CHAPITRE VL
Tî'aitement prophylactique de la Phthisie
. pulmonaire héréditaire.
Il est sans doute d’une grande importance de .s’opposer au développement des maux de famille : ce sont, en général, des maladies terribles par leur durée et leur issue ; accablantes par leur renouvellement continuel et par la faculté qu’elles
SUR LÊS^MALA-DIÈS chroniques.' 57 5
Ont de se transmettre des pères aux enfans ; mais parmi tous ces maux ^ il n’y en a pas de plus commun et de plus meurtrier que la phthisie pulmonaire. Elle immole des familles entières , détruit toutes les espérances y ensevelit dans la même tombe la mère et les enfans y le frère et la sœur. Rien ne résiste à ses coups meurtriers. En est-il de même des autres maladies héréditaires ?
L’épilepsie est, à la vérité, une maladie affreuse par les secousses et les tableaux déchirans qu’elle produit dans ses victimes. La manie est également une affection déplorable , puisqu’elle assimile l’homme à la brute, et le rend même dangereux à ses parens et à ses amis. Ah ! du moins ces maladies ne sont pas très-fréquentes, et n’attaquent qu’une faible partie de la population. ♦
Les maitx hypochondriaques et hystériques sont très-communs ; ils sont pénibles pour ceux qui les éprouvent ; ils n’offrent pourtant rien de fâcheux ni pour les malades ni pour les familles.
Si les douleurs de la goutte sont cruelles et longtemps fatigantes , elles préservent du moins d’autres maladies graves.
Mais quelle maladie pourrions-nous comparer à la phthisie héréditaire , tant à raison de ses nombreuses attaques que de ses tableaux lugubres ? Le cancer soutiendrait le parallèle si ce mal hideux n’était beaucoup plus rare et moins dévastateur que la pulmonie.
. Ce fléau réunit les deux grands caractères pro-
REGHERGHEâl
près à dlmimier la population, Elle est extréme^s ment fréquente, puisque, selon les auteurs , un grand nomire de maladies chroniques, surtout du poumon , y aboutissent ; elle est , une fols bien développée , au-dessus des ressources de fart.
Cest à la plus brillante époque de la vie qu’elle exerce ses ravages ; elle choisit pour victimes les individus en qui rejwsent toutes les espérances. Ses coups sont lents , mais ils sont sûrs ; elle déroule les tableaux de la mort avec lenteur ; elle enfonce tous les jours le poignard dans le sein 4es pareils qui entourent la victime ^ et celle-ci , trop rassurée sur son état , croit échapper au naufrage alors même que le flambeau de la vie est prêt à s’éteindre.
Que de considérations pour le médecin afin d’étudier avec soin le caractère de cette fatale maladie , de faire des recherches pour la combattre avec fruit , et de chercher un antidote pour neutraliser ses terribles eflets î Tout ee}a a été tenté. Ce fléau a été étudié dans toutes ses phases; des milliers de remèdes difïerens lui ont été opposés ; les inédecins les plus instruits et les plus fameux ont payé leur tribut , et nous en sommes encore à ce malheureux point que la jihthisie pulmonaire con-. firmée est incurable.
Ces motifs sont puissans pour engager les médecins à faire part de leurs recherches et à mettre * pn oeuvre tout ce qui peut s’opposer au dévelop^ pemcnt de ce fléau. C’est ce qui nous a déter-
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. SyS
miné à joindre à notre travail sur le^ maux lit>^ réditaires un chapitre particulier sur les moyens de prévenir la phthisie pulmonaire.
' Si le caractère héréditaire doit être accordé à une maladie , c’est sans contredit à la phthisie de naissance. Les médecins les plus sceptiques , ceux qui font preuve d’un pirrhonisme outré, en refusant cette propriété à d’autres maladies qui se pei> pétuent dans les familles, ne peuvent la refuser à la pulmonle. Eh! qui pourrait fermer les yeux à la lumière , lorsque plusieurs membres d’une même famille, séparés les uns des autres , payent le fatal tribut à cette maladie , à des intervalles différeris et sans cause manifeste, et précisément à la même époque où les auteurs de leurs jours ont succombé à la phthisie , et que le même ta-r bleau s’était déjà montré d’une manière aussi lu^ gubre chez leurs aïeux. Ou il n’y a rien de certain en médecine , ou la pulmonie est un mal héréditaire. Quels sont donc les moyens pour s’en prér* server lorsqu’on a le malheur de porter dans les organes de la respiration et dans la constitution une fatale disposition à cette maladie?
Si nous avons prouvé que la cause la plus géné-? yale et la plus ordinaire des maladies héréditaires est le vice scrofuleux qui se perpétue dans les fa^ milles , et si la phthisie pulmonaire est véritablement celle qui est la plus héréditaire, ainsi que l’expérience le démontre tous les jours , et comme l’a énoncé Morton , qui s’est occupé avec beeu-?
HKCHERCHES
coup de succès de ce genre de maladie ^ præ cæ-* teris omnihu^ hereditarius ^ il est naturel de conclure que la .phthisie de naissance est de nature scrofuleuse. Nous savons d’ailleurs que cette cruelle affection , d’après le calcul de Sydenham, de Leake (qui, sous le nom de consomption y entend sans doute la phthisie pulmonaire) et de Bayle , fait périr la cinquième partie de l’espèce humaine, ou, en d’autres termes, qu’elle moissonne chaque année un cinqinème des victimes de toutes les maladies quelconques. Or, comme la tuber^ culeuse, d’api^ès le calcul de ce dernier auteur, forme les sept huitièmes de toutes les phthisies, ou qu’elle est aux autres espèces ensemble dans le rapport de 8 à i , faut-il bien nécessairement que celle qui est héréditaire , qui est beaucoup plus fréquente que celle qui ne vient point par voie de génération , soit également d’une nature tuberculeuse ou scrofuleuse,
A ces preuves, c[ui ne laissent presque pas de doute sur le caractère de cette espèce de phthisie, ajoutez celles que nous fournit le docteur Portai (^Mémoires sur plusieurs malad.y toni, P%), qui dit que la phthisiede naissance est la plus commune et extrêmement fréquente ; que les cadavres de pareils phthisiques offrent une configuration des os de la poitrine qui annonce les atteintes du vice rachitique , que les glandes lymphatiques du poumon sont engorgées, et que très-souvent les maxillaires, les œsophagiennes et les mésentériques le
Z-ji
sont de la même manière , et que le parenchyme du poumon est farci d’un suc scrofuleux. L’ophiion de M. le professeur Baumes (^Phthisie pulmonaire ^ tom. P*". , pag. 5o5), qui pense qu’çn génêral la phthisie héréditaire est de^ nature tuberculeuse , U et que ceux qui ont voulu prononcer sur la na- D ture propre de la matière tuberculeuse n’ont pas J) manqué de l’identifier avec la matière scrofu- )) leuse , d’après les effets, le siège et la nature » des écrouelles. Cette opinion paraît extrême^ )) ment fondée ; elle l’est surtout à l’égard des w phthisiçs héréditaires ou de naissance »<.
