‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 3 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Fhlegviasies.

Toute plilegmasie aiguë ou clironlqiie suppose d’abord un stimulus , de cjuelque nature qu’il solt^ qui irrite une partie du corps anime \ et ensuite la réaction vitale qui agit sur la partie souffrante^ y appelle les fluides et principalement le sang, et y produit tous les phénomènes de l’inflammation. Celle-ci varie suivant la forcedu stimulus, la sensibilité de la partie lésée et le degré d’irritabilité de l’individu qui éprouve la plilegmasie.

L’aiguillon inflammatoire qui vient de l’influence de l’air, des constitutions épidémiques ou du cours des saisons, peut donner naissance à des péripneumonies, des pleurésies, des dysenteries, opiitlialmies, catarrhes, rhumatismes et autres maladies inflammatoires. Il peut produire des phleg-» masies aiguës ou chroniques, suivant la disposition

SÎÎR LES MALADIES CHR0I9rQDES.

des sujets, ou suivant d’autres causes que l’on ne peut apprécier. Mais la nature de ces maladies , quelles soient aiguës ou lentes, se trouve la même, parce que le stimulus est aussi le même, et les effets qui en résultent parfaitement semblables.

Cet aiguillon n’existe plus une fois que les inflammations (aiguës ou lentes) qu’il produit sont bien formées. L’art ne peut que combattre les désordres qu’il produit au moyen des saignées, des relâchans , des tempérans, etc., etc., puiscpi’il ne peut atteindre la cause qui a développé les plilegmasies. Il n’en est pas de même des inflammations qui sont le résultat des vices spécifiques , tels que le vénérien, scrofuleux, rhumatismal et autres semblables. En pareille circonstance l’inflammation n’est c|u’une complication ou un épiphénomène qui est ajouté aux effets du vice. L’art doit combattre celui-ci comme la cause de tous les désordres parmi lesquels l’inflammation est du nombre. Voilà donc une différence bien essentielle entre une maladie inflammatoire épidémique ou dépendant des variations de l’atmosphère, et celle qui est le produit d’un vice spécifique quelconque. Ajoutez à celte différence, qui exige une grande modification dans le traitement , celle qui tient à la débilité qu’un pareil vice introduit dans l’économie animale, et qui demande à son tour une modification dans la méthode anli-phlogistique.

Prenons pour exemple une ophthalmie épidémique et une ophthalmiescrofuleuse ou vénérienne.

RECHEÎIGHES

Les saignées et le régime anti-phlogistique suffi-* ront pour la première ; dans le deuxième cas , les saignées ne feront qu’une faible partie du traitement; et quelquefois, au lieu de saignées, il faudra des toniques et des astringens sur la partie enflammée.

Les plilegmasles sont des maladies qui ont ordiiiairement un caractère aigu, parce qu’elles attaquent les personnes robustes dont le sang est riche en fibrine; elles se manifestent sous l’influence des constitutions sèches et froides de l’atmosphère, et sont ordinairement le produit de toutes les circonstances qui développent les affections vives. Néanmoins, cet ordre de maladies peut s’offrir avec une marche lente, pendant le règne des phlegraasies aiguës et sous l’influence des mêmes constitutions qui produisent les unes et les autres; et tout comme ces inflammations à l’état aigu peuvent atteindre tous les tissus organiques , de même les phlegmasies lentes peuvent avoir leur siège dans tous les organes, et y porter les mêmes altérations que les inflammations vives; et véritablement alors la nature de ces maladies est parfaitement la même , leurs rapports se confondent entièrement, parce qu’elles tiennent à la même source, et que le traitement qui doit les combattre repose sur les mêmes moyens curatifs.

C’est dans ces sortes de maladies que la circonstance de mettre un peu plus ou moins de temps dans leur cours ne change rien à leur caractère

SUR LES MALADIES CHROT^IQUES. 5*

c’est dans ces cas que Gllchrist aurait eu raison de dire qu’il n’y a point de différence essentielle entre les aiguës et les chroniques. ^

SECTION PREMIÈRE

Fhlegmasies chroniques des viscères ou du tissu

pdvenchjmateux .

Les constitutions atmosphériques sèches et froides , la saison du printemps , un air sec et froid engendrent ordinairement les inflammations des viscères avec une marche aiguë. Cependant sous les memes influences on voit se développer des phlegmasies chroniques dans différées organes internes. Nous avons dit dans notre Mémoire sur les maladies lentes ( pag. 26) que nous avions oh-» servé pendant le règne d’épidémies inflammatoires qui produisent des pleurésies et des fluxions de poitrine graves, des phthisies qui offraient le même caractère , dont la marche était plus active que celle des autres espèces de pulmonies , et qui demandaient tout l’appareil anti-phlogistique.

