‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 21 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Maladies tuberculeuses.

Les maladies organiques qui nous ont occupé jusqu’à présent n’amènent l’homme au tombeau qu’en exerçant une compression funeste sur les organes , en mettant un obstacle à la circulation du sang et de la lymphe, en établissant des centres d’irritation sur les viscères, ou enfin en gênant l’influence réciproque du système nerveux sur l’organe lésé , et de cet organe sur l’appareil nerveux. Celles qui vont faire la matière de ce chapitre et du suivant exercent une influence bien plus funeste encore. Les tumeurs c[ui en font l’essence, et qui partagent avec les maladies organiques qui précèdent la faculté de troubler les fonctions des organes vivans , jouissent encore de la fatale propriété de se ramollir, de tomber dans une fonte purulente ou putride, et de fournir par la voie de fabsorption un poison qui consume peu à peu la machine par l’intermède de la fièvre lente , et

BECHERCHES

qui agit d’une manière pernicieuse sur les actes réparateurs du système nutritif.

Sous ce double rapport, les affections tuberculeuses et les maladies cancéreuses présentent une certaine analogie ; mais ces dernières , plus pernicieuses encore , marchant avec un appareil douloureux qui hâte leur développement, offrant des caractères tous particuliers â leur nature , se présentant sous une forme qui effraie les malades et attriste le médecin, et par conséquent leur essence étant différente de la nature tuberculeuse , ces deux ordres de maladies doivent être séparés avec soin , et doivent figurer dans des chapitres différens.

Quoique les maladies lymphatiques fussent infiniment plus rares du temps des anciens que dans les siècles modernes , néanmoins les tubercules , qui ont beaucoup de rapport avec les affections du système absorbant , c|u’on attribue avec tant de raison à l’un des pernicieux effets de la maladie la plus commune de ce système (les scrofules) ; les tubercules, dis-je, furent observés par les médecins de l’antiquité. Hippocrate (^Lib. de Med.) en avait une parfaite connaissance, lorsqu’il disait qu’il était bien difficile de reconnaître et d’empêcher la formation des tubercules dans le poumon. D’autres passages du père de la médecine confirment la connaissance que ce médecin avait de cette dégénération organique.

Les maladies de la lymphe et du s^^stènie absor-

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bant étant devenues plus fréquentes , les obser« vations sur les tubercules se sont multipliées. Morton , dans son Traité de la Phthisie y a répandu sur cette matière des vues très-lumineuses et infiniment profitables aux malades atteints de ce genre d’affection*

Mais il était réservé aux médecins qui s’occu-^ peut d’anatomie pathologique avec tant de succès, et qui dévorent avec une patience admirable tous les dégoûts de cette branche de la médecine, de décrire avec exactitude ces sortes de tumeurs, et de les distinguer soigneusement d’autres tumeurs analogues. C’est en profitant de leurs travaux et surtout de ceux du docteur Bayle , insérés dans plusieurs Mémoires, que l’on trouve dans les journaux de médecine ou dans son ouvrage sur la phthisie pulmonaire , que nous donnerons dans cet article une idée des maladies organiques tuberculeuses.

Les tubercules sont des tumeurs de différente grosseur, depuis celle d’un grain de millet jusqu’à celle d’un œuf de poule ; d’une forme irrégulière , et souvent ovoïde, rarement seules, et fréquemment réunies en un grand nombre, formées par une matière albumineuse , dense , dure ou ramollie, tantôt renfermée dans un kyste, et d’autres fois sans poche, et présentant alors quelques lignes noires. Ces tumeurs adhèrent intimement au tissu des organes ou elles se développent. Lorsqu’il y a une poche , elle est de nature fibreuse , cartilagineuse ou osseuse ; sa substance est étroi-

tement unie à la matière tuberculeuse. Dans son état de crudité , celle-ci est rougeâtre , grisâtre ou jaunâtre , traversée par des filamens et manifestement organisée. La couleur varie beaucoup dans rétat de ramollissement ; la matière devient alors comme pultacée ou purulente. Ce ramollissement commence au centre et s’étend insensiblement jusqu’aux parois du tubercule. Le kyste reste alors tapissé entièrement d’une membrane rougeâtre ou grisâtre. La membrane externe qui le forme est mince et diaphane.

