‹ Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et principalement sur les affections organiques et les maladies héréditairesChapitre 27 sur 36 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Traitement prophylactique des Æaladies

héréditaires.

Le chapitre qui piëcède sur le traitement des maux héréditaires , ou nous avons passé en revue les maladies de famille qui peuvent être combattues encore avec quelque espoir de succès , nous a montré qu’il n’y a que les affections héréditaires de l’enfance qui peuvent céder aux efforts combinés de la nature et de l’art : cependant celles-là mêmes résistent souvent aux méthodes de traitement les mieux combinées , et aux efforts continuels de la nature pour en opérer la solution.

Nombre d’entre elles , lorsqu’elles se développent avec un caractère grave , précipitent bienlot les jeunes malades au tombeau ouïes accablent d’infirmités dont le nombre les fait également succomber dans la suite. D’autres portent des impressions fâcheuses sur le cerveau et rendent les sujets stupides; d’autres, en affectant le système osseux , leur procurent des difformités qui leur font payer cher l’avantage d’avoir échappé à la gravité du mal ; quelques-unes laissent des marques fâcheuses , des stigmates dégoûtans qui leur font faire des réflexions pénibles; et celles enfin qui trouvent leur solution dans la révolution de la puberté, qui paraissent radicalement guéries l\

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cette époque, laissent néanmoins une débilité ra-» dicale dans l’économie animale qui prédispose à nombre d’affections graves , ou un germe de scrofule ou de rachitisme qui se communique par voie de génération , et qui se développe ensuite ches les descendans avec tous ses caractères fâcheux ; car la preuve que ce germe n’est pas entièrement détruit et qu’il n'est que réfréné par la révolution salutaire de la puberté, c’est que les individus qui ont éprouvé dans leur enfance les symptômes du rachitis ou des écrouelles et qui en sont délivrés à l’époque critique de l’âge, sont sujets dans la suite à toutes les maladies chroniques que ces vices développent dans la plupart des viscères. Ainsi de pareils individus sont atteints de l’asthme, de l’hémoptysie, de l’hydrothorax et de la phthisie pulmonaire, si des causes accidentelles fixent sur le poumon les effets de ces vices. Ils sont encore sujets à des hydropisies enkystées, â l’ascite, à des obstructions viscérales, au squirrhe du pylore, aux maladies du foie , de la rate, et au cancer de la matrice , si ; par l’effet de l’âge ou d’autres circonstances favorables, les vices en question développent dans les viscères différentes tumeurs propres à former ces maladies.

D’oii il faut conclure que , parmi les maux héréditaires , les uns , comme nous l’avons prouvé , sont entièrement incurables; les autres , sans l’être absolument, n’offrent qu’un bien faible espoir de guérison; et ceux que l’on peut se prometti e

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de combattre avec avantage, tout en paraissant susceptibles d’une guérison radicale , prédisposent néanmoins à d’autres maladies , ou se reproduisent plus tard sous des formes bien cruelles et plus fâcheuses que les premières. Si la médecine est si impuissante vis-à-vis des maladies héréditaires bien développées, ne doit-on pas faire tous les efforts possibles pour prévenir de pareilles maladies , et faire usage de toutes 4es ressources que notre art fournit pour arriver à ce résultat ?

Ces réflexions ont sans doute frappé depuis long-temps les médecins. lien est qui, véritablement philanthropes , ont fait entendre leurs cri s en proposant des moyens pour prévenir le développement de maladies qui, une fois formées > n’offrent plus aucune ressource ; mais comment concevoir que les moyens favorables pour exécuter ce projet, qui ne sont que dans les mains du législateur, n’aient pas été ordonnés par eux ? Ne pourrait-on pas faire à l’égard des maladies de famille ce que l’on exécuta pour certaines affections graves contagieuses ? Il en est de cette dernière classe qui sont presque toujours moi’telies si on attend qiour les combattre qu’elles se soient parfaitement développées. Ces maladies font alors des ravages terribles ; elles dépeuplent les cités, répandent le deuil partout , et la médecine ne peut leur opposer que des moyens impuissans : telles sont la peste, la fièvre jaune et d’autres maladies

très -graves, d’un caractère contagieux. Les médecins, les législateurs, les peuples memes savent cjue rien ne résiste à ces fléaux ; que le seul moyen de remédier à leurs terribles effets , c’est d’empêcher leur propagation et leur communication avec lés endroits non infectés.

Grâces aux sages mesures prises dans notre nation, voilà qu’un siècle s’est écoulé sans que cette cruelle maladie du Levant ait renouvelé les tristes scènes de 1720. Ces mesures consistent à mettre un frein à la cupidité, à sacrifier l’intérêt d’un seul à celui de la nation , et à écarter par tous les moyens possibles tout ce qui peut favoriser la contagion. Les mêmes moyens pourraient être mis en usage pour les maladies héréditaires. Ce n’est pas que nous supposions dans ces maladies un principe contagieux, comme dans la peste; mais noire objet serait d’empêcher que l’intérêt, la cupidité et des passions analogues dominassent là oii il ne faut consulter que le bonheur des nations , celui des familles et même des individus.

La raison, à notre avjs, qui fait négliger auxgouvernemens la propagation des maladie* héréditaires , propagation qui est bien plus funeste que celle de la peste , puisque celle-ci se borne à frapper une portion d’une nation , tandis cjue les maux héréditaires privent un grand nombre de sujets du plus g\and des trésors, la santé , jettent l’opprobe et le deuil dans une infinité de familles et qu’ils font périr une partie de la population;

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cette cause, dis-je, est qu’mie maladie contagieuse grave comme celle du Levant fait nombre de victimes à la fois, x'ëpand la frayeur et l’alarme, qui de proche en proche arrivent jusqu’à l’autorité. Ses effets sont frappans pour tout le monde et tous les inter èts se réunissent pour en arrêter les progrès ; de là les sages mesures proposées par les uns , ordonnées par les autres, et exécutées avec sévérité par ceux-ci.

Les maux héréditaires, au contraire, ne produisent point des effets si brusques , ils ne sont pas si évidens pour la multitude; que dis-je? ils sont contestés par un bon nombre et même par des médecins. Leurs effets sont lents à se développer; les ravages qu’ils produisent ne sont pas toujours aperçus , et souvent ils sont attribués à d’auti es causes qu’à un principe héréditaire. Cependant si on calculait tous les effets désastreux que produit à elle seule la phthisie de naissance dans l’espace d’un siècle, on serait effrayé du résultat, et sans doute le législateur prendrait des mesures aussi sévères pour arrêter la propagation de ce mal héréditaire , que celles qu’il prescrit pour les maladies contagieuses les plus redoutables.

