chapitre VI
* Maladies cancéreuses^
Nous voici aruivëâ à cet ordre de maladies orga^' niques dont le tableau épouvanté Fliumanitë, à Cause des dësordres et des ravages affreUx qu’elles font dans les parties qui en Sont le siëge, et dé l’aspect hideux (i) qu’elles ofFrenf au mëdeciii qui ëtudie leur caractère et leurs progrès^ Elles affligent encore son coeur par leur fréquence et leur incurabilité , et par les douleurs crùelles eî permanentes avec lesquelles elles a:ccompagnent leurs victimes au tambeau/
(1) Non-seulement le cancer est la nialaelre la plus cruelle* él la plus hideuse qui puisse atteindre l’humanité 5 mais il semble que la Divinité ail voulu confondre l’orgueil de l’homme en le faisant devenir la proie de ce fléau ; puisque l’une des matières morbides qui forment Tessence de cette affection^ él que l’on appelle encéphaldïde j ressemble parfaitement i
Torgan® de ses facultés intellectuelles ; à celui dont il tire uiÿ
si grand avantage, et qui l’élève d’une manière si éminenté sur toutes les auUes espèces d’étres vivans.
EECHERCHES
Que de coîisidératious pour que ces maladies aient excité dans tous les temps le zèle et les reclierclies des médecins! Combien leurs veilles ont été infructueuses I Combien de guérisons^ dé maladies prétendues cancéreuses qui ne concernaient que des maladies cjui leur étaient étrangères ! Cependant des moyens puisés dans tous les régnés de la nature ont été préconisés; des milliers de remèdes secrets ont été proposés; une infinité de métiiodes différentes de traitement ont été publiées, et cependant il faut faire ce triste aveu, que dans Fétat actuel de la science le véritable cancer est incurable. Si autrefois l’idée d’avoir auéri des mala-
dies que l’on croyait cancéreuses encourageait les médecins dans leurs travaux, aujourd’hui l’anatomie pathologique nous apprend que cette dégénérescence des organes est irrémédiable comme les autres, et que de plus ses effets sur l’économie animale sont toujours cruels par leur résultat.
C’est encore aux travaux des médecins qui s’occupent d’anatomie pathologique que nous devons cette fatale certitude, que les affections cancéreuses sont incurables, et que nous leur devons en meme temps la connaissance des caractères distinctifs des autres affections organiques avec lesquelles on les a si souvent confondues.
Les maladies cancéreuses forment une classe très-nombreuse de maladies organic|ues. Elles attaquent toute la surface externe de l’homme vivant, et principalement les parties qui sont douées d’une
très-grande sensibilité; se rétléchissant, pour ainsi dire, à l’intérieur sur les membranes muqueuses comme le fait la peau , elles se développent très-souvent sur ces sortes de membranes ; elles atteignent encore les glandes et le parenchyme des viscères* C’est sur l’organe cutané que l’on a étudié leurs caractères généraux ; les cancers externes ont été par conséquent pour les maladies cancéreuses ce, que le phlegmon est vis-à-vis des iiitlammations, c’est-à-dire le prototype des maladies cancéreuses. Ainsi le cancer cutané est, comme le phlegmon , le point de comparaison pour les symptômes caractéristiques des affections cancéreuses internes. ^
Les caractères du cancer extérieur,’ soit qu’il n’attaque la peau que* sous la forme d’une verrue ou d’un point ulcéré borné, pour s’étendre ensuite et revêtir toutes les formes du cancer, ou soit qu’il se développe sous la forme de tumeurs indolentes, pour s'ulcérer ensuite et présenter les mêmes phénomènes morbides; ses caractères, dis-je, sont de s’étendre sur les parties environnanles , de les dévorer pour ainsi dire, de fournir un écoulement sanieux et fétide, d’avoir les bords renversés , des végétations fongueuses qui pullulent sur sa surface. Couleur lardacée et noirâtre dans certains points de la partie ulcérée, gonflement variqueux des veii^s, dénudation des branches artérielles, douleurs lancinantes et cruelles, hémorrhagies fréquentes , enfin progrès de Fulcère
ÏIECHEÏICH8S
sur toutes les parties Tolsiiies qu’il envahit et convertit en sa propre substance. A ces symptômes se joignent ceux de la diathèse cancéreuse, d’où naît un épuisement qui conduit le malade autom^ beau dans un espace plus ou moins long.
