CHAPITRE in
Maladies muqueuses.
Les affections muqueuses présentent dans leur caractère beaucoup de rapports avec les maladies chroniques : cependant la fièvre qui les accompagne leur donne ordinairement une forme aiguë. Les causes qui favorisent ces maladies sont la température froide et humide de l’atmosphère^ de longues pluies ^ les saisons froides et pluvieuses ; elles attaquent de préférence les femmes et les enfans^ et se développent plus particulièrement dans les endroits bas^ humides et exposés aux brouillards. Leur caractère est lent; les symptômes qu’elles présentent légers en apparence^ sont facilement remplacés par les symptômes de putridité et de malignité. Les crises sont rares et partielles ^ les rechutes très-fréquentes ; le tissu cellulaire , le cerveau ^ les glandes ^ et tous les organes qui tiennent au système nutritif sont principale ment affectés. Tel fut le caractère de l’épidémie crue nous avons observée dans l’arrondissement
de Casteliane ^ dans les derniers six mois de i8i8.
44 REÇUE ’CIIES
Nous avons rencontre dans cette maladie tous les caractères de la fièvre muqueuse generale , tantôt dans un état de simplicité ^ et tantôt avec les pliénomènes putrides. Les saisons avaient été inconstantes et peu régulières en 1817 ; les pluies furent très-abondantes pendant le printemps de 1818; la maladie commença à se développer vers la fin de cette saison.
Cette maladie fébrile attaquait de préférence les enfans depuis Fâge de quatre à cinc[ ans juscp’à quinze , les femmes et surtout celles qui étaient mal réglées, les jeunes-gens de l’un et l’autre sexe, depuis quinze jusqu’à vingt ans. Les personnes d’un certain âge en étaient ordinairement exemptes.
La marche de la maladie était extrêmement lente ; les malades rechutaient par la plus légère imprudence et souvent sans cause apparente. La fièvre s’allumait de nouveau pour être plus grave qu’ auparavant ; le pouls était petit et fréquent, d’autresfoissonrhythmepresquenaturel. On observait la prostration des forces, la pesanteur de tête, l’enflure des joues et du tissu cellulaire, des douleurs vagues dans différentes parties du corps. Ce-^ pendant nul signe d’embarras gastrique; la langue était un peu blanchâtre et devenait ensuite cendrée et brunâtre; lorsque la diarrhée existait, la tête était moins affectée. Les sueurs étaient utiles au quatorzième jour et aux époques quarténaires et septénaires.
Lorsque la maladie était simple, la diète , les
SUR LES MALADIES CîmOîvîQüES. 45
Boissons amères et vineuses suffisaient pour îe traitement. La moindre chose amenait la putridité; celle-ci s’annoncait par la couleur noire delà langue, le délire, la chute des forces, les déjecüons involontaires, et tous les symptômes qui caractérisent radynamie. Cette complication rendait nécessaire l’usage des excitans a la peau et à l’intérieur , tels que les vésicatoires , les sinapismes, le vin, le quinquina, V arnica montanay etc.
Les caractères les plus constans de cette épidémie, qui n’offrait rien de contagieux, furent d’attaquer les femmes et les enfans, d’avoir une marche très-lente , d’affecter les systèmes nerveux, muqueux et cellulaire, et d’offrir des convalescences fort longues. Des semaines etdes mois suffisaient à peine pour rétablir les malades , qui restaient long-temps maigres, pâles et décolorés , et ne reprenaient leurs forces qu’après un laps de temps considérable.
Les affections muqueuses, queGrlmaud (Cours de fies>r., tom. IIL) confond avec les catarrhales, se présentent souvent d’une manière épidémlcjue par l’influence des saisons et des constitutions médicales ; et quoicju’ elles aient le plus grand rapport avec ces dernières, à cause de l’état asthénique qui se joint ordinairement à ces affections catarrhales, et du siège des unes etdes autres, qui est dans les membranes raucjueuses, elles en diffèrent néanmoins par l’état Inflammatoire qui caractérise les affections catarrhales, tandis cjue dans les
HECHERCHES
muqueuses , il y a une débilité dans les membranes et une sécrétion plus abondante de mucosités. D’ailleurs ^ l’asthénie qui se joint aux catarrhes est accidentelle et ne tient pas à leur essence : cependant elle peut être assez forte pour se subordonner la phlogose , ainsi qu’on l’a observé dans nombre d’épidémies, tandis que dans les mucjuenses la débilité forme l’un de leurs caractères essentiels. Cela est si vrai que dans certaines maladies catarrhales où rinllammalion prédomine, les saignées et le traitement débilitant sont les seuls moyens à employer. L’inflammation, au contraire, marche difiicilement avec l’étfit muqueux dans les fièvres muqueuses , parce c|ue ces deux états semblent -se détruire mutuellement. Enfinies maladies catarrhales, même asthénic|ues, ont toujours une marche plus rapide que les affections muqueuses; elles ont plutôt leur siège dans la membrane des fosses nasales et du canal aérien, que dans celle des voies digestives, que les fièvres muc[ueuses atteignent de préférence.
La fièvre muqueuse , dans son état de simplicité, peut être générale , affecter toute l’économie et principalement le système nutritif et cellulaire, ou se borner au système muqueux des voies alimentaires foiir produire la fièvre muqueuse gastrique. C’est sous cette dernière forme que se présentait la fièvre décrite par Rœderer et Wagler. C’est celle qu’avait remarquée principalement Plenciz pendant les constitutions médicales observées à
Prague, et Sarcone dans Fépidémie qui avait paru à Naples.
