CHAPITRE PREMIER
Affections chroniques qui se développent à la suite des aiguës^ ou succession des Maladies chroniques aux aiguës.
Cet ordre de maladies est assez consldëraLle , et conserve encore de grands rapports avec les affections vives : sous ce point de vue , elles peuvent être classées à la suite de celles dont il a été question jusqu’à présent : en effet, elles retiennent la plupart des caractères des maladies aiguës qui leur ont donné naissance. Cependant elles s’en éloignent sous de certains rapports, parce que, pour l’ordinaire, en devenant chroniques, la nature perd l’énergie qu’elle avait auparavant, et qui lui serait si nécessaire pour se débarrasser de la cause morbide. D’autres fois le mode chronique tient à la faiblesse du tempérament ou de la constitution du sujet qui éprouve la maladie;
et lorsque ce changement de forme ne tient pas à une pareille cause, c’est souvent un traitement excessivement (|ëj3ilita^it.cjui ënerve les forces vitales ^ et qui devient la source de ce passage dangereux. Nous avons cite sur ces objets, dans notre Mémoire, des observations de Plenciz, du docteur Home, et d’autres faits qui nous étaient propres , qui viennent à l’appui de ce que nous venons d’avancer. Hans ces circonstances, le traitement qui doit être dirige contre des maladies chroniques dégénérées des aiguës doit subir une grande modification , à cause de l’affaiblissement des forces vitales.
Une autre considération importante dans cet ordre d’affections , c’est que le changement du mode aigu à l’état chronique est produit par le passage d’une inflammation interne à la suppuration ; ce passage est assez fréquent dans les péripneumonies , les phlegmasies du foie et des autres viscères. La différence qu’amène dans le traitement une pareille terminaison de l’inflammation est sensible. Dans le premier cas, c’étaient les saignées et les débilitans qui étaient nécessaires pour combattre avec avantage la phlegmasie. Dans le ^ second ces moyens ne feraient qu’affaiblir à pure perte, et seraient bien plus nuisibles qu’utiles. 11 faut nécessairement , dans cette dernière circonstance, favoriser l’évacuation de la matière purulente par les organes excrétoires , en sollicitant leur action par les remèdes appropriés ; imprimer
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de légères secousses pour faciliter la rupture des kystes et leur évacuation, et appliquer à l’extérieur des émolliens ou des irritons s,ur les parties où le pus a une tendance à se porter. Combien le traitement diffère de celui qui convenait k l’état inflammatoire! et combien deux maladies dont
tinguées et traitées par une méthode différente !
Ces réflexions peuvent s’appliquer, en grande partie, à la terminaison des maladies inflammatoires par un épanchement de sérosité dans les cavités où se trouve l’organe enflammé. Quoique ces espèces d’épanchemens ne demandent point les toniques et les excitans, qui conviennent. dans les hydropisies par faiblesse et atonie, néanmoins le traitement propre à évacuer les sérosités épanchées et à faciliter leur absorption diffère eneore de beaucoup de celui que l’on emploie clans une phlegmasie.
Il se forme, l\ la suite des maladies catarrhales aiguës, des kystes dans les viscères, ainsi c[ue nous en avons fourni des exemples dans notre Mémoire, et comme on en trouve dans l’ouvrage de Dumas ( Mal. c^r., chap. vi, art. i qui se remplissent d’une sérosité purulente C[ui exigent des remèdes différens de ceux indiqués contre la maladie cjui leur a donné naissance. Cette clégénération est très-dangereuse , et l’issue en est ordinairement fatale. On voit se former encore à la suite de ca-r tarrhes des épanchemens du tissu cellulaire, de
véritables Iiydropisies qui forment la solution de l’affection catarrhale , et dont le traitement n’est pas toujours suivi de succès.
Les fièvres adynamiques et ataxiques portent dans la constitution une faiblesse radicale qui prépare nombre d’affections chroniques^ surtout si les évacuations critiques , par quelque cause cjue ce soit, n’ont pas été complètes. Il n’est pas rare de voir alors des convalescences très-longues qui forment déjà une affection chronique ; et si on ne les abrège pas par l’exercice , un air pur, des distractions agréables et les remèdes amers et fortlfians , il se déclare une maladie lente dont les suites sont toujours dangereuses. On voit naître en pareille circonstance des épanchemens séreux, des flux de ventre que rien ne peut arrêter, ou une fièvre lente de la nature de celle qui accompagne l’état phthisique.
Les affections gastriques méconnues ou mal traitées sont également suivies de maladies chroniques de diverse nature , suivant cju’elles portent une influence fâcheuse sur les viscères abdominaux ou ceux de la poitrine. Dans le premier cas , il se manifeste des obstructions abdominales , des épanchemens dans l’abdomen , mais plus ordinairement quelque affection hépatique. Dans le second, à cause de l’influence sympathique du tube digestif sur les organes de la respiration , on voit naître des toux opiniâtres , et même la phthisie pulmonaire , ainsi que Stoll ; Finke et autres
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médecins Font observé pendant le règne des épidémies bilieuses qu’ils ont décrites.
