CHAPITRE III
Quelle est la cause générale des maladies
héréditaires?
Nous n’entendons point parler ici de cette cause qui dérive de la faculté qu’a l’homme de transmettre par la voie de la génération ses infirmités â ses descendans , et qui est véritablement la source de toutes les maladies héréditaires. Nous ne chereheroîis pas non plus par cjuels moyens et comment cette transmission a lieu , parce que cette recherche serait tout-à-fait infructueuse (i); mais
(i) Faudra-l-il expliquer oetie Iransniission hercdilaire, avec Edmond ou Dermufius de Meora ( Ptï/â. /iércV///. ) , par des sek fixes qui se déposent dans le sperme des parens dans les
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. :26r
de ce qu’on ne peut expliquer une chose faut-li en nier l’existence , ainsi que Font hiit certains médecins pour l’objet cjui nous occupe ? Tout n’estil pas mystère dans la nature? Savons-nous de quelle manière s’exécutent les fonctions du système nerveux ? comment l’estomac digère les aîimens ? Connaissons - nous la nature des virus et l’essence des causes morbides? Cette connaissance nous échappe, et il ne nous est permis que de connaître les effets. Voudrions-nous en savoir davantage sur le mystère de la génération ? Les faits déposent que les deux sexes contribuent à la formation de l’embryon; puisc|ue, après son développement, il ressemble, par les formes, la figure et autres cjualités sensibles , aux êtres qui
maladies goutleuses pour se Iransmellre aux desceudans? Et , pour d’autres maladies, faudra-t-il supposer avec le même auteur d’autres qualités fixes de constitution ? Serons-nous plus avancés si nous admettons avec Van-Helmon! des caractères idéaux qui s’impriment dans toute l’économie, et qui transmettent leur cachet dans i’arcliée séminal, dasis les esprits vivifians du sperme, cachet qui restera imprimé dans le fœtus jusqiéà ce que le développement de l age réveille les idées ou traces de goutte ou de telle autre maladie héréditaire?
Les explications données par Stahl au moyen d'un agent spirituel qui organise le corps dans la même proportion que celui du père où il habile^ et par F. Hoffmann, à Taide des êbranlemens particuliers des molécules spermatiques des diverses parties du corps qui conserve les vibrations vitales dans les fœtus qu’elles construisent, sont-elles plus satisfaisantes?
ont contribué à son organisation. Cette ressemblance est incontestable, puisque nous trouYons clans l’enlant les cjualités physiques et morales des auteurs de ses jours ; elle nous suffit donc pour être persuadés que le mâle et la femelle ont contribué â sa formation, soit que Ton suppose, d’après Hippocrate, un mélange intime de la semence des deux sexes (i), ou que l’on xeuille admettre un germe fourni par la femelle et xixifié par la semence du mâle; ou bien des animalcules provenant de l’un et de l’autre. Et si l’homme et la femme contribuent à la formation de l’embryon, sera -t- il étonnant qu’ils y contribuent dans certains cas d’une manière fâcheuse, c’est-à-dire, en lui fournissant des élémens. arganic|ues viciés , affectés d’un levain morbide et c[u’ils lui transmettent les effets qui résultent d’une pareille lésion dans l’économie animale ?
Notre objet est de rechercher dans ce chapitre si toutes les maladies chroniques C[ue nous avons énumérées dans celui qui précède et que l’expérience a démontré se reproduire dans les familles,
(i) Un défaut essentiel dans le syslèine de génération du père de la médecine^ au sujet du niélange des semences, c’est qu’il ne peut rendre raison de ce qu’un sujet mutilé engendre des enfans raiinis de tous leurs membres. Ce fait prouve d’ailleurs que la nature tendà se rectifier et à revenir au moule primitif. S’il n’en était ainsi que deviendrait l’espèce humaine? les maux héréditaires i’aceableraient et finiraient par la dé- IruircN
sont si differentes les unes des autres, comme elles paraissent l’être au premier aJ3ord , qu'on ne puisse les rapporter à une cause commune d’où elles sembleraient naturellement découler. '
Le célèbre médecin de Paris, le docteur Portai {Mémoire sur les jnaladies de famille) , que nous avons déjà cité, a trouvé, en approfondissant l’étude de ces affections , et en s’éclairant du llambeau de l’anatomie pathologique, que les maladies héréditaires, cjuoiqu’offrant en apparence des différences essentielles à cause de leur nature et des systèmes d’organes qu’elles affectent, et d’autres caractères distinctifs, se rapprochent néanmoins sous beaucoup d’autres rapports ; qu’elles dépendent d’une cause commune, et que cette cause est le vice sci'ofuleux.
Voici les faits dont s’étaie notre auteur : la plupart des maniaques et des épileptiques ont une conformation extérieure du crâne qui tient du rachitisme. La configuration de la poitrine des phthisiques , par la mauvaise conformation des cotes , des clavicules et des épaules , tient aussi de ce vice. Or, ce mal est l’effet du vice scrofuleûx, surtout dans les maladies héréditaires. Le cerveau des maniaques, des épileptiques et des apoplecti- / ques d’origine , qu’ils aient les os déformés ou non', est toujours plus ou moins endurci par des matières stéatomateuses , comme il l’est chez les scrofuleux. Cet endurcissement est surtout remar-
quable à la moelle allongée. On trouve des en--
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dureissemeiis dans le cerveau et les viscères de la poitrine et du ventre, avec des engorgemens des glandes lymphatiques, dans des sujets maniaques morts d’apoplexie, dont les parens avaient eu les memes maladies sans vice de conformation du crâne. Pareils vices se rencontrent dans le cerveau des enfans morts de la dentition,* mêmes alterations dans les poumons de ceux qui périssent de la phthisie pulmonaire, Les phthisies du foie et du mésentère sont également produites par des concrétions de même nature. Souvent ces mala-rdies héréditaires se remplacent dans les familles. On voit dans la. même famille un enfant maniaque , l’autre épileptique, ou le même individu, atteint de Tune et tantôt de l’autre, pénr d’aporplexie : ce qui prouve que la même cause produit ces maladies. On observe des hydropi si es de poi^ trine et d’autres épanchemens chez des sujets qui montrent Jes mêmes dégénérescences morbides ; et ces sujets auraient pu périr de la phthisie pulmonaire. Les mêmes causes donnent lieu à l’hémoptysie. L’auteur parle de bossus dans des familles phthisiques qui ont échappé à la consomption ; il en conclut que ces concrétions sont la^ cause la plus commune et la mieux connue des maladies héréditaires , et qu’elles dépendent du vice scrofuleux; et parce vice il entend non-seulement çe principe morbide qui agit sur le système lymphatique et qui se montre avec ses formes extérieures ; mais encore cette cause morbifique qui
affecte le mésentère ou c[ul produit des engorgemens lymphaticfues dans la plupart des viscères.