Selon Morton ( PhthisioL , lib. IIP ^ cap. /), les scrofuleux atteints d’engorgeinens glanduleux dans différentes parties du corps ont souvent des tubercules dans les poumons, et le diagnostic le plus sûr de la phthisie scrofuleuse se tire des tumeurs glanduleuses qui occupent rhabitude extérieure du corps. Le même auteur pense que les tubercules ou les petite corps glanduleux trouvés
dans le poumon sont la cause de la phthisie héréditaire, ‘
P’après le témoignage de Mead , ceux qui ont été atteints dans leur jeunesse des écrouelles, sont les plus sujets à la phthisie pulmonaire. Boerhaave et d’autres sont du même sentiment ; et il n’est pas jusqu’à Morgagni qui , bien qu’ayant été peu à portée d’étudier dans les cadavres la cause de la phthisie, par la crainte de la gagner par contagion , ne soit de Favis , d’après les observations
de Valsalva , et celles qu’il avait faites sur le vivant, que les tubercules ne soient la cause la plus ordinaire delà phthisie de naissance XXII ^
îi®* ig et 20).
Cullen (^Élém, de Méd, , tom. II, pag. 609) pense que le vice scrofuleux est éminemment héréditaire ; et quoique cet auteur se soit presque exclusivement occujDé de ce vice dans le système glanduleux extérieur , en parlant néanmoins des écrouelles graves qui. portent sur les viscères , il dit qu’on trouve dans les poumons un grand nombre de tubercules ou kystes qui contiennent une matière dont la nature varie. Aussi le professeur Pinel a classé la phthisie pulmonaire parmi les genres des écrouelles (1) , et le docteur Salmade (2) assure que l’autopsie cadavérique démontre que la phthisie pulmonaire, presque toujours de nature scrofuleuse , doit à ce vice la pro-
(1) Yoici comme s’exprime Pujol (OEîlv. div. tom. iir. pag. 3i) au sujet de la phthisie pulmonaire. C’est un spectacle vraiment affligeant et de tous les jours de voir que , depuis l’âge de 18 jusqu’à 33 et 55 ans, les p'èrsonnes des deux sexes qui, dans leur enfance, ont été attaquées de quelques symptômes écrouelleux dont les révolutions des âges ont paru triompher, tombent, par des causes légères et quelquefois sans cause manifeste, dans des maladies de pojilrine chroniques qui aboutissent à un asllime tuberculeux et incurable, et le plus souvent à une phthisie lentement mortelle.
(2) Mémoire pour prévenir la phthisie héréditaire. (Journal général de Médecine, loin. xlvi. pag, 262.)
SUR LES MAIiDIES ClîRONIQUES.' 5^9
priétë de se perpétuer dans les familles par héritage.
Ce témoignage presqu’unanime des auteurs sur la cause de la phthisie la plus fréquente et qui se transmet par hérédité, est encore fortifié par les recherches des médecins qui se sont occupés , dans ce dernier temps , d’anatomie pathologic|ue. Ces médecins , à la tête desquels il faut placer Bayîè , se sont convaincus que la dégénérescence tuberculeuse pouvait affecter tous les organes , mais principalement le poumon ; et que les tubercules trouvés dans ce viscère sont de même nature que la dégénéi’escence tuberculeuse des glandes mésentériques, maxillaires ou autres chez les écrouel^ leux, et que souvent on volt chez le même sujet des glandes simplement engorgées et d’autres affectées de dégénérescence tuberculeuse.
D’après ces faits , il est prouvé , autant qu’une chose peut l’être en médecine , que les tubercules du poumon considérés par Morton , Portai, M. Baumes et autres , comme des engorgemens glanduleux de ce viscère , ou par Reld ( Essai sur la Phthisie pulmonaire) , Bonafifx du Mallet {Traité pir la Phthisie pulmonaire), qui ne veulent point admettre des glandes dans la substance du poumon , comme une dégénéreseence particulière du système lymphatique, et par le docteur Broussais ( Phlegmasies chroniques ) comme le produit de l’inflammation des faisceaux blancs de ce viscère,
sont la véritable cause des phthisles héréditaires, et
RECHERCHEâi
que cette cause tient essentiellement au vice scrofuleux.
Les moyens préservatifs de la phthisie héréditaire peuvent être distingués en deux ordres : 1°. ceux qui, en fortifiant la constitution, peuvent s’opposer au développement du vice scrofuleux , et corriger la structure organique de la poitrine qui prédispose à cette maladie ; 2®. et ceux qui doivent prévenir la formation des tubercules dans les poumons , et qui empêchent l’action des causes occaslonelles qui favorisent les dépôts tuberculeux dans ce viscère, ou leur fonte purulente lorsqu’ils existent déjà.
Les premiers moyens doivent être employés de bonne heure , avant que les organes soient développés. Les autres doivent trouver leur place quand l’accroissement est achevé , et que les sujets disposés à cette maladie sont arrivés à cet âge oir elle se manifeste ordinairement.
Nous diviserons par conséquent ce chapitre en deux sections ; il s’agira dans la première du traitement prophylactique de la phthisie pulmonaire dans le premier âge de la vie jusque et compris l’époque de la puberté. Nous indiquerons dans la deuxième les moyens préservatifs de cette affection après cette époque critique,
iStlR LES MALADIES CHRONIQUES.' 58 1
SECTION PREMIÈRE
Moyens préservatifs de la Phthisie pulmonaire de famille dans le premier âge de la a)ie jusqu^à la révolution de la puberté inclusivement.
L’éducation physique des enfans qui apportent dans leur organisation une disposition héréditaire à la phthisie ne doit pas être différente de celle que nous avons indiquée pour prévenir les maladies héréditaires en général. Cette éducation tend essentiellement à fortifier la constitution des êtres que l’on y soumet. En donnant du ton aux solides et en fortifiant le système nerveux , on réussit à corriger cette disposition aux maladies qui ont affligé les ascendans. D’ailleurs^ on prévient le développement du vice^crofuleux, qui, s’il n’est pas directement produit par la faiblesse et l’atonle ^ s’accompagne du moins de cet /état du système, se trouve favorisé par toutes les causes débilitantes, et disparaît ou est beaucoup affaibli par tous les agens qui fortifient le tempérament.
Cette éducation physique doit commencer au moment de la conception.