^La réunion de ces caractères ou quelques-uns d’entr’eux frappent les sens et ne permettent pas de confondre les maladies cancéreuses avec d’autres analogues. Ces affections néanmoins ne présentent dans leur principe que des signes équivoques, qui peuvent les faire confondre avec d’autres tumeurs ou d’autres dégénérescences dont il est si essentiel de les distinguer, tant par rapport au diagnostic que pour le traitement.
Les caractères anatomico- pathologiques qui distinguent les maladies cancéreuses se tirent de l’examen de .la tumeur, soit après la mort du malade, soit après l’extirpation du cancer. Ainsi le squirrhe, qui est considéré aujourd’hui comme le premier degré du cancer, et la matière encéphaloïde, qui est aussi une dégénérescence qui constitue les maladies cancéreuses, olfrent des caractères distinctifs qu’il faut étudier avec le même soin que les dégénérescences tuberculeuses, dans leur état de crudité et leur état de ramollissement.
Le squirrhe, dans l’état de crudité, forme une tumeur ordinairement arrondie, avec une surface inégale, anfractueuse, d’autres fois assez unie et adhérente aux parties voisines par un tissu cellulaire
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. 2 2g
plus OU moins serré. Cette tumeur occupe d’ordinaire une glande, moins souvent une autre partie ; incisée en plusieurs sens, elle présente une substance d un blanc grisâtre ou bleuâtre, luisante, légèrement transparente, dont la densité va de la couenne de lard au cartilage.
Dans le même état de crudité , la matière encéplialoïde peut se présenter de trois manières , ou enkystée , où formant des masses irrégulières , ou infiltrée dans le tissu des organes; dans tous les cas elle est moins dure que la matière squirrheuse; elle est blanchâtre, opaque, divisée en lobules inégaux, et traversée par des vaisseaux sanguins qui fournissent quelquefois des épanchemens de sang. Cette matière ressemble beaucoup à la substance médullaire du cerveau, ce qui lui a valu le nom ^ encéphaloïde , Des lames minces de cette substance sont transparentes, mais les masses sont opaques et d’une couleur laiteuse.
Dans l’état de ramollissement, la matière squirrheuse tombe dans une espèce de fonte comme le tubercule; elle est pénétrée de sérosité, et en la comprimant il transsude goutte à goutte une matière homogène semblable â la crème; lesquirrhe alors offre de petites cavités remplies d’un liquide sanie ux.
L’encéphaloïde ramolli ressemble davantage à la substance médullaire du cerveau, surtout de celui d’un enfaiît; et â mesure que cet état augmente, on la prendrait pour de la bouillie épaisse qui
conserve toujours une teinte blanchâtre un peu rosëe. Il y a souvent alors des épanchemens sanguins qui simulent parfaitement ceux des apoplectiques dans la substance cérébrale, et Cfui sont cjuelquefois assez considérables pour avoir fait confondre ces tumeurs avec des anévrysmes.
Le caractère de ces deux sortes de tumeurs, f|ui , dans leur état de crudité , ne produisent que les maux communs aux autres affections organiques, et dépendant de la compression et de Firritation des organes, est de fournir dans leur état de ramollissement tons les signes des maladies cancéreuses. Il est donc extrêmement important de les distinguer des tumeurs qui leur ressemblent et dont les effets dans l’économie sont si différens. Le tubercule a bien quelque analogie avec le squirriie ; mais, quoique dur et friable il n’a pas la demitransparence de ce dernier ni la forme de l’encépha- 3 oïde. Les tumeurs cancéreuses diffèrent des corps fibreux, en ce cjue ceux-ci sont plus unis et offrent en outre des fibres en faisceaux et dirigées en plusieurs sens. Les caractères qui distinguent les tumeurs enkystées des cancéreuses sont que les premières , quoique fort variables par la couleur, n’offrent point la même consistance que le squirrhe ni les autres caractères de ces tumeurs. Enfin , les tumeurs cancéreuses diffèrent des autres par les caractères particuliers â cliaciine d’elles.