M. Portai prouve, de la manière suivante, les rapports de Fastlime, de l’hydropisie, de la goutte . et de la pierre avec le vice scrofuleux, cj[üi sont moindres pourtant qu’avec les maladies ci-dessus, parce qu’elles sont moins héréditaires. L’asthme se rencontre souvent avec des concrétions diverses , du poumon, des glandes lymphatiques, bronchiques, et une mauvaise configuration de la poitrine. Pareilles concrétions se montrent dans les divers organes de ceux qui succombent à l’hydropisie. Les os des rachitiques et des goutteuxont des rapports sensibles; le rachitisme et la goutte ont aussi des analogies frappantes ; très - souvent le même' indi-? vidu est victime de ces deux maladies.
Ainsi , d’après notre auteur, les maladies héréditaires, telles que le rachitis , la phthisie pulmonaire , l’épilepsie et autres maladies du cerveau , surtout lorsqu’il existe une mauvaise configuration du crâne, sont le produit immédiat du vice scrofuleux. L’hydropisie, l’asthme, la goutte et la pierre en dé]3€ndent aussi, quoique d’une manière moins directe.
Nous avons été frappé , dans F étude des maladies chroniqnes, mais surtout pour ce qui con- i cerne les héréditaires , (’e trouver dans la plupart des malades un habitus scrofuleux , des signes plus ou moins évidens d’engorgemens glanduleux, 4’engoueiïient et -d’obstructions des viscères ; des
KECHEP.CHES
alterations pins ou moins profondes dans la charpente osseuse, des changemens d’une maladie nerveuse en une autre du système lymphatique, et a)ice versâ^ mais surtout de voir des maladies , différentes en apparence , se manifester dans la même famille , ou se présenter sous diverses formes en passant des pères aux enfans ou des autres parens à leurs descendans. Et nous avons jugé comme Fauteur qui nou^ a frayé’ la route , sans pouvoir néanmoins confirmer nos remarques par Fanatomie pathologique, c[ue presque toutes les maladies héréditaires ont un grand rapport entre elles , soit qu’elles affectent le cerveau ou le système nerveux , soit qu’elles portent leur fâcheuse influence sur la poitrine , sur les viscères abdominaux , ou cju’elles soient , pour ainsi dire , répandues dans toute l’économie animale. Elles paraissent dépendre presque toutes d’un vice qui attaque le système lymphatique, dont les effets sont des engorgemens dans les glandes, des tubercules ou des tumeurs enkystées dans les viscères, ou des dégénérescences d’une nature squirrheuse ou cancéreuse ; et ce vice paraît être le scrofuleux, n’importe C[u’ll soit le produit du rachitisme , ou qu’il provienne de la syphilis introduite et propagée par génération dans les familles , et c|ui , en passant par cette filière , se dépouille de la plupart des symptômes qui le caractérisent dans son état primitif pour se montrer dans les enfans sous le$ véritables formes du rachitis ou <les écrouelles.
Nous rapporterons quelques-unes des observations que nous avons faites à cet égard dans les maladies de famille pour confirmer cette doctrine, et à l’appui des faits cités par M. Portai dans son Traité des Maladies héréditaires, et dans plusieurs endroits de son Anatomie médicale ; elles prouveront , nous n’en doutons point , que les maux de famille tiennent, en général , à une cause scrafuleuse.
Observation P®. Un homme qui avait reçu de ses parens , entre autres qualités essentielles , une excellente constitution et une santé brillante , en avait joui jusqu’à l’âge de quatre-vingt-douze ans, époque où il succomba à une phlegmasie aiguë de la poitrine. Ses enfans héritèrent de ces précieux avantages, et trois de ses fils ont poussé leur course jusqu’au-delà de quatre-vingts ans ; ils se sont trouvés tous les trois ensemble à cet âge sans infirmité grave. Mais l’aîné de ces frères ayant reçu dans sa couche une femme rachitique très-grêle et très-délicate , qui avait eu dans sa famille une parente atteinte de manie , et qui ne dut l’avantage de pousser encore assez loin sa carrière cju’aux tendres soins de sa famille; il en résulta c[ue les enfans qui naquirent de ee mariage ne jouirent que d’une santé très-équivoque , et lurent sujets à des maladies plus ou moins fâcheuses.
Deux uarcons et deux demoiselles en ont fait le nombre. L’un des uarcons a été travaillé dans son
bas âge d’une affection glanduleuse , connue sous
le nom de carreau. Son état a été tel c]ue la fièvre lente et les S3^mptômes de dépérissement faisaient présager sa^mort. Il n’a dû son salut qu’à la ciguë prise à haute dose. 11 a occupé dans l’âge mûr un rang élevé dans la marine; il a voyagé longtemps sur les mers. Des peines morales ou d’autres causes accidentelles le firent tomber dans la manie. Ce mal , quoique traité méthodiquement par un médecin habile, se termina par des convulsions mortelles dans moins d’une année.
Le frère est parvenu à sa soixantième année; il s’est également distingué par ses talens et ses qualités morales; mais sa santé est faible ; il est sujet à une affection nerveuse avec faiblesse dans l’une des jambes. Il a porté pendant cjueique temps une tumeur à la région de la rate, au défaut des faûsses côtes , qui a nécessité l’usage des remèdes appelés jondans , apéritifs ou excitans du système lymphatique.