Cette espèce de dégénérescence organique, qui n’a point d’analogue dans le corps vivant , peut atteindre tous les organes ; le poumon est néanmoins celui qui en est le plus souvent attaqué ; son siège dans cet organe donne lieu à cette maladie si fréquente et si meurtrière connue sous le nom de phthisie pulmonaire. Après le poumon , les glandes du mésentère éprouvent chez les enbnis cette affection tuberculeuse ; il en résulte une autre maladie redoutable à cet âge , et qui peut atteindre aussi l’âge viril, et désignée sous le nom de carreau. Les autres glandes du système lymphatique n’en sont pas à l’abri ; le foie , la rate , les reins et les autres viscères abdominaux en sont également atteints , et finalement tous les organes y sont sujets. Il est vrai que la matrice y est moins exposée que les autres viscères , et que les tubercules que l’on a cru trouver dans son intérieur étaient plutôt le produit d’une dégénérescence

squirrheuse ou fibreuse que de la tuberculeuse.

Formés dans le poumon et parvenus à une fonte purulente , le pus des tubercules s’échappe par deux ouvertures , dont l’ime communique avec les autres tubercules, et l’autre avec les bronches, au moyen de laquelle il est évacué par l’expectoration. Développés dans le tissu des glandes du mésentère y et parvenus à un état de ramollissement, le pus n’a point de voie d’évacuation, et est absorbé par les vaisseaux absorbans. Il en est de même lorsque les tuberciilQjs ramollis ont leur siège dans la plupart des autres viscères. Lorsque le foie est tuberculeux , ces tumeurs occupent l’intérieur et l’extérieur de ce viscère ; leur grosseur est d’ordinaire plus considérable que • celle des tubercules pulmonaires , leur couleur est également plus blanche ; ils se développent plus tard, et produisent plus tôt un épanchement de sérosité dans la cavité abdominale que l’amaigrissement phthisique qu’enfantent les tubeixiiles du poumon et du mésentère.

Les tubercules constituent une dégénérescence organique qui peut atteindre non-seulement tous les organes , mais qui peut se développer en même temps sur plusieurs , tantôt dans l’état de crudité, tantôt dans l’état de ramollissement, ce qui prouve que c’est une affection générale qui ne dépend pas d’un tissu organique plutôt que d’un autre. Morgagni (Epist, LI y n'’. 20) parle d’un homme

qui , ayant péri des suites d’un coup à la tête," offrit dans son cadavre des tubercules en suppura» tion au poumon et à la partie droite du foie. Une fille morte de fièvre lente {Epist, XXII ^ n®. 18),. et qui avait les glandes du cou tuméfiées , fut trouvée tuberculeuse au poumon , à l’épiploon ^ au mésentère , au péritoine , aux .intestins , à la vésicule du foie, et à l’utérus. La 12® observation du docteur Bayle.^ Phth, pulm,, pag.^ 180) se rapporte à des tubercules qui occupaient les muscles intercostaux , le dessous de la plèvre pulmonaire et.caustale, le ti^pi cellulaire placé derrière le sternum, le foie , la rate et le mésentère.