Mais en attendant que ces vérités soient mieux senties, et que ceux qui gouvernent les peuples prennent des mesures efficaces pour empêcher dans les familles les progrès des maux héréditaires, nous ferons connaître dans ce chapitre les moyens qui peuvent faire atteindre ce but. Pour plus de méthode nous, diviserons en trois sections le trai-

tement prophylactique de ces maladies ; nous parlerons dans la première des moyens propres à éteindre, au moyen des alliances, le germe des maladies héréditaires. Il sera question dans la deuxième des moyens d’hygiène qui peuvent corriger dans l’enfance, depuis le moment de la naissance, jusqu’à la puberté, les dispositions héréditaires transmises par les ascendans. Et nous ferons connaître dans la troisième les moyens prophylactiques les plus efficaces pour prévenir tel ou tel genre de maladies de famille , et pour écarter les causes occasion elles qui les font éclore.

SECTION PREMIÈRE

Prophylactique des Maladies héréditaires puisée dans les alliances et les mariages.

Nous avons vu, par notre première observation sur la cause générale des maux héréditaires, qu’une femme mal constituée* et rachitique avait expulsé la santé d’une famille où elle brillait depuis long-temps , et que son union avec un homme robuste avait infecté le sang de cette famille, et donné lieu ,pendanttrois ou quatre générations , à une infinité de maladies différentes, qui toutes doivent être rapportées à l’influence du vice scrofuleux. C’est donc à cette source, c’est-à-dire, à l’époque des mariages, qu’il faut remonter pour empêcher la géiiéralion des maux héréditaires et

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diminuer la force de ceux qui existent déjà. C’est dans Tunion conjugale que le législateur devrait ‘porter un regard sévère, en privant de ces nœuds les sujets mal constitués, atteints de maladies chroniques qui, transmises à leurs descendans, deviennent pour les uns et pour les autres le sujet des larmes les plus amères.

Mais faudra-t-il exclure de la couche nuptiale tous les sujets qui offriront quelque trace de maladie de famille ou quelque disposition à en contracter dans la suite? Ah ! non sans doute, puisque nos mœurs, nos habitudes, notre genre d’éducation, et le peu de soin que l’on a mis jusqu’à ce jour à faire de bons choix dans les associations matrimoniales, ont tellement altéré la plupart des constitutions, ont tellement multiplié les maux de famille, qu’il faudrait condamner au célibat la moitié de la population. Mais sans donner trop d’extension à la mesure de police sanitaire que nous proposons, on pourrait interdire la faculté de contracter mariage aux personnes atteintes de maladies graves héréditaires , et à celles qui portent des dispositions à de pareilles maladies , qui ont fait des ravages pli^ ou moins considérables chez leurs proches parens.

Ne devrait -on pas interdire la faculté de se mariér à celui qui aurait éprouvé des accès d’aliéliation mentale qui dépendrait de quelque vice héréditaire? La même faculté ne devrait - elle pas être refusée à celui qui , quoique n’ayant

RECHEKCHES

pas encore éprouvé les atteintes de la manie , compterait pourtant des maniaques parmi ses parens , et montrerait déjà, par sa conduite et son raisonnement , une disposition très - forte à éprouver le même sort que ceux de ses ascendans , qui auraient déjà été affligés de cette triste maladie?

Devrait”On laisser la liberté de se reproduire par les liens de l’hymen à ce malheureux qui éprouve depuis son enfance les accès d’une épilepsie, ou qui, quoique encore à l’abri de ce mal, offre une parfaite ressemblance avec ceux de ses proches qui ont été victimes de cette cruelle affection ?

La loi ne devrait-elle pas interdire encore le mariage à une personne atteinte du premier degré de la phthisie pulmonaire, ou fortement menacée de cette maladie chronique, si déjà la pulmonie a répandu le deuil dans sa famille et si elle y est vraiment héréditaire ?

N’en dirons-nous pas autant d’un sujet qui ofirirait les premiers symptômes d’une affection cancéreuse , et qui appartiendrait à des parens ou le cancer, sous quelque forme qu’il se fut développé , aurait déjà fait nombre de victimes dans Tes membres d’une mênüe famille ?

Nous en dirons encore autant des individus qui ont éprouvé de terribles atteintes des vices rachitique , scrofuleux ou vénérien , dont les os ont été plus ou moins déviés, courbés et déformés; dont les articulations ont éprouvé des tumeurs blanches ou des ulcères graves et profonds; dont

la coftstltutioiî a tellement souffert des atteintes de ces vices, qu’ils ne peuvent engendrer que dessujets cacochymes, valétudinaires, disposés à toutesles maladies chroniques, et qui ne manqueraient pas de maudire leur existence et les auteurs de leYirs jours.

En empêchant de pareils sujets de monter au lit nuptial, on aurait déjà fait un grand pas pour empêcher la propagation des maladies héréditaires les plus graves , et ce serait sans doute le plus sûr moyen pour détruire le germe des maux héréditaires. Mais il reste encore une infinité de maladies qui se transmettent par voie de génération, et qui se reproduiraient encore si l’on n’avait d’autre ressource que d’interdire le mariage aux individus atteints des maux que nous venons de signaler.

Nous trouverons un second moyen pour empê-‘ cher cette transmission , en faisant épouser aux sujets en proie ou menacés de quelque maladie héréditaire, des personnes bien constituées, dont les parens ont toujours été à l’abri des maux de famille, dont la santé n’a point été altérée des suites des maladies aiguës ou accidentelles , dont l’enfance a été à l’abri des maux lents qui l’assaillissent , dont la crise de la puberté n’a pas été orageuse, et dont la constitution est telle que les changemens de l’atmosphère ou l’impression légère des causes extérieures ne produisent point d’effet morbide dans les fonctions.

Nous avons vu au chapitre troisième que le vice

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scrofuleiix-est la cause la plus generale des maladies héréditaires. Ce vice affaiblit la constitution, rend les chairs flasques , le peau blanche et délicate; il attaque ordinairement les tempéramens lymphatiques. Eh bien ! un sujet chez qui Ton soupçonnera les atteintes de ce vice ne doit point s’allier avec un sujet qui montrerait les* mêmes dispositions; car, d’après notre expérience, cette alliance, au lieu de doubler seulement les effets mo^'bifiques, les multiplie à l’infini, et fait que les enfans issus d’un mariage aussi infecté ne sont que des rejetons misérables exposés à tous les maux les plus cruels du vice scrofuleux. On doit nonseulement éviter une pareille alliance, mais on doit chercher, comme le voulaient Bordeu et ceux nui ont écrit sur cette matière, une constitution opposée à l’écrouelleuse, une constitution forte, des chairs dures , une peau brune , des cheveux noirs, un embonpoint médiocre, une figure colorée, un caractère actif et bouillant ; enfin ilfaut, comme le disait l’auteur que nous venons de citer, opposer le tempérament bilieux au tempérament lymphatique du scrofuleux.