Un autre caractère des affections cancéreuses se tire de F influence dç ees maladies sur Fécono-?
SUR, LES MALAT3ÎES CHRONIQUES. 2^1
mie animale lorsqu’elles sont parvenues à leur dernier degré ^ c’est-à-dire, lorsque les dégénérescences organiques qui en forment l’essence sont tombées clans une fonte parfaite, et que la résorption de cette matière délétère produit les symptômes généraux cjui constituent, selon quelcjnes auteurs, la cachexie cancéreuse : tels sont la fièvre hectique, Cjui offre une marche erraticjiie et peu constante; la flaccidité des chairs, la tendance aux épanchemens séreux, le teint jaune paille, l’amaigrissement, la langueur des forces digestives; on peut y joindre les douleurs cruelles qui hâtent plus ou moins les progrès du mal suivant la sensibilité de l’organe atteint du cancer , et cpii donnent lieu à des phénomènes nerveux et ataxiques qui précipitent également la marche de la maladie.
Tels sont les caractères ejui distinguent en général les maladies cancéreuses d’autres alfections ana-
logues ; mais ces caractères supposent que le mai a déjà fait des progrès considérables; que, placé à l’extérieur, il existe uneulcérationqui frappe la vue avec tous ses traits dégoûtans; que, portant ces effets désastreux dans quelque viscère , les ravages sont avancés au point c[ue la constitutioiT a déjà ressenti la pernicieuse atteinte de la résorption cancéreuse, ou qu’enfin la victime a succombé au poids de ses souffrances pour laisser voir les caractères anatomiques du mal , ou s’est soumise au seul remède vraiment curatif, qui est l’extirpation.
N^exlste-t-11 aucun signe clans le principe^ lorsque le cancer ne présenté aucun des caractères relates, pour le distinguer des autres maladies que les auteurs ont prises pour des affections cancéreuses ou sejuirrheuses ?
Ces signes distinctifs varient suivant le siège du mal. Lorseju’une tumeur se développera au sein, comme cela arrive souvent , on jugei^a qu’elle est de nature cancéreuse, s’il n’existe pas d’inflamrmation chronique ou une tumeur due à un vice scrofuleux, laiteux ou arthritique ; si la pression n’augmente pas la douleur; si la tumeur est ineV gale, ass*ez dure, anfractueuse; si elle ne cède point aux saignées et aux remèdes appropriés aux vices désignés ; si la tumeur, après avoir été indolente, est devenue douloureuse ou lancinante; si, en un mot, le malade ou ses parens ont déjà été atteints de maladies cancéreuses. On j ugera par tous ces signes c|ue la tumeur ne provient pas d’une inflammation lente ou d’un engorgement glanduleux susr ceptible de résolution; qu’elle n’est point fibreuse, parce que cette espèce de tumeur a des formes plus unies, ne devient pas douloureuse et n’offre jamais les autres signes cancéreux.
Les caractères particuliers du cancer de Futérus , dont le siège est ordinairement fixé au col de cet organe, sont les douleurs vives et fancinantes des parties correspondantes à la matrice, un écoulement saiiieux, putride et noirâtre, l’état de mollesse pu de dureté avec sensibilité de cet organe , dér^Ut
gemens et IrregulaiHfës de la menstruation, inutilité des remèdes'anti-plilogistiques, anti-vénériens ou antl-scr;ofLileux lorsqu’il existe des symptômes qui peuventVaire croire à une inflammation chronique ou à un état syphilitique ou scrofuleux. On distinguera les tumeurs cancéreuses des corps fibreux, en ce que ces dernières ne sont pas douloureuses, ne fournissent point d’écoulement sanieux et fétide ; elles sont plus volumineuses et occasionent moins de dérangemens dans Ips fonctions et évacuations utérines.