Les tubercules présentent dans leur caractère certaines analogies avec les tumeurs enkystées qui forment le chapitre qui précède. Gomme elles, ces tumeurs attaquent la plupart des organes ; tant qu’elles sont petites ef dans l’état de crudité , elles présentent peu de danger , et ne s’accompagnent que de celui qui provient d’une compression ou d’une irritation de l’organe ; comme elles, les tubercules ont souvent pour enveloppe une poche membraneuse, cartilagineuse ou osseuse, et la matière qui les forme est albumineuse. Mais outre que les parois des tumeurs enkystées sont plus fermes et qu’elles n’adhèrent pas si intimement au tissu des organes comme les tubercules , le caractère fondamental et distinctif de ces deux espèces de tumeurs est que la matière des tubercules est ferme ^ dense, quelquefois cassante

dans le principe , et qu’elle passe de cet état à celui de ramollissement ou de purulence du centre à la circonférence , ce qui n’arrive point ai\x tumeurs enkystées. Cette différence en apporte une plus essentielle encore dans les effets que ces maladies organiques produisent dans l’écononrie vivante. Ils sont bien plus graves et plus fâcheux dans l’état tuberculeux que lorsque le mal provient d’un kyste formé dans le tissu des viscères.

Les tubercules qui donnent lieu à cette fatale maladie du poumon qui répand le deuil dans tant de familles , qui ne respecte aucun âge , qui sévit surtout à cette époque où la constitution a acquis tout son développement , sont-ils produits par une diathèse générale qui a beaucoup de rap^ ports avec les écrouelles, ou ne sont-ils que le résultat d’une phlegmasie aiguë ou chronique de l’organe où ils se développent ?

Morton , dans le beau Traité que nous avons cité , suppose plusieurs causes qui donnent lieu à leur formation. Ces causes agissent en engorgeant les portions glanduleuses du poumon , et en faisant épaissir la lymphe qui les traverse. La lym-. plie des écrouelleux et des scorbutiques est , selon lui, très - favorable pour produire de pareilles concrétions. Le stimulus des affections catarrhales, le spasme fixé dans la poitrine chez les hystériques et les hypochondriaques , et l’inflammation de la plèvre et du poumon, sont tout autant de causes, selon le même auteur, qui favorisent la produc-^.

hechergiiës

tion des tubercules. Morton ajoute que si pareille inflammation n’est pas combattue par les remèdes convenables , il reste dans le poumon des concrétions tuberculeuses qui développent la phthisie. Il en dit de même de l’engorgement des glandes de ce viscère (i).

Stoll (2) croit aussi que l’inflammation occulte de la plèvre peut produire ces tubercules et développer cette fatale maladie.

D’autres auteurs et principalement M. Broussais, partagent cette opinion (5\ Néanmoins le docteur

(1) Tamen iuhercuUs seu tumorihus glandulo si s inde relieds certissima ^ 'via in Jatalem et precipitem phthisim sler^ natur, {Phthisiol.^ lib. ii, cap. iii.)

(2) Rat. Med. y tom. i, pag. 78.

(3) Cel aiileur croit que dans le catarrhe pulmonaire phthisique c’est l’inflammation des faisceaux capillaires sanguins qui agit sur les faisceaux lymphatiques et produit les tubercules du poumon , en admettant d’ailleurs une certaine disposition du tempérament et du système. La chose peut être ainsi dans certains cas , ainsi que nous l’admettons nousméme^ mais cela ne doit pas être, ainsi qu’il le prétend, chez les sujets oùl’inflammation n’existe que dans le poumon, et chez qui on trouve pourtant des tubercules ou des glandes engorgées et tuberculeuses, non-seulement dans ce viscère, mais encore dans nombre d’autres où la phlegmasie ne montre aucune trace de son existence.

Par exemple , dans la vingt-quatrième observation ( Phleginasies chronùjues y tom. P^, pag. 207) , touchant une pleurésie chronique , le su] et offrait une apparence scrofuleuse, et ilélait sujet aux rhumes l’hiver. Ilsuccombaàla maladie , cl Ica

Bayle pense que les inflammations lentes du poumon et de la plèvre sont plutôt l’efFet que la cause

1 ésullals de la phlegmasie de la plèvre se montrèrent dans la poitrine et à celle membrane. Il y avait aussi des tubercules aux glandes bronchiques réduits à un état pulpeux. Les glandes mésentériques étaient aussi énormes et tuberculeuses. Cependant l’auteur paraît attribuer la formation des tubercules du poumon et leur réduction à l’état de putrilage, à l’agitation du sang, à la compression du poumon par l’épanchement purulent.