La femme doit se soumettre à cette époque a toutes les règles d’hygiène prescrites dans la deuxième section du cinquième chapitre. Elle doit, en outre,' éviter toutes les causes qui peuvent supprimer
ilECIÎEB€HFj ^
l’insensiLle transpiration et produire des datalndies pulmonaires ou telle autre maladie des organes dé la respiration ; car le poumon de Tenfant étant lé viscère que l’on doit avoir en vùe de fortifier et de prémunir contre Faction de toutes les causes débilitantes ^ il se ressentirait nécessairement dé la fâcheuse influence que celui de la femme* éprouverait de pareilles maladies pendant la grossesse* La femme nourrira son enfant si elle est bien constituée, et si c’est le père cjui doit transmettre l’influence héréditaire ; mais si la disposition pulmonique vient de sa tige, on la séparera de son nourrisson ^ et celui-ci sera confié à une nourrice d’une bonne constitution > dont les apparences physiques excluent toute idée de principe morbide, mais surtout dit vice scrofuleux. Que son lait soit en rapport avec la constitution de l’enfant : il sera récent et frais s’il est faible, et un peu plus vieux si les organes sont assez ^rts pour supporter un lait plus consistant. La femnle doit, en pareille’ circonstance , fermer l’oreille à toUs les discours et à toutes les déclamations qui pourraient se fairé auprès d’elle pour Fengagérà donner le sein à Son enfant (i)* Nous dirons avec l’illustre profes-
; (i) Tout le monde connaît les anallièmes lancés par J. -J. îtousseau contre les femmes qui ne veulent pas nourrir. Ort sait, d’après l’histoire, que les orateurs greCs et romains accusaient et faisaient condamner celles qui avaient négligé
ce devoir. Les femmes eliinoises obtiennent des récompenses
seur Baumes : dest assez que celui-ci ait vécu neuf mois dans un corps frappé d’une atteinte pidmonique y sans c[u il continue encore à sucer-un lait qui doit lui être si pernicieux.
Si, pendant rallaitement , la constitution de l’enfant paraît faible , s’il se manifeste quelque symptôme du vice scrofuleux, et si le lait de la nourrice, quoique bon, ne suffit point pour la fortifier, il faudra donner à celle-ci les amers, les anti-scorbutiques, et lui prescrire un régime animal et fortifiant dont les effets se communiquent à son nourrisson.
Le développement des organes de la respiration devant être entièrement libre, on doit proscrire, plus que jamais, l’usage du maillot, des corps de baleine, les liabillemens étroits, les ligatures et tous liens quelconques , et enfin tout ce qui peut gêner le mouvement expansif des organes et la circulation du sang. On doit surtout éviter, pour ce qui concerne les habillemens , le froid , ^l’humide et toutes les causes qui ont la double propriété de favoriser le vice lymphatique hérédi-*
en remplissant ce vçcu de la nature. On attribue la beaule et les grâces de certains peuples au bonheur de l’allaitement maternel. Mais tous ces faits , ainsi que celui rapporté par Morlon ; au sujet des bons effets et du soulagement que retira une femme pulmonique de l’allaitement , ne sauraient faire adopter une pratique qui doit avoir les plus graves inconvé-
iiiens".
taire, et affaiblir par des rhumes , des catarrhes et autres maux de cette espèce les oi-ganes de la res-« plration.
Cependant on. habituera peu à peu le corps de l’enfant à l’action du froid ) on évitera de le laisser dans un air trop échauffé. Le système dermoïde sera ranimé par des frictions sèches, stimulantes ; et on l’habituera insensiblemént à l’usage des lotions froides , et même des bains frais et ensuite froids f excepté que la constitution des enfans soit si délicate qu’on ne puisse les soumettre à cette pratique sans inconvénient* ?
Quand l’enfant sera sevré/ il sera nourri avec des substances partie animales et partie végétales , des bouillons légers , des panades aromatisées* Son régime sera tonique et fortifiant, et tel cjue nous l’avons indiqué dans le chapitre de l’éducation physique. 'On pourra aussi lui donner du lait ; et nous ne pensons pas qu’a cet âge une nourriture qui est celle de to us les animaux, de l’homme après sa naissance , et presque l’unique de certains peuples , puisse être bien nuisible à des enfans disposés à la phthisie pulmonaire. D’ailleurs, ^on mélange avec d’autres substances alinientaires doit corriger ce que ce liquide peut avoir de vicieux. ,
' Il est entendu qu’avec un pareil régime, l’enfant doit respirer un air pur et sec, habiter une maison sèche et bien aérée, faire tout l’exercice compatible avec son âge, jouir de l’air frais du
matin J coucher dans un lit médiocrement mou ^ et s’habituer insensiblement aux variations de Fatmosphère. Il faut cjue son sommeil ne soit pas prolonge ; que ses pieds soient tenus chaudement, surtout en hiver, et la tête légèrement couverte, et qu’il soit mis le plus tard possible à l’étude et aux occupations des collèges:
Si , malgré ce régime et ces moyens d’hygiène sagement administrés , il se manifeste des symptômes écrouelleux , il faudra les combattre par les amers , les anti-scorbutic|ues , les préparations mercurielles et antimoniales , l’eau de chaux , les martiaux (i) et tous les moyens préconisés contre le vice scrofuleux , et dont le choix et les doses seront en rapport de Fâge , du tempérament et la constitution des enfans qui en réclament l’emploi.
C’est principalement à l’époque de la puberté que les moyens toniques et fortifians tirés de Fhygiène sont plus nécessaires cjue jamais. L’exercice, une vie active cjui accélère la circulation des fluides et leur évacuation par la peau, favorisent ordinairement cette révolution de l’âge, qui, en donnant de l’énergie à tout le système, peut corriger d’une manière puissante la disposition à la pulmonie.
(?) Sauvages [Nos. meih.j, lom. ix) dit que les martiaux me'nagés sont un excellent préservatif de la phthisie scrofuleuse. Des enfans scrofuleux ont été guéris d’une toux opiniâtre avec des préparations martiales.
aS
BECHERCHES
Combien les ëtudes prolongées et l’inaCtion produisent un efï'et opposé! Nous sommes tous les jours témoins des pernicieux effets d’une pareille cause. INous avons continuellement à soigner de jeunes ecclésiastiques qui, âgés de dix-huit a vingt ans, perdent la santé qu’ils avaient conservée jusqu’à cette époque. Un examen réfléchi fait trouver dans leur famille cjuelcjue maladie dépendante du vice scrofuleux ou d’une disposition pulmonique. Ces jeunes-gens vont à un séminaire situé dans un local bas et humide et au nord, dans un pays où l’hiver est rigoureux. Les exercices de piété y sont longs et pénibles; ils se font, en hiver, le matin avant le jour; ils sont privés de feu pendant leurs études, et l’exercice du corps est presque nul. Parmi ces ecclésiastiques, les uns résistent à ces épreuves la première année, les autres en reviennent déjà malades; mais la plupart se trouvent indisposés la seconde anqée. Eh bien ! nombre de ces sujets, en apparence robustes auparavant , s’en retournent avec des affections nerveuses chronicjues ou des symptômes de pulmonie. La poitrine se trouve plus ou moins affectée dans le ])lus grand nombre, et certainement ces dispositions à la phthisie pulmonaire, tenant à l’influence du vice scrofuleux, ne se seraient pas développées s’ils n’avaient pas été soumis à l’influence de trois causes également pernicieuses : le froid, l’inaction du corps et l’exercice trop réitéré des fmultés intellectuelles.
