur sont celles que l’on rencontre le plus fréquemment.

On distingue aujourd’hui les anévrysmes de ce viscère en actifs et en passifs. Il y a dans les premiers une dilatation considérable avec augmentation d’épaisseur des parois du cœur, et surtout de celles du ventricule gauche. Cet anévrysme se manifeste plus ordinairement dans ce ventricule. Le passif, au contraire, se rencontre plus fréquemment dans le ventricule droit; la contexture plus faible et plus mince de celui-ci fait que les parois cèdent plus facilement à l’obstacle qui s’oppose au libre cours du sang, et la dilatation a lieu sans accroissement de nutrition et d’épaississement des parois ; de là le nom de dilatation passive.

Les anévrysmes actifs et passifs du cœur sont toujours dus à un obstacle qu’éprouve la circulation du sang dans cet organe, placé en avant de l’endroit ou se fait la dilatation : ainsi le rétrécissement de l’embouchure de l’aorte ou de l’artère pulmonaire , celui des oreillettes dans leur communication aux ventricules, occasioné par l’ossification des valvules , ou par tel autre obstacle , produisent cette dilatation anévrysmale qui devient active ou passive , suivant le siège de l’obstacle , suivant les forces de la constitution , et autres circonstances qui favorisent plus ou moins l’une ou l’autre de ces dilatations.

Les signes des anévrysmes se confondent près-.

que toujours dans le commencement avec des palpitations d’un caractère nerveux ; mais dans la suite, les battemens du coeur, qui sont très-forts dans l’actif, qui ont lieu dans une plus grande étendue que dans l’ètat de santé, puisqu’ils se font sentir quelquefois au côté droit et sous f appendice xyphoïde , la force et la plénitude du pouls , le son mat que rend le côté gauche , la gêne croissante de la respiration , la couleur foncée et livide des lèvres et quelquefois d’une partie du visage , et finalement l’épanchement séreux dans le tissu cellulaire, ne permettent plus de confondre le mal avec d’autres affections de la poitrine.

L’anévrysme actif se développe dans les constitutions fortes, athlétiques, chez les individus bien musclés, à la suite d’un effort violent ou d’une passion vive de l’âme. La face est très -colorée en rouge , les battemens du cœur très-forts , au point de soulever la main et les couvertures, et d’être entendus d'une certaine distance. Le pouls est également fort, plein, vibrant , et ne cède point à la pression des doigts.

Le passif attaque les constitutions faibles, lymphatiques et nerveuses , les personnes atteintes de maladies chroniques, et principalement d’affections pulmonaires. Les causes en sont plus lentes et plus débilitantes que celles de l’actif; la face est plutôt injectée que rouge ; les battemens du cœur sont plus sourds, moins forts; le pouls est petit et

^ible.

SUR LES MiLADIES CHRONIQUES. l5g

Les principales causes des anévrysmes sont ordinairement des affections morales ^ ce qui a fait dire que ces maladies s’étaient multipliées pendant la révolution. Après ces causes viennent les efforts et les secousses qui produisent c{uelque obstacle à la circulation , un principe héréditaire, et une gêne dans le mouvement du sang par la courbure du corps et la pression de l’aorte dans certaines professions et métiers; enfin .toutes les causes qui peuvent développer les maladies organiques.

Les anévrysmes actifs et passifs du cœur sont très-souvent dus à quelque rétrécissement cartilagineux ou osseux des orifices auriculaires ou artériels, à cause de l’ossification des valvules sigmoïdes,, ou du développement d’excroissances fongueuses à ces orifices , qui tantôt diminuent leur diamètre par leur ballotement, et tantôt leur laissent une plus grande ouverture. Les signes de pareils vices organiques aux orifices du ventricule et oreillette droits, et de l’artère pulmoitaire, ne peuvent se déduire que d’une plus grande gêne de la respiration, et de la difficulté de la circulation du sang veineux : le visage et les lèvres sont alors plus injectés. Si l’obstacle existe au ventricule gauche et qu’il soit constant, on observe un bruissement dans les battemens du cœur, l’inégalité des pulsations artérielles et une moindre foi ce dans le pouls. Si le rétrécissement n’a lieu que par intervalles, il sera décélé par l’état du*

ïGo

pouls, tantôt fort dans un moment, et faible dans Tautre | mais surtout par des lipothymies ou défaillances déterminées par faccumuiation subite du sang, et la cessation momentanée de la circulation, lorsque Fembouchure de Farote est totalement fermée par F excroissance flottante.