La sœur aînée a renoncé au mariage à cause de ses infirmités. Les deux principales sont une céphalalgie nerveuse qui la tourmente périodicjuement , et un engorgement glanduleux au sein avec des élancemens , dont elle a eu le bonheur d’arrêter
cours et prévenir le cancer parles topiques sédatifs , les extraits de ciguë , de jusquiame et autres de cette nature pris intérieurement , un exutoire et un régime convenable.
La sœur cadette , douée de toutes les qualités de l’esprit et d’un physique très-agréable , a eu
de son mariage quatre enfans. L’un est mort en bas âge du rachitis. Le second a succombé dans la marine d’une maladie accidentelle ; mais il avait éprouvé les atteintes de ce mal, puisqu’il montrait dans ses jambes recourbées et dans sa charpente osseuse des marcjues bien affligeantes du vice rachitique. Les deux sœurs ont joui d’une santé assez bonne jusqu’à l’époque de leur mariage. La cadette, qui a hérité de sa mère de beaucoup d’esprit et d’une figure extrêmement agréable, a été atteinte de manie par les secousses de son premier accouchement , qui a été fort laborieux. Cette maladie , traitée méthodiquement , a cédé dans quelques mois à l’usage des remèdes. Elle s’est renouvelée au bout de six ans, à l’époque de la mort de sa mère , qu elle chérissait tendrement ; et cette position fâcheuse faisait un terrible contraste avec les brillantes qualités dont la nature l’avait douée. Cette maladie a cédé une seconde fols aux remèdes et aux secours de l’hygiène. Cette malheureuse dame a donné le jour à deux garçons, dont l’un, âgé de sept à huit ans, est atteint d’un engorgement des glandes et des articulations qui lui donne les plus vives inquiétudes. Sa sœur a une poitrine très7délicate , et qui fait craindre la phthisie pulmonaire. Elle a eu nombre d’enfans ; ceux qu’elle n’a pas nourris sont assez bien portans ; la constitution des autres est bien moins robuste. Une de ses filles, âgée de sept ans, offre des glandes aux bras et aux jambes qui sup-
RECITE!^ CÏÏES
purent ^ un engorgement lympliatique au cou, et la colonne épinière semble se dévier 'entre les épai*les. La mère de ces dames a succombé, a l’âge de cinquante ans, à une phthisie pulmonaire. Sa poitrine était délicate; elle avait, comme le frère, un engorgement à Fhypochondre gauche; lamentée lui était pénible; elle était très-sujette aux catarrhes , et c’est une affection pareille qui a développé la phthisie pulmonaire qui Fa amenée au tombeau. La mobilité nerveuse était excessive chez elle comme chez ses filles.
Qui ne voit dans cette observation les terribles effets d’une alliance suspecte ? Voilà la manie qui s’est manifestée dans trois générations de suite , quoique non en ligne directe ; des affections nerveuses, la phthisie pulmonaire , l’engorgement des viscères abdominaux , le cancer occulte devenu stationnaire , le rachitis et les écrouelles sous différentes formes. Ces diverses maladies se sont montrées successivement dans cette famille , et elles doivent sans doute être rapportées à un vice rachitique ou au vice scrofuleux , puisque l’un n’est que le produit de l’autre. La manie a atteint celui qui, dans son enfance, avait eu une maladie scrofuleuse très - grave ; la nièce éprouve deux attaques du même mal après des secousses qui ébranlent vivement le système nerveux , et elle met au monde un enfant qui montre à Fâge de sept ans le vice scrofuleux dans toute sa force. Il faut observer que le père est bien constitué et bien éloigné d’être atteint d’un pareil vice.
Observation IP. Une mère defamille, issue d’une tige oii la manie était héréditaire, jouissant d’une santé médiocre , mit au monde nombre d’enfans qui paraissaient assez robustes. La sœur de cette femme , quoique bien constituée en apparence , était sujette à l’asthme ; cette affection avait été accompagnée deux ou trois fois , chez elle , d’un épanchement séreux dans le tissu cellulaire. Les enfans de cette dernière femme étaient également nombreux ; sa fille aînée avait les facultés intellectuelles si bornées , qu’elle était presque idiote. Elle jouissait d’un tempérament lymphatique , d’un embonpoint considérable ; tout annonçait chez elle le système lymphatique fortement développé. La seconde des sœurs offrait un caractère bizarre, un raisonnement si incohérent qu’elle était bien voisine de l’état maniacjue. Enfin la troisième sœur a éprouyé, par une cause accidentelle, un accès de manie bien caractérisé , qui a cédé néanmoins aux remèdes appropriés. : ■
L’autre mère de famille a donné le jour à six garçons et une fille. L’aîné est mort à l’âge de quarante-cinq ans , portant depuis long-temps un large ulcère à la jambe , d’un caractère scrofuleux, et il a succombé à un engorgement des glandes mésentériques avec épanchement dans l’abdomen , accompagné d’une tuméfaction considérable de toutes les glandes du cou. Cet homme, quoique très-sensé dans son état ordinaire , n’était pas bien éloigné de la manie lorsqu’il se 11^
fiECHEKCHES
Trait tant soit peu aux boissons spîritueuses. Il a eu de son mariage deux garçons qui montrent parfiiitement l’habitus scrofuleux. Le second fr^^e est tombe dans l’aliénation mentale a l’âge de quarante ans, avec un caractère d’idiotisme. Son tissu cellulaire s’était infiltré d’un liquide adipeux; son mal ayant résisté aux remèdes, il est mort au bout de deux ou trois ans. Le troisième frère était bien partagé pour l’esprit et le savoir : néanmoins un état d’imbéclMlté a succédé, à-peuprès au même âge, aux qualités de l’esprit dont il était doué. Il est mort ensuite apoplectique à l’âge dequarante-cinq ans. Le quatrième est si peu sensé dans sa manière d’agir et de s’exprimer , il est si extraordinaire dans sa conduite que tout fait craindre la manie lorsqu’il sera arrivé à l’âge de ses frèi es. Il est boiteux depuis sa naissance , et vraisemblablement c’est le fruit du vice rachitique. Les autres frères n’ont rien offert jusqU’à présent de remarquable; mais la sœur, arrivée à l’âge de puberté , fut atteinte d’un engorgement glanduleux au cou, dont la diminution fut suivie d’une violente céphalalgie, et ensuite d’un état apoplectique mortel, malgré tous les moyens employés peur la sauver.