L’observation quarante-troisième est frappante : constitution lâche et scrofuleuse ; catarrhe chronique compliqué de tubercules et de diarrhée. On trouva dans le cadavre partie d’un lobe pulmonaire hépatisé / les deux poumons remplis de tubercules, quelques-uns un peu ramollis sans ulcère; les glandes bronchiques très-développées , plusieurs d’entr’elles grosses comme un œuf de poule , luberculisées au centre ; glandes mésentériques engorgées et tuberculeuses au centre comme les bronchiques ; tubercules au foie età la rate; celleci transformée en ces tumeurs ; les unes étaient très-volumineuses et fondues en partie. M. Broussais , dit au sujet de celle observation : « Il paraît , par le peu de progrès qu’on fait les » tubercules, que la phlogose sanguine a provoqué ralléralion » du système lymphatique dont ils sont le produit. »

On voit dans l’observation quarante-cinquième que la coii'stilution était encore molle et lâche. Le sujet mourut d’un catarrhe chronique. Tubercules aux deux poumons, sans être fondus ; glandes bronchiques volumineuses et tuberculeuses ; tubercules sur la plèvre diaphragmatique; beaucoup , de petits tubercules au foie et à la rate; des glandes mésentériques formant la grosseur deSi deux poings^ tuméfiées , tuberculeuses et déjà ramollies. Voici les expressions de rauLeiir touchaiît

des tubercules , parce que T irritation mécanique de ces tumeurs est propre à favoriser cette phlegmasie : aussi daiis nombre d’observations qu’il a rappoi’tées on voit que les poumons, à l’endroit où siégeaient ces tumeurs , étaient plus rouges et plus denses cjue dans l’état naturel. Il s’appuie encore sur ce qu’on trouve en même temps des tubercules de même nature dans plusieurs organes dans lesquels on ne peut supposer une inflammation simultanée pour les produire. On trouve quelquefois ces tubercules dans des cadavres qui n’offrent aucune trace d’inflammation dans les viscères ^ et dont les sujets n’avaient présenté pendant la vie

celle observation. « Cartel ayant un appareil lymphatique vis-* » ceral , dispose à l’engorgement, a contracté un catarrhe. Le 5) trouble introduit dans les fonctions par cette phlogose a » développé les tubercules du poumon, et cette double lé- » sion a été la source des symptômes, » M. Broussais ajoute ailleurs (p.352 , tom I®’’ ) « : L’inflammation sanguine dupou^ » mon, soitpéripneumonique, soit catarrhale, peut, quand elle 5) se prolonge par l’action continue des causes qui l’ont pro-^ » duite, imprimer aux faisceaux lymphatiques du viscère une » impulsion qui les fait dégénérer en tubercules , ou qui » fournit les dépôts de matière tuberculeuse. »

Si cette théorie rend raison des tubercules formés dans l’organe phlogose , elle ne peut être satisfaisante pour les autres tumeurs tuberculeuses trouvées chez le meme sujet et dans plusieurs 'autres viseères éloignés et non enflammés. N’est-il pas plus simple de supposer une diathèse tuberculeuse, puisque de pareils faits se rencontrent ordinairement dans les^ constitutions écrouelleuses?

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aucun symptôme qui fit soupçonner la présence de ces tumeurs. D’ailleurs , ce sont les constitutions scrofuleuses qui sont le plus ordinairement atteintes de ces sortes de dégénérescences, soit dans le poumon, soit dans les glandes lymphatiques. Tous ces faits peuvent faire croire sans doùte que les tubercules ne sont pas l’effet de la phlegmasie d’un organe.