La fièvre muqueuse dont nous avons donné une courte analyse, et c[ui s’offrait à notre oîjser- Anation en i8i8, ne présentait rien de gastrique ; les vomitifs amenaient rarement des évacuations muqueuses, et les malades se tiraient aussi bien d’affaires sans l’usage des vomitifs qu’après les évacuations par le faut. Les purgatifs étaient toujours dangereux en augmentant la débilité et en contrariant les actes de la nature , C[ul étaient ordinairement dirigés vers la peau.
Pendant les épidémies de fièvres muc|ueuses générales ou gastriques, on voit se développer, comme pendant le règne d’épidémies inflammatoires et bilieuses, des affections chroniques sans fièvre dont la cause est la même que celle de l’épidémie muqueuse, et dont le traitement doit être aussi le même. Le docteur Plenciz observa, pendant la constitution médicale de l’hiver de iy8i , beaucoup de maladies chroniques c[ui tenaient à F in fl iience de cette constitution et à celle de l’automne précédente. Parmi ces affections on remarquait l’anasarc[ue, la dyspnée, la phthisie et l’ictère. Ces maladies, au lieu de céder au traitement ordinaire , ne trouvaient leur solution que dans l’usage des remèdes qui combattaient avantageusement Fépidémie.
Mais l’état chronique de cette fièvre avait été particulièrement observé par Rœderer et Wagler,
BECHER CHES
ainsi qu’on le Yoit dans la description de ces au« teurs de la fièvre muqueuse de Goettingue; ils ont même décrit deux variétés de cette épidémie avec une marche lente ou chronique* Dans la première , la maladie muqueuse se bornait à une affection des organes gastriques , accompagnée des symptômes caractéristiques de l’épidémie. Cette variété n’offrait point d’état fébrile, ou s’il se manifestait, la fièvre était légère et erratique. Cette maladie se compliquait d’ordinaire de vers dans les premières voies, et n’était point dangereuse jusqu’à ce que la fièvre s’établît, et que la maladie affectât une marche aiguë. Cette lièvre était même nécessaire pour amener une solution critique heureuse; très-souvent lorsqu’elle n’existait pas, la maladie éludait l’action des médicamens. Les crises qui jugeaient ordinairement cette affection étaient l’évacuation de matières muqueuses, des éruptions à la peau sous forme de pustules ou de petits ulcères sur cet organe. On combattait avec succès cette espèce d’affection muqueuse chronique comme les autres espèces, c’est-à-dire, par les doux vomitifs , les préparations mercurielles , le camphre , etc.
. Dans la deuxième forme lente que prenait la maladie muqueuse de Goettingue , les enfans de deux à quatorze ans étaient atteints de préférence; la fièvre n’existait point, ou elle était à peine sensible ; les enfans à la mamelle pris de cette variété n’étaient point sujets aux aphthes et ne rendaient
point des vers. Les symptômes qui raccompagnaient étaient encore le produit de raffectlon de la muqueuse des premières voies. Le traitement ne différait point de celui approprié aux autres espèces des adultes , tant aiguës que chroniques.
La constitution épidémique décrite par Hippocrate {de Morb, popuL^ sect. Ill) et les maladies qui en furent le résultat, offrent tous les traits des maladies muqueuses qui se compliquaient assez souvent d^un état ataxique ou putride. Cette maladie épidémique se présentait à l’état aigu et à l’état [chronique; elle se développa à la suite d’une constitution de l’air très-pluvieuse et fort douce. Les crises étaient souvent imparfaites et très-difficiles. Le mal se prolongeait souvent d’une manière indéfinie. Le premier malade souffrit jusqu’au cent vingtième jour, et sa maladie fut mortelle. Le second alla jusqu’au quatre-vingtième, et le neuvième ne fut hors d’affaires que le cent vingtième.
Les enfans , surtout ceux qui n’avaient pas encore atteint l’époque de la puberté, étaient affectes d’un flux muqueux avec douleur et ténesme. Beaucoup de malades en périrent , nombre d’autres devinrent hydropiques et phthisiques; d’autres se tramèrent long-temps dans un état de langueur et moururent ensuite. Enfin les maux chroniques sans fièvre se manifestaient par des ulcères , des tumeurs à l’extérieur, qui suppuraient, et dont la
RECIIERCMES
suppuration était d’un mauvais caractère , des éruptions aux parties supérieures, aux aines.
La lenteur dans la marche de la maladie, a l’état aigu comme à Fétat chronique , l’affection du système muqueux et du tissu cellulaire, l’insuffisance des crises et le trouble dans les actes critiques , furent les principaux caractères de cette épidémie qu’Hippocrate appelle pestilentielle.
^ Ces faits nous autorisent à conclure que la chro-
I nicité (i) est pour ainsi dire un caractère des maladies muqueuses, lors même que la fièvre les accompagne. Ces affections sont bien plus lentes, et affectent véritablement une marche chronique quand l’état fébrile ne se joint point aux autres symptômes. Mais quelle que soit cette marche, la nature de la maladie est toujours la même , et le traitement, ainsi que nous l’avons vu dans les épidémies muqueuses citées, doit être toujours identique.
(i) Stollj jRat. Med. y tom. iii, pag. 98, s’exprime ainsi au sujet des fièvres mucpieiises : sjmpiomata Jehrium piüiitosariim mitiora in specie; decursus tardior et minus tumultuosiis J ffLutrundam fonctionum minor a sanitale recessus ^ pidsihus nempe, calor et urina parum mutatis.
Galien, Meth. Med.^ lih. x//, observe que le pouls, dans une fièvre muqueuse gastrique, est plus lent et plus rare que dans l’état de santé, meme dans le fort de la maladie.
Sarcone a observé un pareil pouls, et il dit que c’est un bon signe quand il perd cette lenteur. Voyez Grimaud, de la Fievre pituiteuse mésenlérique.
STJR LES MALADIES CHEOMIQDES.' 5l