Le cancer du rectum , lorsque le mal n’est pas encore assez avancé pour occasioner des douleurs^ cruelles et les symptômes de la cachexie cancéreuse , peut se distinguer d’une affection vénérienne ou de l’induration lymphatique du recluiu et des fesses, par les bons effets des anti-vénériens dans le premier cas, et par le succès des mèches employées selon la méthode de Desault dans le second. D’ailleurs , pour peu que le mal soit avancé lorsqu’il est cancéreux, l’amaigrissement se manifeste bientôt , et la fraîcheur se perd. Tous les remèdes employés pour résoudre l’engorgement ne font que hâter la dégénérescence ; il en sera de même du cancer du pharynx et de l’œsophage. Le mal , au lieu de céder aux anti-phlogistiques dirigés contre une inflammation lente, ou aux anti-spasmodiques employés contre la dysphagie nerveuse, fera toujours des progrès, et amènera peu a peu le cortège des sypiptômes de la cachexie cancéreuse.
L’estomac et le foie sont an^sl très-sujets aux affections cancéreuses. Les symptètues particuliers au cancer du premier de ces viscères sont le caprice de restomac pour tel ou tel aliment; le vomissement de matières aigres, et ensuite couleur de café ou de chocolat; formation de vents et constipation; tumeur plus ou moins dure et plus ou moins volumineuse, sentie dans la région de ce viscère. Inutilité des remèdes anti-phlogistiques ou antinerveux lorsqu’il peut y avoir des soupçons d’une inllammation lente de l’estomac ou d’une Castro-
dynie nerveuse.
Lorsque le mal a son siège dans le foie, indépendamment des autres signes qui sont communs à plusieurs affections chronicjues de ce viscère, on sent, en palpant l’hypochondre droit, des tumeurs arrondies et déprimées en forme de godet. Le non -succès de certains remèdes Indiqués par d’autres maladies du foie confirme le diagnostic.
Lorsque les tumeurs Du masses cancéreuses sont profondément situées dans Tune des grandes cavités du corps et quelles échappent aux recherches de la main , le diagnostic est plus obscur, et on ne peut souvent les soupçonner c[ue lorsque l’économie animale est déjà affectée par la pernicieuse inlluence de la dégénérescence cancéreuse.
On voit, par cet exposé, que les maladies qui nous occupent consistent dans une dégénérescence organique qui, comme la tuberculeuse, n’a point d’analogue dans le tissu des organes ; cpe cette
dëgënéresceiice offre deux caractères particuliers, celui du squirrhe et de la matière encëplialoïde , lesquels , dans leur ëtat de cruditë , forment le premier degrë du cancer, et dans celui de ramollissement le second degrë de cette maladie mar cliant avec tout l’appareil symptomatique de la cachexie cancëreuse.
Dans leur première période, les maladies cancéreuses se distinguent de toutes les autres dégénérescences par les caractères anatomiques dont nous avons parlé. A leur second degré on ne peut plus les confondre avec les autres dégénérescences qui ne sont pas susceptibles de ramollissement , et qui ne fournissent, par conséc[uent, jamais les symptômes généraux de la résorption tuberculeuse ou cancéreuse. Dans ce second état, on ne pourrait confondre les affections cancéreuses qu’avec les maladies produites par les tubercules , parce qu’il y a dans les unes et les autres ramollissement, fonte des tumeurs, et symptômes cachectiques. Il ne sera donc pas inutile de faire un parallèle des affections tuberculeuses et cancéreuses pour faire ressortir les différences que présentent ces deux ordres de maladies^ après avoir montré les rapports qui les rapprochent,
1°. Les maladies tuberculeuses et cancéreuses sont dues à une dégénérescence organif|ue formée d’une substance plus ou moins dure qui , dans cet état, ne produit que les désordres pro|U’es à toutes les autres dégénérescences, comme la fibreuse,,
BECHE^lCHES
graisseuse, cartilagineuse, osseuse ou enkystëe; c’est-à-dire, une compression sur les organes qui amène l’irritation , l’inflammation , la gêne dans les fonctions, ou des maladies sympathiques provenant des rapports d’un organe lèse avec un autre.