Le traitement des anévrysmes du cœur n’est

que palliatif cjuand le mal a fait c|uelque progrès. La méthode débilitante de Valsai va n’est admissible que dans les cas d’anévrysmes actifs ; mise en usage contre les dilatations passives du cœur, elle favoriserait ces dilatations et la diathèse séreuse qui les complique ordinairement. L’im-^ mersion des membres thoraciques dans l’eau chaude, recommandée par Morgagni, est encore un moyen qui soulage, mais qui rî’est que palliatif.

Les anévrysmes de l’aorte se foi’ment ordinairement à sa crosse et dans la partie thoraci'que ; ils sont produits par la dilatation du tube artériel, ou par la rupture des tuniques, ou parmne poche fournie par le tissu cellulaire soujacent..

Les signes particuliers à ces anévrysmes qui les distinguent de ceux du cœur ou des maladies de la poitrine, sont un bruissement particulier qui se fait sentir au-dessus de la place du cœur ( les battemens de celui-ci ayant lieu à Fendroit ordinaire); la partie supérieure de la poitrine ne résonne point; on observe encore la petitesse du pouls et son inégalité aux deux bras, une grande gêne de

SUR UES MALADIES CHRONIQUES. iGl

la respiration, surtout dans Facte de Finspîrati'on , accompagnée de sifflement ; difficulté de se coucher à plat, et soulagement en se courbant en avant.

Ces symptômes sont accompagnés des mêmes phénomènes morbides généraux que ceux produits par les anévrysmes du coeur ; mais celui qui est le plus essentiel et le plus sûr pour le diagnostic, c’est l’apparition d’une tumeur qui s’élève près du sternum , à sa partie latérale, qui use et détruit une partie de cet os, dont les battemens sont isochrones avec ceux du pouls. Si l’anévrysme existe dans l’aorte descendante, la tumeur se manifeste au dos, sur la partie latérale gauche de la colonne vertébrale; et lorsque c’est l’aorte ventrale qui est dilatée, c’est sur les parties latérales de la colonne lombaire que la tumeur fait saillie.

Les causes de ces anévrysmes sont une trop grande énergie du cœur, qui force l’aorte à se dilater, une disproportion de force entre cet organe et le tube artériel, ou un obstacle quelconque placé en-deçà de l’anévrysme; ou bien l’affaiblissement d’une portion de ce tube causé par des efforts violens , par exemple, un coup à la poitrine ; ou par un principe intérieur de quelque nature que ce soit, qui, agissant sur les tuniques de l’artère, y produit une débilité relative et ensuite la dilatation. L’existence de cette dernière cause est prouvée d’une manière évidente par les - cas d’anévrysmes multiples dans le tube de l’aorte ou dans d’autres artères sur le même Individu,

î62 EECIÎÊÏICHÉS

Le traitement des anévrysmes ai^térleîs n^offre pas plus de ressources que celui qui est employé contre les anévrysmes du cœur. Les saignées réitérées, qui forment le traitement débilitant de Valsalva, peuvent en arrêter les progrès. On retirera quelque avantage des réfrigérans astringer^s appliqués sur la tumeur , sb elle paraît àTextérieur, pourvu qu^ils n’exercent point de compression sur elle ; mais ces moyens n’empêclient point le mal d’arriver à son terme funeste.