SECTION IL
Moyxns préservatifs de la Phthisie pulmonaire /zeréditaire après la puberté , et principalemertt de-puis dix-huit ans jusqu'à trente-six ,
Il est bien prouvé que la phthisie de naissance est presque toujours tuberculeuse ^ que les tubercules forment une dégénérescence organique que Ton doit rapporter au vice scrofuleuv , et que la cause essentielle de cette espèce de phthisie gît dans ces tubercules cruds ou suppurés dans l’organe pulmonaire. Dans le premier état y ils produisent la phthisie lorsque , réunis en grand nombre daûs le poumon , ils le désorganisent , détruisent son parenchyme , et diminuent d’une manière pernicieuse l’influence vitale de ce noble viscère sur l’économie animale. Dans l’état de fonte et de purulence , il en résulte une fièvre lente qui consume les forces , empêche la nutrition et augmente les désordres que produisent les tubercules dans le poumon.
Si l’on connaissait d’une manière positive comment se forment ces tumeurs dans ce viscère , quelles sont les causes qui produisent, accélèrent ou retardent cette formation , les moyens prophylactiques de cette maladie seraient bientôt trouvés; et s’il était à la puissance de l’art de les mettre toujours en usage , on serait toujours sûr de pré-
venir la pîithlsie héréditaire chez les personnes qiîi portent une disposition organique à cette maladie.
Il n’en est pas ainsi ; nos connaissances à cet égard se bornent aux faits suivans : la phthisie héréditaire frappe plus particulièrement les sujets dont la constitution est telle qu’elle a été appelée pulmonique par tous les auteurs qui Font décrite. Constitution grêle, élancée, poitrine étroite, omoplates saillantes, long cou, chairs flasques , figure, surtout les pommettes, colorée, mobilité nerveuse et vivacité dans le caractère. Cette disposition pulmonic|ue se développe d’ordinaire de dix-huit a trente-six ans , époque de la vie oii les mouvemens vitaux se dirigent de préférence vers la poitrine , et où les produits clu vice scrofuleux se déposent plutôt dans le poumon que dans les autres organes.
Ces tubercules existent souvent avec d’autres lé-* sions dans le système glanduleux qui dépendent du même vice. Néanmoins iis se forment souvent sans que rien à l’extérieur puisse les faire présumer, et sans qu’aucun symptôme de phthisie puisse faire croire à leur existence. On trouve quelquefois des poumons qui en sont farcis dans des sujets morts d’autres maladies que la phthisie pulmonaire , et chez lesquels on était bien loin rie les soupçonner. (Bayle, Recherches sur la Phthisie pulmonaire P) Quelles données peut-on avoir alors pour 7 prévenir une maladie si redoutable?
Cependant les médecins ont fait de tous les
temps des etîbits pour trouver la cause qui facili^ tait la formation de cette dëgënërescence ; el nous avons vu, dans le chapitre des maladies organiques produites par les tubercules, que Morton, Ba» giivi , Stoll et autres , et dans ces derniers temps le docteur Broussais^ attribuaient ces tumeurs à l’inflammation du poumon ou de la plèvre. Ce dernier auteur surtout ne reconnaît d’autre cause de cette dëgënërescence que la plilegmasie des organes thoraciques qui produit celle des faisceaux capillaires blancs, d’où s’ensuit la gëiiëration.des tubercules. Ainsi l’existence tuberculeuse suppose toujours , d’après le même auteur, une phlogose aiguë ou lente qui a prëcëdë leur formation.
Le docteur Bayle a rëfutë cette doctrine par les
argumens suivans : les constitutions scrofuleuses
sont celles qui offrent ordinairement les dëgënë-
rescences tuberculeuses , et non celles qui sont
les plus sujettes aux phlegmasies. Si l’on trouve
une inflammation dans un poumon tuberculeux ,
c’est à l’endroit où siègent les tubercules qui la
produisent par une irritation mécanique , et con»
s.ëquemment cette plilegmasie est l’effet et non la
cause de ces tumeurs. On rencontre des tubercules
de même nature et dans le même cadavre dans $
d’autres viscères que le poumon , et dans celui-ci même sans aucune trace inflammatoire , et sans {ju’on eut observé pendant la vie aucun signe qui annonçât leur existence.
D’après cela, Fauteur nie que les catarrhes ou
5gO KECHERCHES
rhumes de poitrine produisent la phthisie pulmonaire , et il ajoute que les cas où Ton a cru que cette maladie était la suite d’un catarrhe n’ëtaient que des phthisies commençantes qui en imjDosaient pour des rhumes. En pareil cas, dit-il, l’irritation des tubercules sur les extrémités bronchiques produit la toux , une expectoration muqtieuse , et se montre sous l’apparence d’un catarrhe pulmonaire. Selon le même auteur, les tubercules qui produisent la phthisie pulmonaire sont de même nature que les engorgemens des glandes des écrouelleux , qui , en vieillissant, deviennent tuberculeux totalement ou en partie , et qui peuvent , comme les tubercules du poumon , rester stationnaires et ne produire aucun accident s’ils sont en petit nombre. C’est par conséquent une dégénérescence engendrée par ce vice et totalement indépendante des phlegmasies lentes des organes thoraciques. Ces maladies peuvent compliquer la phthisie ou en hâter la marche , mais elles ne la produisent pas directement. Les tubercules ne dépendent point d’une inflammation quelconque des glandes ou du système lymphatique , parce que la phlegmasie de la muqueuse des bronches produit son épaississement , sa rougeur et une matière puriforme, et jamais les tubercules. La pleurésie et pneumonie lentes hépatisentet carnifient les poumons sans produire ces tumeurs ; et lorsqu’elles se rencontrent avec la phlogose , celle - ci s’est développée après la formation des
tubercules. Enfin Bayle prononce que les auteurs qui ont dit qu’un rhume négligé est une cause de la phthisie se sont trompés ; et que les médecins qui, comme Pringle, ont avancé qu’ui> rhuaie qui se prolonge est un commencement de cette affection , ont été également dans l’erreur ; et que l’opinion de Tissot , qui attribue tant de ravages aux suites d’un rhume mal soigné n’est pas plus fondée.
Le témoignage de tant d’habiles médecins qui étaient à même de distinguer les affections catarrhales du poumon de la première période de la phthisie pulmonaire, et l’expérience de tous les jours, cjui nous apprend combien ces maladies fa« vorisent le développement de la pulmonie, ne sont donc que des faits erronés.
