CHAPITRE IV
Maladies nerveusesi
Le spasme ou T élément nerveux accompagne or* dinalrement les affections chroniques; c’est une des causes, comme nous l’avons démontré ailleurs^ qui donnent uneforme lente à nombre de maladies^ parce que cet état se renouvelle par la moindre cause et est un obstacle continuel aux solutions critiques. Par conséquent toutes les maladies ner* veuses produites par les constitutions médicales^ les températures atmosphériques et l’irrégularité des saisons , ont pour l’ordinaire une marche lente et une tendance à l’état chronique, Celles de cette classe dont la marche est des plus aiguës et qu’on appelle fièvres malignes, ataxiques ou nerveuses, sont ordinairement dues à un principe contagieux, à des miasmes qui introduisent subitement un désordre dans l’économie animale , et qui donnent au mal un caractère aigu et extrêhiement alarmant. Telles sont les diverses espèces de typhus , la maladie des camps, des hôpitaux et des prisons, la peste, et toutes les fièvres épidémiques , putrides ou malignes , produites par un air corrompu , par les émanations putrides de végétaux ou d’animaux en putréfaction , ou par le rassemblement de beaucoup d’individus.
Mais les maladies qui proviennent de l’influence
des saisons et de la variation de la température de Fair , sans que celui-ci serve de véhicule à des miasmes contagieux, et qui ont un caractère nerveux , ont en général une marche plus lente que les affections inflammatoires et bilieuses provenant des mêmes causes.
Cependant les constitutions épidémiques dépendant des altérations physiques ou occultes de Fair engendrent des fièvres graves ou les symptômes nerveux sont fortement prononcés et donnent à ces maladies un caractère aigu extrêmement pernicieux. Les épidémies décrites par Hippocrate fournissent de pareilles maladies qui méritent, à juste titre, Fépithète de malignes. Mais la même cause qui produit ces sortes d’affections donne naissance à des fièvres lentes avec un caractère nerveux qui présente pîus de rapports avec Fétat chronlc[ue qu’avec le mode aigu. En pareille circonstance la marche lente du mal , la bénignité apparente des symptômes, le peu d’efforts critiques que fait la nature pour se débarrasser de la maladie, offrent tous les caractères des affections chroniques.
Indépendamment de ces maladies fébriles, on voit souvent régner épidémiquement désaffections nerveuses sans fièvre qui dépendent des mêmes causes que les maladies fébriles nerveuses. Dans tous les cas, quel que soit le mode c|u’affecte la maladie épidémique , soit qu’il soit aigu , comme dans certaines circonstances , ou qu’il soit plus
lent, comme dans les fièvres lentes nerveuses, ou que sa forme soit essentiellement chronique, lorsque la maladie est totalement exempte de fièvre ; dans tous les cas , dis-je , la méthode curative repose sur les mêmes moyens thérapeutiques; la principale indication consiste à corriger l’état nerveux parles remèdes appropriés, à dompter le spasme qui enraie les mouvemens salutaires de la nature, et à rétablir, autant que possible, l’ordre et la régularité dans les mouvemens vitaux. *
Huxham, qui a donné une excellente description des fièvres lentes nerveuses , les attribue principalement aux constitutions de l’air. Les causes les plus ordinaires de ces maladies sont les pluies, les brouillards et l’humidité de l’atmosphère. Cet auteur a vu ces fièvres très-communes pendant les années 1754 et 1737 , à cause de l’humidité des saisons.
Certains auteurs , et Grimaud entre autres, confondent la fièvre lente nerveuse avec la muqueuse générale. Ces deux fièvres ont, à la vérité, de grands rapports que l’on peut déduire des causes qui les produisent, des circonstances qui favorisent leur développement, et de la lenteur de leur mai-che; elles offrent néanmoins des différences qui se rappoi-tent aux systèmes d’organes quelles attaquent. La fièvre muqueuse atteint de préférence les membranes muqueuses, les organes de la nutrition et de la lymphe; tandis que l’autre fièvre fait sentir ses effets sur le système nerveux et les or-
ganes de la sensibilité. Cette différence en intro-? duit une essentielle dans le traitement.