Les anévrysmes des autres tubes artériels internes sont beaucoup plus im^es que ceux de l’artère aoï’te : néanmoins les observations faites sur les cadavres prouvent que ces dilatations morbides peuvent se former dans presque toutes les artères. Le docteur Portai ( Cours d Anat, méd. , tom. III, pag* 1^7 ) assure que l’artère pulmonaire peut éprouver une pareille dilatation à la suite de différentes maladies du poumon qui gênent le libre cours du sang dans ce viscère. Le même auteur ( loc. cit.y tom. IV) dit que les artères de la dure-mère peuvent être atteintes d’anévrysmes , dont la rupture donne lieu à des épancliemens abondans. Le célèbre Storck en rapporte une observation fournie par Lieutaud (^Ilist* anat, med,^' tom. Il ). 11 s’agit d’une femme qui avait éprouvé des battemens affreux dans la partie droite de la tête. Il s’y forma une tumeur avec pulsation, qui devint aussi grosse qu’un œuf de poule. A l’ouverture du cadavre on trouva un sac anévrysma-

SUR LES miladies chroniqxjes. i65

tique adhérent à la dure-mère; avec carie des os du crâne.

Les branches du tronc cœliaque sont quelquefois affectées d’anévrysme lorsque les viscères ou elles se distribuent , tels que l’estomac , le foie et la rate, sont obstrués, endurcis ou farcis de tumeurs qui y gênent la circulation du sang , et le font refluer vers le tronc artériel. Cependant Cor^ visart pense que l’anévrysme de la cœliaque est rare , il ne l’a pas observé souvent, et il est tenté de croire que^certains auteurs s’en sont laissé imposer â un anévrysme du cœur , qui , par son ex^ tension , descend à l’épigastre et y fait sentir ses Lattemens.

anévrysme des carotides externes s’observe quelquefois ; celui des internes est plus rare. Il a néanmoins été observé par Baillie ( Anat. path. ^ ti'ad. de Guerbois) à l’origine de ces artères et dans chacune d’elles ; et une autre fois sur les côtés de la selle turcique* L’une des tumeurs était de la grosseur d’une cerise. Leclerc a observé en 1806, sur le même individu, un anévrysme à l’artère carotide primitive , et un autre à Fartère radiale. Les iliaques primitives et les internes sont aussi quelquefois atteintes de pareilles tumeurs.

Corvisart (Zoc. cit, , p. 528) a vu l’anévrysme formé en deux ou trois endroits de l’aorte ventrale ; les iliaques primitives et les iliaques internes en présentèrent aussi de chaque côté sur le même sujet.

ÏIECHERCHÈS

La grosseur que peut acquérir la tumeur ané-* vrysmale est quelquefois très-considérable ^ surtout lorsqu’elle se forme aux dépens de l’aorte. Morgagni ( Epist. XL , n° 26) parle d’un anévrysme de cette artère à sa portion ventrale, qui occupait en long la moitié de la cavité abdominale, allant du diaphragme au bassin, repoussant à droite tous les viscères situés à gauche , au point que le rein de ce côté était à l’ombilic, et les parois abdominales de devant et à gauche étaient celles de la tumeur anévrysmale.'

Le traitement des anévrysmes externes a été perfectionné autant que possible, tant à raison de la modification des procédés et de leur simplicité, que des accessoires qui en assurent la guérison. Une heureuse témérité est venue à bout de guérir des anévrysmes dont le siège et le volume ne pouvaient faire espérer de succès. Ainsi Cooper, chirurgien à Londres, a eu la hardiesse de lier la carotide primitive atteinte d’anévrysme, sur un portefaix de cinquante ans, qui guérit si bien qu’il put reprendre les travaux fatigans de son état.

Benjamin Travers , autre chirurgien à Londres,^ fit aussi avec succès, en i8og, la ligature de la carotide primitive chez une femme atteinte d’anévrysme de la cavité orbitaire gauche.

Indépendamment des saignées , de la diète , et du régime débilitant , qui sont presque les seuls moyens que la médecine puisse employer contre les anévrysmes internes , l’expérience a fait con-

naître certaines propriétés dans la digitale pourprée , telles que celle de diminuer les palpitations du cœur et la fréquence des pulsations artériellesy qui peuvent produire de bons effets dans les maladies en question. Ce simple paraît avoir contribué à guérir un anévrysme de l’artère sousclavière qui n’était pas susceptible d’être opéré. (^Journal général de Méd. , tom. LV; pag» 12g.)

Page 1