En convenant avec Bayle que les tubercules , ainsi que nous l’avons prouvé au commencement de ce chapitre, sont le produit des écrouelles et la cause essentielle de la phthisie héréditaire , nous pensons aussi que* les phlegmasies du poumon , mais surtout l’inflammation lente et le catarrhe ' de cet organe, peuvent fort bien déterminer cetîe phthisie, ainsi que tous les autres stimulus qui agis» sent d’une manière quelconque sur ce viscère. Ce n’est pas que nous adoptions l’opinion de ceux <[ui font dépendre ces tumeurs de l’inflammation du poumon qui se termine , pour ainsi dire , d’une manière squirrheuse ; mais la phlogose agit , à notre avis, en appelant sur ce viscère la matière
tiiberciileiise qui existe chez les sujets atteints du vice scrofuleux. Le rhume ou soit le catarrhe pulmonaire , en affaiblissant le poumon ou en y déterminant une espèce de fluxion , fait déposer le principe tuberculeux sur ce viscère. S’il existe déjà sous la forme ordinaire des tumeurs , il en produit le ramollissement et fait éclore une phthi“ sie qui ^ sans cette circonstance ^ ne se serait jamais développée, ou aurait éclaté plus tard.
Cette théorie s’accorde avec l’expérience de tous les jours. Combien de catarrhes pulmonaires dus à l’influence de l’air et affectant de la même manière nombre d’individus, et qui font tomber dans
la phthisie pulmonaire ceux qui ont une disposition héréditaire à cette maladie î Combien de phthisiques de naissance qui résistent à l’influence d’un premier ou d’un deuxième rhume , et qui sont finalement atteints de la pulmonie parles secousses d’un troisième I Des médecins aussi fameux que Pringle et Tissot ont reconnu ce fait ,* et le témoignage des Bâillon, des Van-Swiéteii, des Grant, des Soll est conforme à ce que nous venons d’avancer.
La théorie que nous adoptons, outre qu’elle s’accorde aved’expérienCe, peut seproiiver encore par , l’analogie. Un enfant atteint d’une diathèse scrofuleuse paraît jouir de la santé : fait-il une chute légère, reçoit-il un coup qui ne produirait aucun effet chez un sujet bien sain , il se développe à l’endroit lésé, une tumeur blanche si c’est une articulation ,* la gibbosité ou le mal vertébral de Pott si
SUR LES MALADIES CHRONIQUES. SqO
îa colonne vertébrale a reçu la secoiiss c; ou la claudication par la luxation consécutive du fémur si la cause a porté sur les hanches. Cette cause extérieure agit donc en irritant ou en affaiblissant la partie lésée , et y fait déposer la matière scrofuleuse. La même chose n’arrive-t-elle pas par rapport au cancer ? Un coup ^ une chute ^ la compression ou toute autre cause extérieure fait naître une glande au sein , €[ui devient cancéreuse. Ainsi ces causes favorisent le développement d’un mai scrofuleux extérieur et du cancer au sein , comme les stimulus quelconques contribuent à la formation des tubercules dans le poumon en agissant sur cet organe. Mais notre opinion n’est point que l’inflammation de ce viscère , ni toutes les .causes stimulantes ou affaiblissantes qui agissent sur lui ^ soient suffisantes pour produire ces tumeurs si le sujet n’est point atteint d’une diathèse scrofuleuse héréditaire ou acepiise.
Ainsi la principale cause de îa phthisie héréditaire est cette diathèse scrofuleuse. Si elle est trèsforte, et si la conformation de la poitrine approche de la puimoniqiie , elle n’a pas besoin d’auxiliaire pour développer îa phthisie ; et lorsc[u’elle est moins prononcée et la constitution moins phthisique , les causes qui agissent sur le poumon ou les bronches concourent avec elle au développement de la pulmonie.
Or, comme le rhume ou le catarrhe pulmonaire est une maladie extrêmement fréquente et qui at-
taque tant de fois le même individu dans le cours de sa vie , il n’est pas étonnant c|ue ce soit le stimulus ou la cause occasionelle la plus générale ' de la phthisie pulmonaire ^ et reconnue pour telle par tous les bons praticiens. Cette théorie rend raison de la plus grande fréquence de la phthisie depuis l’âge de dix-huit jusqu’à quarante ans ^ reconnue encore par tous les observateurs ; c’est que cette époque de la vie est elle-même un stimulus , si nous pouvons ainsi parler, qui agit sur les organes de la respiration et y fait déposer les produits scrofuleux. Daps les autres âges ils déposent sur les organes cpii en reçoivent une influence particulière ; c’est à la tête dans l’enfance que ce vice porte ses effets; c’est sur les viscères abdominaux qu’il agit de préférence dans la maturité de l’âge.
Il suit de là que les moyens prophylactiques de la phthisie héréditaire, passé l’époque delà puberté, doivent être choisis d’après les considérations suivantes.
1^^. Il existe, chez les sujets disposés à la phthisie pulmonaire, un vice dans le système lymphatique qui tend à produire des tubercules ; il existe en outre, dans les organes de la respiration, une disposition organique qui tend à les faire développer dans leur parenchyme. 2*^ 11 se fait à la puberté une révolution qui augmente l’énergie du système artériel et cjui dispose aux phlegmasies. Le poumon , qui reçoit dans son tissu tout le sang qui
StJR LES MALADIES CHRONIQUES.
circule dans le corps, est plus disposé a cette piiiogose que tout autre organe. Cette disposition est encore augmentée par l’effet de l’âge, et par l’influence des organes de la génération, qui sympathisent avec ceux de la poitrine.
Tous les moyens hygiéniques ou médicinaux propres à combattre la diathèse scrofuleuse ou tuberculeuse, à fortifier les organes delà respiration, â prévenir la phlogose et à écarter les causes qui , en stimulant ces organes , favoriseraient leur inflammation et le dépôt tuberculeux dans leur tissu, sont les vrais moyens prophylactiques de la phthisie pulmonaire.