Il y a, à notre ayis, la même différence entre la fièvre muqueuse générale et la lente nerveuse ^ qu’entre la fièvre putride et l’ataxicjue , si Fon considère la marche de la maladie et la différence des systèmes d’organes qui sont affectés dans ces différentes fièvres. Dans l’ataxicjue aiguë et lente^ c’est le système nerveux qui souffre. Dans les au-? très, la principale lésion n’existe point dans les organes de la sensibilité.
Stoll {loç. tom. Il, pag. 25) a. décrit une fièvre lente nerveuse qui régna épidémiquement pendant le printemps de 1777- Elle se rapproche beaucoup de la muqueuse générale; pourtant les symptômes nerveux y étaient assez prononcés , et' l’épithète de nerveuse lui convient au moins aussi bien que celle de muqueuse. Les malades paraissaient sans fièvre, à en juger par le pouls , la chaleur et les urines. Le mal persistait dans le même état des semaines entières ; la marche de la maladie était conséquemment très-lente et vraiment chronique.
Nous avons dit qu’ indépendamment des fièvres lentes nerveuses, qui sont comme le passage du mode aigu au chronique , il régnait souvent, sous l’influepce des constitutions médicales ou épidé--* micfues, des affections nerveuses chroniques sans fièvre qui ont le plus grand rapport avec les maladies nerveuses hystériques et hypochondriaques.
Nous avons observe, en i8i5, une ëpldëmiede maladies nerveuses c[ul marchait tantôt avec la fièvre et tantôt sans aucun symptôme fébrile : conséquemment le mal se présentait sous une forme aiguë et sous une forme lente. Dans le premier cas , les malades étaient fatigués par une chaleur trèspénible qui affectait tantôt la poitrine et d’autres fois les autres parties du corps; le pouls offrait des variations infinies : très-frécpient dans un moment,, dans l’autre petit et élevé, et l’instant d’après sa fréquenceavaitbeaucoupdiminuéo Les malades étaient dans une grande sollicitude sur leur état; on voyait beaucoup d’anomalie dans les sécrétions et les fonctions. Cet état nerveux n’était point produit par une lésion grave du système sensitif, mais il était l’effet d’une exaltation de la sensibilité nerveuse et de la mobilité des nerfs.
Les symptômes décrits se manifestaient aussi dans le mode chronique. Chaleur à la poitrine ou a l’épigastre , gonflement de l’abdomen , constipation, agitation par la moindre cause excitante, mélancolie et grande sollicitude sur l’issue du mal, mauvais effet du plus léger remède un peu stimulant, chaleur incommode pendant la nuit: elle devenait mordicante par le moindre travail ; appétit presque toujours bon, nul symptôme d’embarras gastric]ue, douleurs vagues et trèschangeantes dans les diverses parties du corps. ' Cet élément nerveux se compliquait presque toujours d’un état inflaraniatoire qui rendait l’u-
sage des petites saîgne'es, des boissons tempérantes, d’une nécessité indispensable. Ces remèdes, combinés avec les anti-spasmodiques relâchans et anodins, guérissaient les malades sous la forme aiguë comme sous la forme chronique. Sous cette dernière forme la maladie était fort longue et durait des mois entiers.
La fièvre épidémique cérébrale décrite par Willis, et qui affectait particulièrement les enfans, prenait souvent une marche chronique, et avait naturellement une grande tendance à pi’endre cette forme. ( De Morb. conv. , cap. vin. )
La constitution épidémique dont parle Werlof , qui régnait en lySS, avait aussi tous les caractères des affections nerveuses chronicjues. {Coin^ merc. litt. Noricum. )
Tissot a également observé une épidémie nerveuse sans fièvre qui offrait tous les symptômes des vapeurs et des maux de nerfs chroniques. (^MaL nerv. , t. iii.)
On trouve d’autres exemples chez les auteurs d’épidémies nerveuses apyrétiques qui se manifestaient tantôt sous forme de spasme convulsif, tantôt sous celles d’autres lésions et anomalies du système nerveux , qui les rapprochent des affections mélancoliques et hystériques. Les remèdes appropriés à ces diverses espèces de maladies sont absolument les mêmes que ceux que réclament les maux épidémiques nerveux dont la marche est plus ou moins active.