2°. Les dégénérescences tuberculeuse et cancéreuse sont susceptibles de se ramollir et de se fondre en une substance homogène , d’ou résulte l’absorption de la matière morbide et l’affection de tout le système, qui porte une profonde atteinte à la nutrition , et qui finit par devenir mortelle.
5"^. Ces deux dégénérescences attaquent de préférence le système glanduleux et lymphatique; elles se font sentir néanmoins dans tous les organes, et il n’y a pas de tissu qui ne puisse en être le siège.
4'’. Elles se montrent assez souvent dans plusieurs organes qui n’ont entre eux aucun rapport sympathique, quelquefois dans l’état de crudité dans les uns , et dans l’état de ramollissement dans les autres ; d’autres fois elles se rencontrent ensemble dans le même organe pour , former des tumeurs composées.
5®. L’expérience et le témoignage de beaucoup d’auteurs semblent prouver que si ces deux dégénérescences ne sont pas exclusives aux constitu- ^ tions scrofuleuses, du moins elles se rencontrent si souvent dans de pareilles constitutions que des médecins en ont conclu que le cancer n’est qu’une modification du scrofule, et le tubercule le pro-^ duit immédiat du vice scrofuleux.
SUR LES MiLA.DIES CHRONIQUES.
Tels sont les caractères qui ra[)proclient ces deux ordres de maladies organiques. Voyons actuellement les différences essentielles qui ne permettent pas de les confondre.
1°. Sous le rapport de la structure anatomique , le tubercule est blanc , opaque , jaunâtre ou gris; la tumeur cancéreuse offre la demi-transparence du cartilage ; elle est lardacée ou cérébriforme.
2°. Le tubercule ramolli offre une matière pultacée ou purulente qui reste dans le sac qui lui sert d’enveioppe, dont l’ouverture permet l’évacuation du liquide par les canaux excrétoires. La matière cancéreuse dans l’état de fonte produit des ulcérations qui s’étendent au loin^ offre un aspect hideux et un putrilage fétide , noirâtre ou de différentes couleurs.
5 La dégénérescence tuberculeuse affecte plus particulièrement le poumon ; elle attaque, dans une proportion infiniment moindre, les autres organes; par conséquent elle se manifeste dans un viscère dont le parenchyme est très-peu sensible. La cancéreuse affecte de |)référence les organes doués d’une grande sensibilité, comme les mamelles, la matrice, l’estomac; et le tissu cutané oîi les papilles nerveuses prédominent, comme les lèvres, le visage, le gland, etc. : aussi les douleurs vives et cruelles qui tourmentent les cancéreux ne se rencontrent point chez les personnes atteintes d’affections tuberculeuses.
becherches
4*^. Les symptômes généraux des cachexies tu»» berculeuse et cancéreuse , quoique produisant peu à peu un dépérissement mortel en portant atteinte à la nutrition, présentent aussi des caractères différens. La fièvre hectique et ramaigrissenient sont les caractères essentiels de la tuberculeuse. Cette fièvre est erratique et moins fréquente dans la cancéreuse, et quelquefois même elle est à peine sensible ; l’amaigrissement y est moins prononcé ; il y a une tendance plus manifeste aux épanchemens séreux ; les symptômes ataxiques et nerveux s’y joignent presque toujours. Le teint et la couleur de la peau sont d’un jaune paille chez les cancéreux. Les phthisiques offrent un teint blême avec des pommettes rosacées.