g pr. Moyens fortijians. D’après ces principes, la méthode fortifiante, les remèdes toniques et antiscrofuleux recommandés dans la première période de la vie , pour corriger la disposition â la phthisie héréditaire , peuvent encore trouver leur place après la puberté. Mais cette méthode doit être Infiniment modifiée par deux raisons principales : la première , c’est que l’atonie de l’enfance est puissamment combattue par cette révolution critique ; et la deuxième, parce que le poumon devenant un centre d’irritation , et la phlogose s’y allumant avec la plus grande facilité, tous les remèdes actifs préconisés contre la diathèse tuberculeuse pourraient fort bien la favoriser et déterminer ainsi la maladie héréditaire que l’on cherche à prévenir. Nous n’oserions en conséquence, mettre en usage ni recommander le sublimé cor-
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roslf ^ le muriate de iDaryte y les alkalis , les carbomates alkalins y les martiaux , le quitiquliia et autres remèdes de cette nature que l’on emploie contre le vice scrofuleux, et dont des mains habiles ont encore tiré grand avantage pour prévenir ou pour guérir la phthisie héréditaire à sa'preinière période. Et si on se déterminait à les mettre en usage dans des constitutions peu irritables, oii la pléthore est moins à craindre, nous conseillerions toujours de les faire marcher avec les bouillons tempérans, le petit-lait, et tout ce qui est propre à modifier leur vertu trop stimulante. Nous préférerions dans tous les cas les sucs antiscorbutiques et amers avec l’acétate de potasse , les extraits des plantes savonneuses et légèrement anodines , comme la saponaire , la jusquiame , la ciguë , la verge d’or , la digitale pourprée, avec les bouillons de veau , de poulet, de grenouilles alternés avec les memes plantes, les eaux minérales sulfureuses d’une médiocre activité , enfin , les moyens qui combattent les engorgemens lymphatiques sans trop stimuler le système artériel,
■ Mais. si l’usage des remèdes trop stimiilans peut nuire a des constitutions irritables et disposées aux phlegmasies , les secours d’hygiène , qui sont d’excellens prophylactiques à l’époque cle l’enfance pour prévenir la phthisie , peuvent être mis a contribution sans inconvénient pour modifier et tenir refréné le vice îyiiiphafique qui tend à produire des tubercules dans le poumon. Nous ne
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passerons point en revue ces diffërens moyens , puiscpi’lls ont été déjà indiques; nous nous arrêterons seulement à celui qui doit obtenir la préférence sur tous les autres. L’exercice est en eflét, de l’avis des médecins de tous les temps et de tous les pays, l’un des meilleurs moyens pour prévenir la phthisie pulmonaire.
Ce moyen a le triple avantage de fortifier la constitution, de corroborer d’une manière spéci ale le poumon et de pousser à la peau les matières excrémentitieiles qui, retenues dans le corps, contribueraient à obstruer les glandes et à engendrer des tubercules dans cet organe.
Si les faits rapportés par les auteurs nous montrent les résultats merveilleux de l’équitation , de la navigation et de tous les exercices quelconques chez des phthisiques déjà bien avancés dans leip’s maladies , combien n’en retirerons-nous pas de fruit pour prévenir cette maladie ax ant qu’elle se soit développée! Tous les médecins savent que Sydenham dit avec une sorte d’enthousiasme que l’équitation est un moyen plus spécifique dans la phthisie pulmonaire que le mercure contre la syphilis et le quinquina contre les fièvres intermittentes. Tissot la regarde aussi comme un moyen héroïque qui peut guérir tout seul, et sans lequel tous les autres remèdes ne font rien. Buchaû assure que des voyages sur mer ont sauvé des pulmoniques au troisième degré. Nous avons cité, dans notre ouvrage sur les Alfections lentes, le
Sqô recherches
docteur Rush , qui prétend que tous les remèdes possibles ne peuvent guérir un poitrinaire s’il ne fait de l’exercice. Stahl décore encore l’équitation du beau titre de spécifique ou d’anti-plithisique. Mead, Lorry ont également célébré d’une manière pompeuse les bons effets de ce préservatif, et le docteur écossais Gilchrist a développé dans un ouvrage particulier les vertus de ce moyen contre la phthisie, et principalement les avantages que l’on peut retirer des voyages sur mer contre cette maladie (i).
L’équitation, il est vrai, quoicjue extrêmement vantée par les auteurs, peut c|uelquefois faire du mal dans certaines phthisies où la phlogose prédomine, ou lorsque la fièvre lente est considérable , et c[ue l’on choisit mal son temps , ainsi c|ue Font observé d’habiles médecins, tels que Stoll {Rat. Med., tomP’’), Morgagni (Epist.lL^W, n*^ i5), Wintringam, le docteur Eliot ( M. Baumes, Phthis. pulmonaire, tom. II, pag. iig à 124)- Il est encore vrai qu’il faut choisir le temps le plus propice de la journée pour en retirer de bons effets ; mais il n’en est pas de même quand un pareil exercice est prescrit à titre de préservatif de la phthisie. Il peut être alors ordonné avec la plus grande confiance à toutes les époques de l’année et du jour, pourvu que le temps soit
(i) The use of s ea vajeges in rnedieine and parti cularly in a consnmptioii y etc. Bj Eheneser Gilchrist.
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assez favorable pour que les individus qui s’y livrent ne s’exposent point à contracter quelque maladie par l’effet de la température de l’air.
Tous les genres d’exercice sont également bons ; la chasse , les jeux de paume, du mail , des boules, les voyages à pied et à cheval, les voyages par terre et sur mer, la danse , la natation, et l’action de gravir des lieux escarpés ; tous ces exercices peuvent produire un excellent effet. C’est sans doute à titre de prophylactique de la phthisie pulmonaire, plutôt que comme moyen curatif, que conviennent les exercices violens proposés par Bennet, par lesquels le corps doit ruisseler de sueur , et par le docteur Salvador! , qui veut que le phthisique gravisse, matin et soir, quelque montagne élevée avec assez de précipitation pour que la respiration soit gênée et que la sueur inonde son corps. ( Voj. M. Baumes, loc. cit. J
Quoique le docteur Carmichael Smith ( Journal de Médecine, tom. LXXVIII) ait prouvé, par un nombre suffisant d’observations , que l’exercice de l’escarpolette puisse être avantageux aux phthisiques , et que c’est aux mouvemens plutôt qu’aux émanations salines, au goudron et aux vomissemens que l’on doit rapporteiTes bons effets
de la navigation dans la phthisie pulmonaire, néan-
moins nous laisserons ce genre d’exercice aux puîmoniques déjà épuisés parle mal, et qui ne pourraient supporter ni les secousses d’un long voyage^, ni les inconvéniens de la navigation ; et nous rc-
commanderons d’une manière spéciale à ceux qui ne sont encore que menacés de ce fléau, de subir les épreuves des voyages lointains , afin d’en retirer tout le fruit qu’ils produisent ordinairement.
L’acéord unanime des auteurs pour célébrer les bons effets de toutes les espèces d’exercices contre la plitbisie pulmonaire , doit rendre sans doute inutiles les observations qui tendent à prouver les avantages de ce moyen. Nous ne pouvons néanmoins résister au penchant de faire connaître les deux observations suivantes, qui ne laissent pas que de présenter quelque intérêt.