Mais que penser de l’opinion des auteurs qui veulent unir ensemble des sujets atteints de vices opposés afin qu’ils se détruisent mutuellement, sans doute d’après cette sentence d’Hippocrate , contraria contrariis curantur? Que cette opposition soit cherchée dans les constitutions et les tempéramens, noçis somnGtes parfaitement de

SUR LES MALADIES CHRONIQUES; Sig

cet avis ^ parce c[iie par ce croisement on vient à bout de détruire des dispositions trop fortes dans r économie qui pourraient dégénérer en un état morbide si elles étaient développées ou favorisées d’une manière quelconque. Mais réunir des vices opposés, des dispositions morbides différentes, c’est s’exposer à faire éclore des maladies qui peuvent tenir de l’un et de l’autre, au lieu de les détruire par leur Union. Ainsi pour corriger les effets d’un vice héréditaire dans les enfans qui naîtront d’un mariage , il faut que la personne infectée choisisse un sujet dont la santé soit aussi bonne que possible ; que son sang soit pur , que les fonctions ne soient troublées par aucune cause maladive quelconque , et qu’il jouisse d’un parfait équilibre dans tous les organes.

Comme les maux héréditaires prennent quelquefois leur source dans l’influence du climat, dans les cjualités du sol , dans la position des vill es , la direction des vents ou le voisinage des marais; qu’ils peuvent dépendre en partie des moeurs, des habitudes et des métiers , et qu’ils sont plus communs dans certains hameaux et bourgs exposés aux influences des mêmes causes , il est évident que les 'mariages dans les mêmes endroits ne feraient qu’augmenter et perpétuer ces maux , et que leurs habitans doivent chercher des époux ou des épouses dans des pays qui offrent des circonstances opposées. Aussi , combien sage et politique est cette loi qui , chez; la plupart des na-

tions, interdit le mariage parmi les membres d’une même famille , et met des obstacles aux alliances des sujets qui tiennent d’une manière quelconque à une tige commune ! Il faudra donc que des plages maritimes on se marie dans les pays éloignés de la mer et dans les montagnes ; que l’habitant d’un pays humide , marécageux et exposé au yent du midi cherche une compagne dans un endroit sec, élevé , battu par le vent du nord; que l’habitant d’une grande ville oii l’air est continuellement chargé de brouillards ou d’émanations animales , se marie dans un bourg où l’air est pur et circule avec facilité ; qu’un ouvrier qui réside dans une ville froide et humide, comme le pesant Hollandais , contracte des nœuds avec une femme habituée à un climat chaud , sec et à l’abri des brouillards ; que celui qui , par ses occupations et son métier , ne peut faire de l’exercice^ choisisse pour épouse une femme de la campagne dont le genre de vie et les occupations activent continuellement la circulation du sang.

îl n’est sans doute permis qu’aux princes et aux grands seigneurs de chercher leurs épouses dans des climats et des royaumes éloignés et opposés à ceux cju’ils habitent : le commun des hommes n’a pas les moyens nécessaires pour faire son choix aussi loin. Mais la distance ne fait pas tout en pareil cas ; deux hameaux rapprochés l’un de l’autre peuvent offrir une position opposée, soit pour le degré d’élévation du terrain, soit pour la direction

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lies vents , soit pour le genre de travail des habi-* tans ^ soit enfin pour la nourriture et autres cir-constances ; et ces différences suffiront pour rem^ plirTobjet c|ifon se propose.

Ainsi croiser les races des hommes comme celles des animaux ^ ne point contracter des alliances ou associations matrimoniales dans les mêmes paysj chercher dans des pays éloignés ou dans le voisinage , avec les circonstances désignées, des époux et des épouses, comme le cultivateur le fait en puisant ailleurs que dans son fonds la semence' propre à rendre son champ fécond ; tels sont les moyens les plus utiles pour améliorer l’espèce, fortifier les tempéramens, et pour détruire, 'ou du moins affaiblir le germe des maladies héréditaires.

Mais que penser encore de l’opinion dn Bordeu ( Prix de V Acad, de Chirurgie , tom. Ilî ), cjui croyant, comme d’autres auteurs (i), que la cause du vice scrofuleux existe dans la semence, voulait anéantir le germe de ce vice, en mariant trèsjeunes les personnes des deux sexes? Comme une fausse théorie peut conduire à des résultats fâcheux î La semence étant l’un des fortifions les plus énergiques de f économie anima’ et étant , comme tout le prouve, la cause de cette vigueur

(i) Jiwenen cælihes strumosijîimt ; postea vero tnatrimo-^

nio curantiif. Whauton, Adenographia.

Faure embrasse le meme sentiment. ( Prix de. V Acad, de C/îiV.^tom. lit.)

KECHERCHES

et (le cet accroissement de forces qui produisélfit^ à l’âge de la puberté, la solution des maladies de l’enfance, qui tiennent presque toutes au vice rsciofuleux , comment se fera-t-il que rémission ])récoce de ce précieux liquide puisse délivrer de ce vice lymphatique, puisque ce serait le véritable moyen de s’opposer au plein développement des forces physiques, et conséquemment augmenter plutôt que diminuer la faiblesse générale et l’état atonique qui sont inséparables de ce vice ? Nous sommes convaincus, d’après cela , que la méthode de Bordeu produirait un effet tout opposé à celui que se proposait cet auteur, et que les mariages préco(!es ne manqueraient pas d’étendre, d’augmenter et de rendre plus terribles les maladies produites par les écrouelles. D’ailleurs, a-t-on observé que les célibataires et les individus condamnés par leur état à la continence soient plus sujets aux écrouelles que les autres? N’a-t-on pas remarqué .quelquefois que cette maladie devenait |)lus grave par l’effet même du mariage? Ainsi nous ne saurions admettre ce moyen comme pro- ])hy lactique des maladies héréditaires.

Les principes que nous venons d’établir au sujet des alliances pour prévenir les maux héréditaires sont reconnus de tous les médecins; ils sont même appréciés par tous ceux qui, quoique non versés dans les connaissanœs médicales, ont

été à même d’observer dans la santé des familles

fi nfluence de6 associations matrimoniales et les bons

SUH lES MALAJ)ÏE6 CHRONIQUES. 325

et mauvais effets qu’elles y exercent. Cependant il ne sera pas inutile de rapporter quelques observations qui démontrent la solidité de ces principes.

Observation P®. Nous avons connu trois frères dont le sang était infecté d’un vice lymphatique ; ils portaient des dartres plus ou moins larges à la peau ; ils étaient sujets à une ophthalmie de nature scrofuleuse , et à d’autres infirmités analogues à ce vice. L’un d’eux avait contracté un vice syphilitique qu’il avait transmis à ses enfans par voie de génération. Les infirmités produites par ces vices combinés le menèrent au tombeau.

Le second a succombé, après un traitement méthodique interne qui avait dissipé ses plaques dartre uses, à une cardialgie chronique qui dépendait sans doute d’un vice organique , et qui s’est terminée par une hématémèse mortelle.

Le troisième crachait habituellement ; sa constitution était plus fluette que celle des autres ; il est mort, quoiqu^à un âge avancé, comme son frère, d’une manière subite , d’un vomissement de sang dont il n’avait pas eu d’attaque auparavant.