5®. Quoique les affections cancéreuses et tuberculeuses puissent attaquer tous les âges , néanmoins celles-ci sont plus fréquentes dans l’enfance, et se développent principalement depuis vingt jusqu’à quarante ans ; les cancéreuses se manifestent, au contraire, de quarante à soixante; elles se montrent surtout à l’âge de retour , presque jamais avant vingt-cinq ans.
6®. La suppression naturelle ou contre nature des mois chez les femmes , celle des autres évacuations sanguines, l’abus des boissons alkooliques , les passions tristes de l’âme , et toutes les causes stimulantes locales, favorisent et hâtent le développement des maladies cancéreuses. La suppression de la transpiration insensible, les aflec-
SUR LES MÂLA.D1ES CHRONIQUES. sSq
lions catarrhales , et toutes les causes favoraLles au vice scrofuleux, font développer ou favorisent la marche des maladies tuberculeuses.
Peut-on guérir un véritable cancer?
Il n’est presque pas de médecin qui ne se soit flatté d’avoir eu ce bonheur , et qui ne soit dans le cas de répondre d’une manière affirmative à cette question. Si la curabilité d une maladie dépendait de la richesse des moyens proposés ou employés pour la combattre , ah î certainement le cancer serait une des maladies qui résisteraient le moins aux efforts de la médecine. Mais on dit avec raison qu’une pareille richesse est toujours stérile , et que le grand nombre de remèdes pour traiter une maladie suppose une bien faible vertu dans chacun en particulier. S’il est vrai que les dégénérescences organiques, de quelque nature qu’elles soient, sont au-dessus des secours de l’art les mieux entendus; s’il est vrai que le ramollissement de certaines dégénérescences, au lieu de les rendre plus guérissables, augmente leur danger et les rend nécessairement mortelles, nous pouvons en conclure que les maladies cancéreuses sont, dans l’état actuel de la science, absolument incurables. Les cancers guéris par les auteurs ne sont que des maladies qui offrent quelques traits de ressemblance avec les affections cancéreuses. L’inflammation chronique est celle que Ton a le plus souvent confondue avecles cancers. Cette maladie peut simuler le cancer au seiïi; à l’utérus, à l’œso-
ph âge, à l’estomac, aux intestins, et surtout aiï rectum. Voilà pourquoi les saignées ont été si souvent préconisées contre les maladies cancéreuses .
L’afFection syphilitique peut simuler le cancer n de la matrice et du rectum , et voilà le triomphe des remèdes mercuriels contre cette affection,' d’après le témoignage de quelques auteurs.
L’engorgement des glandes, sans dégénérescence squirrheuse, produit par le vice scrofuleux, dar-^ treux ou arthritique, a été combattu avec efficacité par l’extrait de ciguë , les antimoniaux et d’autres remèdes semblables, et ces remèdes ont j oui àleur tour d’une espèce de célébrité contre le cancer.
Le véritable remède de cette redoutable affection , lorsque la tumeur est accessible à l’instrument tranchant est l’extirpation. Mais pour la mettre en usage avec quelque espoir de succès, il faut quu le mal soit local et dans un seul endroit qu’il n’existe pas encore de symptômes de l’infection générale ; que la maladie se soit plutôt développée à la suite d’un coup ou d’une chute que par la propre force de la disposition cancéreuse ; que le sujet soit jeune et non encore épuisé par les souffrances , ni atteint de quelque suppression y d’évacuation sanguine. 11 faut enfin qù’il n’existe' point de vice cancéreuxhéréditaire dans sa famille,’ et qu’il n’ait point subi d’opération pour un mal semblable.
Lorsque celle - ci n’est pas admissible , l’art ne fournit que des moyens palliatifs. La diète'
blanche, un régime approprie, les exutoires, les remèdes qui diminuent la sensibilité et la mobilité nerveuse : tels sont les moyens qui peuvent calmer les souffrances , arrêter un peu les progrès du mai et retarder l’époque fatale.
CLASSE ÎV.
MALADIES héréditaires.