Les phthisies inflammatoires observées par Dehaën et Stoll à la suite de péripneumonies aiguës entrent également dans la même classe. Ce dernier auteur avait observé, en 1776, la pleurésie et péripneumonie chroniques bien plus fréquemment que dans d’autres époques, et elles dépendaient sans doute d’une influence atmosphérique.

EECnEBCires

La marche de cette inflammation était lente, et dé« générait en phthisie ou se changeait en péripneumonie aiguë. Dans l’un et Fautre cas, les saignées, les muciiagineux , les tempérans , enfin tous les moyens propres aux inflammations , en étaient les véritables^remèdes. Les toniques , au contraire, et les stimulans quelconques étaient meurtriers. (Stoll, Rat. Med. tom. I, pag, y5. )

Ici Tiennent se placer naturellement les péripneumonies chroniques du docteur Broussais, qu’il décrit dans le meme chapitre que le catarrhe. Nous devons y faire figurer surtout celles qui étaient le produit d’une épidémie de fièvre intermittente , ou de Faction de l’air froid qui troublait les fonctions de Forgane de la peau et amenait la surcharge du poumon. Ces inflammations se terminaient par Fhépatisation ou l’induration rouge de ce viscère. Cet auteur a observé que les causes débilitantes, de quelque nature quelles fussent, faisaient dégénérer les péripneumonies et catarrhes aigus en péripneumonies et catarrhes chroniques, (c II m’a semblé , dit-il , que les hommes les plus )) heureusement constitués peuvent devenir les » victimes de cette maladie (l’induration clironi- » que ), lorsqu’ étant dans un état de faiblesse ils » sont attaqués d’une inflammation de Forgane )> pulmonaire. » (Phlegm. cliron,^ tom. p. io6 et iSg. )

Quoique la péripneumonie chronique soit la plus fréquente des phlegmasies des viscères dépendant

SVVi TÆS MALADIES CHRONIQUES. 55

des constîtutioîîs médicaîes, cependant on observe quelquefois des inflammations lentes d’autres viscères cjue l’on doit rapporter aux mêmes influences. Pareille inflammation peut avoir son siège dans le cerveau : ainsi , sans vouloir décider si le docteur Home a eu raison d^ avancer que la cause de la fièvre lente nerveuse > fièvre cjui est souvent le résultat des constitutions atmospliélaques et épidémlc[ues^ est une inflammation de ce viscère, ou si cette inflammation est plutôt l’effet que la cause de cette fièvre, il n’en est pas moins vrai cjue cette plilegmasie peut exister en pareil cas, puisqu’on a vu dans les cadavres qui ont succombé à cette maladie le cerveau rempli de pus. Willis avait observé pareille chose. Nous pouvons ajouter aux faits connus sur cette matière l’observation d’un enfant de trois ans qui avait éprouvé une fièvre semblable de laquelle il paraissait se remettre. Néanmoins il survint au bout de deux mois un écoulement purulent par une oreille avec des symptômes d’affection cérébrale ; les parties environnantes de cet organe étaient enflées. Le petit malade succomba après avoir essuyé les symptômes d’un épanchement dans le cerveau, tels que regard fixe, hébêtement, dilatation des pupilles , assoupissement, mouvemens convulsifs, état apoplectique.

Que nous admettions ou non que l’inflammation du cerveau est la principale cause des fièvres lentes nerveuses , il est toujours vrai de dire que cette

plilegmasie est^ en pareille circonstance, de nature chronique, qu^elie coexiste souvent avec cette fièvre, et c[ue cette complication se remarque sous rinfluence des constitutions épidémiques. On trouve dans l’ancien Journal de médecine (t. VIII, pag.275) la description d’une maladie nerveuse avec une marche lentç et insidieuse, et inflammation sourde du cerveau, dont la terminaison était funeste si elle n’était pas combattue à temps par des saignées abondantes et révulsives.

SECTION IL

Phlegmasies des Membranes muqueuses,

^ Ces sortes d’inflammations sont les plus communes. Les épidémies catarrhales cj[ui attaquent la muqueuse des bronches, de la trachée , du tube intestinal en fournissent un bon nombre d’exemples. Le catarrhe a une très-grande propension à passer de l’état aigu à l’état chronique , et ce mode inflammatoire'chronique est très-commun pendant le règne de certaines épidémies. Le croup, qui est une inflammation de la muqueuse du larynx et de la trachée, des plus aiguës, puisqu’elle peut tuer en c[uelques heures, peut se présenter sous l’influence des constitutions catarrhales sous une forme chronique, ainsi que le docteur Valentin en fournit quantité d’exemples. (Rech, hist. et ' prat, sur le Croup. )

Nous pouvons considérer la coqueluche comme

SUR Lȧ MàUADîES CHROlNlQUES. 55

iiiie plilegmasie cliroiii fjue de la muqueuse des voies aeriennes. Cette maladie a ordinairement une marche très-lente , et quoique son caractère paraisse beaucoup nerveux et spasmodique^ elle revêt neanmoins la plupart des formes des affections catarrhales. *

Parmi les affections chroniques et înflamma-* toires de la muqueuse du tube digestif tenant aux influences épidémiques , nous pouvons rapporter la dysenterie épidémique décrite par Sydenham , qui affectait tantôt une marche aiguë, et tantôt une forme chronique. Le traitement appelé anti - phlogistique réussissait dans les deux cas , quelle que fût la marche de la maladie. Le même auteur avait observé en î668 une diarrhée chronique sans fièvre, entretenue par un principe inflammatoire épidémique qui cédait aux mêmes remèdes que l’épidémie, laquelle se montrait ordinairement avec un caractère aigu.