Celui qui avait gagné une maladie vénérienne transmise à ses enfans , avait épousé une femme boiteuse qui avait perdu un oeil, et dont la constitution n’était pas robuste. Voici le fruit de ce mariage.

De deux filles qui n’ont pas péri dans le bas âge, comme les autres enfans, Fune est morte, à l’âge de trente ans , de la phthisie pulmonaire tuberculeuse; et la seconde, dont la taille avait été mai-

BECÎIEKCHES

traitç« par Iç vice rachitique, a succombé à Fhy-^ drpthorax, à un âge un peu plus avancé. Une seule demoiselle était issue du mariage de la première morte phthisique : toujours pâle, valétudinaire et d’une santé très-équivoque, elle a fini sa carrière à sa vingtième année, par l’effet d’une

maladie accidentelle que sa mauvaise constitution a l’en du plus grave et mortelle.

Le seçond frère ayant épousé une femme d’une petite taille , sujette ÇQmme lui aux dartres, dont un proçlie parent était atteint de manie , nombre d ’en fans sortis de çette alliance sont morts en

bas âge du rachitis. Une demoiselle bossue et toute contrefaite a poussé sa carrière jusqu’à cinquante ans; et, après nombre et nombre d’infirmités, elle e,st morte de l’hydrothorax. Un garçon qui avait été noué dans son cnfançe, d’un/e taille très-

petite, a péri à. trente ans d’une fièvre putride. Une seconde dempiselle, dernier membre de la famille,

était d ’üne. tailJle de nain, et sujette à toutes les indispositions que procure un vice lymphatique et l’aménorrhée. Elle a eu de son in.ariage avec un homme robuste deux enfans qui ont la fibre lâche, un teint pâle , une croissance lente, et qui sont le véritable modèle des constitutions altérées par les vices rachitique et scrofuleux.

Le troisième frère , dont la santé et la constitution n’étaient pas meilleures que celles des deux autres, qui avait même l’air moins robuste, s’étant allié â une femme d’un pays éloigné, d’une bonne

SUR LES MiLADIES CHRONIQUES.

constitution, et appiirtenunt a une femille liiëh partagée pour la santé, atait eu naître tfë soii mariage quatre filles et quatre garçons , tous robustes , d’une constitution coualne leur mère, cliez qui le vice scrofuleux ne semble avoir produit aU'»cun effet sensible , qui montrent sür leur figure de belles couleurs et Une forCe dans leur pliÿsiqüe telle qu’on peut k désirer. Il ÿ a eu que la sœür aînée qüî^ à la suite d’üne suppression menstruelle, a succombé à des souffl^atices rhumatismale^ et aux effets du reflux du sang à la poîtrîne. Les autres enfans sont arrivés à bâgë de trente à quarantecinq ans sans infirmité apparente.

Cette observàtion prouve sans réplique qUe tout comme une femme mal constituée et en proie à quelque mal de famille ne produit que des rejetons valétudinaires et exposés à toutes sortes de maux chroniques , de même Une femme d’une bonne constitution, d’un Sang pür, vient redresser les écarts de la nature, corriger les vices héréditaires, et détruire Ou affaiblir d’unè manière évidente le germe des maux de famille.

Observation IP. Le fils du frère aîné de l’observation précédente, qui avait été atteint du ra-chitis dans son enfance, et qui mourut à trente ans d’Une fièvre typhoïde , au lieu d’épouser , comme son père , une feïnmê travaillée de dartres et sortie d’une famille ou régnaient des maux héréditaires , contracta une alliance avec line jeune demoiselle bic

constituée , dont les])ar-ens étai

uei

5^6 RtCriËiaCHES

saine et d’une santé à l’épreuve de beaucoup d’impressions : aussi les enfans qui sont venus à la suite de ce mariage^ au lieu d’être rachitiques comme leur père, n’ont jamais éprouvé de maladie chronique. Le garçon est arrivé à l’âge de vingt ans bien dispos , robuste et jouissant d’une excellente santé. La demoiselle, aussi bien partagée que le frère, a déjà passé dans l’état du mariage; sa santé n’a jamais été troublée par aucune affection lente. Mais comme la ressemblance est plus dirigée du côté du père que de la mère , elle se ressent un peu de cette circonstance ; la glande thyroïde est chez elle d’un volume plus considérable que dans l’état naturel. Cet engorgement, qui est d’ordinaire une ramification du vice scrofuleux , prouve que ce vice s’est borné à cet effet chez elle , et qu’il a été corrigé par la bonne constitution et la santé de la mère.

Observation III®. Une famille dans laquelle les vices goutteux et scrofuleux étaient héréditaires, était divisée en plusieurs branches; les maladies chroniques qui l’ésultaient de ces vices s’y produisaient sous plusieurs formes. Dans l’une dés branches , le père , qui avait épousé une femme d’une santé équivoque, mourut à c[uarante-cinq ans d’une affection lente de la poitrine qui se termina par l’hydrothorax. L’opération de l’empyème , pratiquée au moment oii la suffocation était imminente , ne fit que reculer de deux ou trois jours l’époque fatale. Une seule fille nacjuit

de ce madagc; sa vie ne fut qu^in tissu d’ infirmités : pâle, souffrante , tantôt elle avait des glandes engorgées au cou ; tantôt la poitrine affectée faisait craindre la phthisie tuberculeuse. Dans d’autres circonstances, des tumeurs dures senties h la région du foie et Tœdème des jambes annonçaient ou présageaient Tascite; enfin elle succomba à une espèce de mélæna à Fâge de cinquante ans. Quoique mariée avec un homme assez robuste, ses enfans n’ont pas été plus heureux qu’elle pour la santé. Un garçon est mort à Fâge de huit ans d’un dépôt froid scrofuleux. L’aînée des filles a été rachitique et atteinte de la teigne. Les deux autres filles, qui^ne montraient point à l’extérieur les traces de ces vices , offrent pourtant sur leur figure une physionomie qui fait craindre pour l’avenir des maux analogues à ceux de la mère.

Dans la deuxième branche, on a vu le vice scrofuleux se montrer sous ses formes ordinaires : engorgement et suppuration des glandes du cou , tumeurs blanches aux genoux , dartres croûteuses aux membres pelviens , affection de la poitrine accompagnée de symptômes qui font craindre chez l’un des individus qui la composent la phthisie pulmonaire.

La troisième branche a fourni un célibataire d’une constitution très-grêle,* atteint d’une goutte asthénique, en proie à celte affection douloureuse une bonne partie de l’année, ayant les doigts

des mains tous crochus et déformés à cause des concrétions pierreuses de cette maladie. Ce goutteux a enfin succombé aux effets de son mal^ qui , par défaut d’énergie du principe conservateur, s’est déppsé sur les viscères abdominaux.