Voilà 5 à notre avis, deux observations qui prouvent d’une manière assez positive que l’aliénation mentale et certaines affections héréditaires sont tellement liées avec l’existence du vice scrofuleux,
- que l’on ne peut douter (jue ce vice n’en soit la
cause immédiate , soit qu’il agisse sur la confît guration des os du crâne, comme l’a observé M. Portai, soit qu’il développe dans le cerveau des tubercules , des kystes et autres tumeurs lymphatiques que ce vice produit dans la plupart des viscères.
\ oyons si des observations semblables nous feront découvrir les mêmes rapports avec d’autres maladies de l’encéphale, comme l’épilepsie, l’apoplexie , les convulsions et autres affections de cette nature.
Observation IIP. Une femme d’une ^classe ordinaire avait un frère qui était mort des suites de la manie. Sa santé était souvent troublée par des secousses nerveuses# Elle était également sujette à des accès fébriles. Son mari, d’une constitution médiocre, était habituellement fatigué par une ophthalmie chronique. Cette femme, arrlvéeàrâge de quarante-cinq ans, fut atfelnte de grosses tumeurs arrondies dans l’abdomen , vers la région moyenne, qui étaient probablement tuberculeuses, fibreuse^bu squirrheuses. L’ascite se déclara ensuite , et elle a vécu hydropique pendant près de vingt ans, après avoir subi plus de cent fois l’opération de la paracentèse, car dans les dernières années de sa vie on était obligé de la pratiquer presque tous les mois. A part la gêne et le poids qu’une pareille maladie donne toujours , cetîe femme semblait délivrée de ses infirmités nerveuses habituelles. La famille issue de ce couple
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hérita des maux siilvans : le garçon aîné devint éjDileptique à Fâge de vingt-deux ans^ et périt de cette maladie malgré toutes les ressources de la médecine ; la sœur aînée succomba après Tâge de puberté^ et par le défaut d’écoulement menstruel à une violente céphalalgie, suivie d’un assoupissement apoplectique. Deux autres rejetons de cette famille ont été tourmentés par une ophthalmie chronique qui n’a été palliée que par les exutoires. L’une des filles ayant contracté mariage avec un jeune homme appartenant à une famille saine, a eu deux petits enfans atteints du goitre. La femme qui fait le sujet de cette observation avait deux sœurs, dont l’une a eu de son mariage deux filles et un garçon. L’une de ces filles est également devenue épileptique à l’âge de dix-huit ans.
Dans cette famille, le vice scrofuleux ne s’est pas manifesté avec ses formes extérieures. Mais les tumeurs abdominales que cette femme a eues à l’époque ou à l’âge oii elles se développent et qui ont été comme une crise de ses maux nerveux , l’ophthalmie chronique , qui est presquê toujours scrofuleuse quand elle n’est pas vénérienne, le goitre qui a paru chez les deux garçons issus de la fille cadette de cette femme ; tout annonce que ce vice existait dans cette famille , et qu’il faut lui rapporter la manie et les deux épilepsies qui s’y sont montrées , puisqu’on n’a pas reconnu de cause accidentelle capable de les produire.
Observation IV^ Une autre femme tenait à une
SUR LES MALIDIES GHRONKJÜES.
famille qui n'ëtait pas heureusement partagée poux’ la santé. Atteinte elle-même de la teigne , de cinq ou six enfans qu’elle mit au monde, quatre étaient travaillés de ce mal. Un cinquième est cruellement maltraité par le rachitis; on voit dans sa charpente osseuse toute contrefaite les marques affligeantes de cette affection. L’un des garçons devint épileptique à Tâge de dix-huit ans. Le mal partait, comme cela arrive quelquefois, d’une jambe , et se propageant à la tête , il tombait sans connaissance» Il a résisté à toutes les méthodes de toitement. Ce garçon, épileptique depuis vingt ans, a le teint pâle , la lèvre supérieure épaisse , le tissu cellulaire lâche et épanoui; il a , en un mot, l’habitus des sujets scrofuleux.
On sait que la teigne n’est qu’une ramification des écrouelles : eh bien ! dans cette famille on rencontre cette affection du cuir chevelu , le rachitis et l’épilepsie. Celle-ci existe dans une constitution qui ne permet pas de douter que cette maladie ne dépende du vice scrofuleux.
Observation V*". Une dame, dans la famille de laquelle on remarquait des rachitiques et les apparences écrouelleuses , avait un frère extrêmement bossu et une sœur épileptique. La cause de cette épilepsie avait été attribuée à la frayeur : le mal ne finit qu’avec la vie. Cette dame, ayant épousé un homme dont la santé n’était pas mauvaise , ainsi que celle de ses parens, a eu trois enfans. La constitution de l’une des demoiselles est misé-
rable ; c’est une créature développée à demi ; le système osseux offre des traces non équivoques du rachitisme. Le garçon , quoique d’une taille avantageuse, décèle dans ses jambes très-fluettes et dans sa constitution des traces de ce vice. La seconde sœur paraît jouir d’une bQnne santé. Eh bien î cette femme est également devenue épileptique à Fâge de soixante-dix ans sans cause apparente , et on craint avec raison que le mal ne se termine par l’apoplexie.
Obsers^ation VL. Dans une autre famille oîi la sœur de la mère était morte d’un cancer à la matrice , une demoiselle mourut phthisique à l âge de dix-huit ans. Le frère aîné avait aussi éprouvé les atteintes de ce mal ; il ne dut son salut qu’aux effets du régime et à de sages moyens d’hygiène. Le troisième fut atteint , sans cause manifeste , de l’épilepsie à l’âge de douze ans, qui se termina par un accès apoplectique au bout de quatre ou cinq ans.