Avant que les travaux du célèbre Bichat sur la différence des tissus organiques, et particulièrement sur les membranes , eussent fait connaître que le catarrhe simple , C[uel que soit son siège, est une véritable inflammation cTune membrane muqueuse, le fameux Pringle {jSîal, des arm,^ part. îîl, chap. ÎIl) avait déjà prononcé , en s’étayant de l’expérience et de l’observation , que le rhume est une véritable plilegmasie quoique légère , et que tout rhume qui se prolonge est un commencement de phthisie. Cette vérité reconnue par tant

de médecins, ainsi que nous le verrons dans la suite, a été contestée par le docteur Bayle , qui pense que Fon a confondu le catarrhe chronique avec la phthisie pulmonaire , et que cette dernière n’est point la suite du catarrhe ou du rhume; mais que l’on a pris le développement de la phthisie pour un rhume négligé.

Pendant le règne de simples rhumes ou de catarrhes pulmonaires qui sont épidémiques et dont la marche est ordinairement lente , on voit régner en même temps des esquinancies, des péripneumonies, pleurésies, ou des maladies aiguës qui ne diffèrent des catarrhes simples que par une marche plus active et un danger plus pressant par rapport à l’extension et à la gravité de la maladie.

SECTION III

Phlegmasies des Membranes séreuses.

Rien de plus connu aujourd’hui , d’après les recherches des modernes, que les inflammations du tissu séreux , à l’état aigu comme à l’état chronique.

Tout le monde connaît la description de la pleurésie latente de Baglivi, C[ui est une inflammation chronique de la plèvre accompagnée souvent de péripn eumon i e .

Bailîou, en iSyo, avait observé des pleurésies qui se prolongeaient et devenaient chroniques sans

changer de nature. Van - Swieten {Aph, comm. in Boerh,^ § 1210), reconnaît cette espèce de pleurésie avec une marche lente et chronique. Stoll ( loc, cit, ) traite dans le même chapitre de la pleurésie et péripneumonie chroniques , dépendant des constitutions médicales , et offrant les mêmes caractères que T inflammation de la plèvre et du poumon qui marchent avec un caractère aigu. Ces maladies avec cette marche lente conduisaient à la phthisie, ou se changeaient en pleurésies ou pérlpneumonies aiguës.

Enfin , des auteurs plus modernes, à la tête desquels il faut placer le docteur Broussais (i), ne laissent rien à désirer sur les inflammations chroniques des membranes séreuses, tant à raison des symptômes qu’elles développent pendant la vie , que des phénomènes observés dans le tissu séreux, des épanchemens et productions organiques qu’elles laissent apercevoir à l’ouverture des cadavres.

SECTION IV

PJilegmasies du Tissu fibreux*

Le rhumatisme aigu est une véritable phlegmasie des muscles et du tissu fibreux. Ses causes les plus générales tiennent à l’iiifluence de l’air , des constitutions médicales et des saisons. C’est une

(i) lîistoira des Phlegmasies cliron., t. i®*", ch. 11; t. ir, ch. IV.

maladie sthénique qui'demande tout Fappareil des remèdes anti-phlogistiques. ïl diffère essentiellement du rhumatisme chronique, qui , indépendamment d’une marche lente , se manifeste après l’impression des causes débilitantes. Le froid humide, un état asthénique, c[uelque chose d’héréditaire donnent naissance au rhumatisme chronique. Il diffère totalement, par sa nature æt par les remèdes qu’il exige , du rhumatisme aigu, qui est une plilegmasie vive des muscles et du tissu fibreux. Cependant cette même maladie peut, en se manifestant sous l’influence des constitutions atmosphériques et épidémiques , offrir une marche lente et être de même nature €|ue le rhumatisme aigu, c’est-à-dire, une phlegmasie chronique sans asthénie , et alors son caractère est identique avec le premier. Ainsi Sydenham a observé et décrit une espèce de rhumatisme qui se prolongeait et tourmentait long-temps les malades, quoique la fièvre fût dissipée. Néanmoins le traitement qui lui convenait dans cette marche lente ne différait pas de celui qui combattait avec avantage le rhumatisme aigu. Ce traitement était entièrement basé sur les anti-phlogistiques.

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