Le frère de ce goutteux, atteint de la même affection , souvent tourmenté par les douleurs d’une goutte asthénique , et formant la quatrième 'bran^ che de la famille en questiQu # s’unit à une femme qui habitait à une distariee de son pays. Sa constitution était forte; née de parens sains, et dans un endroit montagneux , ejle avait de belles couleurs et une santé des plus heureuses. Cette alliance vint corriger d’une manière admirable les tristes produits des vices goutteux et scrofuleux. Quatre filles et deux garçons sont issus de ce mariage. Ils ont tous ou presque tous les belles prérogatives dont jouissait leur mère. Teint rouge et fleuri , constitution robuste , nulle affection chro» nique dépendant des vices signalés ni aucune autre analogue. Ces rejetons sont tous arrivés à l’âge de trente à cinquante ans , et continuent de jouir des avantages d’une bonne santé. Ils ont tous contracté des mariages dont ils ont eu des enfans assez bien portans. Cette famille , placée à côté de celles où les vices en question ont produit et produisent encore des affections chroniques de différens genres , fait un singulier contraste à cause de la belle santé dont jouissent les membres de

SUR LES MALADIES CHBOjNIQUES,

ruïie, et l’état valétudinaire et les infirmités qui accablent les autres.

Observation IV®. Dans une autre famille qui avait été affligée de diverses maladies chroniques héréditaires, parce qu’on y avait introduit une femme appartenant à celle dont il vient d’être question , on avait vu se développer le rachitis , le cancer à la matrice , la catai-acte , le cancer au sein et une mobilité excCvSsive du système nerveux. Eh

bien ! un individu de cette même famille ayant placé dans sa couche une femme bien constituée , et d’une santé à l’épreuve de beaucoup d’accidens, a eu la satisfaction d’avoir quatre filles et un garçon qui , déjà parvenus à Fâge de trente à trentecinq ans , ne présentent non-seulement aucune trace des maladies héréditaires qui s’étaient manifestées dans la famille de leur père , mais ils offrent encore l’image de la plus belle santé.

Nous pourrions rapporter une infinité d’autres exemples pareils; tous nous prouveraient que les maladies de famille peuvent s’étendre et s’aggraver ou diminuer et disparaître, pour ainsi dire , suivant les alliances contractées entre des familles infectées ou avec d’autres exemptes de tout vice. Si un sujel; appartenant à une famille oii le vice scrofuleux y développe des maux héréditaires , s’unit à une personne affligée du même malheur, oh ! alors les maladies héréditaires y prennent un ■ accroissement prodigieux ; tous les enians ' heritcnt'dc ces afiéctions , (ît le degré du mal est -ter-

rible. Ce ne sont que de chétifs avortons toujours soufFi^ans , qui succombent à la fin à quelque maladie chronique. Si ce sujet en épouse un autre médiocrement robuste sans être atteint d’un pareil vice , les choses restent dans Fétat , et les maladies qui se manifestent chez les descendans sont en somme au même degré ^ et pour la gravité et pour le nombre , que celles de la famille affectée de pareilles affections. Mais enfin si le même sujet, surtout du sexe mâle , épouse une femme privilégiée et pour la santé, et pour la constitution, les maux de famille chez les enfans qui proviennent de ce mariage s’affaiblissent tellement que la plupart en sont à l’abri ; et ceux qui en offrent les traces n’en sont affligés que d’une manière plus douce ; leurs maux sont moins graves et cèdent plus facilement aux ressources de la médecine.

SECTION II

Prophjlactique des Maladies héréditaires puisée dans T éducation physique des enfans.

Le second moyen de prévenir les maladies héréditaires , si l’alliance dans une famille est telle que l’on cojnpte dans les ascendans d’affections graves qui se sont transmises par voie de génération, ou si les époux sont eux-mêmes d’une mauvaise complexion , ou s’ils ont contracté leur mariage malgré qu’ils fussent l’un ou l’autre atteints

àe quelque affection clironiqne , surtout si c’est la femme qui est afïligëe de quelque maladie de ce genre ; le second moyen, dis-je, est de remédier à ce grave inconvénient en élevant d’une manière convenable les enfaiis qui naîtront de ce mariage, et en faisant suivre à la femme qui doit les porter dans son sein les lois de l’iiygiène capables d’opérer une heureuse influence sur la complexion et l’organisation du foetus.

I®. Les femmes qui portent dans leurs organes une disposition héréditaire ont ordinairement une mobilité nerveuse considérable , et cette mobilité augmente dans les premiers mois de la grossesse, où les phénomènes nerveux se manifestent d’or-

dinaire. Le spasme jette le plus grand trouble dans les fonctions , et ce trouble influant d’une manière pernicieuse sur les liens délicats qui attachent le fœtus à sa mère, ce premier en doit ressentir les fâcheux effets. C’est donc vers ce point principal que doivent se diriger les vues du médecin. Il faut qu’un régime doux , tempérant et peu substantiel soit prescrit à cette époque ; il faut éloigner toutes les causes qui peuvent favoriser les phénomènes nerveux; c’est alors surtout que la femme doit s’éloigner de tous les spectacles effrayans qui peuvent produire une grande secousse dans son économie, d’où peut résulter l’avortement ou une influence des plus fâcheuses sur l’organisation de l’enfant. Toutes les nouvelles désagréables , les impressions fortes , les passions tristes de l’âme

REGHË^ÔHES

doivent être évitées avec le plus grand soin. Si les symptômes nerveux sont assez forts pour faire craindre que la matrice et le fœtus en éprouvent une constriction fâcheuse et ime surchar gesaii-guine, il faudra les calmer avec de légers sédatifs , avec les bains tièdes et autres moyens propres à calmer le système nerveux ; un exercice léger , des distractions agréables , des occupations utiles , et Féloignement de ces lieux oîi les fortes émotions ébranlent trop le système nerveux , devront être joints aux moyens en question.

Lorsque la période nerveuse de la grossesse sera passée , et que les mouvemens vitaux se feront du centre à la circonférence , il faudra favoriser ce

moyen d^expanslon par un régime un peu plus tonique et plus nourrissant. Si les Symptômes de pléthore se déclarent , une petite saignée sera utilement placée afin de diminuer l’abondance du sang dans la région utérine , et prévenir l’avortement, au lieu de le favoriser , comme le pensait Hippocrate. Mais il faudra surtout qu’a cette époque la femme fasse de rexercice , parce que les secousses du corps favorisent ce mouvement expansif, aiguillonnent l’appétit et fortifient les organes.