La phthisie pulmonaire avait déjà moissonné trois enfans d’une famille dont la mère portait les marques évidentes du vice scrofuleux rachitique ; elle était d’ailleurs sujette à des maux nerveux, et elle est morte ensuite à l’âge de soixante ans avec les signes d’une maladie de poitrine tenant de l’hydrothorax et de la phthisie pulmonaire. L’un des des deux enfans qui restaient , arrivé à l’âge de la puberté , et- après un accroissement rapide , éprouve les symptômes avant-coureurs de cette maladie» Il est confié aux soins d’un médecin ha-
bile qui lui prescrit un régime et des remèdes appropriés à son état. Sa position annonçait le développement prochain de la phthisie et un affaiblissement radical du système produit par une crue rapide, et peut-être par l’habitude pernicieuse de i’onaïiisme.
Ces moyens suffisent pour prévenir le dévelop-
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pemeiit ultérieur de la phtîîisie ; mais les signes qui la Tout craindre existent toujours. Tous les soins dTine mère tendre qui pleurait encore sur la tombe de trois enfans enlevés au même âge lui sont prodigués. Les craintes du mal redoutable qui le menace lui en procurent qui étaient peut-être inutiles et mêmes nuisibles. Une surveillance active sur tous ses pas et ses actions F empêchent de faire un exercice salutaire. On était peut-être trop sévère sur un régime qui , en prévenant fixauta-» tion de la poitrine, n’était pas assez tonique pour donner de rénergie à la nature, qui se tx'ouvait affaiblie par plusieui's causes débilitantes.
C’est dans cesciixonstances que ce jeune homme, âgé d’envii’on vingt uns, d’une taille ti^ès-avantageuse, ennuyé du l’égime qu’on lui faisait obsei ver et de cette sui'veillan ce qui l’empêchait de se livrer au geni'e de vie .de son âge, api-ès avoir déclaré inutilement à ses pai^ens qu’il veut embi^asser l’état militaire, proposition qui les faisait trembler, part cei’tain jour sans prendi^e congé d’eux, le sac sur le dos, et s’achemine, dans une saison encoi^e fi’oide, vers la ville où il entend s’eni'ôler dans les cadres militaires*
Les pai’ens , après avoir envoyé des amis après lui pour le faire revenir, et après avoir épuisé tous les moyens capables de le dissuader de son pi-ojet , s’attendaient à le voir tomber malade dans quelque hôpital où il devait périr , d’après leurs craintes, de la fatale maladie qui le, menaçait.
Ce jeune homme fit ia route à pied^ par uîi temps assez froid, se mit au régime des voyageurs et ensuite des soldats , entra dans un corps de cavalerie oii il faisait un exercice violent. Après avoir résisté pendant cinq ans à toutes les épreuves du régime et des fatigues militaires, il est revenu dans son pays , sinon avec une constitution athlétique, du moins dans un état rassurant, et qui éloigne fidée, si fondée auparavant, dfiin développement prochain de phthisie pulmonaire.
V Un jeune garçon âgé de dix-sept ans, d’une constitution délicate ^ doué des cjualités les plus aimables de l’esprit, ayant le teint animé, la fibre lâche et très-mobile> issu d’une mère trèspetite et rachitique, frère d’une sœur cjui avait échappé par miracle à la phthisie pulmonaire à son dernier degré, et qui est morte dix ans après d’une vomique vau poumnn f ce jeune homme, dis-je, avait oressenti ilpendant deux années à ia même épocjue des^accès de ^fièvre intermittente; et ensuite un crâchement de sang qui faisait craindre la phthisie pulmonaire.
Nonobstant ce fâcheux prélude de la pulmonie et une constitution efféminée et extrêmement délicate, ce jeune homme veut prendre le parti des armes et se soumettre, dans une école militaire, à la pénible influence d’une vie dure et laborieuse* La mère, alarmée d’un pareil projet, y donne son assentiment , après avoir épuisé , pour l’en détourner, tous les moyens que lui suggéraient
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sa tendresse, ses craintes , et le déplaisir d’être privée d’un enfant qu’elle affectionnait d’une manière particulière. 0 ^
Des amis, chargés de lui représenter qu’il ne pourra supporter, dans une école de soldat, un régime de vie très-frugal et peu conforme à sa position, un exercice violent, toutes les variations de l’atmosphère, et un lit c|ui ne convient qu’aides sujets élevés a la méthode des Spartiates , ne sont pas écoutés et ne gagnentr ien sur lui.
Pour se faire a ce genre de vie, notre jeune guerrier fait disparaître de sa table tout ce qui n’est pas du régime militaire, rend sa couche aussi dure que celle des camps, se livre à un exercice journalier des armes , et part ensuite, sans avoir été trop fatigué de ce manège , pour l’école oii on lui avait dit qu’il éprouverait- tant de peines et de privations. La grande envie de porter un jour les épaulettes lui fait tout souffrir avec résignation et même avec une espèce de plaisir; il passe le temps nécessaire à cette école sans que sa santé soit altérée ; il en sort avec le grade après lecjuel il soupirait; il va faire, en i8i5, les campagnes les plus pénibles et les plus désastreuses d’Allemagne; et, après avoir éprouvé toutes les fatigues , toutes les privations qu’imposent un état aussi pénible, des retraites malheureuses et la triste position d’un prisonnier de guerre, cet aimable officier a échappé à tous ces périls ; à celui de la phthisie imminente qui le
BECHEUCIIES
menaçait, et sa santé n’a été trouLiée que par les indispositions passagères qui frappent indistinctement tous les hommes.
Ces deux observations, en prouvant refficacité d’une vie active et les salutaires effets d’un exercice violent, nous montrent également quelle confiance Ton doltaccorder au régime et aux autres circonstances que l’on croit ordinairement d’une si grande importance pour prévenir ou guérir telle ou telle maladie.^ . ^
§ W. Moyens anti-phlogistiques ..\ie second objet que doit se proposer le médecinodans la prophylactique de la phthisie héréditaire à cet âge , c’est de combattre cette disposition à la phlogose qui est produite par les causes énoncées , disposition qui forme un stimulus qDulssant pour fixer sur le poumon la dégénérescence tuberculeuse, ou déterminer la fonte purulente des tubercules qui existent déjà. Il sera d’autant ,plus nécessaire de combattre cette cause occasionelle delà pulmonie que le sujet sera d’un tempérament plus sanguin, ou qu’il aura été sujet, antérieurement, à des évacuations sanguines naturelles ou artificielles qui auraient été supprimées.
