‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 23 sur 36 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Considérations sur V existence et le caractère des Maladies héréditaires ,

Les maladies chroniques des classes precedentes bornent leurs effets destructeurs aux individus qui en sont atteints; ce n’est que dans quelques cas rares de contagion que le mal se propage à d’autres sujets, et que le nombre des victimes devient plus considérable. Les affections héréditaires exercent non-seulement leur inlluence pernicieuse sur les malheureux qui en éprouvent les atteintes, mais elles se reproduisent encore chez les indivrdus qui reçoivent de leurs parens , avec la vie, le fatal poison qui développera un jour les mêmes maux dont leurs pères ont été affligés ; et ce germe morbide , se propageant encore dans les enfans qui naîtront dans la suite , les afl'ections héréditaires se perpétueront dans les himilles , comme les espèces, par la. voie de la génératioiio Cette considération ne saurait trop exciter le

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zèle des 'médecins pour étudier et approfondir la nature de ces affections. Elle sera plus puissante encore pour eux si on réilécliit sur ropiniâtrete de ces maladies, sur la facilité avec laquelle elles se renouvellent, et sur le peu de ressources qu’offre la médecine pour les combattre d’une manière efficace.

Les maladies héréditaires ne conservent presque plus de rapports avecdes affections aiguës : elles nous présentei^t au contraire les traits caractéristiques des affections les plus lentes. La cause qui les pro-* duit agit à l’époque où le fœtus est formé dans le sein maternel ; elle s’identifie , pour ainsi dire, avec l’organisation , et laisse des traces profondes et indélébiles dans réconomle animale. Tantôt elle fait naître, dans les sujets qui ont à peine vu le jour, une faiblesse radicale, un relâchement dans les solides , ou un vice dans quek|ue organe essentiel, cpii rendent ces frêles individus déjà valétudinaires ou en butte à des maux qui ne doivent fnjr qu’avec la vie. D’autres fois ces jeunes infortunés, quoic[ue bien constitués en apparence , portent dans certains viscères une disposition vicieuse qui , favorisée par des causes accidentelles, ou par la révolution des âges, ou se développant spontanément sans le concours d’aucune circonstance à

l’époque de la v,ie où les pères ont éprouvé les mêmes maux, produit les maladies ^héréditaires qui ont tourmenté les ascendans, dont la gravité et la terminaison seront également fêcheuses^.

Dans Tune et l’autre hypothèse ces maux ont une marche très - lente , pulscpie leur principe remonte a Fépoque de la conception , puisque leur durée est souvent celle de la vie , et que leur développement se fart d’une manière plus lente que celui des autres maladies chroniques. Si le médecin est assez heureux que d’en opérer la guérison , celle-ci n’est qu’apparente , parce que ces maladies se reproduisent avec la plus grande facilité, et forment bien souvent une chaine de maux qui n’est coupée que par quelques instans de relâche.

Les causes de ces maladies s’identifient avec les tissus organiques; la nature ne peut rien pour les détruire, excepté à certaines époques de la vie oii les révolutions qu’elle suscite font disparaître certains maux de famille en modifiant d’une manière salutaire les dispositions organicjues yicieuses. Mais cet heureux changement ne se forme que par un laps de temps considérable , ce qui a fait dire à Dumas (Doctr\ des Maladies chroniques , p. 657) que les maladies chroniques les plus opiniâtres ont leur source dans quelque disposition héréditaire.

Le caractère d’hérédité fait prendre une marche lente aux maladies qui se développent d’ordinaire avec le caractère aigu. Nous choisirons pour exeiiiplele vice vénérien ; ce vice, reçu par voie de contagion, produit la blennorrhagie^ c|ui s’annonèe avec tous les signes d’une alfection vive ; il peut aussi développer rintlamrnation du testicule, des glandes inguinales, enfin d’autre^ affections dont

la marche est assez rapide. Mais ce yice s’est-il introduit dans toute l’économie, a-t-il exercé son influence débilitante sur tout le système; son action, en un mot , a-t-elle été assez forte et assez durable sur les organes pour qu’il |)uisse être transmis des pères aux enfans; oli! alors les affections qu’il engendre ont une marche très-lente; elles présentent les traits les plus saillans des maladies chronic|ues ; ces traits sont encore plus marqués dans les maux qui paraissent chez les enfans , et cju’ils ont reçus de leurs parens comme un héritage : ces enfans sont faibles, valétudinaires, mal constitués, et sujets à nombre de maladies qui durent très-long-temps, quelquefois toute la vie si elles ne sont pas graves au point de l’abréger d’une manière extrêmement fâcheuse.