Les femmes des villes , chez qui toutes les 'causes physiques et morales tendent à affaiblir les solides et à ébranler le système nerveux , qui ont à redouter plus que les autres la transmission hérédi-taire des maux pour leurs enfans , doivent: pren¬

dre pour modèles les femmes de 1

a cam|';agne

qui J au milieu des travaux les plus pénibles d’un exercice continuel , et quelquefois exposées à des elforts violens et dangereux , portent néanmoins leur fruit à terme sans incommodité , et mettent au monde , dans leurs accouchemens presque toujours faciles, des enfans . robustes , bien constb tués comme elles , et moins exposés par conséquent à se ressentir des influences héréditaires. Ces femmes sont à l’abri des causes qui secouent d’une manière fâcheuse le système nerveux ; l’exercice et leurs travaux pénibles fortifient leur fibre, et par contre- coup celle de leur fruit. La transpiration continuelle dans laquelle les met leur vie active fait que toutes les excrétions sont abon-dantes, que les fluides inutiles et morbides s’évacuent , qu’il ne se forme ni stase ni engorgement interne, et la circulation, sans cesse activée, facilite le jeu des organes et l’exercice des fonctions.

C’est en suivant une méthode diamétralement opposée que les femmes des villes ont des nerfs qui jouent continuellement, que les solides se relâchent , que la circulation est languissante , que les stases humorales se forment , d’où il résulte que les enfans naissent avant terme ou qu’ils viennent faibles, mal constitués, et que tous les germes des maux héi’éditaires se développent facilement chez eux.

La nécessité de calmer les symptômes nerveux qui se manifestent dans la première période de

îa gro&ses&e , sera d'autant plus urgente , et Fat-

tention d’écarter toutes les impressions fâcheuses

qui pourraient agir sur le système , d’autant plus rigoureuse , que les maux héréditaires que l’on aura à prévenir doivent être d’un caractère nerveux : telles sont la manie , l’épilepsie, l’aptitude aux convulsions , les affections hystériques et hypochondriaques.

Quant aux moyens que nous avons recommandé de mettre en usage pendant la deuxième période , ils seront d’autant plus utiles que la constitution des époux sera faible et délicate et que les maladies que l’on aura à prévenir seront d’un caractère lymphatique. Dans ces circonstances, un exercice modéré et journalier, un régime tonique , l’air pur de la campagne , l’habitation d’un endroit sec , bien aéré , et exposé aux rayons du soleil , un sommeil modéré , des frictions sèches et un peu aromatiques, s’opposeront au développement des affections lymphatiques , ou du moins modifieront leur activité, et feront que les enfans s’en ressentiront d’une manière moins grave.

Une femme grosse doit éviter d’ordinaire toutes les causes maladives quelconques; mais ici elle devra redoubler de soins , surtout à l’égard de l’impression froide et humide 'de l’atmosphère, du froid , et du passage subit du froid au chaud , si les maladies héréditaires cjüe l’on veut prévenir sont d’une nature rhumatismale ou goutteuse. On sait combien il est utile d’entretenir

l’évacuation excrémentitlelle de ki peau , pour diminuer ou prévenir ces sortes de maux , mais principalement les affections rhumatismales.

L’enfant vient de naître : faudra-t-il, s’il est faible, mal constitué, et conséquemment fortement disposé à contracter toutes les maladies héréditaires de ses ascendans ou celles dont ont été atteints les auteurs de ses jours lorsqu’il était dans le sein desamère, le sacrifier comme le voulaient les lois des Spartiates et des anciens peuples de la Grèce, et comme le pratiquent certains sauvages , ou le laisser jouir de la vie , qui ne sera pour lui qu’une chaîne de souffrances, de larmes et de douleurs? Ah ! nos mœurs , nos lois et notre religion repoussent tine loi aussi barbare ; elles veulent au contraire, comme celles de la nature, que nous redoublions d’efforts et de zèle auprès de cette frêle machine pour la soustraire à tous les maux qui la menacent. Et qui sait, comme on la vu tant de fois , si cet enfant si grêle et si peu viable ne deviendra point , au moyen de soins bien entendus, un homme assez robuste , et surtout un homme qui SC fera admirer par ses rares talens et l’éclat de son génie?

Si l’éducation physique des enfans est une chose absolument nécessaire pour rendre les sujets forts et robustes , si cette éducation fut si soignée par les anciens , et surtout par le peuple de Lacédémone, dont la force physique était la principale qua- , lité dans l’art militaire , il faut convenir qu’elle

356 HECIIÈRCHÈS

înérite des soins tout particuliers pour prévenir les maladies de famille. C’est presque le seul moyen que fournit notre art pour empêcher que ces affections ne se dévelojjpent à l’âge où elles se montrent ordinairement.

Si c’est la femme qui a dû transmettre une dis*position héréditaire grave à son enfant , ou si elle a été malade pendant sa grossesse, ou que l’on craigne que le lait de la mère ne favorise une pareille disposition, il fout réloigner de son sein, et le confier à une nourrice jeune, forte, bien constituée, dont la libre soit sèche, le teint brun et qui habite la campagne. Il n’était sans doute pas médecin le philosophe (£'?7n7e ou Traité de V éducation) disait que la médecine était un art plus pernicieux aux hommes €|iie tous les maux qu’il prétend guérir , et qui voulait repeupler les états en faisant nourrir les enfons à leurs mères. Cette pratique est 'bon ne, elle est dans la nature et conforme à ses vœux, lorsqu’une femme peut le foire sans, compromettre sa santé et surtout celle de son nourrisson. Mais la chose doit être et devient véritablement pernicieuse quand un enfant a déjà puisé dans les entrailles de sa mère des dispositions à des maux héréditaires , et qu’il les augmente et les développe en suçant avec le lait le poison c|u’il puise dans son sein. Combien cette méthode doit dépeupler les états aii lieu de favoriser la population ! Qui ne connaît les influences d’une nourrice sur fenfaiit à qui ' elfe livre son sein?

SUR LES MÂLAniES CHRONIQUES/ SSy

noiî-seulement« elle, peut lui communiquer les qualités physiques dont elle jouit, par rapport au tempérament et à la santé , mais encore ses goûts, ses penchans et autres qualités morales. Didon disait d’Énée qu’il avait sucé le lait d’un animal fé-roce. La louve c[ui nourrit Romulus influa sans doute surson caractère cruel et farouche. Van- Helmont assure que le lait peut changer toutes les inclinations d’un enfant.

Ainsi ce fluide venant d’une nourrice c[ul évitera toutes les secousses nerveuses, qui ne sera point en proie à des passions vives, qui respirera l’air pur de la campagne , et à qui les travaux rustiques modérés seront familiers , sera, à notre avis, un excellent moyen pour modifier les dispositions organiques héréditaires contractées au mo^ ment de la génération, ou acquises après cet acte dans le sein maternel.

Cette nourrice , en lui fournissant un lait aussi précieux, doit tenir son nourrisson dans un état de propreté convenable et le laisser jouir de la

liberté du mouvement musculaire. Nous partageons l’opinion générale des médecins sur quelques inconvéniens des liens du maillot ; mais nous sommes loin de lui attribuer tous les maux sans nombre que presque tous les auteux’s qui ont écrit sur l’éducationpliysique des enfans et qui se sont répétés comme par écho veulent lui imputer. D’après eux , les contorsions des membres , l’engorgement des viscères , les convulsions sont l’ef-

538 recherches

fet de ce lien nuisible. Cependant le maillot est encore en grande vogue dans certaines contrées^ et surtout parmi les gens du peuple de la campagne , et c^est là ou les enfans sont et moins valétudinaires et mieux constitués. C’est là que nous avons vu des milliers d’enfans soumis à toutes les épreuves du maillot, et être pourtant à l’abri de tous les maux qu’on lui a attribués (i).