Cependant si Ton remarque d’un autre côté que l’inflammation de la plèvre , ou du poumon , ou de tel autre tissu organique produit l’exsudation de sucs albumineux d’où résultent des fausses membranes et même des kystes bien organisés , on concevra facilement que cet état pathologique peut également produire l’épaississement de ces sacs albumineux sous la forme de tubercules , et surtout chez les sujets disposés par leur constitution à ces espèces de tumeurs , et dont l’inflammation de la plèvre ou du poumon deviendrait la cause déterminante.

Les signes de la dégénérescence tuberculeuse sont plus ou moins certains suivant le viscère qui en est le théâtre. Jusqu’à présent l’observation clinique ne fournit cjue eeux que l’on a observés dans les maladies tuberculeuses du poumon , du mésentère et du foie , et encore ces signes sont souvent fugaces et se confondent avec ceux d’autres maladies analogues.

On peut soupçonner les tubercules au foie s’il y a douleur, malaise à l’hypochondre droit, si la

peau est d’une couleur jaune, s’il y a un ëpancliement séreux dans l’abdomen. Le tact peut faire apercevoir des corps durs à l’hypochondre, quand ils sont situés au bord inférieur du foie, et lorsqu’ils sont assez gros et le malade assez maigre pour être aperçus.

Le volume, la dureté du ventre chez les enfans , le dévoiement , la fièvre hectique , le marasme et l’affection du système glanduleux , sont les signes qui doivent faire présumer la dégénérescence tuberculeuse des glandes mésentériques.

Selon Willis, rien de plus difficile que de découvrir les signes des tubercules au poumon. Tulpius désespérait d’en trouver de pathognomoniques. Cependant le diagnostic de l’affection tuberculeuse de ce viscère et de la phthisie pulmonaire qui en est le résultat, s’établit par l’existence d’une toux sèche qui revient par intervalle, et qui dure quelque temps ; par une douleur plus ou moins vive sur quelque portion de la cage thoracique ; la dyspnée, surtout à la montée ou par un exercice un peu forcé ; la difficulté de se coucher sur l’un ou l’autre coté ; ensuite des crachats muqueux ou des filets opaques, striés de sang, une fébricule plus sensible le soir , accompagnée d’une chaleur pénible à la paume des mains et à la plante des pieds; un certain amaigrissement toujours plus grand (jue ne le comporteraient les souffrances du malade et la faiblesse des forces digestives.

Ces symptômes sont ceux de l’affection tuber-

culeuse dans Tétât de crudité ou d’une inflammation commençante dans les tumeurs. Lorsque celles-ci tombent dans une fonte purulente, et que l’économie animale est frappée par la résorption de cette matière fondue, et partons les phénomènes morbides qui en résultent, alors la fièvre augmente et marche avec des redoublemens qui commencent l’après-midi et se terminent vers la pointe du jour par des sueurs abondantes. L’expectoration est plus copieuse, surtout le matin ; les crachats sont gris , grumelés , sanglans et ensuite sanieux. Le marasme augmente ; les nuits sont fatigantes par l’insomnie, la toux et les redoublemens fébriles. Il s’y joint le dévoiement, les aphthes à la bouche , des symptômes de scorbut , des coliques ; et les malades succombent plus ou moins tard , suivant la marche de la maladie , après être parvenus au dernier degré de dépérissement, et épuisés par l’expectoration, la diarrhée^ les sueurs nocturnes, la toux, et surtout par Tinfluence délétère de la matière tuberculeuse portée dans les voies de la circulation.

Mais ces signes ne sont pas toujours dessinés d’une manière assez vive pour qu’on ne puisse confondre la phthisie pulmonaire aVec d’autres affections chroniques du poumon ,• et voilà pourquoi certains auteurs proclament des succès étonnans de guérison de cette maladie^ tandis que d’autres prononcent irrévocablement sur l’impossibilité de guérir cette affection redoutable.