Nous ne comprenons dans la classe des affections héréditaires que les maladies qui ont une marche chronique ; nous pensons même que le caractère d’hérédité exclut celui d’une marche aiguë , et qu’il suffit cju’une maladie soit héréditaire pour qu’elle réunisse tous les -traits des affections lentes. Nous sommes donc loin d’admettre des maladies de famille parmi les affections aiguës, malgré c[ue les anciens fussent d’avis que presque toutes les maladies offrent quelque chose d’héréditaire. En cela nous embrassons l’opinion des modernes, qui n’admettent cette qualité que dans les affections chroniques, bien C|ue certains auteurs fassent une exception en faveur des maladies éruptives , telles

que la petite-vérole et la rougeole , par la raison que l’on a vu ces malatlies être plus graves clans certaines familles, et plus bénignes dans d’autres, ou se manifester deux fois chez les mêmes individus dans d’autres^familles.

Mais quelle que soit la cause de cette bizarrerie dans certaines circonstances, peut-on appeler hé-réditaires des affections aiguës cjui frappent indistinctement tous les humains? Elles ne pourraient mériter ce titre cjue dans le cas ou elles se borneraient à certaines familles. Nous aimerions autant qu’on appelât héréditaires to\\\e?>\es maladies cj[uelconques , parce que nous avons reçu de nos premiers pareils, à titre d’héritage , le triste privilège d’être sujets à tous les maux c[ui pèsent sur l’espèce humaine. D’ailleurs , la petite-vérole et la rougeole ne sont pas des maladies dont la cause essentielle tienne à un vice dans la constitution transmis dans l’acte de la génération , c|ui seul, ou favorisé par des causes accidentelles, fasse éclore les maladies dont il s’agit. Ces maux dépendent au contraire d’un virus contagieux, dont le principe héréditaire, supposé par Cjuelques auteurs, ne saurait modifier que f[ue!ques effets. Nous pensons donc, contre le sentiment de Mercurialis, que ces maladies contagieuses ne sont point héréditaires, et que nulleaffection aiguë, comme le pense Ettmuller, ne doit entrer dans la classe des maux de famille. La raison en est que les maladies aiguës n’opèrent dans les individus que des chaogemens fugaces ,

des impressions peu profondes qui ne peuvent subsister dans les organes pour être transmises ensuite d’une manière héréditaire.

Faire entrer dans la classe des maux héréditaires toutesles maladies qui affligent l’humanité , d’après l’opinion d’Hippocrate et dçs anciens médecins , ou ne regarder aucune maladie qui puisse sc transmettre dans les familles par la Yoie de la génération ainsi que la chose paraissait s’établir dans l’esprit des médecins au commencement du dixseptième siècle, opinion que voulait faire revivre le célèbre Louis au milieu, du dix-huitième , en regardant toutes les expériences acquises sur cet objet comme le fruit de la prévention et de l’ignorance , et en traitant l’hérédité des maladies de préjugés et de chimère ; voilà deux opinions également exagérées, dans lesquelles on peut tenir un juste milieu , et se rapprocher par conséquent de la vérité , en n’admettant parmi les maladies hé réditaires que celles que l’expérience de tous les siècles a fait reconnaître pour telles.

Les maladies aiguës, telles que les fièvres, les affections inflammatoires , les maladies contagieuses , et toutes celles dont la marche est active , et qui se terminent promptement par la vie ou parla mort , se développent tout-à-coup , jettent à l’instant le trouble dans les fonctions; les organes ne se trouvent affectés que d’une manière passagère , et reprennent, lorsqu’elles se sont dissipées , leur énergie et leurs fonctions , excepté

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que la maladie se prolonge et devienne clironique ; les forces vitales s’y développent avec la plus grande activité, et la scène se passe dans un court intervalle de temps , au bout duquel tout l’entre dans l’ordre' naturel. Or, dans de pareilles circonstances, les impressions de ces maladies sur les organes ne sont pas considérables, et il ne reste aucun changement dans l’économie qui puisse se transmettre des pères aux enfans comme un hé^ ritage.

