CHAPITRE III
Maladies chroniques périodiques.
Les maladies à paroxysmes comprennent toutes les fièvres intermittentes^ de quelque type qu’elles soient. Ces affections sont quelquefois le produit des constitutions médicales; mais la cause la pins ordinaire est due aux effluves qui se dégagent des marais et des pays marécageux : conséquemment nous pouvons classer toutes les affections lentes
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c[ul tiennent à ce caractère à la suite des maladies causées par les substances vénéneuses, puisque ces effliLves sont de véritables poisons qui affec ent Técoiiomie animale à leur manière, et produisent souvent des affections extrêmement graves, et aussi promptement mortelles Cjue la plupart des maux causés par les substances vénéneuses.
D’ailleurs, les auteurs de toxicologie font une classe de ppisons des substances septiques qui fournissent des miasmes putrides et contagieux; et considèrent la peste, la fièvre jaune, le typhus comme de véritables empoisonnemens. En effet , ces miasmes , en agissant sur le système nerveux et la masse humorale , produisent des altérations promptement funestes.
Les intermittentes pernicieuses, si bien étudiées et si bien connues de nos jours , se manifestent d’ordinaire avec la même gravité ; leur cause dérive de la même source que celle des liè.vres typhoïdes et ataxiques , et sont, sous le même rap- ' port, des affections produites par un véritable poison. A ces mots de lièvres intermittentes pernicieuses , on doit s’écrier avec tous les médecins philanthropes : que les détracteurs de la médecine ,se taisent; que les discussions et contradictions apparentes des gens de l’art ne soient point pour eux un motif de raillerie ou de mépris; la médecine connaît parfaitement la nature de certains maux graves, et peut arracher à la mort nom-
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bre (le victimes^ par le secours d’un remède hé-roïque dans ses effets et certain dans ses résultats.
Indépendamment des fièvres intermittentes dont quelques-unes offrent tous les caractères des maladies aiguës, et d’autres, comme la quotidienne et surtout la qualité , présentent tant de points de contact avec les chroniques , il est un grand nombre d’affections lentes dont ces fièvres empruntent les traits, et qui se laissent toujours démasquer par leur caractère de périodicité. Quel que soit le masque que prennent ces fièvres ainsi déguisées, le quinquina est toujours le remède souverain pour les combattre avec succès, et pour confirmer l’étiologie que l’on établit sur leur caractère.
Il est, en outre, encore une infinité de maux chroniques qui , quoique n’empruntant point ce caractère de périodicité de quelque fièvre intermittente, le présentent néanmoins dans leur marche , et cèdent de même à l’action de ce remède héroïque.
Les affections qui offrent quelquefois ce caractère sont ordinairement de la famille des nerveuses , ou des maux chroniques , dont la douleur est le principal élément. 11 y a pourtant sur ce point une distinction délicate à faire ; car si , dans tous les maux nerveux, ou dans les affections douloureuses affectant un caractère d’intermittence ou une forme périodique , on employait le quinquina pour les faire disparaître, on s’exposei^ait à des er-
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reurs infiniment graves. Les douleurs de Fenfantement . reviennent à des intervalles re'glés ; les souffrances de la goutte offrent une marche périodique ; la gravelle, qui irrite les reins, laisse jouir de bons intervalles de repos. Les douleurs de Filéus ne sont pas continuelles, et souvent on voit des intervalles de calme insidieux et trompeur. Dans tous ces cas , les intervalles de repos , fussent -ils parfaitement périodiques, le quinquina ne pourrait être que pernicieux.
Ainsi Fadministration de cette écorce , qui est le véritable antidote de certaines affections lentes périodiques, comme elle Fest des fièvres intermittentes, ne doit être faite que dans les cas oii iliFexiste aucune cause matérielle de ces maladies ,* cjue Faffection est purement nerveuse ou Feffet de l’habitude ; car tel est le résultat de notre organisation , que dans la plupart des actes de la vie , soit en santé comme dans Fétat pathologique , il suffit qu’un ensemble de phénomènes se soit manifesté une fois dans l’économie animale pour qu’il se répète dans la suite, quoique la cause qui les a produits n’existe plus , et cela par les seules lois de l’habitude.
Dans dépareilles circonstances, si, avant d’administrer le quinquina on ne prescrivait pas les remèdes nécessaires contre la cause matérielle de la maladie , surtout si cette cause tient à un état inflammatoire ^t à l’engorgement interne de la partie ou semble être fixée l’affection périodique.
i’ëcorce du Pérou , au lieu d’étre un excellent remède, serait un yërîtable poison qui augmenterait le mal et le rendrait mortel.
Richter (O^^. , F^iscic. 2, p. 71) parle d’un homme chargë de graisse et grand buveur , atteint d’un affaiblissement de la vue qui se manifestait un jour, l’autre non , et qui disparaissait entièrement les jours d’intervalles. Les digestifs, les doux laxatifs donnes pendant quinze jours ne produisirent aucun effet. L’usage du C[uinquina aggrava tellement le mal , qu’après son administration le paroxysme durait deux jours , ne laissant de libre que le troisième. Les remèdes nervins stimulans amenèrent ensuite un ëtat soporeux apoplectique. L’engorgement des vaisseaux de la rëîine fut augmentë d’une manière pernicieuse par l’usage de ces remèdes.