Pareilles circonstances exigent impérieusement la méthode anti-phlogistique que Pon combinera jusqu’à un certain point avec les remèdes antiscrofuleux , ou que l’on emploiera seule si l’état inflammatoire est déjà bien développé. Le moyen le plus efficace qui entre dans cette méthode est la
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saignée* Elle sera faite et réitérée plus ou moins, suivant les occurrences. Elle devra être révulsive chez les jeunes personnes du sexe qui auront éprouvé une suppression menstruelle, ou arrivées à cet âge oii le sang devant couler par la ma-) trice, peut se jeter sur le poumon pour y développer la phthisie. '
Ce moyen sera secondé par les pédiluves , les demi-bains, les fumigations émollientes et Fapplicatlon des sangsues aux parties sexuelles. Cette application sera^faite aux vaisseaux^ hémorrhoï-» daux chez les jeunes gens qur'aùront éprouvé le gonflement de ces vaisseaux^ ou qui reconnaitraient dans leur famille^uhe disposition hérc-dltaire aux hémorrhoïdes. Lek auteurs citent les effets merveilleux d’une pareille ^application , et la cessation spontanée et comnîê^par enchantement des symptômes phtliisiques ^éliez des Wjets oii on n’aurait pas dû s’attendre^ â un pareil effet. Ce moyen a eu le plus grand âüccès en nos mains chez un jeune homm"e dont lê^père et l’oncle germain avaientsuccombé à la phthisiepulmonairr, et qui éprouvait déjà tous les avant-coureurs de cette fatale maladie. ir or
Les bons effets de la saignée, ^comme préservative de la phthisie héréditaire, oilt été reconnus par les médecins les plus fameux. Tous les praticiens savent que Boerhaave sauva l’unique héritier d’unè famille dans laquelle la phthisie pulmonaire était héréditaire, par des saignées faites à
trois époques de raniiée et par T exercice en voiture. Des salgnëes répétées de temps en temps préservèrent de cette cruelle maladie, au rapport de Van-Swieten, un enfant dont les trois frères ou sœurs avalent déjà succombé à cette maladie, ainsi quelamèCe, et de plus, les frères et sœurs de celle-ci. Stoii, qui avait reconnu que la diathèse phlogistique existait plus souvent chez les phthisiques C[ue Fatonie du système, semble donner des éloges aux évacuations sanguines , et proscrire Féqultation , le quinquina , le poîygaîa et autres toniques excitans recommandés par les Anglais.
Mead dit d’obvlér de bonne heure à la pulmonie par la saignée , qu’il est souvent besoin de répéter^ et Morton la regarde comme efficace pour empêcher le développement des symptômes phthisiques lorsqu’il existe déjà les signes d’une phlogose évidente. Il regarde son omission éomme une cause du développement’^du mal , dans le cas d’inflammation ou de eatarrhe"*piilmonaire , lorsque des médecins pusillanimes "ou des parens trop officieux s’opposent à son usage ou à sa répétition (PhthisioL^ lib. Il , cap. Il ).
§ III. Moyens répulsifs. Parmi les moyens prophylactiques de la phthisie pulmonaire , les plus utiles et les plus puissans , surtout lorsque le mal est prêt à éclater et qu’il s’annonce par les avant-coureurs ordinaires, sont les exutoires. Ils font une révulsion soudaine de la matière scrofuleuse qui se forme ou se jette sur le poumon;
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ils déchargent cet organe de cette habitude fluxioniiaire qui les engorge, les irrité et facilite le dépôt tuberculeux dans leur parenchyme. Ils ont encore Favantage de déplacer Firritation phlogistiqiie qui tend aussi à développer la phthisie.
Sous ce triple rapport , les exutoires font le plus grand bien; ebs’il existe entre les mains des médecins unmoyeiifpour prévenir ou guérir la phthisie pulmonaire qui mérite^ le beau titre de spécifique, ce doit être plutôt Fulcère artificiel produit par un caustique, que nombre de remèdes inutiles et quelquefois dangereux que Fonarecommandés avec tant de confiance contre cette affection.
Les anciens connaissaient leurs effets dans tous les cas de suppuration interne; les modernes, plus timides, n’en retirent pas autant d’avantages. Cependant si la phthisie pulmonaire , bien déclarée ou imminente, ne produit pas ses effets désastreux, et si le sort d’un phthisique ou dè celui qui redoute ce mal est amélioré par quelque secours delà médecine, c’est par un exutoire. La nature nous donne souvent l’exemple : tantôt elle provoque, aux oreilles, aux jambes, comme l’avait observé Hippoci'ate, des abcès critiques; tantôt ce sont des engorgemens glanduleux au cou , d’après Sydenham ; tantôt les parois externes de la poitrine reçoivent la décharge, et des maladies incurables en apparence trouvent leur solution dans ces dépôts critiques.
Î^ECHEIICHES
Ces exutoires peuvent être places aux jambes ^ qui sympathisent avec la poitrine ; mais appliques aux bras, à la poitrine, à la nuque, sous Tappëndicexiphoïde, iis produisent souvent des effets inattendus. Rivière guérit une jeune phthisique avec deux cautères à la partie postérieure du cou. 11 én sauva un autre en les appliquant entre les épaules. Fabrice de Hildeil fut aussi heureux en appliquant un séton ait cou. D’autres fols il est avantageusement placé au bas de Fépine ( Baumes , loc. cit. y toîîi. I, pag. 179). Fouteau faisait des merveilles en pareil cas avec le moxa. notre
Mémoire, art. Malad. purulentes.)
Si des phthisiques au dernier degré , si d’autres déjà en proie à l’appareil morbide qui caractérise
cette affection , ont du leur salut à ce genre de remèdes , nos espérances doivent être encore plus fondées quand ils sont employés comme prophylactiques. Mais ce n’est pas en appliquant un léger vésicatoire, en soulevant à peine une faible portion de l’épiderme , que nous obtiendrons un heureux résultat : il faut de larges cautères qui établissent une suppuration abondante dans le tissu cellulaire , ét qui puissent loger un nombrè de pois, ou des sétons qui sillonnent le tissu graisseux, ou mieux encore le moxa, préconisé par Fouteau, ou le cautère actuel , dorft les effets sont encore plus puissans et qui réussissait si bien entre les mains des anciens. Qu’en ])areille circonstance une pusillanimité mal eu-
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tendue n’arréte point la main de l’ homme de Fart ; qu’il inspire toutes ses craintes à celui qui doit subir ces épreuves, et qu’il Jui inspire^aussi toute la confiance que mérite un pareiljmoyen , et alors il s’y soumettra avec unerésignalion avantageuse. Il pourra lui dire ; nous^somraes luenacés par une béte féroce qui peut^nou^ dévnfer; nous avons sous nos pas un chienienragé dont la morsure est nécessairement niortellefj^ il faut les terrasser ou
en devenir la victime. Nous comparons les or-^ ganes pulmonaires d’un piitliisicjue à la gibbosité produite par le yjce scrofuleux^ ou le mal ver^ tébral de Pott. De larges et profonds cautères préviennent et^ guérissent le mal ; pareils effets doivent résulter de pareils moyens chez un sujet qui va être consumé par une phthisie héréditaire» § IV. Editer les causes occasrianelles , Après avoir combattu le vice lymphatique qui tend à produire des tubercules dans le poumon, et re-médié à l’état d’irritation qui se développe facilement dans cet organe après la crise de la puberté, le médecin doit encore, pour prévenir la phthisie
héréditaire, écarter toutes ,, les cicauses occasio-