Quelle différence entre ces maladies et les maux de longue durée qui , en se développant d’une ina^ nière presqu’ insensible et par un laps de temps très-considérable , peuvent facilement produire dans toute l’économie des impressions profondes, ou affecter d’une manière spéciale tel ou tel organe, ou amener des changemens morbides dans le tissu et l’irritabilité de la fibre î Lors même qu’ils semblent radicalement guéris , ces maux laissent toujours dans les individus qui les ont essuyés quelque trace profonde qui se transmet par l’acte de la génération , et d’autant plus facilement que cet acte peut s’accomplir lorsqu’ils sont parfaitement établis , chose qui ne peut jamais avoir lieu pendant le cours d’une maladie aiguë,

Quoiqu’on puisse trouver quelque chose d’héréditaire dans le plus ou moins de gravité qu’offrent les maladies contagieuses aiguës dans certaines familles, ifsuffit que ces maladies attaquent indistinctement toute l’espèce humaine pour que

ce caractère doive être considéré comme nul et tout-à-fait insignifiant ; et si la peste et d’autres maladies contagieuses font plus de ravages dans nos contrées que dans le Levant^ ne doit-on pas plutôt rapporter cette différence à l’habitude ou sont les Orientaux d’être continuellement exposés a Faction de ce poison, ce qui en affaiblit peu à peu l’énergie, comme cela arrive dans d’autres circonstances, qu’à un principe héréditaire qui aurait diminué chez ces peuples la susceptibilité d’être gravement affectés par ce principe contagieux ? L’homme ne s’habitue-t-il pas à tous les principes destructeurs pourvu qu’ils n’agissent pas tout-àcoup? Ne se familiarise-t-il pas avec tous les poisons , avec les miasmes délétères , tandis que leur impression sur celui qui n’y est pas habitué^ est souvent prompte et fâcheuse ? Faut-il, pour expliquer cela, avoir recours à un principe héréditaire ? Au reste , les faits cités par les auteurs sur l’hérédité des maladies aiguës sont si peu concluans > ils sont d’ailleurs si peu nombreux et ils ne feraient qu’une si faible exception dans notre manière de considérer les choses , que nous pouvons hardiment exclure les maladies aiguës du catalogue des héréditaires.

Mais que penser d’un médecin tel que Louis , qui, abusant de son esprit et de ses talens, voulut , dans un écrit académiqué , fronder l’opinion de tous ses devanciers , et faire rejeter un fait que la raison et l’expérience font admettre naturellement?

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Si les mallieiiFeux exemples qui se répètent tous les jours sous les yeux des praticiens les moins exercés , n’attestaiçnt d’une manlèref rappa nte V intliience d’un principe héréditaire dans les maladies, puisque l’on volt bien souvent la manie jeter l’opprobre dans certaines familles , l’épilepsie en tourmenter d’autres d’une manière effrayante pour les conduire ensuite dans la tombe ; la phthisie moissonner successivement la tige et tous les rejetons ; la goutte prolonger les souffrances dans les familles pendant une série de générations ; ne devrait-on pas conclure que ces affections peuvent exister en voyant les ressemblances frappantes chez les pères et les en fans , tant pour la stature, la taille, la proportion d’une partie du corps relativement au tout, que pour la régularité des traits , le teint , les gestes , le son de la voix, le chant ; ou pour les fonctions intellectuelles, les défectuosités , et les vices extérieurs de conformation? Ces vices forment déjà une partie des maladies héréditaires en question , et leur existence ne doit-elle pas faire soupçonner que pareils vices de structure et de conformation se ren contrent aussi à l’intérieur ? Et en frappant tel ou tel viscère, ne doivent-ils pas rendre raison des infirmités héréditaires qui passent des pères aux en fan s ?

Si ces vices ne se montrent pas dans certaines circonstances ou s’ils ne tombent pas sous les sens , surtout lorsqu’ils frappent le système nerveux, dont

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la structure^ les fonctions et les maladies sont un mystère pour nous ^ il n’en faut pas moins les supposer lorscju’on voit plusieurs générations d’une meme famille être atteintes de suite ou à quelcfues intervalles de la même maladie , sans qu’on puisse la rapporter à d’autres causes qu’à un vice héré-

ditaire.

