CHAPITRE IL
Maladies bilieuses^ ou Affections de r Appareil hépatique.
Que Ton admette avec les anciens médecins et line partie des modernes^ que la bile pécliant par la quantité ou la qualité , est la cause dbin grand nombre de maladies aiguës ou chroniques ; ou c|ue Ton reconnaisse avec la plupart des médecins d’auc jourd’hui que toutes les humeurs du corps hu^ main, au nombre desquelles se trouve la bile, qui acquièrent une prédominance dans l’état pathologique, ne doivent cette augmentation ou leur altération c[u’à une affection particulière des organes sécréteurs , il n’en est pas moins vrai que les maladies dites bilieuses marchent ordinairement avec un caractère aigu cjuand elles ont la fièvre pour compagne , qu’elles sont assez souvent épidémiques, et cju’elies peuvent se présenter sous mille formes différentes qui peuvent les* faire méconnaître. Dans tous les cas, la nature de la maladie est la même, et le traitement doit être identique.
Après les maladies inflammatoires dont la marche est ordinairement aiguë , on doit classer les affections bilieuses qui marchent aussi avec un degré d’activité qui les rapproche des phlegmasies. Mais quelle que soit la forme que revête cette classe de maux, les évacuans par le haut et par
le bas , les boissons tempérantes et acidulés , et ensuite les toniques pour fortifier les organes digestifs , sont les remèdes qui conviennent dans tous les cas.
Les affections bilieuses cjui marchent ordinairement avec un caractère aigu, et qui dépendent des constitutions médicales et épidémiques, peuvent, pendant le règne des épidémies , affecter une forme chronique, en ne s’associant qu’à une fièvre légère ou revenant par intervalles , ou en n’offrant dans leur cours aucune sorte d’agitation fébrile. Cette forme ne change rien à leur caractère, et le traitement est à peu de chose près le même.
Finke, dans sa description de l’épidémie bilieuse qui l'égna dans le duché de Teklembourg , en 1778, parle d’un assez grand nombre de maladies chroniques qui se développaient pendant le règne de cette épidémie, et dont la cause était absolument la même que celle de l’affection bilieuse à l’état aigu. Cet auteur cite, au nombre de ces maladies chroniques dépendant de l’épidémie régnante, la toux bilieuse qu’il fallait distinguer de la toux catarrhale et de celle des phthisiques. Cette toux était aggravée par l’usage des sudorifiques et des adoucissans huileux. Les vomitifs, les sels neutres et les purgatifs étaient les véritables adoucissans qui en calmaient les secousses et cjui la faisaient disparaître.
Cette cause bilieuse développait également l’enrouement, l’orthopnée, le sanglot, la salivation, la
paralysie des membres / des liëmorrbagies et la lésion des facultés intellectuelles. Les remèdes indiqués et usités contre ces sortes de maladies étaient toujours nuisibles. Le traitement réclamé par Taffection épidémique aiguë était le seul qui fût vraiment salutaire.
Tissot, dans sa lettre à Zimermann sur Tépldémle bilieuse de Lausane, observe qu’il avait vu, dans le cours de cette épidémie, des maladies lentes produites par rinfluence épidémique, C[ui demandaient le même traitement que la pleurésie bilieuse régnante. Parmi ces affections chroniques, Tissot avait particulièrement remarcjué des maladies de la peau, dont la cause n’était qu’un état bilieux des premières voles, des jaunisses qui cédaient à l’émétique et au petit-lait, des douleurs ihumatismales , des obstructions et des digestions dérangées , qui disparaissaient par l’usage des évacuans des premières voies. ( Ann. lyôS, pages 1 16 etfiy. )
En consultant les ouvrages de Stoll, on y trouve {Ratio. Med. y tom. III, page i56) que des malades phonétiques dont la cause du mal était une affection bilieuse , pouvaient devenir maniacjues en se débarrassant de la fièvre, et passer ainsi d’un mal aigu à une maladie chronique. La cause agissait sympathiquement sur le cerveau , et les malades devaient être soumis dans les deux cas à un traitement anti-bilieux, pour être guéris de leur affection cérébrale.
KECilEUGHES
Il cite un médecin qui avait vu des maniaques sans fièvre à la suite de plirénésie, qu’il avait gué- ' ris avec des purgatifs après l’usage d’une ou deux saignées.
Nous voyons ^ dans la description de la fièvre bilieuse de 1777? q^^e nous a laissée cet auteur;, que cette maladie se masquait sous différentes formes^ et nombre d’entre elles affectaient une marclie clironique. Telles étaient riiémiplégie^ maladie ordiiiaireiiient lente ^ qui résistait au traitement par les saignées, et cédait au contraire à l’émétique et aux purgatifs ; ropîitlialmie chronique, qu’on avait combaitiie inutilement avec beaucoup de remèdes , et qui n’était dissipée que par les évacuans. Tels étaient encore les coliques et les accès d’hystérie , contre lesquels les remèdes propres à évacuer là bile étaient les meilleurs anti-spasmodiques.
De pareils faits s’étaient offerts à l’observation du célèbre Sydenham en 1670, lors d’une épidémie d’un caractère bilieux. Ce médecin avait vu, pendant le cours de cette maladie épidémique , des fièvres et des dj^senteries bilieuses qui se développaient en même temps qu’une diarrhée chronique d’un caractère également bilieux, et qui demandaient l’usage des mêmes remèdes.
En voilà sans doute assez pour convaincre que les affections bilieuses épidémiques ou dépendant des constitutions médicales peuvent , comme les phlegmasies qui sont dues à de pareilles causes , se développer sous une forme chronique qui ne
cliange rien à leur caractère^ et que de pareilles maladies ne diffèrent des aiguës que par leur marche. La chose n’en sera pas moins évidente pour les maladies muqueuses et nerveuses dont nous allons nous entretenir.