Il arrive souvent dans des maladies aiguës fébriles , dont la terminaison s’opère ordinairement par une évacuation critique par la peau , le tubé intestinal ou les voies urinaires , que si le mouvemetit critique qui doit être dirigé du centre à la périphérie est contrarié par la faiblesse de la nature ou par le spasme fixé sur quelque viscère , il en résulte que la solution de la maladie n’a pas lieu , et la matière critique se dépose sur un organe affaibli ou irrité par une cause quelconque, ou dans quelque autre endroit de l’économie animale, et donne lieu à une infinité de maladies chroniques, dont le caractère varie suivant le viscère affecté , suivant le degré de stimulus dont jouit la cause morbide , et suivant la sensibilité de l’individu qui éprouve une pareille métastase. Dans tous ces cas , les secours de l’art doivent tendre à favoriser les mouvemens de la nature du centre à la circonférence , afin d’évacuer le produit de la coction par les organes excrétoires ; à combattre le spasme ou la débilité suivant que l’une ou l’autre de ces causes a contribué à la dégénération de l’affection aiguë en chronique.
Nous avons connu un jeune homme de vingt à vingt-cinq ans , très-robuste et d’une excellente constitution, qui, à la suite d’une rougeole renti'ée en partie par des circonstances imprévues, fut sujet pendant long - temps à un engorgement d’une
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jambe, suivi d’un large ulcère d’une apparence scorbutique. Une infinité de remèdes pour se debarrasser de cette infirmité furent inutiles ; toutes les fois qu’on obtenait une certaine amélioration dans l’état de la jambe , il se manifestait une aliénation mentale qui nécessitait l’usage des exutoires sur la partie affectée. Le vésicatoire , le cautère , l’application du feu avaient été plusieurs fois d’une nécessité indispensable pour faire disparaître l’affection du cerveau.
Toutes les affections chroniques dont nous venons de parler conservent encore une parfaite ressemblance avec les aiguës qui leur ont donné naissance , puisque la cause en est la même , soit que la gastricité en soit le principe , ou C[u’une plilegmasie de quelque tissuorganique produise la maladie , ou qu’elle soitle résultat de quelque fièvre d’un type continu. Dans tous ces cas , la différence la plus essentielle se tire de l’épuisement de la na-ture dont nous avons déjà parlé , et qui l’empêche de réagir contre la cause morbide. Mais celle-ci étant toujours la même , le traitement ne devra pas être différent , excepté qu’il devra être ra.o^ difié par la circonstance de l’affaiblissement des forces vitales. Ce traitement devra être dirigé contre la cause morbifique et les effets qu’elle aura produits , et qui augmentent la gravité du mal. Tels sont , dans le cas de gastricité , les engorgemens des viscères abdominaux et le mauvais état du poumon ; dans celui du catarrhe , les épanchemens séreux
OU séroso-purul^ns ; dans celui de plilegmasie des viscères , Fëtat purulent ou F épanchement du liquide dans les cavités ; tels sont encore les dépôts sur les viscères , résultant de mauvaises crises à la suite de certaines fièvres.
Ce que nous venons de dire montre les différences et les analogies qui existent entre les maladies aiguës et les affections chroniques cjui leur succèdent ; mais nombre d’elles conservent les plus grands rapports , et ne changent point de nature quand l’affection primitive aiguë passe à l’état chronique avec tous les caractères quelle avait auparavant.
Ainsi , par rapport aux phlegmasies vives , la pleurésie et la péripneumonie , l’hépatite et la péritonite aiguës peuvent passer à l’état chronique avec tous les caractères qui existaient auparavant dans l’inflammation. Il en est de même des phlegmasies des membranes muqueuses. Tous les catarrhes peuvent éprouver ce passage sans changer en aucune manière de nature. Ainsi le catarrhe pulmonaire, la dysenterie inflammatoire , la blennorrhagie, le catarrhe de la vessie perdent leur forme aiguë et se présentent sous une forme lente en conservant toujours le même caractère. Le croup lui -même peut également abandonner sa marche ordinairement très -aiguë , pour se montrer sous une forme lente.
Les affections bilieuses peuvent également subir ce changement de forme ; sans que leur nature
change, et sans exiger une thérapeutique difîe-* rente. Stoll, comme nous l’avons déjà dit, a vu succéder pendant le règne des maladies bilieuses, la manie à la phrénésie. L’ictère est quelquefois la suite de la fièvre bilieuse. ( Pringle , Mal, des armées, )
Les maladies nerveuses chroniques peuvent .succéder à de certaines fièvres ou l’irritation nerveuse se rencontre , et dont le cours se prolonge. (Dumas , Théorie génér, des Mal, chr, , pag. 178. ) Ainsi , en considérant les nombreux rapports que les maladies chroniques ont avec les aiguës auxquelles elles succèdent, et en ayant égard aux différences qu’elles montrent dans leur marche , on ne saurait les classer d’une manière plus convenable , qu’à la suite des afiections lentes qui sont le produit des constitutions médicales et épidémiques , que nous avons vu être absolument les mêmes pour leur nature et leur caractère , que les maladies aiguës produites par les mêmes causes.