Le quinquina peut être également nuisible après des coups graves à la tête, dans des douleurs fatigantes qui reviennent périodiquement. En pareil cas les révulsifs, l’application des sangsues, les tempérans , ’ les pédiluves seront bien plus utiles que cette substance , en dégorgeant la partie où la douleur périodique prend sa source. Néanmoins le quinquina pourrait être utile et procurer la guérison , si , après avoir employé les remèdes propres à diminuer l’irritation et l’engorgement du cerveau, il ne restait qu’un état nerveux par faiblesse qui entretienne cette douleur intermittente. Ralin {Adv. Med. pract. ,1^, 25o)
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rapporte qu’une femme de soixante ans, après une chute grave sur la tête, se fit une plaie qui fut traitée méthodiquement. Il survint après là guérison, qui datait de quelques semaines, une migraine périodique très-forte qui se manifestait subitement tous les jours à dix heures du matin, et finissait à midi d’une manière également subite. Il n’y avait aucun signe de lésion interne. Cette femme se portait bien dans les intervalles. On fit usage des purgatifs, des anti-phlogistiques, des sangsues derrière les oreilles et aux tempes, le tout sans succès* La douleur revenait toujours à l’heure accoutumée. L’usage du quinquina, à la dose de huit onces dans l’espace jd’uiie semaine , dissipa le mal*
Les affections lentes qui affectent une forme périodique et qui trouvent leur solution dans l’usage du quinquina, ne sont pas toutes de la famille des nerveuses ou de celles ou la douleur prédomine; il est une infinité dWtres maladies chroniques qui peuvent revêtir cette forme et céder également à l’action du fébrifuge. Quelques exemples suffiront pour prouver la chose.
On trouve dans l’ancien Journal de Médecine (tom. VI, P* 197) fobservation curieuse d’un coryza opiniâtre , sans fièvre, avec enflure de la tête , qui revenait tous les matin s et se dissipait à midi. Les diaphorétiques étant inutiles, on se retourna du côté des purgatifs et du quinquina, qui en opérèrent la guérison. On a vu, selon Bergius, des éternuemens considérables qui avaient
duré pendant des semaines et qui revenaient à certains intervalles ( Ânn. 1760.). Le Jour^ nal de Médecine cité (tom. VI, p. iqS) renferme riiistoii’e d’un délire périodique sans fièvre, venant tous les deux jours, et fatiguant un malade qui était épuisé par les plaisirs vénériens : le mal fut guéri parle quinquina,
- Tode; ( Med. Bihli., p. 161 ) a vu la guérison de convulsions épileptiques périodiques par rusage de cet amer ; et cette observation rappelle celle de Dumas consignée dans le Journal général de Médecine et dans le Traité des Maladies chroniques de cet auteur, d’une épilepsie à accès irréguliers dont il vint à bout de rendre la marche plus régulière et périodique, et alors le quinquina en fut le véritable remède.
Storck ( Ann. Med. , i ) parle d’une cécité qui fut également guérie par le quinquina ; d’un tétanos par cause interne qui céda à l’action de ce fébrifuge. Sauvages (^Nos. meth. , tom. II) a observé une paralysie périodique qui fut liem^eusement traitée par cette même écorce. Le docteur Picqué (^Journ» de Méd., tom. XLII, p. 4^^) ploya avec le plus grand succès ce remède dans un cas d’hémorrhagie utérine, ou il n’y avait ni chaleur ni fièvre, qui revenait tous les jours à six heures du matin pour cesser a l’heure de midi. Enfin, on lit Journal général (tom. XXV,
p. 256 ) l’observation d’une toux gutturale périodique et sans fièvre à la suite d’une fièvre inter-
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mîttente dont la convalescence était mal assurée^ qui fut dissipée par F usage du quinquina.
Les maladies périodiques sans fièvre forment un ordre naturel d’affections qui doit être distingué de tous les autres , puisqu’elles cèdent à une méthode thérapeutique, et à Fusage d’un remède qui ne réussit point avec le même avantage dans les autres maladies. Ces mêmes affections sont vérita^ blement des maladies lentes , puisqu’elles ne s’accompagnent point de réaction vitale, et qü’elles réunissent tous les caractères des fièvres intermit-tentes, excepté la fièvre elle-même, comme l’ob^ serve Rahn ( loc. cit. ).
Elles doivent venir après les maladies du chapitre précédent, puisque les causes sont ordinairement des miasmes marécageux qui agissent sur le système nerveux et les forces vitales à la manière des poisons. Mais le genre de poison des intermittentes et des affections périodiques agit en débilitant le système nerveux et toute Fécono-^ mie animale; au lieu que la plupart des poisons minéraux de la classe précédente ont une vertu stimulante et corrosive qui produit des inflammations violentes, et ^ paC conséquent des maladies très-aiguës. Le caractère débilitant qu’imprime Faction du premier de ces poisons ou celui des intermittentes rapproche les maladies qui en résultent des maladies lentes.
D’ailleurs, le remède qui les guérit, outre sa vertu spécifique contre l’état de périodicité , est