*Les faits physiologiques et pathologiques qui prouvent l’existence des maladies de famille sont en si grand nombre et forment une masse de preuves si convaincantes pour persuader les plus incrédules , qu’ep vérité on n’a pas besoin de recourir à celles qui , quoique de quelque poids pour faire croire à la chose , peuvent néanmoins être rapportées à d’autres causes : tels sont la couleur des nègres et des blancs, les vices rachitiques c[ui détériorent la constitution et la taille des habitans des régions polaires ; tels sont les qualités opposées dont jouissent les peuples des régions tempérées , le tempérament phlegma tique des

Américains , et le tempérament bilieux des habi-

tans de l’Afrique; tel est encore le goitre des montagnards, la stupidité de certains peuples et la supériorité de génie et d’imagination des Européens et des Asiatiques sur les autres peuples de la terre. Toutes ces qualités tiennent infiniment plus à l’influence du climat, du sol, de la position des villes^ et autres circonstances pareilles, qu’à un principe héréditaire. Car si les qualités physiques ou morales , ou certains états morbides diminuent et

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cessent ensuite à mesure que les habitans criin certain pays cliangent de climat pour se fixer sous un ciel dont les qualités sont opposées , il est évident que r influence héréditaire n’en est pas la cause principale, parce que les effets primitifs se perpétueraient daiisdcs familles en changeant de climat ou en se soustrayant aux causes accidentelles qui auraient produit les qualités dont il s’agit. ' ‘

Les auteurs fourmillent de faits plus ou moins curieux qui prouvent l’influence héréditaire dans nombre de générations; et s’il fallait en rapporter ici, on ne serait embarrassé que sur le choix. Chat]ue praticien est a même d’en observer ; l’expérience est féconde a cet égard.

Morgagüi cite le cas d’une famille oii trois enfans étaient sourds et muèts de naissance. Nous avons fait la même remarque dans une famille oii le père et la mère jouissaient pourtant du sens de l’ouïe et de la faculté de parler.

Nous avons rencontré dans une autre famille trois enfans atteints de la cataracte de naissance. La mobilité de l’oeil était si forte chez ces individus que l’on ne crut pas devoir les opérer jusqu’à un âge plus raisonnable. Nous avons connu trois frères devenus entièrement chauves depuis l’âge devingtcinq ans : ils perdaient leurs cheveux sans cause manifeste. Un oncle dans leur famille avait éprouvé la même perte à cet âge.

Mais enfin s’il n’existait pas de maladies héréditaires , les médecins de tous les siècles auraient-ils

observe des faits qui doivent les faire admettre , et auraient-ils prononcé des sentences qui expriment ^combien ils étaient persuadés de leur existence ?" Hippocrate aurait-il a vancé C[ue les enfans apportent en naissant la force et la constitution de leurs pères ; qu’ris peuvent être mutilés comme eux ; que la gibbosité et la distorsion des os des membres inférieurs est hérédi taire ; que les tempéramens se transmettent comme un héritage ; que l’homme froid et pituiteux engendre des enfans comme lui, et que la bile prédomine chez celui cpii descend d’un père bilieux ; qu’un poitrinaire fournit des victimes à la phthisie ; qu’ enfin toutes les qualités morbides passent par la voie de la génération, parce que la semence vient de toutes les parties du corps , et que toutes les maladies quelconques peuvent acquérir un certain degré d’hérédité? Horace aurait-il dit que chaque espèce offre des traits et des qualités de sa race ; Sennert , que ceux qui ont quelque vice dans le foie et l’estomac le transmettent à leurs enfans; Hoffmann, que la faiblesse et les vices des viscères sont héréditaires, et que tous les maux qu’engendrent les vices de la fibre le sont aussi ? Baillou aurait-il assuré que les enfans reçoivent de leurs pères les maladies comme un héritage, et qu’elles se perpétuent ainsi dans les familles? Van-Swiéten aurait-il soutenu que des milliers d’observations prouvent cette transmission ; et Fernel , que le père comrau-^ nique à son enfant, an moyen de la semence, 1^

maladie dont U est atteint lorsqu’il engendre ; et enfin Stalil , qu’il existe une disposition héréditaire pour certaines maladies?

Nous ne .crotyons pas nécessaire de distinguer , les maladies héréditaires proprement dites, c’està-dire > dépendant d’une disposition yicieuse des organes qui se transmet .des pères aux enfans , de celles e[ui se communiquent au foetus dans le sein maternel , et qu’on a appelées morbi çonnati, parce que les îvices et dispositions. organiques s’impriment également d’une manière profonde dans l’un et rautre cas ; les, impress ions des uns et des autres sontaussi durables et les maux qui en résultent aussi fâcheux et opiniâtres. D’ailleurs, la mère communique à l’enfant les dispositions morbides qu’elle q3ortaitiav-ant l’époque de la conception, aussi-bien •que les mauxalont elle est travaillée lorsque l’embryon est formé dans son sein. Sous ces rapports , par conséquent, cette. distinction devient inutile.

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