Observation VIL. Deux frères composaient une famille. L’un d’eux , épileptique depuis son enfance , mourut d’un accès de cette maladie à l’âge de trente ans. L’autre , quf offrait les apparences écrouelleuses , succomba à la manie , qui se déclara à l’âge de vingt-cinq ans.
En voilà sufEsamment pour constater que les maladies du cerveau héréditaires , telles que la manie, l’épilepsie, la céphalalgie et autres affections nerveuses sont bien souvent sous riiiflucnce
dmvice scrofuleux.
Il n’est peut-être pas aussi facile de prouver Faction de ce vice dans les maladies de la poi- -trine héréditaires , si l’on en excepte la phthisie de naissance, qui est presque toujours tuberculeuse , et que le témoignage unanime des auteurs et l’expérience de chaque jour apprennent être le produit du vice scrofuleux.
Le docteur Portai pense que l’asthme est également occasioné par ce vice , parce qu’il a rencontré dans les poumons des asthmatiques des tumeurs lymphatiques qui en sont le produit. Il faut convenir pourtant que la plupart des individus que l’on croit asthmatiques et atteints consé- Cjuemment d’une lésion dans les organes pulmonaires, n’ont qu’une dyspnée symptomatique occasionée par la dilatation anévrysmale du cœur. M. Broussais est porté à croire que presque tous les asthmatiques ne le sont qu’à cause de ce vice dans les organes circulatoires. Mais l’embarras de la circulation dans le poumon par une cause quelconque peut amener cette dilatation morbide du cœur , et celle-ci n’est alors que secondaire , et n’est pas la cause immédiate de l’asthme. Mais cette affection anévrysmale peut être également primitive, et développer la dyspnée asthmatique et les épanchemens séreux de la poitrine.
Voici deux observations d’asthme héréditaire qui paraissent dépendre évidemment du vice scrofuleux.
ObservationVWL^ . Trois sœurs d^un constitution
grêle , délicate, pâles , et presque toujours valétudinaires , chez lesquelles Fasthme était l’affection dominante , eurent toutes les trois des enfans de leur mariage. L’aînée , la plus asthmatique d’entre elles , eii eut deux , un garçon et une fille ; celle-ci a été continuellement sujette à la passion hystérique et à des symptômes nerveux qu’un exutoire a plus calmés que tout autre remède. Le garçon a eu des obstructions et une affection à la hanche de nature scrofuleuse. Des enfans , tous grêles et délicats , sont nés de la deuxième sœur. L’un d’eux , sujet à l’hémoptysie , est mort ensuite de la phthisie pulmonaire.
La famille de la troisième sœur a été également nombreuse^ et comme le mari a offert des symptômes d’affection lymphatique de l’abdomen , le vice scrofuleux s’est montré d’une manière plus évidente. L’aîné, d’un caractère stupide et borné, voisin de l’idiotisme, a éprouvé des éruptions croûteuses aux jambes, des signes d’engorgement des glandes mésentériques et un dépôt iroid à la cuisse par congestion. Le second, une tumeur blanche au genou terminée par l’ankylose. Le troisième, des obstructions des viscères de l’abdomen , avec épanchement lymphatique dans le tissu cellulaire des parois de cette cavité. L’une des filles, aménorrhée avec éruption de boutons aux jambes, faiblesse des facultés intellectuelles approchant de l’imbécillité. Enfin, la deuxième fille, affection
abdominale , aménorrhée , paroxysmes hystériques très-forts J simulant des attaques d’épilepsie.
Voilà une observation oii vraisemblablement le vice scrofuleux portait à la poitrine des mères pour y produire l’asthme ; et chez les enfans , il a développé des maladies nerveuses et lymphatiques d’un caractère différent en apparence^ mais qui doivent être rapportées à la même cause.
Observation IX®. Un homme âgé de cinquante-cinq ans ^ asthmatique depuis long -temps, ainsi qu’une partie de sa famille, eut sa respiration plus libre en se livrant à un exercice plus ac* tif qu’à l’ordinaire et après avoir essuyé l’engorgement et la suppuration de petites glandes cutanées duxou. La courbure de l’épine, qui gâtait sa taille, annonçait que le rachitis l’avait fatigué dans son enfance. Sa femme offre la même défectuosité et les atteintes d’un pareil vice. Plusieurs enfans sont issus de ce mariage. L’aîné , qui paraissait robuste et bien constitué, est mort à vingt-cinq ans d’une phthisie pulmonaire tuberculeuse. Le second, arrivé au même âge, et ayant offert auparavant les signes d’une diathèse scrofuleuse et d’une faiblesse des organes pulmonaires, redoute le même sort que son frère, et met en usage les moyens prophylactiques de la pulmonie pour se soustraire à cette redoutable affection. Une sœur est d’une petite taille, mal réglée, souvent malade, et manifeste les signes d’un ancien rachitisme.
Dans la plupart des observations de manie et
2So ' ^ RECHERCHES
d’épllepsie que nous avons rapportées , et qui sont dues à un vice lymphatique de nature scrofuleuse, on voit que nombre de sujets ont péri d’une affection cérébrale apoplectique. Ainsi l’apoplexie de famille dépend, ainsique la manie et l’épilepsie héréditaires, du même principe morbide; mais cette apoplexie diffère de l’apoplexie sanguine qui est due à l’influence atmosphérique ou aux causes ordinaires de cette maladie, où le sang joue le plus grand rôle, et qui est favorisée, comme la goutte, par un régime substantiel trop nourrissant et par le défaut d’exercice. L’apoplexie lymphatique héréditaire se rapproche de l’apoplexie séreuse des auteurs; les organes de la lymphe et le système osseux y sont plus lésés que le système sanguin : c’est plutôt une apoplexie asthénique que sthénique ou sanguine.