Comme les maladies héréditaires attaquent de préférence les systèmes nerveux et lymphatique, et que la cause des maladies de ces systèmes tient à une faiblesse radicale , au relâchement de la fibre qui engendi-e la mobilité nerveuse et prédispose à toutes les maladies du système lymphatique, et que nous avons vu que le vice scrofuleux était la cause la plus ordinaire des maux héréditaires ; et que, d’une autre part, les principaux effets de ce vice sont â’ amener l’atonie , l’engouement et le

(i) Rousseau, c^ui s’est fortement élevé contre le maillot, prétend que, dans les pays où il est en usage, on voit fourmiller les bossus, les boiteux, cagneux, rachitiques , gens contrefaits de toute espèce. Là , où il n’y en a pas , tous les lioinmes sont robustes, bien faits, etc. Selon lui, comme selon beaucoup de médecins, l’un des plus mauvais effets du maillot est de gêner le mouvement musculaire et d’empécher l’enfant de remuer. Cependant, par une contradiction manifeste, rauteur d’Emile dit que les nouveau-nés ne peuvent se mouvoir ni s’estropier : « Si on les étendait sur le dos, ils mourraient dans celte situation comme la tortue, sans pouvoir jamais se retourner. »

Sm EES MALADIES CHRONIQUES . SSg

relâchement dans tous les organes ^ de retarder le cours de la lymphe , de favoriser les engorgemens glanduleux , et que c’est principalement dans l’enfance oii cet état de relâchement et de faiblesse se rencontre plus particulièrement ; il est évident que les moyens d’hygiène propres à prévenir les maux héréditaires par une bonne éducation physique doivent rouler sur ce point fondamental de donner du ton à la fibre, et de fortifier l’économie animale par tous les moyens en rapport avec l’âge tendre dans lequel ils doivent être employés.

Il faudra donc qu’on habitue peu à peu ces frêles machines à l’air frais, que la peau soit stimulée par des frictions sèches ou un peu aromatiques , que leurs langes soient exposés à ces vapeurs , qu’on les accoutume peu à peu à des lotions fraîches , et ensuite aux bains frais et insensiblement aux bains froids (i), qu’on les accoutume encore aux vicissitudes de l’atmosphère, et qu’on prolonge autant qu’il est nécessaire l’allai-

(i) L'usage des bains froids^ dans l’enfance, pour fortifier la constilulion et pour pre'venir le rachitisme et les maladies asthéniques de cet âge, a été souvent un sujet de controverse parmi les médecins. Les uns redoutent avec raison son action sur de frêles machines , dont les nerfs sont si mobiles et si impressionnables; les autres s’étayent de l’emploi de ce fortifiant chez presque tous les peuples de l’ancien et du nouveau monde , pour donner de l’énergie au système, augmenter les forces physiqiîes et prémunir les enfans contre une infinité de.

ÎIECHERGÎÏES

tement ^ puisqu’un bon lait doit opérer un chaii-^ gement si avantageux dans la complexion des organes. Après le sevrage une nourriture légère de laquelle on bannira les farineux non fermentés, succédera au lait de la nourrice.

maiadies qui les assaillissent dans la première période de la vie. ,

Galien iveiî veut point entendre parler avant Fépoque de la puberté^ parce que^» dit-il ^ ils retardent l’accroissement. D’autres médecins se plaignent de leurs mauvais effets dans certaines circonstances^ et déplorent les tristes résultats qu’ils ont produit dans les mains de pères de famille trop faciles à suivre les conseils du philosophe de Genève.

Cependant l’usage de ces bains ne peut qu’éire fort utile ^ si on n’arrive cpie par gradation à un degré de froid suffisant pour fortifier la fibre, donner la gaîté de la chaleur et de la vigueur. D^’ailieurs, on juge que le bain froid sera salutaire si l’enfant, après être sorti de l’eau, conserve un certain degré de chaleur. Est-il froid et engourdi, après avoir été frotté, il faut discontinuer son usage, ses effets seraient dangereux.

Il n’est pas douteux que les bains froids seraient nuisibles

-Tv

et meme mortels^ si on les faisait prendre de prime-abord à une température très-froide, à des sujets mal constitués et déjà affaiblis par l’action du vice scrofuleux; qu’on ne dise pas que les Indiens de l’Amérique lavent leurs jeunes enfans à l’eau froide aussitôt après leur naissance, dans toutes les saisons del’année; ,que les Lapons trempent les nouveau -nés dans une rivière, qu’ils les plongent meme dans la glace pour les fortifier; que les Scythes, les Germains, les anciens Helvétiens étaient aussi dans cet usage , et que les Russes aujourd’hui suivent encore cet exemple; qu’on ne s’étaye pas non plus de l’ivnbilude des anciens Grecsj qui baignaient leurs eii-

SUR LES MALADIES CHRONIQUES. > 34 ï

Lorsque F enfant aura acquis assez de force [>oiif se nourrir, il faut qu’il fasse de l’exercice, parce que> c’est le meilleur moyen pour fortifier F économie, et donner du ton à tous les organes. La nature suscite chez les enfans un mouvement perpétuel, et celui qui reste tranquille est déjà malade, ou près de l’être. Cet exercice sera d’abord passif ; on les transportera ou on les traînera dans un cliarriot (i). On les laissera ensuite se rouler

fans dans Feaii glacée des fleuves , inélhode qui élait suivie en Italie avant la fondation de Rome , d’après le témoignage de Virgile :

Durum ah stirpe genus, natos ad Jlumina primum Dejerimus y sœuoque gelu durainm et imdis.

Æneid.y Ub. ix.

Mais aux dois rejetons d’une race aguerrie,

A peine nos enfans arrivent à la vie

D’un peuple vigoureux, ces mâles nourrissons

Sont trempés daAs les eaux, plongés dans les glaçons.

Tous ces exemples ne sauraient servir de règle 3 ,1a constitu» lion et les forces physiques des anciens peuples ii^élaient pas comparables aux nôtres. D’ailleurs, les Lacédémoniens, en usant d’une pareille méthode ou d’autres procédés aussi meurtriers, pour des enfans faibles et infirmes, méthode qui est encore pratiquée aujourd’hui par des hordes sauvages, arri-vaient souvent à leur but, qui était de se débarrasser de tous les sujets mal constitués, incapables de su|>porter les épreuves d’une éducation aussi dure qu’on puisse imaginer.