Le catarrhe pulmonaire chronique et rinflammation lente du poumon et de la plèvre, ont été souvent confondus avec la dégénérescence tuberculeuse qui produit la phthisie pulmonaire. Cependant quelque nombreux que soient les points de contact qui rapprochent ces affections , et quoiqu’il soit très-difficile dans certaines circonstances de découvrir les signes qui sont propres à chacune d’elles, toutefois l’examen de la marche du mal, les phénomènes qu’il offre dans chacune de ses périodes , peuvent faire connaître le véritable caractère de la maladie.

Ainsi la phthisie pulmonaire se développe d’une manière plus lente que le catarrhe ; la toux est sèche pendant quelque temps, les crachats sont gris , grumelés et l’arement puriformes ; la constitution du malade ou de ses parens se rapproche de l’éci'ouelleuse. Des affections glanduleuses l’ont tourmenté dans son enfance. La fièvre lente qui s’établit a des redoublemens très-marqués le soir et peu sensibles le matin. Une chaleur âcre fatigue les mains et les pieds. L’amaigrissement fait des progrès plus rapides c[ue dans les auti’es maladies du poumon ; ces dernières produisent plutôt une infiltration dans le tissu cellulait^. Enfin le caractère héréditaire peut fortifier les autres signes distinctifs pour démasquer la maladie qui fait naître des doutés.

Mais il faut convenir que l’ensemble de ces symptômes n’existe pas toujours ; et que bien

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souvent la plupart des signes les plus essentiels manquent entièrement. Que dis-je? il y a des cas oîi la phthisie est arrivée à son dernier degré sans que le médecin ait reconnu quelque signe qui en décèle l’existence. De pareils cas ne sont pas bien rares.

Bayle ( ouvrage cité , p. 122 ) rapporte l’observation d’une cuisinière qui avait de l’embonpoint ^ de la fraîcheur, nul signe d’affection du poumon, excepté la suffocation dans les derniers momens. Elle succomba pendant l’accès d’une fièvre intermittente. Eh bien! les poumons étaient tout farcis de tubercules miliaires et lenticulaires de diverses couleurs , non encore ramollis. L’épiploon en offrait un gros comme une noisette. Les ovaires étaient aussi tuberculeux ; il y en avait d’ ulcérés à la vessie. Autre observation du même auteur (pag. i5o) d’un homme qui mourut d’hémorrhagie : point de signe chez lui de phthisie pulmonaire. On trouva dans le poumon beaucoup de granulations miliaires et des tubercules opaques ou jaunâtres , non encore ramollis.

Dans deux autres observations puisées dans le même ouvrage, on voit, i*^. une phthisie à son dernier degié sans presque pas d’expectoration pendant l’espace de trois mois , ni fièvre lente, ni la plupart des autres symptômes phthisiques ; le marasme pourtant était extrême. Poumons farcis de tubercules enkystés, d’autres sans poche; les uns étaient miliaires, pisiformes ou lenticulaires; les autres denses ou ramollis.

:2®. Un autre phthisique arrivé au dernier degré sans qu’on eût observé ni douleurs à la poitrine, ni expectoration, ni sueurs nocturnes; le marasme était excessif. Poumons tuberculeux presque dans leur totalité, tumeui^s molles et suppurées, substance pulmonaire paraissant ti-ansformée en matière tuberculeuse ; le pus transsudait de tous les points du poumon incisés; il n’y avait presque rien qui ne fût tuberculeux ( Obs. 58 et 89. )

Enfin, dans la dernière, dont un enfant de quinze ans fait le sujet, et chez lequel il n’existait absolument aucun symptôme de phthisie pulmonaire, pendant l’espace de trois mois que dura la maladie , excepté une toux accidentelle les derniers cinq jours de la vie, la fonte graisseuse était complète , beaucoup de tubercules enkystés et en . suppuration dans les poumons , concrétions plâti’euses et pierreuses, glandes bronchiques noires, delà grosseur d’une noisette, dont quelquesunes également endurcies et plâti-euses. Voilà beaucoup de pus, dit l’auteur, et pourtant point d’expectoration.