Après avoir rapporté des observations qui démontrent les rapports du vice scrofulçux avec les maladies héréditaires nerveuses, et quelques-unes de la famille des lymphatiques, nous allons en faire connaître d’autres qui montrent également r influence de ce vice sur d’autres maladies de famille.
ObsersHition X®. Une femme mal constituée, portant dans la colonne vertébrale et d’autres pièces osseuses, les marques évidentes du vice rachitique, fut atteinte, après l’âge de retour, de la cataracte et du cancer au sein' c[ui devint mortel. La fille unique de cette femme montre une dévia-
tlon du rachis qui rend sa taille extrêmement défectueuse. Elle a éprouvé plusieurs fois des maux au sein , c[ui faisaient redouter la dégénérescence cancéreuse. La nièce germaine de celte femme a succombé après vingt ans de souffrance d’un cancer à la matrice.
Ohsers>ation:l^\ Une autre femme d’une classe moyenne de la société est arrivée à fâge de quarante-cinq ans après avoir été valétudinaire toute sa vie. Le mal dominant a été chez elle une céphalalgie nerveuse qui la faisait souffrir cruellement , et dont elle s’est débarrassée au moyen d’un exutoire au bras ; elle a été sujette en outre tantôt à des accès de suffocation ; tantôt à des paroxysmes fébriles avec des symptômes nerveux ; et d’autres fois elle éprouvait des gonflemens à l’abdomen, qui cédaient aux anti-spasmodiques. Cette femme est d’un tempérament lymphatique, et, chez elle, les symptômes nerveux se sont manifestés sous toutes les formes. Elle souffre depuis quelque temps de douleurs sciatiques qui la privent de l’usage de ses jambes. Mariée depuis vingt ans et ayant épousé un homme assez robuste , elle a fait nombre d’enfans qu’elle n’a pu nourrir ; la plupart sont morts en bas âge. Ses grossesses ont toujours été pénibles et ses accouchemens laborieux. Eh bien ! tous ses enfans ont offert les marques du vice scrofuleux. Les uns ont des ophthalmies chroniques avec des taies à la cornée transparente ; un autre est atteint de l’engorge-
ment des glandes mésentériques ; mais chez une petite fdle le rachitis s’est tellement développé avec toutes ses horreurs , que cet enfant a gardé le lit deux ou trois ans, les os tout déformés, raccourcis , contournés , et cette malheureuse petite n’offrant plus dans sa taille, ainsi maltraitée , les formes d’une créature humaine. La mort est enfin venue la délivrer dé ses souffrances.
Voici Une autre observation qui démontre que les vices rachitique et scrofuleux peuvent se développer sous les apparences de dartres, et reprendre ensuite leurs formes ordinaires.
Observation XII®! Une mère de famille qui montrait dans sa charpente osseuse les traits non équivoques du rachitisme, mit au monde trois filles et un garçon .* les filles se ressentaient toutes du vice rachitique de la mère ; mais l’une d’elles en était si maltraitée que les os de l’épine, du bassin et des membres pelviens, qui étaient tous affectés, la mettaient dans un état à renoncer au mariage ; elle se maria pourtant et épousa un\omme robuste ; elle a eu aussi des filles dont les os .ont souffert du meme mal. Le garçon ne fut point rachitique, sa taille était même élégante et avantageuse; néanmoins il a été sujet toute sa vie à des dartres qui n’ont point cédé à un traitement convenable. Ayant épousé une femme qui n’ était point mal partagée pour la santé, il a eu de son mariage nombre d’enfans dont la plupart ont été rachitiques ou scrofuleux. Ces vices avaient aU
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tërë tous les os de la fille aînëe , qui en est morte à sa douzième annëe. Une autre , après avoir ëtë atteinte deux fois du carreau, a finalement succombé à cette affection. La troisième, dont la santé paraissait rueilleure , a été victime de l’hydrocéphale interne à fépoque de la puberté, par les efforts impuissans de la nature pour établir l’écoulement périodique.
Ces faits prouvent suffisamment que les dartres peuvent être d’un caractère scrofuleux ou rachitique et être d’une nature héréditaire.
Observation XIIP. Nous pouvons rapporter a une aliénation mentale par cause scrofuleuse , le suicide de deux frères qui se sont pendus à un an d’intervalle, sans avoir été portés h cet acte par aucune peine physique ou morale connue. L’un d’eux avait tenté de se noyer avant d’essayer le moyen de la corde. Ces frères n’étaient point atteints de la manie Mais le suicide, surtout sans cause provocatrice, suppose toujours un dérangement dans l’encéphale. Ces rnalheureux se ressemblaient parfaiterdent ; ils paraissaient robustes ; ils avaient la lèvre supérieure fort épaisse , le tissu cellulaire épanoui ; ils offraient les apparences écrouelleuses, sans pourtant être affectés d’engorgement glanduleux ; l’un d’eux avait été sujet au polype du nez.
Observation XIV®* M. le professeur Baumes rapporte dans son Traité du Vice scrofuleux un fait assez intéressant puisé dans Sauvages , au sujet des convulsions héréditaires produites par le vice
scrofuleux. Il s’i^git dans cette observation d’une famille où tous les enfans périssalènt des convulsions avant Fâge de six ans. La cause de ces affections était une humeur écrouelleuse répandue dans le cerveau.
Ces faits ne laissent aucun doute sur la grande influence du vice scrofuleux sur la production de toutes les maladies héréditaires. Ils confirment les observations de M. Portai et le jugement c[u’il a porté sur la nature de ces maladies. S’il fallait ajou-
ter à ces preuves d’autres faits à l’appui, nous nous étaierions du témoignage des meilleurs auteurs , qui ont écrit sur ce vice morbifique; nous verrions, d’après leur observation, qu’un très-grand nombre de maladies chroniques sont dues à l’influence de ce principe morbide , et que celles qui sont directement produites par lui passent le plus facilement des pères aux enfans.