(1) Si l’exercice actif convient à l’enfant d’un certain âge, la gestation est utile à celui qui ne peut mouvoir encore ses membres. Il favorise le développement des organes , les enfans prennent du volume, ils acquièrent plus de force, les tissus

sur un tapis | et on leur permettra les petites épreuves que des jambes faibles et flexibles peuvent permettre. A mesure que leur machine délicate pourra supporter un exercice plus efficace , il faut qu^ils s’y livrent autant que possible et qu’on le favorise par tous les jleux d’enfant qui exigent le mouvement. Leur nourriture devra être fortifiante , leurs mets légèrement assaisonnés ; on permettra l’usage du vin et du café , et dn aura soin de limiter le temps de leur sommeil.

A mesure que les époques de la dentition et du renouvellement des dents'seront franchies , il faudra qde l’exercice soit plus fatigant. La course, le jeu de paume, du volant et autres analogues seront permis. L’usage des frictions sur toute l’habitude du corps sera continué ; ils coucheront dans un lit plutôt dur que niollet; leurs habillemens légers, excepté dans la saison rigoureuse. Il faudra qu’ils s’habituent de plus en plus au froid C[ui est un excellent tonique, et aux changemens de l’atmosphère qui, lorsqu’ils sont supportés sans inconvénient , fortifient le système et le mettent à l’abri de différentes maladies (i).

deviennent plus fermes; les enfans qui sont secoues, ballottes sont plus agiles, pleurent moins, leur coloris s’anime davantage. Une grande mollesse des chairs, un développement morbide du tissu cellulaire, la pâleur et la tristesse se remarquent chez ceux qu’on laisse dans un repos continuel.

(i) Les moyens d’hygiène proposés pour fortifier les enfans Cl les préserver des maladies héréditaires, sont utiles, quelque

SUR LES MALADIES CHROI^IQUES. s 545

Il faut éviter dans Fenfance k frayeur qui saisit facilement les jeunes têtes, qui porte dans leur imagination des impressions durables et nuisibles, les rend pusillanimes et sujets aux maladies ner^ veuses de cet âge. Combien sont dangereux pour ces jeunes sujets les contes de revenans et de sorciers qu’on se plaît à leur faire à cette époque de la vie.

Les études précoces sont toujours nuisibles aux enfans; mais elles léseraient davantage à ceux qui sont disposés à des maux héréditaires ( i). Ces études exigent le repos du corps et l’activité des facultés intellectuelles dont le développement a lieu pour l’ordinaire au détriment des forces physiques. Il faut que les enfans dont il s’agit trouvent plutôt dans l’étude un amusement qu’un travail. Elles doivent être variées et de courte durée ; il faut qu’elles soient souvent interrompues par l’exercice du corps. Il vaut mieux que les enfans apprennent moins ou qu’ils s’instruisent plus tard , et qu’ils acquièrent

soit le genre de mal qne l’on redoute , sans en excepter ,1a goutte, qui revet assez souvent un caractère sthénique. La prophylactique de cette maladie^ pour les enfans nés de parens goutteux, proposée par Stoll , repose enlièreinenl sur une méthode fortifiante. Dissert. de Arliiritid ^ cap. v,

(i) Buchan ( Méd. domest. , tom. i. ) dit au sujet des' éludes précoces , que Van-Swieten a vu des enfans devenir stupides et être sujets à l’épilepsie, à cause de la mauvaise méthode de leurs maîtres. Boerhaave et Haller ont également fait sentir les iiiconvéniens d'une éducation précipitée,

BECHERCHES

assez de force dans leur constitution pour se mettre à Tabri des maux héréditaires dont iis sont menacés, sauf de réparer dans la suite un temps perdu pour l’étude, mais si bien employé pour la santé.

Lorsque les enfans seront arrivés à cette épocjue remarquable oii la nature fait un double effort pour fortifier le système et pour rendre l’homme en état de se reproduire , il faut éviter toutes les causes qui peuvent s’opposer à cette espèce de crise. L’étude doit moins fatiguer que jamais, l’exercice sera plus utile encore. Qu’une surveillance active empêche alors cette fatale habitude qui tend, chez les jeunes gens, à contrarier. le travail de la nature , à produire une faiblesse radicale , des maux nerveux de tout genre , et favoriser, par conséquent, le développement de toutes les maladies héréditaires.

Au lieu de ces graves inconvéniens si la puberté s’établit sans orage et sans obstacle , si l’émission de la semence est renvoyée à une époque plus reculée et lorsque l’homme sera en état de se rendre aux vœux de la nature, alors la machine prendra toute l’énergie nécessaire pour diminuer et guérir les maux héréditaires déjà existans et prévenir ceux qui pourraient se manifester dans la suite.

SECTION 111

Prophylactique des Maladies héréditaires pour les sujets qui ont reçu de leurs parens des disposilions à ces maladies.

Nous avons pris Fenfant au moment qu’il a été coneu clans le sein de sa mère, et nous avons indk|ué les meilleurs moyens d’hygiène cpii doivent lui être appliqués par l’entremise de cette dernière, puique les bonnes et mauvaises impressions cju’eile reçoit se réfléchissent sur lui et fortifient ou détériorent son organisation. Nous Favons fait arriver de la naissance à la puberté , et nous avons indiqué la méthode de l’élever physicjuement pour fortifier sa constitution , l’aguerrir contre les agens extérieurs ^ et corriger en lui les dispositions héréditaires c|u’il a reçues de ses parens.

Pourra-t-on se flatter que, moyennant toutes les précautions prises et sagement exécutées à cet égard , Fenfant sera à l’abri des maux auxquels on veut le soustraire ? Les germes d’hérédité seront-ils assez faibles pour céder à ces secours d’hygiène? Les parens ou les sujets mercenaires cpii se seront chargés de son éducation physic[ue les auront-ils employés avec méthode et intelligence ?

Comme les maladies héréditaires sont de vérL tables fléaux cjui , comme les alfections conla-

gleuscs graves auxquelles nous les avons comparées , sont presque toujours incurables lorsqu’elles sont bien développées et qu’elles font plus de ravages que toutes les autres maladies chronic[ues, on ne saurait trop prendre de précautions pour empêcher leur développement , surtout si les enfans chez cjui on les redoute n’ont pas été élevés selon la méthode prescrite, s’ils ont sucé le lait de la mère , et avec lui le germe qui infecte la constitution de celle-ci ; ou , enfin , si ces memes enfans, quoique ayant été soumis à la méthode fortifiante dont il a été parlé , montrent encore une faiblesse dans leur constitution, une mobilité dans le système nerveux et une prédominance morbide du système lymphatique qui fassent craindre l’explosion des maux héréditaires que l’on redoute.

Pour mettre de l’ordre dans ce travail nous diviserons cette section en deux articles. Le premier comprendra les moyens diététiques et médicinaux qui doivent, en général, prévenir le développement des maux de famille. Le deuxième fera connaître les secours particuliers qui peuvent prévenir tel ou tel ordre naturel de maladies héréditaires.

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