Ces observations, et tant d’autres que nous pourrions y joindre , prouvent que l’on doit être très-circonspect lorsqu’il s’agit de prononcer sur les affections chx’oniques du poumon, et que Baglivi avait bien liaison de dire que les affections morbides de ce viscère sont très-difficiles à reconnaître et à distinguer de leurs semblables.

Peut-on résoudre les tumeurs tuberculeuses ,

et guérir radicalement les maladres organicfues qu’elles produisent ? Telle était l’opinioii de Morton eu égard aux tubercules qu’il appelait bénins, croyant que ceux qui étaient d’un mauvais caractère étaient les seuls qui rendaient la phthisie pulmonaire absolument incurable. Mais dans l’état actuel de la science, il n’est plus permis de croire que l’art puisse combattre d’une manière efficace cette dégénérescence. Ses efforts sont aussiimpuissans contre elle que vis-à-vis les dégénérescences fibreuse, graisseuse, Osseuse ou cancéreuse. Dans des cas rares sans doute et qui ne sont pas sans exemple, des tubercules en petit nombre peuvent, après avoir ^assé par l’état purulent, se vider entièrement; les parois peuvent se rapprocher ou se détruire , et laisser une cicatrice dans l’organe qui atteste, à l’ouverture du cadavre , l’existence antérieure de la phthisie et sa guérison radicale (i).

(i) On trouve cl^ns l’ouvrage de M. Laennec {de VAuscuU talion médiate y tom. i, ch. ii, art. 4) plusieurs observations qui prouvent évidemment que la phthisie pulmonaire tuberculeuse peut guérir de deux manières : i°. par la conversion de la cavité ulcéreuse résultant de la fonte et de Tévacualion de la matière tuberculeuse en une fistule tapissée^ comme toutes celles qui peuvent exister sans compromettre la santé générale , par une membrane tout-à-fait analogue aux tissus de l’économie animale saine 3 2°. par une cicatrice plus ou moins parfaite et de nature celluleuse, fibro - cartilagineuse ou demi-cartilagineuse.

C’est de celte dernière manière que guérit la demoiselle at-

Mais d’ordinaire Taffection tuberculeuse ne cède pas plus aux remèdes que les autres dégénérescences organiques : cependant on peut éloigner l’époque fatale par l’usage des moyens curatifs qui préviennent l’inflammation de ces tumeurs^ et de ceux que l’expérience a consacrés comme les meilleurs remèdes pour enrayer la dégénérescence . tuberculeuse, ou prévenir du moins les ravages qu’elle produit dans l’économie vivante. Nous nous occuperons de ces moyens lorsqu’ il s’agira des maladies héréditaires, parmi lescjuelles la phthisie pulmonaire devra occuper l’un des premiers rangs.

Morton obtenait des succès dans le traitement de cette maladie en prévenant l’inflammation des tubercules, et en empêchant ce passage redoutable de Fétat de crudité au ramollissement putride ou purulent. StolF pensait aussi qu’il fallait s’opposer à ce passage par les moyens anti-phlogistiques , et en écartant toutes les causes stimulantes.

« Qui pulmones tuherculis obsitos hahent , si

teinte de phlhisie pulmonaire dont nous avons rapporle Tob" servalion dans notre Mémoire sur les Maladies chroniques ^ pag. i44* maladie s’est renouvelée dix ans après , e! pendant la première grossesse, à la suite d’un mariage qui datait de quinze à dix-huit mois. Elle en était à la dernière période et dans un état phthisique lorsqu'elle fut subitement élouflée par la matière purulente fournie par une vomique qui s’ouvrit spontanément.

h quacumque ex occasione incaluerinty vinb^ tnbtUy » sole J atque circuituiU humorum incitarint ^ his w sœpe uniim alterum ve tiiherculum injlammatur^ >) quin propterea^, Jebre univers ali y totum corpus }) prehendente corripiantur . (^Rat, mediy tom. 1/ page 75.)

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