L’illustre professeur que nous venons de citer (oui^r. sur les écrouelles ^ pag. 207) assure que de nouvelles maladies dépendant du xice scrofuleux s’établissent après plusieurs années d’une santé en apparence la plus parfaite : c’est ainsi que la pulmonie se déclare pour l’ordinaire, dans l’adolescence et l’âge viril, chez ceux qui ont été scrofuleux dans leur enfance. D’autres fois , au lieu d’affections glanduleuses, il se développe des maladies infiniment plus graves ; et, d’après Lorry, cité par le meme auteur , le terme de l’enfance n’est pas toujours celui des maux scrofuleux; il
reste toujours un levain morbide qui développé plus tard des maladies des viscères les plus graves, et qui ne laisse pas la certitude d’avoir détruit radicalement le vice scrofuleux dans le premier âge.
Le docteur Pujol ( OEu^r. dw. Essai sur le vice scrofuleux , pag. 5o à 54) pense que ce vice ne dépose pas toujours sur les glandes lymphatiques, et que très-souvent, lorsque l’énergie vitale ne peut porter à la peau ou à l’extérieur les produits de ce vice , il se développe des affections internes très-fâcheuses. Il dépose également sur les viscères suivant les époques de la vie ; il produit à un certain âge les abcès et la phthisie tuberculeuse. Après trente-cinq ans , son influence s’exerçant sur les viscères abdominaux , il en résulte des obstructions , des tumeurs de diverse nature , et des hydropisies qui résistent aux remèdes. La cause de ces maladies est ordinairement ce vice, qui s’était montré au premier âge , et qui, après un repos perfide , développe ces sortes de maux ou bien des affections squirrheuses ou cancéreuses. L’auteur conclut de ces faits que le vice scrofuleux se montre pli# fréquemment , et . fait bien plus de ravages dans les autres âges de la vie que dans l’enfance ; qu’il est l’ennemi le plus redoutable de l’espèce humaine , et qu’il fait périr â lui seul autant de monde dans les divers âges , que toutes les autres maladies chroniques ensemble.
L’opinion du docteur anglais Hamilton ( Observé on scrophoulous affections ^ etc. y 1791) est
que le vice scrofuleux est hëre'ditaii'e ; et, quoi-* que disparaissant en apparence à la puberté , il se reproduit sous diverses formes après cette époque. On lui doit la phthisie pulmonaire, écrouelleuse , Tophthalmie , et d’autres affections qui attaquent tous les âges. Le squirrhe et le cancer en sont le produit , et ne sont qu’une modification de ce vice. Il assure n^voir vu des affections cancéreuses que chez les individus qui avaient les apparences écrouelleuses. Le rachitis n’est aussi qu’une forme du vice scrofuleux.
Le docteur du Boueix (^Journ, de Méd., tom. l^XXV ) dit, au sujet de ce vice , que beaucoup de maladies rebelles en sont le produit , ou dépendent de sa complication avec d’autres maux , et que son influence a plus d’étendue qu’on ne pense.
Mais, dira-t-on , pourquoi mettre sur le compte du vice scrofuleux beaucoup de maladies qui sont l’effet du vice rachitique , ou qui sont occasionées par un principe vénérien devenu héréditaire , et d’autres fois par le vice scorbutique ?
Ces différens vices ne produisent-ils pas indistinctement .la plupart desv concrétions lymphatiques , les dégénérescences organiques observées dans les viscères , et d’autres effets morbides qui se transmettent par la génération , et qui se perpétuent de cette manière dans les familles ?
Nous avons déjà parlé des grandes analogies qui existent entre les vices sci’ofuleux et rachi-tique. Leurs effets sur l’économie animale sont à-peu-
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près les memes. Mêmes affections dans le système glanduleux et osseux , même relâchement dans les solides, développement par les mêmes causes; ils se montrent indistinctement dans la même famille. Un père rachitique engendre un enfant scrofuleux, et un père écrouelleux un enfant rachitique ; ils cèdent aux mêmes moyens d’hygiène et aux mêmes remèdes. Enfin ce sont deux rejetons de la même tige qui ne sont qu’une modification l’un dé l’autre.
Le principe syphilitique est d’une nature differeliteduvice scrofuleux lorsqu’il est récent et qu’il n’a pas encore produit dans l’économie vivante tous ses effets pernicieux ; mais lorsqu’il a agi profondément dans le système ; qu'il a porté sa funeste influence sur les appareils lymphatique et osseux, et qu’il a été transmis aux enfans par voie de génération , il se confond alors par ses effets , par ses symptômes , par les ^altérations organiques qu’il produit dans les viscères , et par la thérapeutique qu’il réclame, avec les vices rachitique et scrofuleux. C’est sous les formes de ces derniers qu’il se montre chez les enfans nés d’un père atteint d’un pareil vice ; le mercure agit alors sur lui avec moins d’efficacité , et pour être plus utile il doit être combiné avec les anti-scrofuleux. Aussi beaucoup de médecins ont cru que le rachitis dans l’enfance n’était qu’une forme du mal vénérien. Ce vice dégénéré est , selon les médecins de Fhospice de Vaugirard de Paris , l’une des formes les
plus fréquentes du rachitisme ; et celui-ci ne se serait manifesté, ou du moins n’aurait été plus fréquemment observé ^ d’après l’opinion de nombre d’auteurs, qu’à l’époque ou la maladie vénérienne aurait passé en Europe.
Quant au vice scorbutique , il a également des caractères qui se rapprochent infiniment des principes rachitique et scrofuleux. Comme eux , il produit l’atonie générale du système se développe par le concours des causes débilitantes et surtout de l’humidité de l’air. Il agit sur les os des adultes comme le rachitis sur ceux d’un enfant. Un pè*re atteint de ce vice engendre des enfans rachitiques. Selon Stoll , le rachitis est très-commun dans les pays oii le scorbut est endémique , et qui sont d’ordinaire humides et marécageux. D’après Pujol ( Essai sur le Rachitis ) , ces deux affections sont deux phases de la même maladie , et le rachitis est le scorbut du preiH-ier âge. Ce qui confirme l’analogie de ces affections et presque leur identité, c’est le traitement généralement prescrit aujourd’hui contre les vices scrofuleux et rachiticjue. Les amers et les anti-scorbutiques en font la base. L’un des meilleurs remèdes contre ces affections est le sirop anti-scorbutique du docteur Portai.
Si les vices spécifiques dont nous venons de montrer les rapports développent des affections morbides semblables ; s’ils se remplacent mutuellement; si leurs effets sur les viscères et l’économie sont les mêmes ; si le traitement qui leur convient
est base sur les mêmes moyens eiirailfs ^ ou peut les confondre sans inconvénient et en faire une seule et même cause morbide qui produit et alimente les affections héréditaires.
Mais quel est donc ce vice dont les effets sont si multipliés , qui se reproduit sous tant de formes différentes, qui infecte la plupart des familles, et y perpétue , par voie de génération , les maladies les plus cruelles et les plus fâcheuses?
Malgré les efforts des médecins les plus habiles^ la nature du vice scrofuleux nous est cachée comme le sont la plupart des causes morbides ; mais nous ne le connaissons cjue trop par ses terribles effets. Il ne faut pas s’imaginer, ainsi que Font observé des médecins judicieux et expérimentés , que ce vice n’existe dans l’économie vivante que lorscju’il se manifeste à l’extérieur par l’engorgement et la suppuration dés glandes du cou , des aines , des aisselles , ou des autres corps glanduleux disséminés sur la surface cutanée. Il se décèle ordinairement de cette manière chez les enfans , ou en se manifestant sous la forme de teigne, sous celle d’ophthalmie, d’éruptions croùteuses^ ou e.n affectant les glandes mésentéric|ues ,* car c’est cette dernière forme , selon quelques auteurs , qui constitue le véritable caractère des écrouelles , et c’est dans ces glandes que le vice scrofuleux fixe son siège de préférence.
Mais ce vice, qui est de même nature que le rachitique, puisque l’un et l’autre exeixent une in-
üuence débilitante sur toute rorganlsation, qu’ils afFectcnt les mêmes apparéils organiques , se montrent clans les mêmes circonstances , et cèdent à la même méthode de traitement ; ce vice^ dis-je ^ produit chez les enfans les affections que nous venons d’énumérer, et de plus les tumeurs blanches aux articulations , la gibbosité ou mal vertébral de Pott, affecte les os, diminue leur force de cohésion , engorge les glandes du mésentère, et produit d’autres affections analogues. Ensuite, par l’effet des âges ou par le concours de certaines circonstances , il agit sur les viscères de la poitrine , y développe des tubercules , des tumeurs enkystées qui deviennent la source de la phthisie , de l’asthme. S’il porte sm' la substance du cœur , il produit l’angine de poitrine ; il' obstrue encore le pllore, le pancréas , et développe des maladies chroniques de l’estomac ; il enfante des tumeurs squirrheuses enkystées ou tuberculeuses surlefoie, la rate , l’épipiôon , qui sont suivies de l’ascite ou d’une hydropisie générale. 11 forme des tumeurs pa-= reilîes au cerveau, d’oii résultent la manie, l’épilepsie, l’apoplexie, les convulsions, etc. Ses dépôts sur la matrice y deviennent la source d’aménorrhées ou de pertes abondantes et d’affections oi^gaïiiques plus ou moins fâcheuses de cet organe; et ces maux, après avoir porté une atteinte plus ou moins grave aux viscères et aux divers systèmes , se propagent dans les familles sous des formes qui varient, et dont la gravité est différente. * » - —
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Mais comment se fait-il que la phthisie pulmonaire héréditaire cjueFon rapporte communément aux tubercules qui sont une production du a ice scrofuleux, se développe dans certaines familles et y attaque la plupart des membres sans c|u’on aperçoive chez les individus atteints des marques extérieures du vice scrofuleux , tandis que ces signes extérieurs se rencontrent dans d’autres familles ou ce vice parait bien héréditaire sans qu’il contribue pour cela à développer la phthisie ?
Nous répondrons à cette objection , qui semble contrarier Fopinion reçue d’attribuer la phthisie tuberculeuse héréditaire au vice scrofuleux, en disant que ce vice qui se propage dans les familles par voie de génération exige encore , pour porter sa fâcheuse influence sur tel ou tel viscère , une disposition héréditaire dans ce même organe. Ainsi la phthisie pulmonaire est héréditaire dans une famille, par l’hérédité du vice scrofuleux qii i s’y transmet et s’y propage ; 2®. par une disposition héréditaire du poumon propre à telle époque de la vie à recevoir le dépôt tuberculeux qui doit produire la phthisie. On explique de cette manière pourquoi cette affection morbide se développe cln z les descendansà la même époque que chez leurs pareils, sans cause accidentelle.
Si cette disposition organique est plus particulièrement fixée aux glandes extérieures ou h d’autres viscères que le poumon , c’est là que le vice exerce ses terribles effets. Ajoutez à cette remarque que
rexeitatlon et l’action augmentées d’un organe par l’effet de l’âge, comme cela a lieu dans l’adolescence à l’ëgard du poumon , ou par la profession ^ ou par d’autres causes qui affaiblissent ou irritent ce viscère, fera déposer la matière tuberculeuse sur le poumon, et fera éclore la pbthisie pulmonaire.
La meme disposition organique existant dans le cerveau et le système nerveux, c’est dans ce département que le vice scrofuleux exercera sa pernicieuse influence, en développant les maladies nerveuses héréditaires dont nous avons rapporté queît[ues exemples. Il en sera de même de la matrice , où une pareille disposition fera développer des maladies de différent genre, et les cruelles affections propres â ce viscère.
Cette disposition héréditaire organicjue peut être modifiée , changée ou renforcée par des causes éventuelles; et on rend raison alors pourquoi le même mal héréditaire se montre chez un individu d’une famille pour épargner l’autre, se développe plutôt chez celui-ci que chez celui-là , et sévit avec tant de force contre l’un pour ne produire que de très-petits effets chez l’autre.